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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine occidentale

II. — Cochinchine occidentale

Population catholique 63.256
Baptêmes d’adultes 1.067
Baptêmes d’enfants de païens 4.267
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« Quand, après la prise de Saïgon, en l’année 1859, écrit Sa Grandeur Mgr Mossard, vicaire apostolique de la Cochinchine occidentale, on résolut de fonder une ville sur l’emplacement des forts dont on venait de s’emparer et à la place des paillotes annamites qui les entouraient, l’avenir de la future cité sembla menacé par tant de pronostics défavorables, qu’en lui dressant un blason on y inscrivit cette modeste devise : Paulatim crescam. La croissance dure encore. Elle est même si lente, que si les débarqués de la première heure reparaissaient aujourd’hui, en dehors d’une coquette petite ville, où ils se trouveraient un peu dépaysés, ils reconnaîtraient., en dehors de son périmètre, ici le champ de bataille de Chi-hoa et la plaine des tombeaux, là les rizières et l’arroyo de l’avalanche et de Thi-nghe, qui sont restés tels, ou à peu près, qu’ils étaient jadis.
« Aussi Saïgon, ne prétendant pas au titre prétentieux de grande ville, affectionne plutôt celui de belle cité. Elle est surtout jalouse de celui de capitale de l’Indo-Chine française.
« Si, au moment de la conquête, on avait prié Mgr Lefebvre, alors vicaire apostolique de la Cochinchine, de trouver pour sa mission une devise en rapport avec les événements et ses espérances, il l’eût peut-être choisie parmi les plus confiantes et les plus grosses de promesses pour l’avenir. « Comme tous ses confrères, en effet, écrit M. Louvet (1), il avait appelé de ses « vœux l’expédition française, et s’était réjoui sans arrière-pensée du succès de nos armes et « de la présence de nos compatriotes. Il voyait déjà la paix assurée aux chrétiens persécutés, la « religion florissante à l’ombre du drapeau français, et les Annamites entrant en foule dans « l’Église. Son illusion dura peu. Quatre années de paix l’avaient plus vieilli que les vingt-« cinq années de persécution qui l’avaient précédée. A bout de forces, il demanda à être « déchargé d’un fardeau qu’il sentait trop lourd pour ses épaules. »
« La mission comprit alors que malgré tant d’avantages extérieurs apparents, son labeur resterait, sous le régime nouveau, soumis aux tristesses des jours du pénible ensemencement. Elle regarda l’exergue de la ville, et en fit le sien : Paulatim crescam.
« A la suite d’un accord intervenu entre le vicaire apostolique de la Cochinchine orientale et celui de la Cochinchine occidentale, accord récemment approuvé par décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande, à la date du 1er juillet 1907, les limites des deux missions sont déplacées. Celles de la Cochinchine occidentale s’étendent désormais jusqu’à Cana, sur la côte d’Annam, et elles font reculer d’autant celles de la Cochinchine orientale.
« L’arrangement proposé par Mgr Grangeon, bien qu’appuyé sur d’excellentes raisons, soulevait plus d’une difficulté. Je l’ai accepté quand même, après avoir consulté mes confrères. A la date du 29 septembre de la présente année, nous avons pris possession de ce nouveau territoire.


(1) Cochinchine religieuse, t. II, p. 237.


« Nos provinces de l’ouest produisent tout le riz que la Cochinchine exporte à l’étranger. Elles sont aussi l’entrepôt qui le tient en réserve, jusqu’à ce qu’il soit vendu. Les provinces du nord et de l’est n’en récoltent guère au delà de la quantité nécessaire à leur propre consommation. Le sol, trop élevé pour des rizières, est en grande partie affecté à d’autres cultures, comme celles de la canne à sucre, des patates, du tabac, des arachides... et il est surtout couvert de vastes forêts qui sont une autre source de richesses pour le pays.
« Beaucoup moins dense que dans la plaine des rizières, les populations de ces régions, dont le caractère, les traditions et les mœurs sont identiquement les mêmes que partout ailleurs, offrent un champ plus restreint à l’apostolat.
« Nos confrères, disséminés dans les unes et les autres provinces, enregistrent pour leur année :

Baptêmes d’adultes 1.067
dont 723 in articulo mortis
Baptêmes d’enfants de païens 4.267
Confessions 152.286
Communions 220.831
Élèves dans les écoles 7.030

« L’œuvre des catéchistes, dirigée par M. Hay, nous rend toujours de précieux services. A cause des circonstances difficiles que nous traversons, nous ne pouvons pas espérer une augmentation sensible dans le nombre de ces auxiliaires du missionnaire. Nous devons faire la même constatation pénible dans le chiffre des élèves du séminaire de Saïgon. Il est vrai que ce qui importe dans une œuvre, c’est la qualité plutôt que la quantité des sujets. Sous ce rapport, il n’y a aucun desideratum important à signaler. C’est toujours Dieu qui choisit et marque ses élus de signes auxquels on peut les reconnaître. L’œuvre de l’homme est de s’assurer que ces signes correspondent à des qualités réelles, qui se conservent et se développent sous l’action de la grâce divine.
« Le recrutement du séminaire s’opère pourtant plus facilement que celui de l’école des catéchistes. Celle-ci rencontre plus d’obstacles en Cochinchine que partout ailleurs. Nous avons néanmoins confiance dans l’avenir de cette œuvre , qui nous donne des coopérateurs si nécessaires pour le travail de 1’évangélisation. L’instruction des catéchumènes disséminés dans les rizières en est le premier but. Les services que ces jeunes gens, remplis de bonne volonté, rendent au missionnaire, dans la surveillance du temporel, la direction des œuvres de jeunesse, la décoralion des églises, ne leur font pas perdre de vue la fin principale de leur institution.
« L’école Taberd, dirigée par les Frères des écoles chrétiennes, voit ses élèves augmenter chaque année, malgré la suppression des bourses accordées autrefois par le gouvernement local. Cet établissement, fort bien installé, compte 465 élèves, français, annamites, chinois ou indiens. Sur ce nombre, il y a 235 chrétiens et 230 païens. Les uns et les autres assistent à tous les offices du culte, et reçoivent en commun la même instruction religieuse, sans qu’il ait été fait dans le passé la plus petite réclamation à ce sujet. Lorsque j’étais directeur de cette école, pendant deux années de suite, 1887-1888, le prix d’instruction religieuse fut décerné à un païen.
« L’institut des sourds-muets de Gia-dinh, dirigé également par les Frères, voit sa situation matérielle péricliter par la suppression de la subvention qui lui était accordée. Pour justifier cette mesure, l’administration de la ville de Cholon a ouvert une école de sourds-muets tenue par des maîtres laïques. Huit jours après la rentrée, tous les élèves la quittaient pour réintégrer celle des chers Frères à Gia-dinh. Ils sont actuellement au nombre de 40. Ils reçoivent dans cet établissement une bonne instruction primaire et se livrent à différents travaux manuels.
« Une école similaire est installée à Lai-thieu, pour les filles sourdes et muettes. Elle est placée sous la direction des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Le chiffre de ses élèves est inférieur à celui des sourds-muets de Gia-dinh, mais, en revanche, elle jouit encore d’une modeste subvention accordée jusqu’à ce jour par le Conseil colonial.
« Le compte rendu des religieuses de Saint-Paul, qui dirigent 16 établissements dans différents postes de la mission, signale pour l’exercice 1906-1907 :

Enfants entrés dans l’année 2.742
Malades soignés dans les hôpitaux 7.483
Baptêmes d’adultes in articulo mortis 649
Baptêmes d’enfants de païens 1.936

« C’est vraiment là une belle gerbe offerte au Père de famille, par ces excellentes religieuses dont le dévouement et l’abnégation sont depuis longtemps connus.
« On ignore généralement qu’il y a à Saïgon un carmel fondé dès le commencement de l’occupation française, sous le patronage de saint Joseph. On y compte actuellement : 30 professes, dont 2 Européennes ; 5 novices et 4 postulantes.
« J’inscris dans nos rangs ces âmes bénies ; si elles ne prennent pas part ouvertement à la lutte pour le bien, nous savons que leurs prières sont le soutien, devant Dieu, des œuvres extérieures de la mission.
« Nos religieuses indigènes, connues sous le nom d’Amantes de la Croix, sont d’un puissant secours pour christianiser l’esprit et les mœurs des familles annamites, par le moyen des écoles, par leurs conseils et les exemples de leur vie vraiment édifiante. Elles sont au nombre de 389, réparties en quatre couvents. Celui de Cai-mong est le plus nombreux. On y compte 195 religieuses. Voici un aperçu de leurs œuvres, dans les 50 postes qu’elles occupent :

36 écoles, où elles instruisent 1.585 élèves ;
6 fermes ;
6 maisons de la Ste-Enfance, avec le chiffre de 498 baptêmes d’enfants ;
125 adultes préparés au baptême ;
110 néophytes et chrétiens ignorants, qui leur doivent l’instruction ;
1 orphelinat avec 71 entrées ;
1 hôpital, dans lequel ont été soignés 75 malades.

« Si, dans le présent compte rendu, j’attire plus particulièrement l’attention sur le couvent de Cai-mong, c’est pour avoir l’occasion de dire un mot du jubilé de la supérieure, célébré en grande pompe le 7 août dernier.
« Entrée au noviciat en 1853, écrit M. Dumortier, l’année même du martyre du B. Minh, « originaire comme elle de la chrétienté de Cai-mong, la Sœur Anne Mieu fut admise à la « profession religieuse par M. Borelle, provicaire de la mission, le 5 août 1857, en la fête de « Notre-Dame des Neiges. L’année suivante, le 9 décembre 1858, le couvent de Cai-mong fut « envahi par les satellites des mandarins. Le prêtre annamite chargé de la chrétienté donna aux « religieuses l’ordre de fuir. La Sœur Anne Mieu dut vivre cachée avec ses compagnes, « pendant quatre ans, c’est-à-dire jusqu’au traité de Saïgon, du 5 juin 1862.
« Lorsqu’en 1867 l’amiral de la Grandière eut achevé la conquête de la Cochinchine, par « l’occupation des trois provinces de l’ouest, il y eut un grand mouvement de conversions. M. « Gernot, curé de Cai-mong, depuis le mois d’août 1864, manquant de personnel, envoya la « Sœur Anne Mieu, avec quelques autres religieuses, instruire les catéchumènes. C’était un « coup d’audace, vu surtout la condition inférieure de la femme en pays annamite. Mais, grâce « à son intelligence et à son tact, la Soeur Anne Mieu réussit au delà de toute espérance. M. « Gernot faisait d’elle ce bel éloge dans une lettre qu’il adressait à cette époque à M. le « Directeur des Annales de la Propagation de la Foi : « La Sœur Mieu est infatigable... Les « esprits les plus rebelles sont domptés par ses raisonnements, sa douceur et sa vertu. Grâce à « elle, j’ai pu baptiser près de 800 personnes. Des 34 villages où je compte des catéchumènes, « 16 lui sont redevables du bienfait de la foi. »
« En 1869, la Sœur Anne Mieu dut quitter ses catéchumènes, pour prendre la direction du « couvent. Sous son supériorat, avec la nouvelle formation que fit donner aux novices M. « Gernot, qu’elle seconda admirablement, la communauté de Cai-mong est devenue très « prospère. Autrefois, la plupart des Sœurs ne savaient même pas lire. Aujourd’hui, elles « dirigent 36 écoles paroissiales. En 1869, le couvent renfermait 13 religieuses et 5 novices. « En septembre 1907, il y a 43 novices et 152 professes. Toutes aiment et vénèrent leur vieille « supérieure. Qu’elles étaient heureuses de célébrer son jubilé cette année ! Mgr Mossart leur « fit l’honneur de venir présider la cérémonie, le 7 août dernier. Sa Grandeur célébra la messe « dans la nouvelle chapelle de la communauté, en présence de ses deux provicaires, M. « Gernot et M. Lallement, et de plus de 40 missionnaires et prêtres indigènes. Puisse Dieu « conserver de longues années encore la digne jubilaire à l’affection de ses religieuses ! »
« On se plaît assez volontiers, dans le camp des ennemis des missions, à représenter les missionnaires sous le masque odieux de politiques habiles et d’exploiteurs plus habiles encore. A les entendre, nos richesses doivent être très grandes. Comment, en effet, entretenir tant d’œuvres sans aucune subvention ? C’est bien un mystère incompréhensible pour ces hommes, qui ne marchent qu’avec l’argent, qui dépensent des sommes fabuleuses pour soutenir, vaille que vaille, les œuvres le plus vulgaires. Je crois pouvoir dire, en toute la sincérité de mon âme, que si j’avais un reproche à adresser à mes confrères, ce serait précisément celui de trop vivre au jour le jour, et de se soumettre à trop de privations afin de pourvoir à l’entretien du personnel indigène et des œuvres de chaque district.
« Bien que l’avenir nous apparaisse très sombre, nous continuons ici, avec une certaine quiétude, notre travail ordinaire. Personne ne craint outre mesure les mauvais jours que Dieu nous réserve peut-être, ni ne se précautionne contre des embarras possibles.
« Comment expliquer cet état d’âme, alors que les journaux de France nous ont transmis la série des ruines accumulées par la haine ? L’ignorance de la situation le caractériserait mal. Nous savons à quoi nous en tenir. Quand même, dans un avenir prochain, nous devrions être dépossédés du peu que nous avons, rien ne nous empêchera de recommencer et de prouver que nous ne sommes pas ici pour acquérir des richesses. Nous saurons habiter des paillotes et vivre à l’annamite, s’il le faut. En réalité, nous avons peu à perdre et rien à craindre. Cette vérité pratique fait du missionnaire un homme peu embarrassé dans les conjonctures difficiles de la vie. Et puis, il sait par expérience que la divine Providence ne lui fera jamais défaut.
« Quoi qu’il arrive, daigne Dieu nous conserver toujours en de telles dispositions !




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