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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Allys

III. ─ Cochinchine septentrionale

Population catholique 57.886
Baptêmes d’adultes 793
Baptêmes d’enfants de païens 2.456
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« Une des choses les plus difficiles à obtenir des missionnaires et des prêtres indigènes, écrit Mgr Allys, c’est le compte rendu des travaux qu’ils ont accomplis, des obstacles qu’ils ont rencontrés, et des succès qu’ils ont obtenus.
« Travaillant et souffrant pour Dieu qui voit tout et n’oublie rien, ni les uns ni les autres ne veulent comprendre l’utilité, ni surtout la nécessité de ces rapports. En vérité, quelle que puisse en être l’exactitude, ceux-ci restent toujours une pâle peinture de la réalité des choses : car, le plus souvent, il est impossible de rendre par des paroles les souffrances physiques et morales endurées par les ouvriers apostoliques. Mais, si le silence sur leurs travaux témoigne en faveur des vues surnaturelles des missionnaires, et leur peu de cas des applaudissements et le l’admiration des hommes, il n’est pas sans porter un réel préjudice aux œuvres elles-mêmes de la mission. Faire connaître à nos bienfaiteurs nos plans, nos efforts, nos succès, c’est les intéresser plus directement à notre apostolat, leur faire partager nos craintes et nos espérances, nos joies et nos tribulations, c’est les porter à unir leurs prières aux nôtres, pour obtenir la conversion des païens. C’est enfin une certaine dette de reconnaissance, dont nous ne devons jamais perdre de vue la douce obligation. »
Avant d’entrer dans l’exposé des détails, Sa Grandeur constate avec bonheur la persévérante activité déployée par les missionnaires et le clergé indigène, soit dans l’administration de leurs chrétiens, soit pour l’évangélisation des païens. Elle note aussi le bon esprit et la docilité qui, à de rares exceptions près, règnent parmi les chrétiens de toute la mission. C’est à leurs mérites et à leurs prières qu’il faut attribuer les 793 baptêmes de catéchumènes et les 2.456 d’enfants de païens à l’article de la mort, qui forment la gerbe du présent exercice. Il y a eu 127.943 confessions et 168.300 communions dans l’année.
« Sans doute, les chiffres des baptêmes sont modestes : cependant, pour les obtenir, Dieu sait combien il a fallu faire de démarches, surmonter de difficulté, et subir de déceptions !
« M. Chapuis n’a pas épargné sa peine pour convertir les païens et multiplier ses catéchumènes. Il s’est imposé des fatigues telles que souvent nous nous sommes demandé s’il pourrait tenir longtemps à un pareil genre de vie. « Le cheval du Père est bien à plaindre, me « disaient un jour les paroissiens de notre confrère, mais il est encore plus heureux que le Père « lui-même. »
« Grâce à ce surmenage, M. Chapuis a baptisé 93 catéchumènes, dont la sincérité et la persévérance paraissent hors de doute ; car ils ont embrassé notre sainte religion avec l’assurance que leur conversion deviendrait pour eux une source de misères et de difficultés.
« Le nombre de ses chrétiens, de 390, en 1905, s’est élevé à 697 cette année, et celui des confessions, à 1.638. M.Laffitte a communiqué à sa paroisse de Kin-long une intensité de vie religieuse inconnue jusqu’à ce jour. Avec le secours de son vicaire annamite, il a entendu 7.669 confessions. C’est une moyenne d’un peu plus de 12 confessions par personne capable de s’approcher du tribunal de la pénitence, chiffre magnifique pour une chrétienté, dont les habitants, en général, doivent durement travailler pour gagner leur vie de chaque jour.
« M. Chaiget a également obtenu un vrai succès, grâce à ses persévérants efforts. Il a été bien secondé par son vicaire annamite, le P. Tué, dont les instructions soignées ont remué les chrétiens de Son-cong, qui peut être compté parmi les bonnes paroisses de la mission.
« Par contre, l’esprit des fidèles de Son-quâ laisse à désirer. On ne peut espérer le voir se modifier tant que les principaux d’entre eux seront aussi plaideurs, entêtés et si peu respectueux de l’autorité.
« M. Guillot, l’heureux pasteur de Duong-son, dont quelques progrès encore feront une paroisse modèle, donne des éloges à ses ouailles. Il regrette que le triste état de sa santé ne lui permette pas de leur donner des soins plus assidus. Cependant le chiffre des confessions, 3.367, l’emporte sur celui des années passées.
« Notre confrère vient de recevoir pour le seconder un jeune vicaire intelligent et plein d’ardeur. Il met en outre sa confiance dans l’intercession des bienheureux Jaccard, longtemps curé de Duong-son, et Emmanuel Thien, dont cette chrétienté possède les reliques, pour obtenir la conversion des païens et un plus grand nombre de baptêmes.
« Duong-son possède une nombreuse communauté de religieuses indigènes. Très pauvre, depuis que le feu, à plusieurs reprises, a consumé ses bâtiments, ce couvent ressemble à la chrétienté au milieu de laquelle il est situé. Il est docile. La joie et la paix sont ses trésors. En un mot, Duong-son est une belle oasis chrétienne, entourée de villages païens, dont l’indifférence pour la religion se change facilement en haine mortelle pour les chrétiens.
« Les paroissiens de M. Darbon sont des néophytes de date récente, dispersés au milieu de villages boudhistes, dont les mauvais exemples sont un obstacle au progrès de la vie chrétienne parmi eux, malgré les soins et les soucis du missionnaire, qui les évangélise : « Je « ne désespère pas cependant de l’avenir, écrit-il, et je n’oublie jamais qu’un jour ou l’autre le « euntes ibant et flebant se changera en un joyeux venientes autem venient… portantes « manipulos suos. »
« Dans le courant de cette année, M. Darbon a baptisé 25 catéchumènes et 17 enfants de païens. Il a entendu 1.572 confessions. De plus, il a achevé son église, dont la bénédiction a donné lieu à des fêtes splendides. On en parlera longtemps dans la région de Linh-thuy : mais ce dont on ne dira rien, ce sont les soucis, les ennuis et les fatigues que cette construction a occasionnés au missionnaire, car c’est son secret.
« M. Bonnand pourrait cependant en dire quelque chose. A son tour, il passe par toutes ces préoccupations. Il fait l’expérience de ce que coûte à un pauvre pasteur, dont les ouailles sont encore plus pauvres, une église, toute modeste qu’elle puisse être. Malgré le travail et une santé chancelante, notre confrère a, dans le courant de l’année, organisé une belle première communion et entendu 928 confessions.
« Le P. Loi, chargé de la paroisse d’An-vân, arrêté par son grand âge, a limité son action à ses chrétiens. Mais il s’en est occupé avec zèle, et chaque personne s’est confessée en moyenne six fois dans le courant de l’année. Le P.Lu est moins privilégié. Ses chrétiens sont des néophytes, dont la formation est encore bien incomplète. Ses succès auprès des païens ont récompensé ses peines. Il a régénéré dans les eaux saintes du baptême 66 catéchumènes et 34 enfants moribonds.
« Non loin du P. Lu, un autre prêtre indigène, le P. Nhon, s’est généreusement dépensé au service de ses 847 paroissiens. Il a entendu 1.543 confessions, baptisé 21 catéchumènes et 17 païens. Il a de plus préparé 42 enfants à la première communion.
« Ces résultats sont d’autant plus beaux, que les ouailles de ce bon prêtre sont dispersées dans sept chrétientés différentes. De plus, faute d’écoles et de catéchistes, il est obligé, comme d’ailleurs presque tous les missionnaires et les prêtres indigènes, de prendre sur lui seul le travail de l’administration et l’instruction des chrétiens.
« M. Patinier, chargé seul de la paroisse de Tho-duc, sait ce que pèse ce fardeau d’administrer et d’instruire toute une chrétienté. Cependant, notre confrère est particulièrement favorisé, car le bon esprit et la soumission de ses fidèles lui rendent la tâche relativement facile. Tous les adultes se confessent en moyenne six ou sept fois par an.
« M. Allo partage également ce privilège de voir son confessionnal entouré de nombreux pénitents. Dans le cours d’une année et dans une paroisse de 541 habitants, il enregistre 2.475 confessions. Il inscrit aussi 15 baptêmes d’adultes et 16 d’enfants de païens. Son voisin, le P. Long, se trouve dans un poste particulièrement difficile, formé de néophytes, habitants la plupart les marchés de Hué. Ils ont continuellement sous les yeux les exemples les plus capables de les pervertir. Néanmoins, bien que leur ferveur laisse à désirer, il n’y a eu aucune défection parmi eux. On compte 864 confessions pour 424 fidèles.
La chrétienté de Chuon n’est pas encore parvenue au degré de ferveur de plusieurs autres : cependant la foi y est très vive. Les fidèles ne manquent aucune occasion de témoigner leur amour et leur confiance envers Marie, patronne de leur paroisse. Si leur bon pasteur, le P. Doan, âgé de soixante-dix ans, usé par la fatigue et les soucis d’un long et fructueux ministère, pouvait faire davantage, ces braves gens s’approcheraient encore plus souvent des sacrements. Ce vénérable prêtre, à lui seul, a préparé une première communion, entendu 2.045 confessions, baptisé 14 catéchumènes et 28 enfants de païens in articulo mortis.
« M. Piéters, sur ses dunes de Traï, pourrait être le plus heureux des missionnaires. Mais, depuis deux ou trois ans, sa santé laisse beaucoup à désirer et, à plusieurs reprises, il s’est demandé s’il ne devrait pas changer de climat. S’il a quelques sujets de tristesse de la part de certains néophytes, et relativement à l’œuvre des catéchumènes, qui n’est pas florissante dans ces parages, il trouve de grands motifs de consolation dans la piété de ses chrétiens et leur zèle à s’approcher des sacrements. Ils se confessent, en moyenne, chacun neuf fois l’année.
« La paroisse de M. Maillebuau, voisine de celle de M. Piéters, comprend sept chrétientés assez éloignées les unes des autres. Elles sont composées de néophytes, qui ont fait de grands progrès, à tous les points de vue, dans la fidélité à leurs devoirs envers Dieu. Leur missionnaire, après s’être dépensé à élever des églises et des chapelles là où il n’y en avait pas, à réparer les ruines faites par les typhons, travaille à améliorer la situation religieuse de ses fidèles et à accroître leur nombre. Bien secondé par ses deux vicaires annamites, il a régénéré 21 adultes et 16 enfants moribonds. Ses registres d’administration portent 3.328 confessions. Il a préparé 45 enfants à leur première communion. »
M. Denis vient de prendre possession du poste de Nuoc-man. Il ne peut encore parler que de ses espérances, et faire entrevoir les difficultés attendues dans l’administration de cette chrétienté.
La paroisse de Nuoc-ngot se compose de 1.319 personnes, dont plus de 1.200 sont des néophytes, bûcherons, pêcheurs ou cultivateurs de profession. Leur intelligence est peu ouverte aux choses surnaturelles, et leur instruction religieuse est difficile à terminer. Malgré ces obstacles, leur zélé pasteur, le P. Chanh, a entendu, cette année, 1.594 confessions, préparé à la première communion 41 enfants, baptisé 14 catéchumènes et 87 enfants de païens. Il aurait voulu atteindre de plus beaux résultats, mais la maladie, durant quelque temps, a paralysé ses forces et l’a contraint au repos.
Un autre prêtre indigène, le P. Dong, administre une paroisse de 400 âmes, formée de trois chrétientés, dont les fidèles sont difficiles à conduire dans le chemin de la pratique de leurs devoirs religieux. Les incessantes exhortations de leur pasteur, les industries de son zèle n’ont pas encore produit de résultat appréciable.
La paroisse du P. Thang compte 334 habitants. Ce sont de braves gens, des néophytes qui n’ont pas encore dépouillé complètement le vieil homme. Toutefois ils remplissent assez régulièrement leurs devoirs de chrétiens. Dans le courant de l’année, il y a eu 799 confessions. Dix catéchumènes et 3 enfants de païens ont reçu le baptême.
« M. Stœffler exerce son zèle à Diêm-tu, depuis une vingtaine d’années. Dieu sait quelle somme d’énergie et d’activité il a dépensée dans cette région, pour arracher les âmes au démon et les donner à Dieu, fonder et organiser ses chrétientés et communiquer aux fidèles la ferveur de sa foi. Cette année, il enregistre 1.804 confessions pour une population chrétienne de 1.165 âmes. Il a instruit et baptisé 53 adultes et préparé 27 enfants à leur première communion.
« Ngoc-hô est une ancienne chrétienté administrée par un prêtre annamite de soixante-quatorze ans. Les fidèles sont fervents. Ils aiment à s’approcher souvent des sacrements. Ils y trouvent les forces pour supporter avec patience leur extrême pauvreté.
« La chrétienté de Da-Han, située en face du tombeau de Minh-Mang, et celle de Buông-tam, non loin du sépulcre de Gia-Long, forment, avec Tuân, la paroisse du P. Thê. C’est une population de 524 fidèles, bien attachés à leurs devoirs. Ils sont généralement à l’aise, et la paix règne dans ce petit troupeau. Les confessions ont atteint le beau chiffre de 1.718 pour l’année. Le P. Thê a baptisé 42 enfants moribonds et 8 catéchumènes.
« Le poste du P. Linh est un peu moins important ; il compte 482 chrétiens, dispersés dans plusieurs villages, et tous néophytes. L’administration en est rendue difficile. Néanmoins, le pasteur est content de son lot. Cette année, il a eu 21 baptêmes d’adultes, et 17 d’enfants moribonds. Si ses espérances se réalisent, l’année prochaine il doublera au moins ces chiffres. En attendant, il travaille à former ses paroissiens à la vie chrétienne et, pour arriver à ce but, il les exhorte très souvent à fréquenter les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Il a entendu, dans le courant de l’exercice présent, 1.339 confessions, chiffre bien supérieur à celui des années précédentes.
« Toutes ces chrétientés sont homogènes. Elles se composent de personnes appartenant au même village et exerçant en général les mêmes professions. Mais celle de Phu-cam a un caractère cosmopolite. Les deux tiers au moins de ses habitants sont venus un peu de partout, voire même de la Cochinchine et du Tonkin. Malgré cette diversité d’origine, la paix règne toujours parmi les chrétiens de Phu-cam. De mémoire d’homme, ils n’ont eu aucun litige à soumettre aux mandarins ni aux résidents.
« Cet esprit de concorde attire à Phu-cam bon nombre de familles, qui ne peuvent trouver la tranquillité ailleurs, et de païens persécutés dans leurs villages, à cause de leur désir de se faire chrétiens. Enfin, grâce à cette bonne intelligence, qui existe entre tous les habitants, l’esprit de foi y est très vif. C’est une excellente paroisse, et celle de toute la mission où la population chrétienne augmente le plus rapidement. Elle a presque triplé dans l’espace de vingt ans. Aujourd’hui, elle s’élève à 2.290 habitants. Elle a donné, au tableau d’administration, 7.121 confessions, 12.070 communions ; 110 catéchumènes et 159 enfants de païens y ont été régénérés dans le cours de l’exercice présent.
« Mais pour être complet, à ces chiffres il faudrait ajouter le nombre des confessions entendues, et des communions distribuées dans les communautés des Frères des Écoles chrétiennes et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, dont les établissements sont situés sur le territoire de Phu-cam. Ils ont pour aumônier M. Léculier, un des deux missionnaires chargés, avec le prêtre indigène, le P. Huon, de l’administration de la paroisse de Phu-cam. » Mgr Allys s’est étendu dans son rapport sur les œuvres de la province de Hué : il se réserve de donner l’année prochaine tous les renseignements et détails intéressants sur les chrétientés de Quang-tri et de Quang-binh, quand il les aura parcourues dans sa visite pastorale.
« Nos séminaires, reprend Sa Grandeur, sont toujours en pleine prospérité, au point de vue des études et de l’esprit qui anime nos grands et petits aspirants au sacerdoce ; mais leur nombre a diminué. En 1900, il s’élevait à 147 ; aujourd’hui, il est descendu à 94. Très probablement par défaut de ressources, nous serons obligés de le diminuer encore. Ce sera un grand dommage pour la mission.
« L’orphelinat de Thanh-tân donne toute satisfaction à M. Chaiget, sauf sur le point du recrutement. Les enfants abandonnés deviennent de plus en plus rares. D’un autre côté, les parents pauvres consentent difficilement à se séparer des leurs pour les confier à la mission. L’œuvre du baptême des enfants de païens, en danger de mort, ne devient possible que pour les médecins, les sages-femmes et quelques autres personnes, douées d’aptitudes spéciales, ou placées dans des circonstances particulières. Aussi, les baptêmes de ces petits moribonds sont de plus en plus rares.
« Quant à l’école Pellerin, elle va de succès en succès. Elle serait plus florissante encore, sans les calomnies semées, parmi les Annamites, par les ennemis des œuvres catholiques, dans le but de détourner les parents de nous envoyer leurs enfants.
« Aujourd’hui, la vérité commence à se faire jour, et les sympathies pour les Frères grandissent dans la population païenne. Ce ne sont plus seulement les familles de la classe moyenne, qui conduisent leurs enfants chez les Thay-dong ; les hauts dignitaires du gouvernement annamite eux-mêmes, sans plus se préoccuper du qu’en-dira-t-on, n’hésitent pas à confier leurs garçons à des maîtres dont la science et le dévouement sont reconnus de tous.
« L’école, tenue par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, est également florissante. Un ouvroir y a été aménagé. Et sans doute, il sera une cause de rapide augmentation du nombre des élèves. Près de cet ouvroir, les Sœurs ont ouvert une petite chapelle, où les dames de Hué sont heureuses d’aller entendre la sainte messe. »



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