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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Izarn

III.─ Cochinchine septentrionale

Population catholique 56.054
Baptêmes d’adultes 886
Baptêmes d’enfants de païens 3.168
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« Je constate avec satisfaction, écrit M. Izarn, provicaire de la Cochinchine septentrionale, que le chiffre des baptêmes d’adultes et celui des baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis accusent un progrès notable sur le précédent exercice : 886 au lieu de 678, et 3.168 au lieu de 2.344. C’est, de plus que l’an dernier, 1.035 âmes arrachées au démon. Pour qui connaît le prix d’une âme, n’y a-t-il pas lieu de se réjouir et de rendre à Dieu de vives actions de grâce ? D’un autre côté, la moyenne de quatre confessions par personne, pour l’ensemble de la mission, dit assez éloquemment que la vie chrétienne se maintient à un niveau très satisfaisant. »

M. Izarn parle ensuite des quatre grands districts de la mission : Quang-binh, Dat-do, Dinh-cat et Thua-thien. Le premier comprend 11 postes, desservis par 7 missionnaires et 7 prêtres indigènes ; le second 3 postes, desservis par 6 missionnaires et 11 prêtres indigènes ; le troisième 13 postes, desservis par 8 missionnaires et 9 prêtres indigènes ; le quatrième 25 postes, desservis par 15 missionnaires et 23 prêtres indigènes.
Comme nous avons déjà parcouru, l’an dernier, avec M. Izarn, chacun des postes de la Cochinchine septentrionale, nous nous bornons à noter les faits particulièrement intéressants contenus dans le rapport qu’il nous a adressé.
« Les agissements des hommes, dit-il, ne favorisent guère les progrès du catholicisme au Quang-binh. M. Hilaire en sait quelque chose. Attaqué le 4 novembre 1905 à Phu-viet, sur son terrain et en plein jour, par une bande de mauvais sujets connus dans la région qu’ils terrorisent pour n’exercer guère d’autre métier que celui de voleur, il s’est vu menacé, insulté, dévalisé, forcé de fuir pour éviter de plus grands malheurs, tandis que ses chrétiens étaient assaillis, frappés et enchaînés. Lorsqu’il a demandé justice, ses agresseurs, d’abord arrêtés, n’ont pas tardé a être remis en liberté. Ses témoins au contraire, qui avaient cruellement souffert pour la plupart de l’attaque des bandits, ont été retenus en prison, la cangue au cou, pendant plus de deux mois, sous les prétextes les plus futiles. Chose incroyable : M. Hilaire a été purement et simplement débouté de sa plainte. Et nous sommes protégés ! que serait-ce donc si nous ne l’étions pas ? Des faits de ce genre sont assez rares, il est vrai, mais ils ont une grande répercussion et, dans un pays comme l’Annam, ils peuvent suffire à arrêter net et pour longtemps l’élan des conversions. Est-ce le résultat désiré par certaines gens ? Pour qui les connaît, il n’est pas téméraire de le penser. Quatre jours après la brutale agression dont a été victime M. Hilaire, le P. Duc se noyait à Mi-huong, dans le fleuve qui coule à une centaine de mètres du presbytère. Malgré les plus actives recherches, son corps n’a pu être retrouvé.
« M. Neyer raconte ainsi l’accident qui a coûté là vie à ce bon prêtre indigène :
« Ainsi que vous l’avez appris, le curé de Mi-huong s’est noyé mercredi dernier (8 « novembre) à 2 h. ½ du soir. Après son dîner, il était passé avec son servant de l’autre côté « du fleuve. Ce jour-là, le courant était très fort et le vent contraire. Au retour, le Père voulut « repasser le fleuve juste en face du presbytère, et tenait lui-même l’aviron pour ramer et pour « gouverner la petite nacelle. A un moment donné, il appela son servant pour le remplacer, et « la barque chavira. Le servant put s’accrocher aux bords de l’esquif et être sauvé, tandis que « le P. Duc fut emporté par le courant. »
« Ancien élève du collège de Pinang, où il avait fait de brillantes études, le Père était dans sa quarante-quatrième année. Ordonné à la prêtrise en 1894, il n’avait jamais quitté Quang-binh. D’abord vicaire de M. Rault à Mi-dinh, il occupait, depuis peu d’années ; le poste de Mi-huong. C’était un excellent prêtre. Sa fin tragique a été un coup terrible pour sa famille et particulièrement pour son vieil oncle, le P. Sy, l’un de nos meilleurs prêtres indigènes et aussi des plus actifs, malgré ses soixante-dix ans.

« M. Barthélemy, chef du district de Dat-do, regrette que les confessions et les communions aient été moins nombreuses que l’année précédente, mais il n’y a rien d’étonnant à cela, car 1905 était une année jubilaire, ce que M. Barthélemy semble avoir oublié en écrivant son rapport. D’ailleurs, 82 baptêmes d’adultes et 653 d’enfants de, païens compensent largement la diminution relative des confessions et des communions, dans son beau district. Une mention honorable est due en toute justice au P. Duong, qui enregistre, à lui seul, 64 baptêmes d’adultes.
« Les paroisses de Di-loan, Nam-tay et Gia-binh se distinguent pour le nombre des baptêmes de petits païens moribonds.

« Éprouvé très durement par la sécheresse qui a réduit les gens à une disette voisine de la famine, le district de Dinh-cat n’en a pas moins introduit 163 néophytes dans le giron de l’Égise, et ouvert le ciel à 1.322 enfants de païens. Le chef de ce district, M. Cadière, a une prédilection marquée pour l’œuvre du baptême des petits moribonds et il est admirablement secondé par les religieuses de son couvent. Elles parcourent le pays dans tous les sens à la recherche, on pourrait dire à la chasse de ces pauvres âmes, qui n’attendent qu’une goutte d’eau pour s’envoler tout droit au ciel. Au reste, tous les couvents de la mission s’acquittent de cette tâche, particulièrement agréable au Cœur du divin Maître, avec un zèle qui a besoin d’être excité de temps en temps.
« Dinh-cat a perdu un prêtre annamite, le P. Hué. Il est mort à l’âge de soixante-douze ans, après trente-cinq ans de sacerdoce. « Le P. Hué vient de mourir ce matin muni des sacrements « de l’Église, écrivait M. Cadière le 7 octobre. Samedi de la semaine dernière, il fut pris d’une « forte fièvre. J’allai le voir chez lui le dimanche, et lui administrai le saint viatique. Quand je « le quittai le lundi, il paraissait beaucoup mieux. Le P. Canh resta néanmoins avec lui et « revint le mardi : le malade semblait se maintenir. Jeudi, on revint chercher le P. Canh, qui « trouva son confrère bien mal. Je retournai moi-même près du malade et y demeurai jusqu’à « sa mort. » Mgr Caspar a donné pour successeur à ce prêtre, dont les forces trahissaient le zèle, un jeune confrère qui ne demande qu’à se dépenser. Au lendemain de sa prise de possession, M. Delvaux, le nouveau titulaire d’An-don, écrivait à Monseigneur : « Me voilà à « peu près installé. A la vérité, je croyais trouver ici des gens bourrus et rustres, s’occupant « peu de leur curé ; mais ils m’ont étonné par leur bonne volonté et leur savoir faire. Tout le « monde a mis la main à la pâte. Ils m’ont donné, qui un chien, qui un moulin à riz, qui les « plus beaux fruits de son jardin. » M. Bonin, doyen d’âge de la mission après le vicaire apostolique, est allé demander au climat des Indes la guérison de la diarrhée de Cochinchine. Les premières nouvelles venues des Nilgiris n’étaient pas rassurantes : les médecins trouvaient notre confrère bien bas. Grâce aux soins intelligents et dévoués dont il a été l’objet, le malade est en bonne voie de guérison, et les dernières nouvelles font espérer qu’il reverra bientôt son cher Dinh-cat.

District de Thua-thien. ─ « Vingt-cinq postes, 15 missionnaires, 23 prêtres indigènes.

« Six cent dix-sept baptêmes d’adultes ; telle est la gerbe recueillie par M. Allys et ses auxiliaires, dans le grand district de la capitale. Les postes qui enregistrent plus de 20 baptêmes sont : Phu-cam, 47 ; Ha-uc, 85 ; Diem-tu, 33 ; Thach-binh, 82 ; Trai, 24 ; Linh-thuy, 50 ; Nuoc-man, 21 ; Nuoc-ngot, 67 ; An-thanh, 72 ; Nam-pho, 27 ; Da-han, 36 ; Lai-an, 51.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance prospère aussi dans le district de Thua-thien, où l’on a baptisé 621 petits moribonds.
« Le poste de Thach-binh, écrit M. Chapuis qui en a la charge, a donné un total de 120 « baptêmes, savoir : 22 d’enfants de païens, 16 d’enfants de chrétiens et 82 d’adultes. Je « compte aussi quatre retours d’enfants prodigues. Le nombre de mes chrétiens est monté de « 400 à 500. Pendant toute l’année, il y a eu beaucoup de demandes de conversion ; j’ai inscrit « 200 catéchumènes. Deux modestes oratoires ont été construits à Ha-lang et à Co-thap, et « deux nouvelles stations ont été établies dans des villages, jusque-là entièrement païens. La « conduite de mes chers néophytes a été très satisfaisante. Leur ferveur et leur attachement à « la foi me consolent, au milieu des difficultés et des ennuis que nous cause la méchanceté des « païens, qui ne cessent de nous persécuter et d’entraver l’œuvre de l’évangélisation. Malgré « mon vif désir d’aller de l’avant pour augmenter et organiser mes petites chrétientés, je me « vois dans l’impossibilité d’avancer, faute de ressources. Mes chrétiens sont pauvres, mes « néophytes et mes catéchumènes le sont encore plus. Je les confie à la divine Providence, qui « prendra soin de toutes les âmes de bonne volonté. »

Séminaires. ─ « Les élèves du grand séminaire sont pieux, réguliers et animés d’un bon esprit. La dernière ordination a donné 2 prêtres, 3 diacres, 5 sous-diacres et 8 tonsurés.
« Ceux du petit séminaire, au nombre de 75, sont, par leur bonne conduite et leur application au travail, dignes de leurs aînés et des soins vigilants qu’en père tendre, mais ferme, leur prodigue M. Girard. Une cérémonie d’un caractère bien touchant a réuni, le 21 novembre 1905, autour de M. Girard, une nombreuse couronne de missionnaires et de prêtres indigènes, anciens collègues ou anciens élèves du cher supérieur. Il s’agissait de la bénédiction du nouvel établissement, bel édifice à étage, comprenant trois dortoirs bien aérés, une salle d’étude et quatre chambres de professeur. L’architecture en est simple et imposante, et le bâtiment, d’une solidité à défier ouragans et typhons. Le plan, tracé de main de maître par M. Barthélemy, a été exécuté par M. Girard.
« Il faudra marquer, dans les annales du petit séminaire d’An-ninh, la journée du 21 novembre 1905 avec un caillou blanc, dit M. Izarn.

Sainte-Enfance. ─ « Les deux orphelinats de Hué et de Thanh-tau, ce dernier surtout, continuent de marcher au gré de M. Chaiget qui établit, chaque année, de nouveaux ménages. Si quelques enfants, repris par leur instinct de vagabondage, échappent à sa paternelle surveillance, la très grande majorité lui reste fidèle et le rend heureux

École des Frères. ─ « L’École Pellerin tenue par les Frères des Écoles chrétiennes, comptait, au 15 mars dernier, 75 élèves : 43 pensionnaires et 32 externes. La séance récréative, donnée à l’occasion de la distribution des prix, a fait toucher du doigt les progrès accomplis. M. Izarn se demande si ce n’est pas parce que ces éducateurs hors de pair laissent bien loin derrière eux leurs concurrents, qu’ils sont poursuivis avec tant d’animosité jusque sur la terre étrangère.

« Je me reprocherais, dit M. le provicaire, de terminer ce compte rendu, sans dire quelques mots de deux excursions faites par MM. Gautier et Darbon en pays Moi. Il ne s’agit pas, en effet, de voyages d’exploration. La géographie et l’ethnographie des régions parcourues n’ont pas été négligées, et nous espérons bien que M. Darbon sortira, quelque jour, de ses cartons, les notes qu’il a prises, et qu’il les présentera au public. Mais le but principal de nos deux voyageurs n’était pas de voir du pays ou de faire progresser la science. Ils ont formé le projet de planter la croix dans ces régions, entièrement soumises à l’empire du démon. Les obstacles, il est vrai, se dressent nombreux devant leur zèle apostolique. Réussiront-ils à les vaincre ? Je le souhaite de tout cœur. En attendant, je tiens à leur dire que je les ai accompagnés de mes vœux les plus sincères, et je suis heureux de reproduire les deux entrefilets, publiés dans le Mémorial du Binh-dinh, qui relatent sommairement leurs courses apostoliques.
Avril 1906. « Deux confrères de la mission de Hué, MM. Gautier et Darbon, ont fait une « excursion très intéressante et qui pourra être très utile, en pays sauvage (nord de Thua-thien « et sud de Quang-tri). Partis avec le strict nécessaire, par un temps maussade et froid qui n’a « pas ralenti leur ardeur, ils ont d’abord parcouru quelques villages dits Moi-thap, en deçà de « la ligne de partage des eaux. Ces premières étapes leur ont laissé une impression plutôt « triste. Les villages sont pauvres, l’état sanitaire laisse à désirer, et l’évangélisation « rencontrerait de sérieux obstacles. Tout autre est l’aspect des villages dits Moi-cao, sur le « versant occidental. Là (il s’agit surtout de la vallée du Tche-pan, que les Pères ont suivie à « peu près, depuis la source du fleuve jusqu’à Ai-lao), la population est assez dense, de mœurs « douces et hospitalières, robuste, et les familles y sont généralement à l’aise. Partout, les « Pères ont été bien reçus par les habitants, qui les ont traités avec honneur et leur ont « manifesté un très vif désir de les voir s’établir chez eux. Les Pères sont rentrés à Quang-tri « par la route d’Ai-lao et la rivière de Mai-lanh, un peu fatigués, mais bien portants et « enchantés de leur voyage de près d’un mois. »
Mai 1906. « Un aimable confrère nous écrit : « MM. Gautier et Darbon sont infatigables. « A peine rentrés de leur longue et pénible excursion chez les sauvages, ils ont repris leur « bâton de voyage, et, remontant la rivière de Cu-bi (l’affluent du fleuve de Hué) ils ont « pénétré dans le pays Moi, par un chemin plus court et plus facile que celui qu’ils avaient « pris précédemment. En effet, le village de Dong, où ils ont abouti les deux fois, n’est, par ce « chemin, qu’à une journée, deux au plus, de la rivière de Cu-bi. Partis de là, ils ont suivi la « vallée par un bon chemin jusqu’à Saravan, où ils sont arrivés en dix jours. Les nombreux « villages qu’ils ont rencontrés sur leur route sont très hospitaliers. Inutile d’ajouter que « l’accueil le plus cordial leur a été fait par le nouveau résident de Saravan... Le voyage de « retour a été marqué par quelques incidents, plutôt désagréables. Plusieurs villages Moi-« hoang les ont assez mal reçus et ont fait des difficultés pour leur donner des guides. Mais, « somme toute, les Pères sont très contents de leur voyage et n’ont qu’un regret, celui de « n’avoir pu, à cause de la mauvaise volonté des Moi-hoang, couper la ligne de partage des « eaux en face du fleuve de Hué, et visiter les villages assez nombreux, échelonnés sur le « versant occidental de la chaîne qui sépare les deux bras du fleuve. Ce sera pour une autre « fois. Il y a bien quelque témérité à courir ainsi, sans armes ni bagages, à travers un pays « inconnu ; car, sans parler des fatigues et des privations de toute sorte, dont la moindre n’a « pas été, par endroit, le manque d’eau, le voyage pouvait n’être pas sans danger. Leurs anges « gardiens ont préservé de tout accident nos intrépides voyageurs, et nous les ont ramenés « sains et saufs. Dieu soit loué, et son saint nom annoncé bientôt à ces peuplades encore « assises à l’ombre de la mort. »


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