| Année: |
1907 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Haut-Tonkin |
III. — Haut-Tonkin
Population catholique 21.000
Baptêmes d’adultes 542
Baptêmes d’enfants de païens 5.178
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Les missionnaires du Haut-Tonkin ont déployé une grande activité à l’organisation et au développement de cette mission, jeune encore et qui est composée d’éléments disparates, Européens, Annamites et différentes tribus sauvages ou peuplades primitives, qui sont de plus en plus attirées vers l’Évangile. Celles-ci recherchent volontiers la protection du missionnaire, contre les exactions des mandarins. Des villages chrétiens sont troublés par les exigences et les tracasseries des bouddhistes, auxquels l’administration civile donnait trop facilement raison dans le passé. Aujourd’hui elle est mieux éclairée et rend volontiers justice aux fidèles, dont la patience a été longtemps la seule arme défensive.
Dans le sud de la mission, un heureux mouvement de conversions s’est déclaré. Il semble que le jour de la moisson s’est levé sur ces populations, et qu’elles aspirent à entrer dans le royaume des cieux. Les œuvres en général se développent normalement, autant que les ressources annuelles le permettent. Les chrétiens sont fervents. Le tableau d’administration en fait foi. Il y a eu, en effet, 48.014 confessions et 49.022 communions.
Mgr Ramond, vicaire apostolique du Haut-Tonkin, admire le dévouement et le zèle de ses coopérateurs, qui s’adonnent à l’œuvre de l’évangélisation, dans toutes les parties du vicariat, et qui s’encouragent en pensant qu’il faut semer avant de récolter. Ils savent que la semence d’ailleurs ne lève pas du jour au lendemain. Ils savent aussi que, dans le royaume des cieux, celui qui sème partage la récompense avec celui qui moissonne.
Quatre missionnaires sont tout spécialement consacrés à la conversion des Tays et des tribus environnantes. L’un d’eux, M. Antonini, qui habite depuis longtemps dans ces pays, et qui en connaît parfaitement les habitants, raconte ainsi ses espérances et ses pénibles travaux :
« Le petit groupe de mes catéchumènes s’est accru de 5 familles Yao, de 3 familles Meo et « de 2 familles Tays. La grosse difficulté est d’instruire ces nouveaux chrétiens. Chaque tribu « a une langue différente et ne connaît point celles de ses voisines. En outre, ces néophytes se « trouvent à des distances énormes les uns des autres, disséminés sur de hautes montagnes. La « question n’est plus de savoir comment nous pourrons attirer ces peuplades primitives. Nous « n’avons d’autre désir que leur bien et avant tout, leur salut éternel. Elles nous demandent de « protéger le pauvre et le faible contre les concussions et les malversations de tout genre des « chefs. Il nous faut donc prendre directement en main les intérêts de nos catéchumènes, les « défendre contre les colères des mandarins, leur trouver des terrains à défricher, des « instruments de travail et des bêtes de labour. En un mot, nous devons les établir, les grouper, « fonder des villages, les diriger et leur servir de rempart contre leurs ennemis. La grâce du « bon Dieu nous est indispensable pour cette œuvre , et nous le prions de nous envoyer aussi « une rosée de bonnes piastres, comme supplément bien utile pour remplir toute notre tâche, « auprès de ces âmes si intéressantes. »
« Sur un autre point de la mission, reprend Mgr Ramond, loin de Nghia-lô, M. Savina espère, par une longue patience, amener aussi au bercail de l’Église quelques villages de ces mêmes tribus. Voici comment il raconte les débuts de son apostolat au milieu d’elles : « Le 1er « octobre dernier, je recevais ma nouvelle destination pour le pays des Tays de la haute « région. Après avoir parcouru les territoires de Tuyên-quang à Ha-giang, je résolus de me « fixer à Vinh-tuy, au confluent du fleuve Con et de la rivière Claire.
« Le 19 mars, ma modeste église, dédiée à sainte Anne, était terminée, et j’y célébrais la « sainte messe, en présence de plus de 100 païens, accourus de tous les environs. Les Tays, « que je dois évangéliser, sont des Tays blancs, pour la plupart. L’hospitalité est leur grande « qualité, et la paresse leur premier défaut. Deux villages ont demandé à étudier notre sainte « religion. Mais les Tays sont longs à prendre une décision pratique et ferme, toutes les fois « qu’ils se trouvent en présence d’un effort à accomplir, ou d’un obstacle à vaincre. »
M. Blache exerce son zèle apostolique dans les mêmes contrées. Il se dispose à recueillir les premiers fruits de son travail. Il enregistre 8 baptêmes d’adultes et 8 d’enfants de païens, administrés à l’article de la mort. Ces nouveaux chrétiens sont tirés de plusieurs peuplades.
Sur la frontière du nord-est de la mission, à Ha-giang, nous trouvons M. d’Abrigeon, chargé de l’ambulance militaire. Il se fait en même temps le consolateur des malades indigènes et leur infirmier. Tous les jours quinze à vingts personnes viennent le consulter et lui demander des remèdes pour le corps. C’est un excellent moyen pour lui d’aller jusqu’aux âmes, de les instruire, de leur faire aimer la religion de charité qu’il enseigne, et de leur donner la santé spirituelle. Il a déjà trouvé une douce récompense à son dévouement, en baptisant 21 adultes et 38 enfants de païens.
« Ce n’est pas parmi les tribus sauvages seulement, dit Mgr Ramond, que l’évangélisation rencontre des difficultés. M. Girod nous montre, par un exemple, que nulle part le démon ne se laisse vaincre sans livrer de rudes combats. « Il y a, écrit-il, à cette même époque, environ « un an, que le maire et quelques notables du village de Dao-kieu, sont venus me demander à « se faire catholiques, en me suppliant de les défendre contre les injustices et les exactions du « mandarin. Après avoir reconnu la fausseté de l’accusation de vol, portée contre deux « habitants du village en question, je crus pouvoir les recommander officieusement à la « bienveillance du Quan-Phu, qui jusque-là se trouvait en bons termes avec moi. Mais le « diable, selon son habitude, se mêla de cette affaire. Aussi, le mandarin, furieux de mon « intervention qui dérangeait ses plans, fit frapper brutalement le maire et les notables, qui « étaient venus chez moi.
« Malgré le blâme sévère que lui donna, pour ce fait, l’autorité supérieure, cet Annamite, « tout à fait moderne style, ancien boy d’un haut fonctionnaire qui l’a conduit plusieurs fois « en France, mit si bien en jeu tous les ressorts de sa ruse, que je fus accusé par la presse « anticléricale de vouloir supplanter l’autorité indigène, et de gêner considérablement « l’autorité française elle-même. Il y eut néanmoins plus de bruit que de mal pour la cause de « Dieu. Aujourd’hui, un catéchiste est installé à Dao-kieu, où j’ai acheté un terrain et construit « une maison. »
« A Phû-yên-binh, centre assez éloigné des anciennes chrétientés de la mission, il est très « difficile d’entamer les villages bouddhistes. Même en rendant service aux gens, qui viennent « volontiers réclamer l’appui moral du missionnaire, on ne trouve pas le chemin des âmes. A « plusieurs reprises, au risque de me compromettre, j’ai fait appel à la justice en faveur « d’accusés innocents, dont j’ai obtenu la mise en liberté. Hélas ! mes clients en restent « toujours à leurs promesses de conversion. Dans cet état de choses, je trouve plus pratique et « plus sûr le système déjà employé, à savoir : acheter des terrains, pour y installer des gens « isolés qui demandent à embrasser la religion, en les encadrant de vieux chrétiens du delta. »
M. Girod a baptisé à Phû-yên-binh 15 adultes et 13 enfants de païens.
A Tuyên-quang, chef-lieu de la province, M. Gauja a recueilli une belle moisson, grâce à l’hôpital de la mission, qui a donné asile à 320 malades et procuré le baptême à 50 adultes et à 43 enfants moribonds. « Dans la paroisse, écrit ce confrère, les conversions sont peu « nombreuses ; 15 catéchumènes seulement sont devenus enfants de Dieu. Mes chrétiens « annamites, sans être parfaits, donnent grandement l’exemple aux chrétiens français, pour « l’assistance à la messe et l’accomplissement du devoir pascal. Ils aiment les cérémonies du « culte et contribuent généreusement de leurs deniers à son entretien. Cette année, au milieu « des païens ébahis et respectueux, nons avons pu faire la procession du Saint-Sacrement et « dominer à cette fête le plus grand éclat. »
Quittons les montagnes pour descendre dans la vallée du fleuve Rouge. Voici le district de Yên-tâp. M. Chatellier en est le titulaire. Ses registres portent les noms de 32 adultes baptisés durant le présent exercice. Ce cher confrère est tout heureux d’avoir élevé à la gloire de Dieu deux vastes et magnifiques églises, l’une à Du-bô, l’autre à Yên-tâp même, grâce à la science architecturale et au dévouement de M. Méchet. « Elles dominent sans comparaison possible, remarque Mgr Ramond, tous les temples bouddhiques, et les païens viennent de loin admirer leur splendeur, pour eux inimitable. Si elles inspiraient à quelques-uns le désir de se convertir, ce serait une douce consolation pour le missionnaire. Mais, il faut plus que des monuments pour toucher des âmes, ensevelies dans de mauvaises habitudes. Hélas ! trop souvent on peut dire d’elles : Oculos habent et non videbunt, aures habent et non audient. »
« L’état général de la chrétienté de Hung-hoa, dit M. Gaillard, est satisfaisant. A part un « retardataire, qu’on n’a pas laissé approcher des sacrements, parce qu’il ne consentait pas à « racheter ses enfants, vendus à des païens, alors qu’il aurait pu le faire, s’il l’avait voulu, tous « mes paroissiens ont fidèlement rempli leur devoir pascal. La majorité d’entre eux ont « communié aux principales fêtes de l’année. Je n’ai pu recueillir que 17 baptêmes d’adultes « et 30 d’enfants de païens. »
« Le district de Nô-luc, confié à M. Hue, mon provicaire, reprend Mgr Ramond, se divise en deux centres bien distincts, séparés par le fleuve Rouge. L’un, sur la province de Hung-hoa, se compose en grande partie d’anciens chrétiens ; l’autre, sur Sontay, ne comprend guère que des néophytes et des catéchumènes. Son chiffre de baptêmes d’adultes est de 19. Plusieurs groupes de catéchumènes, qui se préparent depuis deux ans, vont bientôt faire leur entrée dans le giron de l’Église. Voici commuent M. Hue expose lui-même la situation présente : « Pendant l’exercice précédent, l’état des nouveaux chrétiens, dispersés dans les « villages païens, s’est légèrement amélioré. Là où la paix régnait déjà, le nombre des « catéchumènes augmente progressivement. Il n’y a aucune défection à déplorer parmi les « néophytes. Dans les deux villages, où les relations étaient plutôt tendues entre bouddhistes « et catholiques, une détente sensible s’est produite. Deux causes surtout ont contribué à « amener cet heureux résultat : la patience des catéchumènes et l’équité de l’autorité. Les « notables, voyant les nouveaux chrétiens échapper à leurs concussions, ont tout mis en œuvre « pour les retenir, promesses, menaces, procès, coups, dénis de justice, exclusion du village, « etc... A toutes ces avanies, les victimes n’ont répondu que par une patience bien méritoire « pour des Annamites. Aujourd’hui, de guerre lasse, les notables se tiennent tranquilles. « D’ailleurs, ils comprennent que c’est leur intérêt, car les dispositions de l’autorité « provinciale à leur égard sont légèrement changées pour le moment. Sera-ce pour long« temps ? Il était de bon ton naguère, dans un procès de bouddhistes contre les catholiques, de « donner raison aux premiers. Une fois pourtant l’injustice était flagrante; ; il fallut les « condamner. Mécontents, ils en appelèrent à Hanoï, de la décision résidentielle. Ils eurent le « dessous encore dans le nouveau jugement. Leur conduite éclaira l’autorité sur les dangers de « sa confiance passée. Depuis lors, nous pouvons compter sur un peu plus de justice. Cette « perspective suffit pour retenir nos ennemis, dont la calomnie et la corruption ont été la force « jusqu’à ces derniers temps. »
« Au sud de la mission, sur les bords du Day, qui nous sépare du Tonkin occidental, M. Duhamel rend de ferventes actions de grâces à Dieu, pour les 131 baptêmes d’adultes qu’il a administrés, et dont 19 seulemnent l’ont été à l’article de la mort. Après avoir semé dans les larmes, la famine et la misère, il recueille dans la joie. « Mes 16 nouvelles chrétientés, écrit-il, « me donnent de grandes consolations. Les néophytes comprennent mieux la religion et, par « suite, la pratiquent avec plus de ferveur. Le jour de la fête du Sacré-Cœur fut un jour de « triomphe. J’avais annoncé l’adoration solennelle du Saint-Sacrement dans l’église de Son-« Lô, centre de mes nouvelles chrétientés, fixant à chacune d’elles son heure de prière. Malgré « les travaux de la moisson, toutes furent fidèles au rendez-vous ; et, du matin au soir, des « supplications ardentes s’élevèrent vers le Dieu de l’Eucharistie. J’étais l’heureux témoin de « ce spectacle, et mon cœur débordait de reconnaissance.
« Au point de vue temporel, mes néophytes sont, en général, pauvres. Mais le bon Dieu les « aide visiblement. Peu de temps après leur baptême, ils acquièrent sinon la richesse, du « moins une modeste aisance, que n’obtiennent pas leurs parents et amis païens. Ce fait frappe « d’étonnement ces derniers et nous amène de nouvelles familles.
« Il serait trop long de rappeler tout le bien que la visite pastorale de cette année a fait à la paroisse de Vinh-lôc. Les 2.000 communions distribuées à cette occasion, sur une population de 2.500 chrétiens, prouvent surabondamment le travail accompli pendant ces quinze jours, et la piété des fidèles. Ce qui est plus consolant encore, c’est leur persévérance et leur grand attrait à s’approcher souvent des sacrements.
« Cette visite s’est terminée par la bénédiction solennelle de l’église de Son-lô, due en partie à la générosité d’un fervent chrétien, et à l’habileté du prêtre Ly, qui, avec des ressources minimes, a su faire une œuvre vraiment belle. »
Sa Grandeur Mgr Ramond termine son compte rendu par un résumé de l’état des œuvres générales de la mission, le séminaire, les hôpitaux, les léproseries et la Sainte-Enfance.
« Notre petit séminaire, sous la direction de M. Quioc, son nouveau supérieur, compte 64 élèves. Il conserve le bon esprit que lui avait inculqué le cher M. Bessière, toujours si regretté de tous ceux qui l’ont connu.
« La mission possède quatre hôpitaux indigènes, dont deux sont tenus par les religieuses de Saint-Paul de Chartres, et deux par les missionnaires. Le dévouement de nos bonnes Sœurs n’est plus à faire connaître. Les soins intelligents qu’elles prodiguent aux malades leur ouvrent tous les cœurs . Touchés de leurs bienfaits, ils ne résistent pas à leurs exhortations. Presque tous les mourants demandent le baptême, avant d’entrer dans leur éternité. Sous l’influence de ce zèle et de leur savoir-faire, M. Blondel a pu baptiser 112 adultes et 37 enfants païens, à Yên-bai, et M. Massard, 37 adultes et 81 enfants également de parents païens, à Sontay.
« Nos trois léproseries sont toujours au complet. La mort fait de nombreuses victimes dans ces asiles de l’extrême misère. Sont-elles à plaindre ? N’est-ce pas la délivrance pour ces malheureux, rongés d’ulcères, soumis aux plus dures souffrances ? On le croit facilement, en voyant la joie s’épanouir sur leurs visages desséchés, au moment où ils quittent la vie pour un monde meilleur. Car tous sont déjà chrétiens ou le deviennent avant de mourir. Je puis l’affirmer en connaissance de cause ; la religion est pour eux une source de grandes consolations. Il n’y a pas, dans la paroisse de Sontay, de chrétienté plus joyeuse, ni plus fervente que celle des lépreux.
« J’ai constaté encore cette année, avec la plus grande satisfaction, les progrès sensibles de l’Œuvre de la Sainte-Enfance. Missionnaires, prêtres indigènes, catéchistes, tous s’occupent activement à la soutenir et à la développer, dirigeant les baptiseurs et baptiseuses, obtenant ainsi le beau résultat de 5.178 baptêmes d’enfants de païens à l’article de la mort. Ce sont des anges que nous envoyons au ciel pour nous y servir d’intercesseurs et nous préparer une place. »
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