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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin méridional
Rédacteur:Mgr Pineau

II. ─ Tonkin méridional

Population catholique 134.636
Baptêmes d’adultes 638
Baptêmes d’enfants de païens 1.502
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« Il me semble, écrit Mgr Pineau, que chacun de nous peut se rendre le témoignage d’avoir fait son petit possible, au Tonkin méridional, pour étendre le royaume de Dieu et réveiller les malheureux païens qui dorment dans les ténèbres de l’idolâtrie. Néanmoins le nombre des baptêmes d’adultes a faibli, et celui des enfants de païens, également.
« La diminution dans le nombre des conversions tient à l’indifférence en matière de religion, indifférence qui grandit avec le progrès matériel qui s’introduit dans le pays. On veut, avant tout, jouir de la vie, sans se préoccuper de l’au-delà.
« Si le chiffre des baptêmes d’enfants moribonds n’atteint pas celui des années précédentes, je crois qu’il faut l’attribuer à deux causes principales. L’une, que j’ai déjà signalée dans un précédent compte rendu, est la vaccination qui est en usage un peu partout et diminue considérablement la mortalité. La seconde est la modicité des honoraires que touchent nos baptiseurs. Du jour où ils trouvent une position plus lucrative, le secours que leur alloue la Sainte-Enfance ne leur paraît plus suffisant ; alors ils cessent d’aller à la recherche des petits moribonds.

Quelques mots maintenant sur certains districts de notre malheureuse mission, qui est si éprouvée par la sécheresse, depuis bientôt quatre ans.
« Au nord, nous trouvons, d’abord, le district de Quinh-luu, dirigé par M. Cudrey avec le concours de M. Geoffroy. Il comprend deux paroisses : Cam-truong au centre, qui compte environ 8.000 chrétiens, et Yen-hoa, qui est limitrophe de la mission du Tonkin maritime et n’a que 569 chrétiens. Cette dernière, située à une distance considérable de Cam-truong, est de fondation assez récente. L’isolement des chrétiens de cette localité a beaucoup contribué à en faire un nouveau chef-lieu de paroisse. Il arrivait, assez fréquemment, en effet, que les chrétiens mouraient sans avoir pu recevoir les derniers sacrements.
« Déjà, à l’époque où j’avais la direction du district dont dépendait Yen-hoa, les néophytes m’avaient présenté une requête tendant à ce que le village fût érigé en paroisse. Je transmis la requête à Mgr Croc, mon vénéré prédécesseur, mais le projet ne put être réalisé.
« En 1889, je désignai, pour premier curé de la nouvelle paroisse, le P. Hoang, prêtre indigène, connu dans toute notre mission et même dans les missions voisines, à cause du rôle important qu’il a joué.
« Ordonné prêtre en 1868 par Mgr Croc, il exerçait le saint ministère à Xa-doai, depuis deux mois environ, quand il fut appeté à la capitale par Tu-Duc, comme précepteur des jeunes princes. Le P. Hoang ne tenait guère à s’en aller vivre dans une atmosphère toute païenne. D’autre part, le vicaire apostolique, Mgr Gauthier, qui voyait dans son jeune prêtre un homme capable de rendre de grands services à la mission et redoutait pour lui les dangers de la cour, aurait bien voulu ne pas le laisser partir. Sa Grandeur fit donc l’impossible pour le garder et pria Sa Majesté de considérer que le P. Hoang, étant prêtre, ne pouvait remplir les fonctions de précepteur des princes. Tout fut inutile : « S’il est votre prêtre, répondit sèchement Tu-« Duc, il est mon sujet ; j’exige qu’il vienne sans retard à Hué. » Devant une pareille injonction, le P. Hoang n’avait qu’à se soumettre. Il partit donc et passa dix ans à la capitale, rendant au roi, à la France, et à sa mission qu’il ne perdit jamais de vue, tous les services qui étaient en son pouvoir. Mgr Sohier et Mgr Caspar ont été unanimes à affirmer qu’il avait toujours eu une conduite édifiante et qu’il se rendait à l’évêché, tous les huit ou quinze jours, pour se confesser.
« Au lieu de traiter avec le roi, par l’intermédiaire des mandarins qui expliquaient souvent les affaires d’une façon inexacte, les Français désiraient depuis longtemps déjà traiter directement avec Sa Majesté ; mais personne à la cour n’osait exposer ce désir à Tu-Duc, toujours renfermé au fond de son palais. Le P. Hoang eut la hardiesse de le faire : une telle démarche amena sa disgrâce et faillit lui coûter la vie.
« Tu-Duc, dès qu’il eut pris connaissance de la requête du P. Hoang, entra dans une colère terrible : « Si je pouvais oublier les services que tu m’as rendus, lui fit-il dire, je te couperais « la tête sur-le-champ. » Et il donna l’ordre de l’éloigner de la capitale, de le reconduire sous bonne escorte au chef-lieu de sa province d’origine et de l’y garder à vue.
« Comme le vice-roi de cette province était en excellents termes avec Mgr Croc, Sa Grandeur obtint que le P. Hoang habitât dans une petite chrétienté voisine de la citadelle. C’est là que, après la mort de Tu-Duc, les deux régents du royaume, le Ton-That-Tuyet et le Nguyen-Van-Tuong l’envoyèrent chercher pour le réintégrer dans ses anciennes fonctions.
« Heureusement pour lui, quand eut lieu le guet-apens du 5 juillet 1885, il était en congé dans son pays natal.
« Il fut de nouveau rappelé à la capitale par le roi Dong-Khanh, qui l’admit dans son intimité. Mais, en 1886, quand Paul Bert vint à Hué, il interdit au roi de garder un curé à sa cour. Le P. Hoang rejoignit alors le poste, qu’il avait occupé précédemment.
« Je l’appelai près de moi en 1889 et, le 6 octobre de la même année, je l’envoyai diriger la nouvelle paroisse de Yen-hoa, la plus reculée de toute la mission.
« Le bon Père parut d’abord tout interdit, en apprenant son changement, mais quand il eut compris que le motif de mon choix était la confiance que j’avais en lui, il accepta avec joie le poste qui lui était assigné.
« Arrivé à Yen-hoa il se mit résolument à l’œuvre. En fort peu de temps, il construisit une résidence et une belle église. Il se préoccupa ensuite d’augmenter son petit troupeau, qui ne comptait que 301 chrétiens quand il prit possession du poste. Il y en a près de 600 maintenant, répartis en cinq chrétientés qui ont chacune leur église. Dans ma tournée au Quinh-luu, janvier 1906, j’ai béni la dernière église construite par le P. Hoang.
« Depuis un an, ce prêtre zélé, malgré ses soixante-quinze ans, a régénéré 16 nouveaux chrétiens dans les eaux du baptême et ondoyé 7 enfants de païens.
« Le district du Quinh-luu a fourni, cette année, 20 baptêmes d’adultes et 71 baptêmes d’enfante de païens in articulo mortis.

« Passons maintenant au district du Dong-thanh, que dirige M. Cherrières avec l’aide de son compatriote M. Laygue. De tous les districts de la mission, c’est celui qui nous donne la plus belle gerbe : 253 baptêmes d’adultes et 43 baptêmes d’enfants de païens.
« Le nombre des chrétiens de ce district ayant augmenté, depuis quelques années, dans des proportions extraordinaires, il est de toute nécessité d’y organiser une nouvelle paroisse ; mais les frais d’installation et d’entretien qu’entraînerait cette fondation, m’ont arrêté jusqu’ici. Je le regrette d’autant plus qu’une vingtaine de chrétientés récentes sont trop éloignées de toute paroisse. Les néophytes ne peuvent que rarement entendre la messe.
« Le district de Xa-doai, centre de la mission, fait suite au précédent. Il comprend 8 paroisses, et compte 18.000 fidèles. C’est M. Bayle qui en a la direction. On y a baptisé, cette année, 67 adultes et 128 enfants de païens. La confirmation a été administrée par moi-même, dans quatre paroisses du district : 504 enfants ont eu le bonheur de recevoir ce sacrement.
« Au mois d’avril dernier j’ai fait une tournée pastorale dans la région de l’Ouest, où nous avons 2 districts, 6 paroisses et 15.000 chrétiens. M. Bonnet dirige le district d’en bas et M. Combettes est chargé de celui d’en haut, beaucoup plus populeux.
« L’administration de ce dernier est excessivement fatigante. Outre que les chemins y sont souvent impraticables, il n’y a presque pas d’endroit où l’on ne soit exposé à rencontrer, de jour comme de nuit, les bœufs sauvages, les éléphants, et surtout le tigre, qui fait de grands ravages parmi les habitants. La paroisse la plus rapprochée des montagnes, en particulier, est très pénible à desservir. Elle est fort étendue et nombre de chrétientés y sont d’un difficile accès. Trois d’entre elles, formant un effectif de près de 500 chrétiens, se trouvent, perdues au milieu de la forêt, à 7 heures du chef-lieu. Le sentier qui y mène est coupé par des torrents qu’une simple ondée rend infranchissables, par des fondrières et des précipices où l’on risque, à tout moment, de s’embourber ou de ce se casser le cou. Les chrétiens ne voient guère le missionnaire qu’à l’époque où il vient faire la visite annuelle, et quand, averti à temps, il apporte aux mourants les derniers secours de la religion.
« Malgré leur isolement, j’ai pu m’assurer, au cours de ma tournée pastorale, qu’ils sont bons et sans aucune attache aux superstitions païennes. Il est vraiment regrettable que nos ressources ne nous permettent pas de leur donner un prêtre à demeure. Je voudrais même leur en donner deux, car un seul serait obligé de descendre trop souvent dans la plaine, par des chemins horribles, pour les besoins de son âme.
« Pendant le dernier exercice, le district de M. Combettes a fourni 14 baptêmes d’adultes et 40 d’enfants de païens. J’y ai administré 834 confirmations.

« M. Guignard, supérieur de la mission du Laos, m’annonçait dernièrement, qu’un village tout entier est décidé à embrasser notre sainte religion. Je recommande très spécialement ce village aux prières des âmes qui s’intéressent à l’évangélisation de l’Extrême-Orient. »


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