| Année: |
1907 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine orientale |
| Rédacteur: | Mgr Grangeon |
CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE COCHINCHINE
ET DU CAMBODGE
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I. — Cochinchine orientale
Population catholique 83.180
Baptêmes d’adultes 1.768
Baptêmes d’enfants de païens 2.354
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« Au point de vue matériel, dit Mgr Grangeon, cet exercice a été marqué par une importante modification territoriale. La Cochinchine orientale a cédé à sa voisine, la Cochinchine occidentale, une de ses sept provinces, celle de Phan-thiet, qui formait une longue enclave excentrique, entre la mer, à l’est, et la mission de Saïgon, au sud-ouest.
« Cette cession fut officiellement proposée à Mgr Mossard en septembre 1906, avec avis favorable du Conseil de la mission et d’une dizaine d’autres confrères connaissant bien le pays. Elle était motivée par la plus grande proximité, la fréquence et la facilité des relations. la similitude des us et coutumes, mais surtout par la nécessité de créer dans l’important marché, qui est le centre de cette région et le futur sanatorium de la Cochinchine, avec laquelle un chemin de fer le reliera sous peu, les œuvres d’instruction et de charité chrétiennes qu’exigent les temps actuels.
« Sa Grandeur Mgr Mossard, ayant bien voulu agréer la proposition, une supplique commune fut adressée à la Propagande, afin d’en obtenir la rectification nécessaire. La Sacrée Congrégation consacra, en effet, par un décret (1), le projet des deux vicaires apostoliques.
« Cette heureuse rectification de frontières enlève à la Cochinchine orientale un territoire d’environ 200 kilomètres de rivages, sur une largeur moyenne de 15 kilomètres, comprenant une population d’à peu près 70.000 âmes, dont 3.028 fidèles répartis en 16 chrétientés, dont 11 de fondation postérieure à 1885, la dernière datant de l’année même. M. Labiausse qui les a dirigées pendant huit ans, avec un zèle et une sagesse dignes de tout éloge, les remettra, vers la fin de septembre, aux envoyés de Mgr Mossard. Elles ne peuvent que gagner à passer en des mains plus nombreuses et mieux outillées. Que la bénédiction de Dieu soit sur elles à jamais !
« Dans le domaine de l’évangélisation, les obstacles signalés les années précédentes n’ont fait que grandir.
(1) Cum Missionis Cocincinæ Orientalis meridionalis regio ex una parte rnari Sinico et ex aliis duobus missionis Cocincinæ Occidentalis finibus contineatur, opportunum visum est R. P. D. Damiano Grangeon. Episcopo titulari Utinensi atque Cocincinæ Orienlalis vicario Apostolico, ad hac S. Fidei Propagandæ Congregatione in bonum animarum petere ut suæ Missionis meridionalis pars ubi Phan-thiêt exstat princeps, urbs, limitrophi Vicariatus curis committeretur. Cujus petitioni cum libenterassensum præbuerit R. P. D. Lucianus Mossard, Episc. titul. Mediensis atque Vicarius Apostolicus Cocincinæ Occidentalis, Emi. ac Rev. Patres Cardinales S. hujus Congregationis in conventu generali habito die 13 Maii vertentis anni rem examini subjecerunt. Omnibus itaque mature perpensis decrevere a Vicariatu Apostolico Cocincinæ Orientalis sejungendam esse atque Vicariatui Cocincinæ Occidenlalis adjungendam regionem quæ juxta Sinici maris litus extenditur a promontorio Khe-ga ad pagos Ninh-thuân et Cana exclusive, quæque in continenti limitatur summilate montium unde aquæ defluunt hinc in provinciam annamiticam Phanrang, illinc in regionem silvestrem a feris hominibus habitatam.
Quam quidem EE. Patrum sententiam SSmo Duo Nostro PioD. P. PP. X in audientia diei 4 Junii a R. P. D. Sacræ hujus Congr. Secretario relatam Sanctlitas Sua in omnibus ratam habere et confirmare dignata est, atque presens in re Decretum edi mandavit.
Datum Romæ ex ædibus S. C. de Prop. Fide, die 1 Julii 1907.
Fr. H. M. Card. GOTTI, Præf.
(Locus sigilli)
Aloisius VECCIA, Secretarius.
« La préoccupation des intérêts matériels devient chaque jour plus exclusive chez les riches, c’est la soif ardente de s’enrichir encore, pour parvenir au luxe et aux plus hautes fonctions ; chez les pauvres, c’est l’aiguillon de la pénurie, de la détresse, souvent de la faim, dont le sentiment semble s’accentuer sous la pression progressive des charges publiques. Cette situation est aggravée par l’exaction, la vénalité sans cesse croissante, à tous les degrés, de l’administration indigène, contre laquelle nul recours à l’autorité française n’est possible. Allez parler des biens d’En-haut à tous ces affamés des biens d’En-bas !
« L’esprit d’insubordination, de liberté absolue loin du gendarme, de mépris des bonnes vieilles traditions, désorganise la famille et pervertit la conduite privée individuelle. Sous un prétexte quelconque, les jeunes gens fuient le foyer paternel, les époux s’abandonnent, sans souci des enfants. Nos chrétiens eux-mêmes n’échappent pas tous à cette épidémie d’indiscipline et de vagabondage. Évidemment tout cela ne favorise guère la conversion des infidèles.
« L’impatience du joug étranger, la fièvre de l’indépendance nationale, l’attente d’un libérateur venu du Japon, ou même de Chine, a pris des développements plus grands encore. Les bruits de révolte, de guerre étrangère et civile ont circulé, presque sans relâche, surtout depuis qu’il a été question, pour la troisième fois, de déposer le roi actuel afin de déclarer, sous toute vraisemblance, l’Annam simple colonie française.
« Il n’en faut pas davantage pour jeter l’inquiétude et l’alarme parmi le peuple crédule, et le détourner d’embrasser une religion que les circonstances l’ont habitué depuis longtemps à identifier avec l’étranger.
« Nos ennemis n’ont, d’ailleurs, pas manqué d’exploiter ces appréhensions, non seulement pour empêcher les conversions, mais aussi pour pervertir nos néophytes. Ils proclament que la guerre extérieure sera précédée de l’extermination des chrétiens, avec le renouvellement de toutes les horreurs et de toutes les cruautés des massacres de 1885. On fait même parfois intervenir, soi-disant de la part des autorités françaises, des ordres directs d’apostasie, sous menace de confiscation, d’exil, voire même de mort immédiate.
« Ces infernales machinations, dosées habilemnent selon les lieux et les personnes, ont amené, dans la province centrale du Binh-dinh, où les néophytes sont très nombreux, une perturbation qui n’est pas encore calmée. Ces troubles ne nous ont point permis de faire un recensement exact de la population catholique. Il est à craindre que cette crise prolongée ne se borne pas à l’épuration, qui serait plutôt un bien, des hypocrites et des mauvais chrétiens, mais ne jette hors de la bonne voie un certain nombre d’âmes sincères, mais faibles et craintives, plus faciles à entraîner vers le mal qu’à ramener vers le bien.
« Partout ailleurs, la secousse a été moins violente et n’a eu d’autres fâcheux effets que de ralentir ou paralyser le mouvement de conversions. C’est ainsi qu’au Quang-nam et au Quang-ngai on a dû, par prudence, renvoyer à des temps meilleurs, cinq ou six fondations en projet. Cette mesure, d’ailleurs, n’a pas empêché d’enregistrer un nombre de baptêmes d’adultes supérieur à celui de l’année précédente.
« Dans ces deux provinces, surtout au Quang-ngai, le mouvement national japonisant de réforme générale, a pris une physionomie particulière. Ses adhérents se sont groupés en une sorte d’association au but mal défini, qu’on a baptisée du nom concret, mais non moins vague, d’association des Tondus. Ces progressistes, en effet, se coupent les cheveux et raccourcissent leur habit, contrairement à la mode nationale. Ils font d’ailleurs profession de dédain pour maintes autres coutumes anciennes. Ils n’épargnent même pas, du moins dans sa manifestation extérieure, le culte des ancêtres qui est le fond de la religion annamite. Au surplus, les chefs affectent une grande estime pour la religion chrétienne. Ils témoignent de la déférence et de la sympathie aux missionnaires, prêtres indigènes et chrétiens influents, qu’ils fréquentent volontiers. Ils publient qu’il ne faut pas les confondre avec les « Européens ». Il est permis de suspecter un brin la sincérité de leur zèle et de leurs déclarations. Car, dans le domaine religieux, leurs réformes ne dépasseront pas l’ordre naturel et aboutiront plutôt à l’indifférence. Dans le domaine civil, la devise commune n’en reste pas moins : En attendant mieux, imitons le Japon ; assimilons-nous les sciences des Occidentaux, et, quand ainsi nous serons devenus leurs égaux, d’un coup de balai nous les jetterons dehors.
« Aussi tous les aspirants aux fonctions publiques apportent une bruyante ardeur à s’instruire à l’européenne. Leur nombre d’ailleurs s’est accru d’année en année. Ils sont légion depuis surtout que le Protectorat a fait annoncer la fondation d’une école dans chaque commune importante.
« Sans doute cet engouement du début durera peu au même degré. Il faut pourtant bien en tenir compte, pour le contrebalancer et, là où c’est possible, le diriger. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous nous en préoccupons. Plusieurs confrères ont déjà fondé de petites écoles paroissiales, telles que les comporte la situation présente. Et maintenant qu’il nous est donné de voir un peu plus clair dans notre avenir financier, nous sommes en pourparlers pour la fondation d’une école primaire supérieure. Elle sera tenue par des religieux et pourra donner un enseignement relativement complet à nos jeunes gens de bonne famille, tant païens que chrétiens. Des démarches analogues sont faites pour la réforme, dans un but surtout d’éducation, de nos religieuses indigènes. Daigne la Providence bénir ces projets qui, tous, ont pour fin la sanctification et le salut des âmes !
« Dans la plupart des districts, on signale un progrès qui est une consolation pour le présent et un gage de persévérance et de sécurité pour l’avenir : c’est la fréquentation de plus en plus assidue des sacrements. Jusqu’en ces dernières années, la plupart des fidèles, surtout ceux des chrétientés un peu éloignées, se contentaient de la confession et de la communion deux fois l’an, aux deux époques régulières, où leur pasteur se rend au milieu d’eux, pour leur donner les exercices spirituels, compris sous le nom d’administration.
« Aujourd’hui, les prêtres de la mission sont plus nombreux et moins surchargés. Les samedis et veilles de fête, ils se tiennent au centre de leur district, à la disposition des âmes qui veulent recourir à leur ministère. Un grand nombre répondent à leur appel et viennent, même de loin, pour s’approcher du tribunal de la pénitence et de la sainte table, tous les deux ou trois mois, quelques-uns même plus souvent. De là une augmentation de vie chrétienne, dont les effets ne tardent pas à se faire sentir dans la conduite publique et privée.
« Je constate avec grande consolation, écrit un confrère, l’amélioration progressive de la « moralité dans plusieurs chrétientés importantes. J’attribue cet heureux résultat, pour la « paroisse centrale, à la présence de Notre-Seigneur au tabernacle et, pour toutes, à la « fréquentation plus assidue des sacrements, qui rendent la vie et donnent la force à l’âme. »
« Les sacrements, ajoute un autre, sont de plus en plus fréquentés, et la jeunesse est « heureuse d’être poussée dans le sentier de la vertu ; elle répond franchement aux efforts que « l’on fait pour son bien. La dévotion au Sacré-Coeur, tous les vendredis du mois, jours « réservés aux jeunes gens et aux jeunes filles, produit des fruits merveilleux. De même les « grandes personnes de tout âge viennent, avec une pieuse émulation, les samedis et veilles de « fêtes, qui sont leurs jours spéciaux. Daigne la divine Hostie les fortifier dans la foi et dans « les autres vertus chrétiennes et les consoler des misères de cette pauvre vie ! »
« Enfin, un troisième constate que, parmi les quelques néophytes égarés, ceux qui reviennent au bercail sont ceux qui avaient l’habitude de se confesser plus souvent. Notre-Seigneur l’a dit depuis le premier jour : Nisi manducaveritis carnem Filii Hominis et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. »
« Des pertes douloureuses, dans notre personnel sacerdotal, ont marqué la fin de cet exercice : du mois de mai au mois de septembre, deux prêtres indigènes et deux missionnaires ont trouvé la fin de leur carrière. La disparition de M. Maillard, l’un des plus vaillants et des plus distingués parmi nos ouvriers évangéliques, laisse un vide difficile à combler.
« La mission, toujours si intéressante des «Ba-hnars », nous a, cette année encore, fourni près de la moitié de nos baptêmes d’adultes et mérite un moment d’attention (845 bapt.).
« L’érection de cette région en province distincte, avec centre à Polei-Kuderr, n’a duré que deux ans ; ce n’est plus désormais qu’une dépendance de Quinhon, sous la direction d’un délégué spécial. Mais, pour bien prouver à tous la fin de ces dangereux « États du Pape » qui rompaient l’unité indochinoise, ce délégué aura sa résidence à Kontum même, au coeur du pays catholique. Il ne manque plus que la désignation du titulaire. M. Vialleton écrit à ce sujet avec son habituelle sagacité :
« Nous attendons l’inauguration du nouveau régime. Les ennuis qu’amène nécessairement « la présence de la milice déjà installée ne se font sentir que dans le centre. Les corvées, « imposées jusqu’ici aux sauvages, n’ont pas trop fait crier, quoique vues d’un mauvais oeil . « Tout réussira si les futures autorités y mettent du tact et de la lenteur. Dans le cas contraire, « je ne sais trop ce qui arrivera. La grâce de Dieu ne nous manquera pas et saura suppléer « notre impuissance. »
« Au point de vue religieux, le progrès, sans être considérable, a continué comme par le passé. La nécessité de consolider les conquêtes déjà faites a seule empêché d’en entreprendre de nouvelles, dans trois ou quatre districts. Ce sera pour l’année prochaine. D’ailleurs la besogne ne manque jamais, puisqu’il reste près de 5.000 catéchumènes à instruire. Grâce à Dieu, les bâtiments définitifs de l’école des catéchistes s’achèveront enfin et pourront être inaugurés l’an prochain. Cette école donnera aux missionnaires des auxiliaires précieux, et nous rendra encore d’autres éminents services.
« M. Bober, « vrai sauvage » de coeur , raconte un de ces petits faits sans grande importance en eux-mêmes, mais qui, dans l’espèce, prouve à l’évidence combien la grâce transforme les âmes, même les moins souples par nature, à son action. On nous pardonnera de citer ce récit dans toute son étendue :
« Il y a quelque temps, je rencontrai un pauvre vieux de soixante-dix ans, que la fièvre « minait depuis plus d’un mois. Je lui dis : « Ne te fatigue pas pour venir à l’église entendre « l’instruction. Reste bien tranquille près de ton feu : je viendrai moi-même chez toi t’instruire « en particulier. »
« — Non, Père, répondit-il, je suis encore assez fort pour me traîner jusqu’à l’église. « Permettez-moi seulement de me placer au premier rang, avec les enfants, afin de pouvoir « mieux entendre, car la fièvre m’a rendu quelque peu sourd. »
« Le bon vieux se trouvait donc, soir et matin, à l’église, malgré sa fièvre et sa faiblesse et, « pendant trois semaines, ne manqua pas une seule instruction. Le dernier jour il se confessa « comme tout le monde, à l’église. Toutefois, ayant remarqué son rapide affaiblissement, « j’allai, le soir, lui administrer l’extrême-onction. Le lendemain, avant ma messe, je me « rendis encore chez lui et, l’ayant trouvé très fatigué, je lui recommandai de ne point bouger, « mais de se préparer à recevoir le saint viatique, dans sa maison même.
« — Oh ! Père, ma maison est trop sale. Est-ce convenable que le bon Dieu se dérange de « sa belle église pour venir dans un poulailler pareil ! En réunissant tout ce qui me reste de « forces, je me traînerai bien encore jusque chez lui. »
« — Au moins, lui dis-je à bout d’argument, reste bien tranquille à ta place ; je t’y « apporterai la sainte communion. »
« Et voilà qu’au moment voulu, mon petit vieux se trouve le premier à la sainte table ! « Sans préambule, je lui donne, tout ému, la communion en viatique... Après une fervente « action de grâces, faite en commun avec les autres communiants, il ne put rentrer chez lui « qu’avec l’aide de ses parents. Peu après, pendant mon déjeuner, l’un deux accourt : « Vite. « Père, mon frère se meurt ! »
« Il était, en effet, sans connaissance. Et j’avais à peine fini de lui renouveler l’absolution « et de lui donner l’indulgence de la bonne mort, que son âme s’envola au ciel. Daigne Notre-« Seigneur me donner beaucoup de ces bons petits vieux-là.
« Le même confrère fait ensuite remarquer un fait constaté déjà par les autres missionnaires Ba-bnars, mais que nous n’avons pas encore signalé dans le compte rendu :
« On peut se demander pourquoi, malgré le nombre relativement grand de nos baptêmes « d’adultes, ajouté à celui des enfants chrétiens, malgré la persévérance de nos néophytes, le « chiffre total de notre population chrétienne n’augmente que faiblement d’une année à « l’autre. Cela vient de ce que la plupart des enfants meurent en bas âge, par suite, non de « l’insalubrité du climat, mais du manque de précautions hygiéniques. Non que les mamans « sauvagesses n’aiment tendrement leurs enfants comme les bonnes mamans de France ; mais « elles ne savent pas donner à leurs nourrissons les soins de propreté nécessaires ; et aussi, « pour tout dire, par excès de politesse, beaucoup plus que par entraînement, elles ont « rarement le courage pendant la grossesse et l’allaitement de se refuser à une invitation à « boire. Rarement elles vont à l’excès, mais cette absorption de la liqueur fermentée suffit « pour communiquer à leurs nourrissons des maladies d’entrailles qui, trop souvent, les « emportent. »
« La transformation générale, en train de s’accomplir, de toute l’Asie orientale, va jeter les missions de cette partie du monde dans une phase nouvelle. Désormais sans soutien politique temporel, elles devront subsister par elles-mêmes, s’imposer par leur valeur intrinsèque, leur vertu surnaturelle. Placées, dans tous les ordres de choses, en face de faits et d’exigences à peu près inconnus jusqu’ici, elles devront, non certes modifier ni leur dogme, ni leur morale, mais adapter aux circonstances leurs moyens d’influence et leurs méthodes d’enseignement. Celles d’Indo-Chine, en particulier, auront à combattre un nouvel ennemi, extérieurement moins violent peut-être que Minh-Mang et Tu-Duc, mais non moins implacable et beaucoup plus dangereux. Une fois de plus, elles devront leur salut au degré d’instruction religieuse de leurs chrétiens, mais par-dessus tout au zèle et à l’abnégation de leur clergé, surtout du clergé indigène, plus libre et moins facilement attaquable.
« Après deux siècles de lutte héroïque et un demi-siècle d’influence européenne, puisse le grand principe catholique de la liberté de conscience et de la distinction des pouvoirs être victorieux dans l’Annam, et qu’il n’y ait plus de Fils du Ciel, maître absolu de l’âme comme du corps de ses sujets ! Euntes, prœdicate... Pressuram habebitis : sed confidite : Ego vici mundum ... »
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