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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine occidentale
Rédacteur:Mgr Mossard

II. ─ Cochinchine occidentale

Population catholique 68.486
Baptêmes d’adultes 1.177
Baptêmes d’enfants de païens 4.762
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Sa Grandeur Mgr Mossard limite cette année son compte rendu à deux œuvres spéciales d’une pressante actualité en Cochinchine occidentale : l’œuvre qui concerne les métis, et celle des écoles de la mission.
« Dans le courant de l’année dernière, M. Nicolas, vicaire de la cathédrale, a commencé la première que l’on n’avait pas encore osé entreprendre à cause des difficultés particulières qui lui sont inhérentes. Il s’agissait de grouper les métis, dont le nombre s’accroît de jour en jour dans la colonie. Quelques mois après son installation à la paroisse de la cathédrale, M. Nicolas se mit résolument à la besogne et n’épargna ni son temps, ni sa peine. Un prompt succès vint couronner ses efforts.
« Le groupe de la Jeunesse catholique cochinchinoise prit naissance en mai 1908. Il fut, en décembre, affilié à l’Association catholique de la Jeunesse Française, avec laquelle il correspond, et dont il s’efforce de suivre les statuts. L’Œuvre publie un petit journal hebdomadaire qui rend compte, chaque semaine, des questions traitées pendant les réunions du mercredi et du dimanche et propose de nouveaux projets à étudier.
« Le nombre des associés est actuellement de 35. Par le bon exemple, le travail et la parole ils s’efforcent de réaliser, dans la pratique, leur devise : « Piété, Étude, Action » et de gagner à leur cause un plus grand nombre de leurs camarades. De plus, ils s’entr’aident par de légères cotisations proportionnées au maigre salaire qu’ils retirent de leur travail.
« Passons aux écoles de la mission. Je me contente de citer des extraits du rapport qui m’est adressé par M. J.-B. Clair, chargé d’en faire la visite.
« Outre notre séminaire, l’institution Taberd, l’école des catéchistes, les pensionnats des Sœurs de Saint-Paul, nous possédons pour une population de 68.486 chrétiens, divisés en 266 chrétientés, 153 écoles, dont 23 de garçons, 24 de filles et 104 mixtes. Le nombre total de nos élèves est de 7.975.
« Dans nospetites chrétientés, nos écoles ne sont pas des palais scolaires, elles sont suffisantes néanmoins, comme la plupart des maisons du pays, pour abriter contre les ardeurs du soleil et les intempéries de l’air. Pas de précautions contre le froid, qui n’est pas connu ici ; le cube d’air, qui préoccupe nos hygiénistes d’Europe, s’y trouve illimité, car elles communiquen librement avec l’atmosphère extérieure.
« Dans les chrétientés plus considérables, surtout celles des villes où nous disposons de plus de ressources, nous possédons un certain nombre d’écoles construites en briques et couvertes en tuiles. Dans les unes comme dans les autres, le mobilier est des plus simples : il se compose de longues tables et de bancs pour les élèves, avec l’indispensable tableau noir, d’une table et d’une chaise pour le maître qui enseigne.
« En dehors de l’enseignement religieux, le programme général comprend la lecture de la langue annamite écrite en caractères chinois, l’écriture et les quatres opérations de l’arithmétique, avec problèmes appropriés et faciles. Mais ce programme est dépassé dans un certain nombre de nos écoles de la campagne. Quand on visite celles tenues par nos religieuses annamites de Cai-mong, souvent on ne peut s’empêcher d’admirer les cahiers des élèves, garçons et filles. Beaucoup pourraient servir de modèles, non seulement pour l’écriture anglaise courante, mais encore pour la ronde, la bâtarde et même la gothique.
« Il faut reconnaître, pour être juste, que, pour l’écriture comme pour le dessin et, en général, tout ce qui est travail d’imitation, nos indigènes sont doués de facultés spéciales.
« A Bai-xan, une de nos plus anciennes chrétientés, située dans un pays de rizières et de jardins, le maître d’école enseigne, sous la direction suivie d’un missionnaire, outre les matières du programme, la rédaction des contrats, des suppliques à l’administration et autres pièces usuelles dans nos communes, ainsi que la pratique de l’arpentage.
« Tel que je viens de l’exposer, ce programme d’études primaires nous paraît amplement suffisant pour la majorité de nos écoles. Bien des motifs, en effet, nous empêchent d’exiger de la part des élèves qui les fréquentent un stage plus long et une assiduité plus régulière.
« La plupart, en effet, sont des enfants de la campagne, de la brousse, comme disent nos compatriotes ; car, en dehors des grands centres de Saïgon et de Cho-lon, la Cochinchine ne compte guère de villes proprement dites. Appartenant ordinairement à des familles nombreuses et peu aisées, les écoliers sont souvent retenus à la maison pour aider aux travaux domestiques.
« On fait bien correspondre avec les grands travaux des champs, repiquage et récolte du riz, cueillette des arachides, des mangoustans et autres fruits, les grandes vacances qui s’en trouvent prolongées et doivent se renouveler deux fois l’an, mais que de travaux supplémentaires encore qui exigent ou, au moins, justifient la présence des enfants au logis !
« Sitôt la première communion faite, à l’époque où l’intelligence commence à se développer, on ne peut plus faire venir en classe les enfants, dont plusieurs sont mis en condition et dont la plupart commencent à partager les travaux de leurs parents, soit pour cultiver la terre, ou tenir une rame sur les barques, soit pour vaquer à toute autre occupation qui les aide à gagner leur vie.
« Dans nos écoles urbaines et dans quelques-uns de nos grands marchés, à My-tho, par exemple, c’est-à-dire là où les enfants jouissent de plus grandes facilités pour fréquenter l’école, nous donnons plus d’étendue au programme, nous introduisons l’enseignement du français qui favorise le recrutement des écoles supérieures et facilite à nos Annamites les relations avec les représentants de l’administration coloniale.
« Ainsi nous avons à Saïgon, à Cho-lon et aux environs, à My-tho, une dizaine d’écoles, surtout de garçons, qui sont établies sur un excellent pied. Les maîtres et les maîtresses, gens de choix, sont à la hauteur de leur rôle par leur science, leur expérience et le zèle qu’ils apportent à l’accomplissement de leur devoir. Plusieurs même sont diplômés et ont donné, depuis longtemps, des preuves de leur capacité.
« Dans ces écoles, en dehors des matières du programme commun à toutes les autres, on y enseigne le français parlé et écrit, avec les éléments de notre grammaire et de notre orthographe. Les calculs d’arithmétique et les exercices d’analyse grammaticale s’y font en notre langue et l’on peut y admirer souvent la prestesse avec laquelle les élèves des plus hautes classes savent s’en tirer.
« Malheureusement, les ressources nous manquent pour assurer le bon recrutement de nos maîtres d’école ; car, même après les avoir formés, il faut les conserver, ce qui ne peut être obtenu qu’en leur assurant une solde convenable, proportionnée aux nécessités actuelles et que la plupart de nos chrétientés, même aidées de la mission, n’ont pu leur servir jusqu’à ce jour.
« Je dois dire deux mots de notre Séminaire, à propos de l’enseignement du français. Lorsque les jeunes élèves sont initiés aux premiers éléments du latin, on ajoute à leurs études celle de notre langue. Parvenus dans les hautes classes, ils peuvent utiliser nos catéchismes et nos sermonnaires ; ils sont alors capables de tenir une conversation en français et même les plus intelligents d’entre eux. peuvent parler et écrire notre langue avec plus de pureté que beaucoup de leurs compatriotes. Nombreux sont également les anciens élèves du séminaire qui, ayant renoncé pour une raison ou pour une autre à poursuivre leurs études, sont devenus employés ou fonctionnaires du gouvernement et ont ainsi mis au service de la France les connaissances acquises chez nous.
« L’œuvre principale de la mission, au point de vue de l’enseignement du français, est l’institution Taberd, qui peut lutter avantageusement avec les meilleurs collèges de la colonie et ne le cède peut-être guère à nombre d’établissements similaires de France.
« Bien que l’étude de l’annamite n’y soit pas négligée, on a pris le français comme base du programme qui comprend toutes les matières de l’enseignement français supérieur. Cette école compté aujourd’hui 447 élèves, Français, Annamites, Indiens, Chinois et Métis. Sur ce nombre il y a 261 chrétiens et 186 païens.
« Nos anciens élèves indigènes nous prouvaient, hier encore, qu’ils apprécient à sa valeur l’enseignement donné par notre grande institution. Le 15 août dennier, ils ont organisé spontanément une démonstration de reconnaissance à l’occasion des noces de diamant religieuses du cher Frère Néopole, venu en Cochinchine, pour la première fois, en 1866.
« Convié à l’honneur de présider cette fête, je me sentis profondément impressionné, durant la sainte messe, en voyant ces centaines d’hommes, anciens élèves des Frères, appartenant aux différentes classes de la société et surtout à nos multiples administrations, accourus de toutes les provinces et réunis au pied de l’autel, pour remercier Dieu d’avoir protégé les jours de leur ancien maître et témoigner à celui-ci leur reconnaissance pour l’instruction et l’éducation qu’ils en ont reçues.
« Un frémissement de reconnaissance agita les cœurs, lorsque le P. Tong, prêtre de la mission et ancien élève des Frères, prit la parole du haut de la chaire et, en un français aussi élégant que facile, remercia le cher Frère de l’enseignement scientifique et moral qu’il lui donna jadis, ainsi qu’à des centaines de ses compatriotes. Des marques nombreuses d’approbation soulignèrent en particulier le passage de son discours dans lequel il assura qu’un lien indestructible, un lien de famille, unissait, depuis longtemps, le vieux maître et ses élèves, et que ceux-ci seraient toujours heureux de pratiquer ses leçons et de suivre ses exemples, comme les enfants tiennent à honneur de marcher sur les traces de leur père.
« Je termine sans m’étendre davantage sur cette fête de famille qui confondit, en un sentiment d’affection et de gratitude, les maîtres appelés par la mission, et leurs anciens disciples annamites.
« Daigne Marie immaculée, reine du très saint Rosaire, bénir maître et élèves, et continuer sa maternelle protection à tous les ouvriers apostoliques qui travaillent à l’extension du règne de son divin Fils ! »



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