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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin

III. ─ Haut-Tonkin
Population catholique 21.130
Baptêmes d’adultes 975
Baptêmes d’enfants de païens 5.416
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« L’événement le plus important durant cet exercice, pour la mission du Haut-Tonkin, a été sans contredit l’apparition soudaine des révolutionnaires chinois, appelés aussi « réformistes » sur la frontière de Ho-keou, en face de Laokay. Dans les premiers jours du mois de mai, ils surgirent, inopinément au nombre d’environ 4.000, assez bien armés, ayant comme programme : la fondation de la République en Chine.
« Ce fut un jeu pour cette petite armée de s’emparer de la ville de Ho-keou, faiblement défendue. Leur triomphe facile ne les empêcha pas d’exercer leur cruauté envers le mandarin commandant de la place. Il fut pris et décapité avec toute sa famille.
« Exaltés par ce premier succès, les réformistes se croient arrivés à leur but. Ils publient partout les proclamations les plus retentissantes : leur drapeau aux nouvelles couleurs flotte sur toutes les maisons. Après quelques jours de repos, ils reprennent la campagne, divisés en deux bandes : l’une s’avance sur Mong-tse, et l’autre vers Man-hao.
« Les premières étapes se font à travers un pays désert, de 50 à 60 kilomètres de traversée. Elles sont franchies sans obstacle ; mais bientôt les bandes révolutionnaires viennent se heurter aux troupes régulières. Elles ne peuvent s’emparer de Man-hao, et manquent d’audace pour se rapprocher de Mong-tsé. Le premier enthousiasme se refroidit. Les garnisons de Yunnansen et des autres citadelles voisines accourent. L’heure du combat est arrivé. Les rebelles préfèrent battre en retraite ; ils se replient rapidement sur Ho-keou, et n’osent pas même s’y enfermer pour le défendre. Poursuivis et acculés à la frontière du Tonkin, ils n’hésitent pas à la franchir, en jetant à leurs adversaires ce cri d’espoir : « Nous reviendrons. »
« La scène allait changer de théâtre et prendre des couleurs plus tristes. Jusque-là, le gouvernement français avait assisté, impassible, les bras croisés, presque souriant, au spectacle qui se déroulait en face, sur la rive chinoise. « Ces réformistes, pouvait-on penser, « entrés tous armés au Tonkin ne tarderont pas à se rendre à discrétion. » Quelques-uns, en vérité, prennent ce parti de la sagesse. Mais d’autres, et en plus grand nombre, préfèrent la liberté de la grande brousse et s’y enfoncent.
« Leur premier exploit fut un guet-apens, suivi d’assassinat. Le lieutenant Veignand tombe le premier sous leurs coups. On veut croire à une méprise. Aussi, quelque temps après, deux autres officiers, MM. Raynaud et Eymard, suivis d’une escorte annamite, se portent à leur rencontre sur Bou-mang, et comptent sur une facile soumission. Les révoltés feignent ce jeu et plusieurs remettent leurs armes et se constituent prisonniers. Leur but est d’allonger jusqu’à la nuit les pourparlers avec leurs chefs de bande. Le lendemain, tout sera réglé. Les officiers sans défiance, satisfaits de leur mission, sûrs de son succès, reposent tranquilles, lorsque, à l’aube du jour, ils sont subitement réveillés par une vive fusillade. Ils sortent pour tomber aussitôt sous les balles de ces mêmes hommes qu’ils avaient crus soumis la veille.
« Plusieurs soldats annamites sont tués. Les autres prennent la fuite. Les réformistes, traités jusque-là par le gouvernement comme des belligérants, se montrent ce qu’ils sont : de féroces brigands.
« Par leur astucieuse audace, ils viennent de se procurer des fusils dernier modèle et des munitions en quantité suffisante. Ils vont reprendre tranquillement le chemin de leurs montagnes. Cette triste nouvelle a terrifié tout le monde. Elle a ouvert les yeux des autorités françaises.
« Des troupes sont envoyées sur les lieux. Mais que peuvent les quelques soldats dont on dispose, contre un ennemi dissimulé dans des massifs impénétrables, se cachant dans les hautes herbes, pour faire le coup de feu, et reprenant ensuite tranquillement le sentier de ses repaires ?
« Le courage ne suffit pas pour assurer le succès. Il ne peut qu’entraîner les braves dans quelque embuscade, et les faire fusiller à bout portant. Le capitaine Fleury et le lieutenant Delatre y sont pris à Lang-nu. Ils tombent dans un défilé, sous les balles des brigands.
« Ce ne sont pas les seules victimes. Nos soldats, harassés de fatigue, sous le soleil brûlant des mois de juillet et d’août, ont payé un large tribut à la maladie et à la mort.
« Malgré toutes les bonnes volontés, on restait sourd aux supplications des Mans, des Thôs et Meos, qui demandaient aide et protection contre ces brigands, vivant de pillages, rançonnant les populations et incendiant leurs maisons.
« Depuis lors, nos colonnes, composées de soldats français et annamites, sont à leur poursuite. Mais on ne peut préciser la fin de cette campagne. Déjà quelques mois auparavant, les vieux pirates du Tonkin avaient relevé la tête dans les provinces de Vinh-yên et du Yên-thê. Toujours poursuivis et jamais arrêtés par nos gardes principaux et leurs miliciens, ils disparaissent et reparaissent à plaisir, non sans tuer quelques-uns des nôtres, piller les villages et jeter partout l’épouvante.
« L’effroi fut à son comble à Hanoï, le soir du 27 juin. On découvrit un complot, dont le but était d’assassiner tous les Français, de s’emparer de la ville et d’y proclamer la république annamite. Nos soldats étaient le grand obstacle. Leurs cuisiniers annamites les empoisonnèrent. Heureusement, la dose du poison fut insuffisante et les victimes ont été arrachées à la mort.
« Vers 9 heures du soir, un coup de canon devait donner le signal de l’attaque générale, car les artilleurs annamites faisaient partie de la conspiration. Deux d’entre eux sont chrétiens. Ils ont refusé de suivre les traîtres et les ont dénoncés. Grâce à leur dévouement, le malheur a été conjuré.
« Il n’entre pas dans notre dessein d’apprécier ces faits au point de vue politique. Nous avons exposé très brièvement les événements qui appartiennent à l’histoire et peuvent avoir de funestes conséquences.
« Grâce à Dieu, nos chrétiens n’ont pas encore eu a en souffrir. Nous allons les visiter rapidement en commençant par Laokay.
« M. Robert, chargé de ce poste, a connu les heures d’inquiétude, a entendu les balles siffler au-dessus de sa tête, au moment de l’attaque de Ho-keou. Il a vu le pillage et l’incendie autour de sa maison. Il n’y avait aucune police dans les rues. Les Français, affolés et sans soldats pour les défendre, ne savaient que se plaindre. M. Robert comptait sur la Providence, et elle l’a bien gardé. Que pouvaient ces quelques chrétiens, épaves du Tonkin, échoués à Laokay, pour y gagner plus facilement leur vie ? Mais là, comme ailleurs, il y a des âmes à sauver et notre confrère a pu baptiser 26 adultes, 34 enfants de païens à l’article de la mort, et donner l’extrême-onction à 33 malades.
« Sur la même rive du fleuve Rouge, longée par le chemin de fer, à plus de 100 kilomètres plus bas, nous rencontrons M. Blondel. Son district renferme 550 fidèles, répartis dans trois chrétientés principales. Les autres, véritables brebis errantes, se trouvent dispersés dans douze endroits différents. C’est une cause de grande fatigue et une source de difficultés sans cesse renaissantes, quand il s’agit de les visiter pour les instruire et leur faire remplir leurs devoirs religieux. Le missionnaire travaille à les fixer au sol, pour former avec eux de nouveaux centres, qui pourront devenir dans la suite des postes florissants. Il a recueilli durant cet exercice 15 baptêmes d’adultes, et 76 d’enfants in articulo mortis.
« Ce confrère termine son compte rendu par le récit suivant : « Des rôdeurs de nuit, « voleurs de buffles, frustrés dans leur espérance de pillage, par la vigilance des « propriétaires, se vengèrent en dévalisant la pauvre église de Phuc-lôc. Ils enlevèrent « quelques ornements, un conopé et une statue de la sainte Vierge, peu artistique en vérité, « mais revêtue d’un beau manteau, suivant la coutume annamite. Deux jours après, des « jeunes filles aperçurent une quantité de petits oiseaux voltigeant autour d’un buisson. Pour « s’amuser, elles les chassaient à coup de pierres : mais ils revenaient sans cesse gazouiller à « la même place. Intriguées, les jeunes filles entrent dans le buisson et y trouvent la statue « de la sainte Vierge. Après quelques réparations, elle reprend sa place sur son trône, à la « grande joie des chrétiens, émerveillés de cette étonnante découverte. »
« M. Blache, à Lang-thieu, sur le Sông-chay, a failli faire connaissance avec les révolutionnaires chinois. Ils étaient campés à 4 kilomètres de sa résidence. Le lendemain, ils devaient l’attaquer. Que faire ? Leur résister ? c’était impossible. Fuir ? c’était laisser une mauvaise impression à ses ouailles. Son choix est vite fait. Il leur offrira le sacrifice de sa vie, et leur prouvera son attachement jusqu’à la mort, si c’est nécessaire. Le soir même, ses soldats français arrivent et les pirates se retirent. Tout danger est écarté. L’humble presbytère, pendant quinze jours, est transformé en pavillon pour les officiers.
« Le bon ange du missionnaire avec les vingt-six petits enfants de païens, qu’il avait envoyés au ciel, l’ont protégé. Onze adultes ont été régénérés. Parmi eux, il s’en trouva un dont la conversion a particulièrement consolé M. Blache : Un pauvre malheureux, venu de très loin, fut trouvé un jour mourant, près d’un arbre, à proximité de sa résidence. Les païens viennent le prévenir. Il se hâte d’accourir près du malade, et, après lui avoir donné l’instruction nécessaire, lui administre le saint baptême. Le moribond le reçoit avec de grands sentiments de foi et de joie, et il entre ainsi dans son éternité.
« Toujours sur le Song-chay, à 40 kilomètres en aval de Lang-thieu, nous rencontrons M. Girod. Il a établi sa résidence à Phu-yen-binh. Lui-même nous fait connaître la situation de ses chrétiens : « Pendant l’exercice 1907-1908, au point de vue religieux, rien de bien « extraordinaire à signaler dans le coin de brousse que Votre Grandeur m’a donné à « défricher. A Phu-yen-binh même, tout se maintient. Une dizaine de catéchumènes se « préparent à entrer bientôt dans le bercail de la sainte Église. A Dao-kieu, deux familles, « qui ne m’avaient jamais inspiré grande confiance, m’ont été reprises par le diable, « d’autres personnes, une vingtaine en tout, paraissent vouloir rester fidèles à la grâce, et « seront suffisamment instruites pour recevoir le baptême. Mais je préfère les éprouver « encore un mois ou deux.
« Daignent Notre-Dame du Perpétuel-Secours et saint Gérard Magella achever leur « œuvre en ces âmes que j’ai remises entre leurs mains !
« A Lang-kha, sur les vastes terrains de la concession que j’ai achetée l’an dernier d’un « colon français, des familles s’installent peu à peu, et, si malheureusement mes ressources « ne diminuaient pas en raison inverse du nombre des gens qui m’arrivent, cette petite « entreprise apostolico-coloniale, placée sous la protection de Notre-Dame de Lourdes, ne « tarderait probablement point à donner de bons résultats.
« Déjà environ deux cents personnes vivent là, tant anciens chrétiens et catéchumènes « venus du Delta, que gens originaires du pays, déjà plus ou moins disposés à embrasser « notre sainte religion. Tout ce monde a confiance en la Vierge Immaculée, patronne du lieu. « J’ai déjà eu le bonheur de baptiser 6 adultes, bien préparés. Plaise à Dieu que l’ennemi de « tout bien n’y vienne point semer le trouble et la discorde, comme il le fait dans le pays « environnant, et en se servant cette fois encore des brigands chinois, dits réformistes ! »
« Tuyen-quang, non loin du Delta, appartient au sud de la haute région. M. Gauja, titulaire du poste, se plaît à remercier Dieu des grâces de choix accordées à ses chrétiens, principalement à l’occasion de la visite pastorale, faite à l’époque la plus favorable, pendant la semaine sainte.
« Cette circonstance, écrit-il, m’a permis de me rendre compte du nombre des fidèles qui « habitent la contrée, dans la forêt, sur la rivière Claire et ailleurs. » A en juger par les 45 extrêmes-onctions de l’année, les 12.000 communions et une assistance de 650 personnes à la messe pontificale, le jour de Pâques, M. Gauja évalue à 800 âmes le groupement catholique, essentiellement hétérogène, qui habite la province de Tuyen-quang.
« En dehors de sa paroisse, notre confrère a la charge de l’aumônerie militaire et d’un hôpital indigène. Il a baptisé 59 adultes, et 65 enfants de païens à l’article de la mort.
« De Tuyen-quang à la frontière de Chine, s’étend une vaste région, couverte de forêts, habitée par les Muongs, les Thôs, les Nungs, peuplades sauvages, et à la vie toute matérielle. Elles sont dispersées par groupes de deux ou trois maisons, cachées dans les creux des vallées, sur la lisière des bois, ou accrochées aux flancs des montagnes. Leur évangélisation est difficile. Aussi MM. D’Abrigeon et Savina obtiennent-ils peu de conversions parmi ces pauvres populations.
« M. d’Abrigeon est spécialement chargé de Ha-giang, garnison militaire, centre le plus éloigné de la résidence épiscopale. Ses chrétiens sont des miliciens ou des commerçants annamites, venus d’ailleurs. Malgré tous les obstacles, il a baptisé 36 enfants de païens et 20 adultes.
« La région voisine du Delta a joui d’une paix matérielle relative. Mais les esprits ont subi l’influence de l’agitation générale commune au Tonkin et à l’Annam. M. Chatellier a recueilli 65 baptêmes d’adultes à Yen-tap, M. Granger 41 à Ha-thach, et M. Pichaud II à Lang-lang.
« M. Gaillard, nouvellement en charge de Hoang-xa, sur la rivière Noire, a eu la joie de régénérer 69 personnes. Sa chrétienté de 1.200 âmes est composée d’éléments divers, anciens fidèles et néophytes qui ont besoin d’une main douce et ferme pour leur inculquer les principes d’une vie chrétienne et paroissiale.
« Notre confrère exerce encore son zèle à Luong-son, à 25 kilomètres en amont. Il y a 100 fidèles et 100 catéchumènes, dont plusieurs seront bientôt baptisés. Ce sont généralement de pauvres familles, forcées par la misère de quitter leur pays d’origine. Cette nouvelle chrétienté servira de pied-à-terre pour évangéliser la province Muong, où déjà il y a quelques âmes qui cherchent la vérité et demandent à s’instruire.
« La province de Sontay, au sud de la mission, comprend deux paroisses, Bach-loc et Vinh-loc, et un groupe de chrétiens confiés à M. Hue. « La situation de mes néophytes, nous « dit le cher provicaire, se maintient satisfaisante. Cette année 81 catéchumènes ont reçu le « baptême, et sans les difficultés survenues à la dernière heure, ce chiffre aurait été doublé. « Ce sera pour l’an prochain. Je n’ai pas eu à déplorer de défections parmi mes néophytes. « Le noyau initial s’accroît chaque jour de quelques unités. »
« M. Massard, chef de la paroisse de Bach-loc, a eu le bonheur de voir ses efforts couronnés de succès. Sans compter ses 23 baptêmes d’adultes, 64 catéchumènes du village de Son-dong se préparent à entrer dans le giron de l’Église.
« A l’époque troublée de la prise de Sontay par les Français, cette région, voisine du mont Bavi, servit d’abord de refuge aux troupes chinoises et annamites, et devint dans la suite un repaire de pirates. Ruinés complètement, les habitants avaient aussi fait le coup de feu. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre.
« Cette première chrétienté sera une semence pour ce pays. Déjà trois hameaux muongs désirent embrasser le christianisme.
« Le district de Vinh-loc, confié à M. Duhamel, se distingue par son dévouement à l’Œuvre de la Sainte-Enfance. Dans chaque chrétienté, plusieurs excellents fidèles, hommes et femmes, quittent volontairement leur foyer pour parcourir les populeux villages païens, jusqu’à 20 et 25 kilomètres, et porter le salut à de nombreux enfants. Grâce à leur zèle et à deux maisons de la Sainte-Enfance, près de 1.200 petits moribonds sont annuellement envoyés au paradis.
« M. Duhamel compte 350 catéchumènes, et, cette année, il a enregistré 40 baptêmes d’adultes. Le grand désir du missionnaire est d’établir la pratique de la communion fréquente. Sans avoir atteint encore complètement ce but, il constate cependant un progès très réel. La paroisse, de 2.700 âmes environ, a donné 6.617 confessions et plus de 7.000 communions dans le courant de cet exercice.
« Dans mes 15 nouvelles chrétientés, conclut M. Duhamel, le ministère devient de plus « en plus difficile. Le vent de révolte qui souffle en ce moment dans la population me donne « des inquiétudes. Nous sommes dans une situation dont, humainement parlant, on ne « prévoit pas l’issue. D’une part, le gouvernement, non seulement ne nous favorise pas, « mais, par ses mesures vexatoires, dirigées contre la mission et connues des indigènes, « entrave notre action auprès des infidèles ; d’autre part, les fauteurs de désordre, qui ont des « partisans partout, ne se gênent pas pour accuser les chrétiens de manquer de patriotisme, et « pour les menacer de leur faire un mauvais parti, s’ils réussissent dans leur entreprise. Ce « sont là des pièges du démon pour éloigner de nous les âmes.
« Un mot pour terminer, sur les œuvres générales de la mission, ajoute Mgr Ramond.
« A notre collège, nous avons ajouté un probatorium qui compte 25 enfants, sous la direction de M. Chabert. Cette innovation, malgré les dépenses nouvelles qu’elle occasionnera, était nécessaire pour faire plus sûrement un meilleur choix des élèves et donner une plus grande impulsion aux études.
« Nos deux hôpitaux indigènes de Sontay et de Yên-bai, tenus par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, toujours dévouées et zélées, donnent les meilleurs résultats. Pendant l’année, nous enregistrons à Sontay 1.752 entrées et 40.798 journées de malades. En outre, 8.800 personnes sont venues s’y faire soigner, et Dieu, qui récompense tous les efforts, a bien voulu nous accorder là 140 baptêmes d’adultes ou d’enfants. Le centre de Yen-bai, qui a perdu beaucoup de son importance, depuis que la construction du chemin de fer est terminée nous a donné 62 baptêmes.
« Nous avons trois léproseries, simples hameaux annamites entourés de bambous, où 132 malheureux, tous chrétiens, persévèrent dans leur première ferveur.
« C’est une vraie joie, racontait dernièrement le prêtre indigène de Bach-loc, de leur faire « l’administration. En entrant chez eux, on pense à un monastère. Tout s’y fait avec « régularité. L’église, où réside le divin Consolateur, n’est vide qu’aux heures des repas. « Tous ces pauvres lépreux prient chaque jour pour leurs bienfaiteurs, à une heure « déterminée, et à leur accent et à leur joie, on sent qu’ils prient du fond du cœur. »
« Dieu leur accorde parfois des grâces particulières, qui les consolent. Cette année une épidémie terrible sévissait sur les buffles dans les environs. Tous ne sont pas morts, mais tous ont été atteints par le mal, le seul qu’ils possédaient pour la culture de leur jardin, tomba malade. Aussitôt, tous se rendent à l’église pour demander sa guérison et ils l’obtiennent en effet. « Nous savions bien, disaient-ils dans leur foi naïve, que Dieu ne nous la refuserait « pas. »


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