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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin occidental
Rédacteur:Mgr Gendreau

CHAPITRE V
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GROUPE DES MISSIONS DU TONKIN

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I. — Tonkin occidental

Population catholique 140.379
Baptêmes d’adultes 1.601
Baptêmes d’enfants de païens 24.838
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I. — « Grâce à Dieu, écrit Mgr Gendreau, notre mission, si longuement éprouvée par la famine de 1905-1906, a vu sa situation s’améliorer. Avec les dernières récoltes dont nous avons été favorisés, la misère a diminué peu à peu, et les populations ont pu envisager plus tranquillement le lendemain. Comme conséquence, la vie religieuse est promptement redevenue dans nos paroisses, ce qu’elle était avant la terrible crise.
« Dès le mois d’août 1906, les missionnaires et les prêtres indigènes reprenaient la visite de leurs chrétientés pour l’administration des sacrements. Ces visites, où tout se passe comme en temps de retraite, font toujours beaucoup de bien. Cette année, elles en ont fait plus que d’ordinaire et l’interruption forcée de l’an dernier a été largement compensée.
« Voici d’ailleurs quelques chiffres :

1906 1907
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Confessions 265.508 300.587
Communions 255.911 312.487
Confessions d’enfants 5.538 6.782
Premières Communions 2.858 3.932

« Ainsi donc, en considérant les heureux changements du côté matériel et du côté religieux, survenus depuis un an, nous avons sujet de nous réjouir et de remercier la divine Providence. Malheureusement, de ces deux côtés également, l’avenir se présente sous d’inquiétants auspices.

II. — « Les Annamites ne sont pas contents de l’état de choses actuel. Ils se plaignent du régime des fermes et monopoles, qui les oblige à payer des droits plus forts, paralyse le petit commerce et entrave beaucoup de métiers dont vivait une grande partie de la population. La gêne est encore accrue par la disparition progressive de la monnaie de zinc, si bien adaptée à la condition besogneuse des Annamites, et restée encore maintenant la base de toutes les petites transactions dans les campagnes. Avec deux ou trois sapèques, l’indigent peut acheter un fruit, un gâteau et calmer ainsi les tiraillements de la faim. Mais, comme le Gouvernement n’en fabrique plus, celles qui étaient en circulation. deviennent de plus en plus rares, et le marché s’en ressent, au grand détriment de tous.
« Enfin on réclame contre les impôts, dont le système actuel en fait retomber presque tout le poids sur le petit contribuable, lequel, pour y suffire, ne possède que sa maigre portion de rizières communales. Lorsque les récoltes se succèdent normalement, il parvient à s’en tirer : mais dès qu’une récolte manque, il n’a plus rien pour satisfaire le fisc. Il lui faut emprunter ou engager son lopin de terre. La misère s’installe alors à son foyer, et Dieu sait quand il pourra s’en libérer !
« L’on a souvent répété que, grâce à l’argent mis en circulation depuis l’établissement du protectorat, le Tonkin jouissait d’une aisance et d’un bien-être inconnus jusqu’à ce jour. Cela est vrai pour les villes et les gros centres, pour la partie de la population qui gravite autour de l’élément français : mais l’on aurait tort de généraliser, car la population des campagnes, c’est-à-dire la très grande majorité, participe peu et même pas du tout à cette avantageuse situation. Or, le villageois annamite est simpliste. IL juge toutes choses d’après ses intérêts personnels. Il prétend, à tort ou à raison, qu’il est plus durement opprimé par ses mandarins, qu’il doit supporter des charges plus lourdes et payer les denrées dont il a besoin plus cher qu’autrefois. C’est là ce qui le touche, c’est la pensée qu’il rumine tout le long du jour. Aussi, peu sensible aux bienfaits du protectorat, se prend-il à regretter le temps passé. Il perd de vue les abus dont il était alors victime. Il ne regarde que son état présent et, cet état ne le satisfaisant pas, il se plaint, il s’irrite. Encore un pas, et c’est un mécontent.
« Ces sentiments d’aigreur sont exploités par nos ennemis, plus nombreux qu’on ne croit. Calomnies, pamphlets injurieux contre la France et son administration, tous les moyens leur sont bons, et leur réussissent souvent.
« Les chefs du protectorat, au courant de ce travail secret, cherchent à regagner le terrain perdu et à ramener les sympathies qui s’en vont. Dans ce but, l’on organise, en ce moment, un nouveau système d’enseignement, dont le réseau doit s’étendre sur tout le Tonkin, avec des écoles à la portée des plus petites localités. Comme l’instruction a toujours été en grand honneur parmi les Annamites, l’on espère beaucoup de cette mesure pour la consolidation de l’influence française.
« En d’autres temps, un tel projet mériterait l’approbation de tous. Mais, avec l’orientation actuelle de la politique et les idées en cours, qui nous dit que ces écoles seront un bienfait pour nos protégés ? Qui nous dit surtout qu’elles ne serviront pas à combattre une œuvre qui rencontre déjà tant d’hostilité, l’œuvre des missions et des missionnaires ?
« Quelle tristesse que d’en être arrivés à se demander si la France, la noble nation à laquelle nous devons la liberté religieuse, ne va pas rétablir, pour son compte, les entraves dont elle nous avait délivrés ?
« En 1874, elle avait obligé la cour de Hué à reconnaître aux missions le droit d’acquérir des terrains, de construire des églises, d’ouvrir des écoles, des hôpitaux, etc., et un jour, peut-être, la main qui avait rédigé ce traité le déchirera !
« Il faut bien parler de ces tristes éventualités, puisque tout le monde en présage la prochaine réalisation. Ce n’était d’abord que des bruits lointains, que des rumeurs vagues, mais ensuite il y a eu des actes. Grand fut l’émoi, l’an dernier à pareille date, lorsque l’autorité supérieure prescrivit de faire le relevé des biens et du personnel des missions. C’était, dit-elle alors, dans un but de statistique. Mais l’opinion lui attribue une tout autre fin, et peut-on soutenir que l’opinion se trompe en présence des mesures fiscales qui maintenant viennent frapper les missions et leurs œuvres ?

III. — « Selon les prévisions humaines, nous avons lieu de craindre que le fonctionnement de nos écoles, asiles, hôpitaux, ne soit avant longtemps rendu impossible par manque de ressources, à moins qu’on ne préfère les étrangler tout d’un coup. Daigne le bon Dieu nous épargner cette épreuve ! L’avenir appartient à lui seul. Rien ne nous arrivera que ce qu’il a décidé. Donc, en attendant, nous continuons, malgré les obstacles du moment, à faire le bien suivant nos moyens.
« Dans le cours de cette année, nos hôpitaux indigènes de Ké-so et de Ké-vinh ont recueilli 1.050 malades. Les Sœurs ont, en outre, distribué des remèdes à 15.400 non hospitalisés. Nous avons aussi un petit hôpital à Nam-dinh, mais l’installation est trop rudimentaire. Il faudrait, pour attirer les malades, le mettre sur un pied meilleur.
« Le service médical a introduit de profondes modifications à la léproserie de Hanoï. Les lépreux sont internés sans permission de sortir. Il a fallu, en conséquence, organiser le service religieux sur de nouvelles bases, et même tout récemment y consacrer un missionnaire, qui s’est installé à demeure fixe, tout près de là. Sa présence réconfortera ces pauvres gens, et il leur sera plus facile de recevoir les sacrements.
« A Hanoï, les écoles des Sœurs et des Frères ont compté plus de 500 élèves. Elles en auraient reçu bien davantage encore, si chacun était libre de suivre ses préférences et de faire donner à ses enfants l’enseignement de son choix.
« Nous avons le dessein d’ouvrir d’autres écoles dans les centres. (Quelques-unes fonctionnent déjà.) C’est une création qu’imposent les circonstances et nous en espérons un grand profit pour nos chrétiens.
« En plus de ces œuvres de malades et d’enfants, nous avons tâché, suivant les désirs du Saint-Père, de développer parmi les fidèles la sainte et fructueuse pratique de la communion fréquente.
Depuis un certain temps, toutes les paroisses principales et la plupart des annexes ont le bonheur de posséder la sainte Réserve.
« L’Adoration perpétuelle pour tous les dimanches de l’année, la communion et les exercices du premier vendredi du mois, en l’honneur du Sacré-Cœur, étaient déjà de précieux stimulants à la dévotion de nos chers Annamites envers la sainte Eucharistie, et la communion fréquente entrait aussi peu à peu dans leurs habitudes. Mais, depuis la publication du décret du Saint-Siège, cette ferveur a fait des progrès très sensibles, là surtout où nos confrères peuvent y consacrer leur zèle d’une façon plus permanente et plus assidue.
« Ainsi, à Hanoï, sans parler des communions faites dans les communautés religieuses, l’on a distribué, à la cathédrale, 51.522 communions ; à Ké-so, plus de 20.000 ; à Nam-dinh, 15.000. Sous l’impulsion de leurs missionnaires, les districts de l’intérieur, notamment ceux de Phung-khoang, Tân-dô, Chân-ninh, voient également le chiffre des communions hebdomadaires, et même des communions fréquentes, se multiplier rapidement. A But-dong, où je me trouvais alors en tournée pastorale, nous avons eu, pour la dernière fête du Rosaire, 1.300 communiants.

IV. — « De divers côtés, par exemple à Son-mieng, Yen-mi, Cong-xa, les chrétiens s’imposent de grosses dépenses pour reconstruire ou restaurer leurs églises. Quelques-unes des nouvelles constructions, celles de Son-mieng, Yen-mi, en particulier, feront honneur à la générosité des habitants.
« Déjà les chrétientés de Ké-voi, de Kim-bang s’étaient brillamment signalées sous ce rapport. Mais le chef-d’œuvre de toutes ces églises est, sans contredit, celle dont le cher M. Souvignet vient de doter la coquette petite ville de Phu-ly. A cette œuvre, véritablement artistique, notre confrère s’est dépensé et a dépensé tout ce qu’il avait. A l’intérieur comme à l’extérieur, tout y est gracieux, de bon goût, harmonieux et pieux. Dans ses proportions modestes, l’édifice peut rivaliser avec les plus beaux monuments du Tonkin, et l’on a raison de dire que, pour son coup d’essai, M. Souvignet a fait un coup de maître. Tout en achevant les décorations de son église matérielle, il s’occupe d’organiser son église spirituelle, c’est-à-dire la chrétienté de Phu-ly, laquelle, formée d’éléments un peu disparates, a en effet besoin qu’on lui inspire, avec la cohésion et l’union fraternelle entre ses membres, un solide esprit religieux. Puisse-t-il réussir aussi bien sur ce point !
« C’est ce qu’avait obtenu, à Nam-dinh, un prêtre indigène, que Dieu a rappelé à lui, le 26 juillet. Le P. Nghiêm, ou P. Majesté (comme traduisaient nos compatriotes), avait dans les veines quelques gouttes de sang japonais. Il descendait, en effet, d’une des familles japonaises venues, au dix-septième siècle, abriter leur foi chrétienne au Tonkin. Catéchiste de Mgr Retord, et plus tard de Mgr Jeantet, c’est lui qui alla, en pleine persécution, porter à Mgr Theurel, caché dans les massifs de Dong-chiêm, sa nomination de coadjuteur du Tonkin occidental, et qui le conduisit en deux nuits à Ké-tru, lieu fixé pour la consécration épiscopale de l’élu.
« Presque toute sa vie de prêtre s’est écoulée à Nam-dinh, où il avait été nommé en 1868, et qui dépendait alors de la paroisse de Ké-trinh. Trois ans plus tard, Nam-dinh était érigé en paroisse et le P. Nghiêm en devenait le premier curé. Le choix était bon. Prêtre d’un caractère austère, mais d’une vertu réelle, et d’un zèle ardent que l’âge n’a pu ralentir, il se dépensait tout entier à ses devoirs de pasteur, prêchant tous les jours et profitant de toutes les occasions pour attirer ses chrétiens à la fréquente pratique des sacrements. Par ses exhortations et sa sage direction, il a réussi, malgré les obstacles inhérents aux grosses agglomérations, à faire de Nam-dinh une paroisse modèle, dont le bon esprit, la ferveur et la générosité envers les miséreux méritent tous les éloges. Il a été beaucoup regretté.

V.— « Si le tableau d’administration est, cette année, bien supérieur à celui de l’an dernier, un article pourtant est resté à peu près stationnaire : c’est celui des baptêmes de païens. Cette considération ne doit pas étonner. Les circonstances sont si peu favorables, surtout dans le voisinage des centres, où l’on propage tant de bruits alarmants sur le sort réservé à la religion et aux chrétiens. Malgré cela, on signale, de temps en temps, dans les régions plus écartées, de nouvelles demandes de conversions.
« M. Aubert a eu la joie d’enregistrer 103 baptêmes.
« De son côté, M. Le Page élargit de plus en plus le cercle de ses conquêtes spirituelles. Après avoir, en dix-huit ans, créé les trois paroisses de Dong-lao, de Yen-kien, de Go-coi, exclusivement composées de nouvelles chrétientés, il continue sa marche toujours plus à l’ouest, et le voilà qui vient de planter sa tente au milieu d’une région où la religion était presque inconnue. Quel a été le résultat ? Il va nous le dire lui-même :
« C’est le 12 juin 1906 que je suis allé pour la première fois à Thuong-lam. Il n’y avait alors que 9 familles déterminées à se convertir. Elles furent vite en butte à l’animosité des notables. On forgea des griefs ; on pilla leurs maisons ; on voulut même les saisir et les livrer aux mandarins. Grâce à l’équité des autorités françaises, ces vexations prirent fin en novembre. Le 4 du même mois, 23 autres familles se firent inscrire chez le catéchiste. Peu à peu le chiffre est arrivé à 200.
« Les villages environnants ont suivi l’exemple de Thuong-lam. La religion est maintenant « introduite dans 19 localités, et le total des convertis monte à 2.387. Je ne prétends pas que « tous persévéreront. Il y en a qui entrent et d’autres qui sortent. La porte est ouverte pour « tous, mais le bon Dieu fait son choix.
« Dong-mit est la meilleure de ces nouvelles chrétientés. Le 5 décembre, 12 familles « signaient la demande de conversion. Après un procès réglé en faveur des chrétiens, tout le « village a embrassé notre sainte religion. Ces braves gens ont très bonne allure. Ils sont zélés « pour l’étude et pour l’assistance à la messe le dimanche. A eux seuls, ils remplissent « presque mon église. Chaque dimanche, on les voit arriver en une longue file de deux ou « trois cents. J’aurais pu en baptiser un bon nombre. J’ai préféré attendre quelque temps.
« Huu-van promet également beaucoup. Il y a 328 conversions. Ils ont été très molestés par « un mandarin, qui s’était mis à la tête des richards païens, pour les persécuter et les « décourager. Mais, ils ont toujours tenu bon. »
« Daigne notre divin Sauveur avoir pitié de toutes ces chères âmes et leur accorder le don de la Foi ! »




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