| Année: |
1905 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. — Tonkin maritime
Population catholique 89.000
Baptêmes d’adultes 1.128
Baptêmes d’enfants de païens 4.043
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Le dernier recensement de la population chrétienne du vicariat a eu lieu en juin 1905, et a dominé le chiffre de 89.000 âmes, supérieur de plus de 6.000 au chiffre précédent. Cette augmentation, obtenue en quelques années, provient de l’excédent des naissances sur les décès, du baptême de nombreux païens, et enfin, d’un mouvement d’émigration qui porte les chrétiens des provinces de Nam-dinh et de Nghé-an à s’établir dans celle de Thanh-hoa, pour y gagner plus facilement leur vie.
« Si le chiffre de la population a ainsi augmenté, écrit Mgr Marcou, le nombre des sacrements à administrer, des chrétiens à visiter et à instruire, s’est accru dans la même proportion. Aussi avons-nous eu un total de 232.023 communions, chiffre qui n’avait jamais été encore atteint jusqu’ici.
« Nous devons, en grande partie, un résultat si consolant au Jubilé accordé par le Souverain Pontife en l’honneur de la Vierge immaculée.
« Mais les épreuves ne nous ont point manqué. Dans le courant de cet exercice, treize missionnaires ont dû quitter la mission pour aller à Hong-kong, ou même en France, refaire leur santé plus ou moins compromise par le climat débilitant de ce pays. Toutefois, nous n’avons eu à déplorer la mort d’aucun confrère.
« Parmi les prêtres indigènes, nous avons perdu un des rares survivants de la grande persécution, le P. Cu Nam. Agé de plus de soixante-dix ans, il avait confessé la foi et subi la torture, n’étant encore que catéchiste. Il lui en était resté une infirmité, qui ne l’a pas empêché de fournir une longue carrière et de se consacrer avec beaucoup de zèle au service des âmes.
« Vu le grand nombre de missionnaires malades, les rapports de fin d’année se bornent, pour la plupart, à l’énumération des sacrements administrés ; je vais résumer ceux qui sont le plus détaillés.
« M. Collomb, chargé de la paroisse de Thanh-hoa, s’occupe aussi de la léproserie qui a été établie dans cette ville, il y a cinq ans. Notre confrère voit avec plaisir augmenter le nombre de ses pensionnaires ; mais, comme les ressources n’augmentent pas dans la même proportion, il n’est pas sans inquiétude pour l’avenir.
« Ces pauvres malheureux, écrit-il, sont bien dignes de commisération. Tous sont païens « quand ils arrivent à la léproserie, mais je n’en ai pas encore rencontré un seul qui refusât de « se convertir. Malgré leurs souffrances, une fois installés chez nous, ils sont gais, et les « moins atteints soignent volontiers ceux qui ne peuvent plus se suffire. Témoin le fait « suivant : J’avais reçu toute une famille. Or le père seul était lépreux, mais tout ce qu’il y a « de plus lépreux. La maladie lui avait enlevé presque tous les doigts des mains et des pieds, « lui avait rongé le nez et défiguré le visage. On ne peut rien voir de plus horrible que ces « moignons sanguinolents, cette figure boursouflée et crevassée. Sa femme n’était pas encore « atteinte, et je voulais lui donner une chambre a part, quoique toute proche de celle de son « mari, pour qu’elle ne fût pas sans cesse en contact avec le malade. A ma proposition elle « répondit simplement : « Père, il y a douze ans que mon mari est dans cet étal et que je le « soigne : je ne crains pas la lèpre et je ne veux pas le quitter. »
« M. Patuel, au moment de quitter son poste pour se rendre au sanatorium de Hong-kong, m’écrivail, de Yen-khuong : « L’heure des conversions en masse n’a pas encore sonné ; « cependant le village de Muong-ha est venu à nous, chef en tête. Il est permis de fonder « quelques espérances sur ces nouvelles recrues. En effet, dans ce pays où le régime féodal est « en vigueur, lorsque le chef donne l’exemple de la conversion, les membres de la tribu le « suivent d’ordinaire. Les gens de Muong-ha étudient avec assiduité. Leur instruction « demandera du temps et leur formation sera longue : mais c’est à nous de planter ; d’autres « arroseront, et le bon Dieu achèvera son œuvre. Une autre tribu très importante, celle des « Muong-ry, est venue, elle aussi, me faire une demande de conversion en bonne et due « forme. »
« Dans la partie supérieure du Laos tonkinois, bien qu’un accord eût été conclu avec Ba-Tho, comme je vous le disais dans le dernier compte rendu, nous n’étions point sans inquiétude, car cette convention n’avait pas reçu l’approbation du résident, chef de la province. Mais, au moment où nous nous y attendions le moins, nos craintes se sont dissipées à la suite de la mort de Ba-Tho. Sa disparition a dû faire pousser un soupir de soulagement aux nombreux habitants de Chau-hoa, dont il était la terreur.
« Voici quelques extraits du rapport de M. Blanchard, supérieur de cette région :
« Na-ham. — « La population de Na-ham est un peu flottante. Comme elle se compose, en « grande partie, de gens venus des quatre points cardinaux depuis quelques années seulement, « elle n’est pas assez fixe, et, à la moindre contrariété, elle va facilement chercher fortune « ailleurs.
« L’an dernier, les habitants de Muong-ai, poussés à bout par les vexations de Ba-Tho, « avaient quitté leur pays pour venir s’installer dans les forêts de Na-ham. Il était très difficile « de les visiter, parce qu’ils étaient dispersés dans les montagnes. Après la mort de Ba-Tho, « ils sont retournés chez eux, et M. Rey a pu aller les voir.
« Les chrétiens de Na-ham sont assidus à l’église, mais le missionnaire doit célébrer la « messe de très bonne heure, chaque matin ; car, dès le point du jour, ils s’en vont au travail. « M. Rey a baptisé un certain nombre de catéchumènes.
« M. Bourlet, chargé du poste de Ban-nghiu, s’est adonné avec beaucoup de zèle à « l’instruction de quelques enfants, qui seront, s’il plaît à Dieu, les premiers élèves du « séminaire du Laos tonkinois. Malgré cette occupation si absorbante, notre confrère a trouvé « le temps d’annoncer la bonne nouvelle à une tribu assez éloignée de sa résidence. Il rend « compte de cet essai d’évangélisation dans les termes suivants :
« A Muong-ven, j’ai trouvé un phia-ba-lat (chef de tribu) qui a l’air d’être vraiment un « cœur droit. Quand nous allâmes le voir, M. Blanchard et moi, il nous dit qu’il lui fallait un « livre avec images à l’appui, lui expliquant la religion depuis le commencement du monde ; « afin, disait-il, que « les yeux voyant et l’esprit réfléchissant, le cœur soit plus vite touché ». « Peu de temps après mon retour, je recevais une lettre réclamant le livre au plus tôt. Quelle « avidité de s’instruire ! Dans ma réponse, je lui demandai un délai de trois mois pour le « satisfaire, et, en attendant, je lui envoyai le petit catéchisme de Mgr Cuaz, imprimé à Hong-« kong.
« Mon homme a dû s’y mettre d’arrache-pied, car il m’écrit qu’il a tout compris dans le « catéchisme. Et il ajoute : « Quand on observe bien la religion, Pha-Chau (le bon Dieu) vient « et illumine le cœur. » Pour les prières, il les a trouvées un peu moins faciles à comprendre, « et il me demande l’explication d’un mot siamois que je ne comprends pas moi-même.
« Ce qui l’a aussi fort intrigué, c’est le Kyrie eleison dans les litanies. Je crois bien : le « pauvre, il n’est pas tenu de savoir le grec... Je vais lui expliquer le Kyrie eleison dans ma « prochaine lettre.
« Il me dit aussi que plusieurs femmes et filles lui ont a demandé à apprendre les prières « avec lui. Il leur a répondu que, quand on se fait chrétien et qu’on apprend les prières, il faut « se débarrasser de tous les « phi » (esprits). — Et quand on est malade ? lui ont-elles dit. — « Eh ! bien voilà, a-t-il répondu, le Père a des remèdes, on lui en demande.» De fait, je vais lui « envoyer quelques médecines, mais ma pharmacie est si pauvre ! »
« A Muonh-sià, chez M. Pirot, tout semble en bonne voie. Notre confrère a eu 106 « baptêmes, et il a encore bon nombre de catéchumènes. Dans quelques années, il y aura là un « groupe de solides chrétiens.
« Les gens sont fidèles à venir à l’église, matin et soir, et semblent bien comprendre la « religion. M. Pirot me racontait que des jeunes gens, nouvellement baptisés, avaient demandé « spontanément à se confesser et à communier d’une façon régulière. Ils ont beaucoup « d’affection et d’égards pour le missionnaire.
« Il me reste à vous parler de Muong-khiet, ma résidence. J’ai administré, cette année, une « cinquantaine de baptêmes ; il reste encore quelques personnes à instruire.
« Un de nos ennemis acharnés, Ly-Buong, l’homme le plus influent de Muong-khiet, vient « de mourir. Il avait dirigé autrefois le pillage de la mission de Ban-pong et fait massacrer le « P. Tamet. Il venait souvent me voir et se montrait très poli avec moi ; mais, en dessous, il « s’opposait de toutes ses forces à la conversion de ses serviteurs. Il est mort misérablement, « sans laisser d’enfant mâle et abandonné de tout le monde.
« M. Degeorge écrit de Phong-y : « Les religieuses indigènes qui dirigent l’hôpital ont « continué à prodiguer leurs soins dévoués aux malades. Malgré l’insuffisance de nos « ressources, les journées d’hôpital ont atteint le chiffre de 2.245. Le nombre de malades « hospitalisés a été de 186 ; 8 chrétiens y sont morts munis des sacrements ; 22 païens y ont « trouvé le chemin de la vie éternelle. »
« Nous allons entreprendre prochainement la construction d’un grand séminaire, car ce nouvel établissement est indispensable pour donner à l’œuvre de la formation d’un clergé indigène au Tonkin maritime, tout le développement qu’elle comporte. »
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