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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine orientale

CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE COCHINCHINE
ET DU CAMBODGE

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I. ─ Cochinchine orientale

Population catholique 71.245
Baptêmes d’adultes 1.670
Baptêmes d’enfants de païens 1.543
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« Le grand événement religieux de l’année pour la Cochinchine orientale est, sans contredit, la béatification du 2 mai qui lui a donné ses deux premiers Bienheureux.
« Des 49 martyrs béatifiés en 1900, 11 étaient cochinchinois. Mais aucun d’eux n’appartient à notre mission : les Bienheureux Gagelin, Jaccard et Marchand y avaient, il est vrai, prêché l’Évangile ; les deux premiers y avaient même exercé les fonctions de provicaire ; mais tous les trois furent exécutés à la capitale, en dehors du territoire actuel de la Cochinchine orientale. En outre, aucun de leurs huit compagnons indigènes n’était originaire de nos six provinces.
« Parmi les martyrs glorifiés en 1909, deux ont travaillé et ont souffert dans notre mission. C’est d’abord Mgr Cuenot, évêque de Métellopolis, le premier des nouveaux Bienheureux par le caractère épiscopal, et aussi par les mérites d’une rude carrière de trente et un ans, qui ne fut qu’un long martyre. C’est ensnite le llicnhcureux André Nam-Thuong, vaillant et généreux auxiliaire de Mgr Cuenot, le premier qui ait été, chez nous, condamné pour la foi au XIXe siècle. Européens et indigènes, prêtres et simples fidèles ont ainsi désormais leurs modèles et leurs patrons. Notre joie n’est pourtant pas sans regret. Le corps du Bienheureux évêque, demeuré intact après trois mois de séjour dans un terrain très humide et jeté ensuite au fleuve sur l’ordre des mandarins, n’a pu être retrouvé, malgré les plus soigneuses recherches, et il ne nous reste, comme relique du grand et bien-aimé pontife, qu’un morceau restreint et très usé de sa soutane. Les restes de son compagnon, rapportés dès 1855 du lieu de son exil, ont été exhumés tout dernièrement ; les ossements sont dans un état de parfaite conservation.

Nunc, o Beati, fervidas
Audite voces supplicum,
Ut creditum nobis opus
In pace fas sit persequi !

« Contre toute attente, la province du Quang-ngai, secouée plus que toutes les autres par l’agitation politique du printemps 1908, a été, sur la fin de la même année, le théâtre d’un mouvement extraordinaire de conversions.
« M. Misson a pu fonder trois nouvelles chrétientés, et M. Le Darré deux ; elles donnent, les unes et les autres, de bonnes garanties de persévérance. Au Quang-nam, M. Solvignon a eu aussi le bonheur de baptiser 40 néophytes dans le village tout païen de La-huan.
« Partout ailleurs on n’a pu que glaner. En plus d’un endroit, aucune conversion ne s’est produite, malgré les efforrs et les industries du zèle. On sent que les préoccupations des païens sont ailleurs. Les fortunés du siècle ne songent qu’à augmenter leurs richesses et surtout à en jouir. Les besogneux de plus en plus nombreux courent après le riz de chaque jour. Les uns et les autres paraissent d’ailleurs incertains, défiants même de l’avenir, et se tiennent dans l’expectative.
« Une preuve frappante de cet état d’esprit, c’est que la détresse, jadis bonne conseillère, ne nous a amené presque aucune famille païenne. Et pourtant certaines régions ont, par intervalles, souffert d’une vraie famine, et des provinces entières se sont débattues toute l’année contre la disette et la misère. Plus aussi peut-être que les années précédentes, les maladies contagieuses, devenues endémiques, ont décimé certaines contrées ; plusieurs de nos chrétientés jusqu’ici salubres et florissantes n’ont pas été épargnées. De là, excédent notable de la mortalité sur les naissances et, par suite, diminution du chiffre total de notre population chrétienne, malgré le nombre relativement consolant des baptêmes d’adultes.
« La pratique du premier vendredi du mois, introduite un peu partout dans les chrétientés centrales, produit ses résultats ordinaires de sanctification. Nous la trouvons en honneur jusque chez nos sauvages de Kontun qui en retirent, eux aussi, des fruits abondants.
Puisque nous sommes chez nos chers Ba-hnars, disons un mot de leur situation religieuse.
« L’état d’épreuve et de tension signalé dans le dernier compte rendu a continué, en s’accentuant même notablement. Mais, grâce à Dieu, le mal a été beaucoup moins grand qu’on pouvait, le craindre tout d’abord, et tout fait espérer qu’il sera bientôt réparé. Finalement, la crise aura tourné au plus grand bien des âmes : elle a débarrassé nos néophytes de plus d’un préjugé et les a fortifiés dans la foi et les pratiques religieuses. Malheureusement, la pénurie du personnel se fait plus que jamais cruellement sentir. Trois ou quatre nouveaux districts pourraient être fondés ; mais à qui les confier ? L’expérience a prouvé qu’il vaut mieux ne point semer plutôt que de laisser ensuite le champ retomber en friche. Le tableau ci-dessous, tracé par M. Hutinet et qui pourrait s’appliquer à la plupart des autres districts, peint bien la situation générale.
« Mon district s’est augmenté dernièrement d’un nouveau petit village. J’aurais pu « facilement en occuper trois autres, au moins ; mais, malgré le faible chiffre de mes ouailles, « j’ai déjà 12 chrétientés et il me faut franchir des distances considérables pour les visiter. « Parfois l’instruction d’un groupe de 50 âmes me demande autant de temps que celle d’un « autre de 150. Si je pouvais espérer remettre jamais en d’autres mains le sud, c’est-à-dire la « plus grand partie de mon district actuel, j’irais vivement de l’avant, profitant de l’occasion « favorable!
« L’œuvre de l’évangélisation chez nos bons sauvages obtient vraiment des résultats « consolants. Nos néophytes conservent bien encore quelques petites pratiques sentant un peu « la superstition : mais le bon Dieu sera miséricordieux à leur égard. Si on tient compte, en « effet, de l’éducation qu’ils ont reçue, de cet esprit de routine qui se transmet, chez ces « peuplades, de génération en génération, on comprendra l’effort qu’ils doivent faire pour « devenir parfaits chrétiens. Si on songe à la foi absolue et aveugle qu’a le moï, pour les « fables des sorciers, intermédiaires autorisés entre la divinité et le commun des mortels, on « verra qu’il faut à un néophyte, hier encore fervent païen, une généreuse bonne volonté et « une grâce insigne de Dieu pour renoncer aux idées et croyances dont il était tout imprégné, « et pour ne plus s’inspirer, dans sa conduite, que des vérités et des préceptes de notre sainte « religion.
« Au lieu de réfuter à coups d’arguments les croyances et les pratiques de ces sauvages, « nous cherchons plutôt à les rectifier et à leur substituer les vérités et les pratiques « chrétiennes qui ont avec elles une certaine analogie. Grâce à cette adaptation, les dogmes du « saint sacrifice, de la pénitence, du péché originel, de la rédemption, des anges bons et « mauvais, la pratique du vœu, etc., arrivent à être compris et acceptés assez facilement. « J’apporte à l’appui de cette assertion quelques exemples que me fournit la bonne, quoique « récente chrétienté de Kon-bok-deh ; ces faits se rapportent surtout au vœu.
« L’an passé, un jeune père de famille voyait son fils à l’agonie. Un païen se serait « empressé d’appeler le sorcier et de faire le vœu d’offrir du vin ou une poule en sacrifice. « Que fit notre néophyte ? Il prit son enfant dans ses bras, le porta à l’église et promit, si le « malade guérissait, de réciter quelques rosaires. L’enfant revint à la vie.
« Tout dernièrement encore, une épidémie, le croup, je pense, frappa les enfants de cette « chrétienté : quatre petits anges partirent pour le ciel en peu de temps et beaucoup d’autres « parurent vouloir les suivre. Selon les croyances païennes, un vœu collectif du village aux « esprits malfaisants s’imposait. Telle ne fut pas la conduite de nos chers néophytes. Ils « vinrent à ma résidence habituelle pour me prévenir de leurs malheurs, espérant que je leur « viendrais en aide de quelque façon, soit par des remèdes, soit par quelque moyen surnaturel. « J’étais absent. Rentrés dans leur village, où la mort continuait ses ravages, il se concertèrent, « élevèrent une croix sur la place publique, s’y réunirent pour prier et l’un d’eux fit, au nom « de tous, une promesse au bon Dieu. J’allai les voir le surlendemain. La nouvelle croix « plantée au millieu du village frappa de suite mes regards. Je montai à la maison commune. « Ils me racontèrent alors qu’après avoir essayé inutilement de tous les remèdes, ils s’étaient « tournés vers le bon Dieu. Ils me dirent le vœu qu’ils avaient fait, ajoutant qu’ils avaient « aspergé leurs maisons et tout le village avec de l’eau bénite. Et maintenant, ils s’en « remettaient à la Providence. Leur confiance simple et naïve me toucha beaucoup. Huit jours « se sont écoulés. Aucune nouvelle mort ne s’est produite. Je crois que le bon Dieu a « récompensé la confiance de ces pauvres gens et j’ai l’espoir que tout danger a disparu. »
« Nous comptons beaucoup sur les catéchistes que forme actuellement l’École Cuenot. Les jeunes gens qui en sortiront seront d’un grand secours pour les ouvriers évangéliques, dans l’instruction des fidèles et la préparation des catéchumènes au baptême. Cet établissement, placé sons le patronage de notre Bienheureux, compte près de 100 élèves qui, par leur piété, leur application, leur sensible transformation intellectuelle et morale, nons donnent de grandes espérances et font la joie de leurs dévoués directeurs MM. Jannin et Alberty. »



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