| Année: |
1907 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Izarn |
III. — Cochinchine septentrionale
Population catholique 58.576
Baptêmes d’adultes 1.068
Baptêmes d’enfants de païens 3.317
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M. Izarn, chargé de l’administration de la mission de la Cochinchine septentrionale, depuis le départ du vicaire apostolique, au mois d’octobre de l’année 1906, ne nous a envoyé que les chiffres du résultat des travaux des missionnaires pour l’exercice 1906-1907. Sachant que Mgr Caspar avait donné sa démission, il a laissé au futur supérieur le soin d’exposer la situation réelle du vicariat, quand il aura parcouru les districts, en visitant les missionnaires chez eux pour faire une revue plus complète de toutes leurs œuvres .
Sa Grandeur Mgr Caspar avait été demandée à Rome par Son Éminence le cardinal Gotti, préfet de la Propagande. Déjà bien affaibli par la maladie et les infirmités, le digne évêque arriva en France en novembre 1906 : le voyage l’avait bien éprouvé. A Rome même, il eut une crise plus forte du mal dont il souffrait. C’est alors que, par une lettre en date du 15 mai 1907, il demanda au Saint-Siège d’accepter sa démission de vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale. Il plaida sa cause avec tant d’instance que le Saint-Père a agréé sa prière, dans l’audience du 18 juillet suivant donnée à Son Éminence le cardinal Gotti, préfet de la Propagande.
Mgr Caspar était évêque depuis 1880. Lorsqu’il prit en main le gouvernement de la mission, la persécution ne sévissait plus ouvertement, mais le roi Tu-Duc et ses mandarins usaient de « ruses cachées sous un vernis d’indifférence, plus dangereuses que la guerre ouverte ». Pendant trois ans, les vexations locales, l’oppression des mandarins, les surexcitations et les troubles intérieurs provoqués par les événements politiques, préparèrent les massacres qui devaient ensanglanter la Cochinchine et donner plus de 8.000 martyrs à l’Église, dans la seule mission de Mgr Caspar.
En 1883, quatre chrétientés furent détruites et 50 fidèles mis à mort dans d’atroces supplices. Après la prise de Hué, par le général de Courcy, le 5 juillet 1885, une vaste conjuration fut formée pour exterminer les chrétiens et les Français. C’est la province de Quang-tri qui eut le plus à souffrir. Les massacres commencèrent au mois de septembre, et, le 6 de ce même mois, toutes les chrétientés furent anéanties et la moitié des fidèles immolés à la rage de leurs ennemis, avec un raffinement de cruauté épouvantable. Le nombre total des victimes fut de 8.585. De plus, toutes les églises, toutes les écoles, tous les orphelinats furent pillés et incendiés.
« Dans ces horribles massacres, écrivait alors Mgr Caspar, 10 prêtres indigènes ont donné « leur sang pour Jésus-Christ, et il n’est pas de langage humain pour raconter les terribles « traitements avec lesquels les assassins les ont fait mourir. L’un a été brûlé vif, l’autre enterré « vivant ; un troisième a eu les entrailles arrachées. »
La mission n’a reçu aucune indemnité pour l’aider à relever toutes ces ruines. Aussi c’est seulement deux années plus tard que nous voyons les anciennes chrétientés se reformer et les œuvres prendre un nouvel essor. La population catholique, de 27.058 en 1880, était tombée à 17.000 environ, disent les feuilles d’administration de 1885. En 1887 elle est remontée à 19.900, en 1892 à 28.040. Elle atteint les chiffres de 37.193 en 1897 et de 56.054 en 1907.
L’œuvre à laquelle Mgr Caspar a attaché spécialement son cœur, c’est la formation du clergé indigène. Lorsqu’il prit le gouvernement de la mission en 1880, il sépara son séminaire
en deux, le petit et le grand. Parlant de son désir de rebâtir le grand séminaire en 1887, il disait : « Mais le nombre et la persévérance de nos jeunes élus dans leur sainte vocation sont « choses qui nous préoccupent plus vivement que les toits de chaume qui encadrent la cour du « séminaire. » Le nombre des élèves était de 38 en 1887, de 112 en 1892 et de 147 en 1900.
Après quarante-deux années de travaux apostoliques en Cochinchine et vingt-sept années d’épiscopat laborieux et fécond, Mgr Caspar demande à passer ses derniers jours dans la retraite et la prière, offrant ses souffrances pour cette mission qu’il a tant aimée et où il laisse tant de regrets. « Puisque la volonté de Dieu, écrit M. Izarn, volonté manifestée par la « décision du Saint-Siège, nous prive à jamais de la sage direction d’un homme vénéré de tous « à l’égal d’un saint, il faudra bien, coûte que coûte, nous y soumettre. Mais la résignation « sera bien difficile. »
« M. Izarn expose ensuite « un tableau de chiffres comparatifs, qui suffiront à démontrer « que si les ouvriers apostoliques n’ont pas obtenu tous les succès que leur zèle infatigable « pouvait ambitionner, ils ont pourtant fait dans le champ du Père de famille, à qui seul « revient tout honneur et toute gloire, une assez bonne récolte » :
1906 1907
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Population catholique 56.054 58.576
Baptêmes d’adultes 848 1.051
Baptêmes d’enfants de païens 3.168 3.317
Confessions 93.404 113.187
Communions 97.848 142.065
Ces chiffres sont très éloquents par eux-mêmes. Les instructions du Saint-Siège sur la communion fréquente ont été reçues en Cochinchine septentrionale avec une obéissance filiale. Les missionnaires se sont hâtés d’exhorter les fidèles à répondre aux désirs du Saint Père, manifestés avec une clarté et une évidence qui ne laissent aucun doute sur la doctrine chrétienne touchant la réception de la sainte Eucharistie. Aussi le nombre des communions a-t-il augmenté du tiers dans le dernier exercice. La vie surnaturelle sera de plus en plus intense dans les âmes, à mesure qu’elles recevront plus fréquemment et avec plus de foi ce pain descendu du ciel.
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