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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Allys

III. ─ Cochinchine septentrionale

Population catholique 58.895
Baptêmes d’adultes 1.009
Baptêmes d’enfants de païens 1.804
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« La mission de Cochinchine septentrionale, écrit Mgr Allys, est, de puis quelque temps, bien douloureusement éprouvée : la mort lui a enlevé un de ses ouvriers les plus expérimentés elles plus méritants, M. Bouhours ; la maladie l’a privée de cinq confrères dont quatre sont en France et un à Hong-kong ; elle a aussi réduit à l’inaction quatre prêtres indigènes, jeunes encore, mais dont la guérison ne laisse aucun espoir.
« De plus, un certain nombre de missionnaires et de prêtres annamites sont si affaiblis par l’âge, ou les infirmités, qu’il leur est impossible de remplir un ministère tant soit peu fatigant. Le travail de la mission retombe ainsi sur un nombre d’ouvriers apostoliques trop restreint, charge bien lourde si l’on considère que, privé, faute de ressources, de catéchistes et souvent de maîtres d’école, le clergé doit accomplir lui-même toute la besogne.
« Malgré tous les obstacles, nous avons eu, cette année, la joie de voir nos efforts couronnés de quelques succès, et les comptes d’administration donnent des chiffres supérieurs à ceux de l’année précédente ; celui des baptêmes d’adultes est monté de 793 à 1.009 ; celui des confessions de 129.139 à 141.583 et celui des communions de 169.813 à 196.240.
« Il nous reste cependant encore beaucoup à faire, soit pour l’œuvre des catéchumènes, soit pour l’administration des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Nous voudrions dès aujourd’hui accomplir pleinement les désirs de notre Saint-Père Pie X et multiplier de plus en plus le nombre des communions fréquentes. Mais plus des deux tiers de nos chrétiens sont néophytes et par suite incapables, pour la plupart, de répondre tout de suite à nos pieuses sollicitations. Nous devons cependant reconnaître qu’ils mettent beaucoup de bonne volonté à remplir leurs devoirs religieux. De plus, la grâce du bon Dieu est là pour les soutenir et les encourager. Sans cette grâce, non seulement ils ne pourraient pratiquer tons les préceptes de notre religion, mais jamais ils ne se seraient convertis. Beaucoup, en effet, de ceux que nous baptisons ont vu les massacres de 1883 et 1885, peut-être même quelques-uns y ont-ils pris part, et ils doivent se demander s’ils ne seront pas un jour traités comme le furent alors des milliers de chrétiens.
« C’est principalement dans la province de Quang-tri que nos néophytes peuvent se poser cette question ; car c’est la partie de la mission qui a eu le plus à souffrir de la cruauté des païens : plus de 8.000 chrétiens y furent décapité, noyés ou brûlés ; ceux qui purent s’échapper durent errer de tous côtés sans grand espoir de pouvoir de longtemps revenir habiter leurs villages.
« Aujourd’hui, la province de Quang-tri compte plus de 22.000 chrétiens, c’est-à-dire trois fois plus qu’il n’en restait après les massacres. Ce que cette augmentation a coûté de fatigues et de difficultés aux prêtres chargés de rétablir et de reconstituer les chrétientés dévastées, Dieu seul le sait.
« Le sombre et sanglant horizon de la persécution s’était à peine éclairci, que missionnaires et prêtres indigènes, avec une ardeur et une confiance dans l’avenir qui laissaient incrédules les officiers français disséminés dans les différents postes de la province, ne craignirent pas de reprendre possession de leurs anciens districts. Attirés par cet exemple et rassurés par la présence de leurs pasteurs, les chrétiens échappés aux massacres et aux incendies revinrent, eux aussi, occuper le coin de terre où, auparavant, s’élevaient leurs cases ;
peu à peu, des groupes se constituèrent, et permirent ainsi de rétablir l’organisation religieuse telle qu’elle était autrefois.
« Les pasteurs firent alors le dénombrement de leurs ouailles et en trouvèrent, dans le district de Dinh-cat, au sud de la province, 3.787 ; dans celui de Dat-do, au nord, 4.130 ; près de 8.000 chrétiens avaient donc disparu ; pour les remplacer, les missionnaires travaillèrent avec zèle à faire de nouvelles conversions et, aujourd’hui, chacun des deux districts de la province compte plus de 11.000 fidèles.
« Le district de Dinh-cat comprend 92 chrétientés formant 15 paroisses. Actuellement, M. Cadière en est le chef. Voici ce qu’il écrit dans son rapport annuel :
« Il est bon de jeter de temps en temps un coup d’œil sur la besogne exécutée. Je l’ai fait « pour la période de ces cinq dernières années, et j’ai constaté que le chiffre des chrétiens « pratiquants est passé de 6.782 en 1905 à 7.724 en 1909. Celle augmentation vient sans doute « en partie de l’excédent des naissances, mais elle est due surtout aux nouvelles recrues faites « par mes confrères.
« Quant aux confessions et aux communions, leur nombre s’est également accru dans de « consolantes proportions, puisqu’il est monté pour les confessions de 18.485 à 25.302 et pour « les communions de 17.760 à 26.961.
« Parcourons maintenant rapidement les paroisses qui composent ce district. A Co-vun, où j’ai établi ma résidence, le progrès est peu sensible ; jusqu’ici, je n’ai pu habituer mes chrétiens à la réception aussi fréquente que je l’aurais désirée des sacrements.
« Thanh-huong est, après Co-vun, la paroisse la plus importante du district de Dinh-cat. Si, au religieux, elle appartient à la province de Quang-tri, au civil elle relève de celle de Hué. Aussi, de tout le district de Dinh-cat, elle seule a échappé aux bandes qui ravagèrent en 1885 toutes les chrétientés de Quang-tri.
« Mais une épouvantable épidémie de fièvre, en quelques années, fit tomber la population de 1.463 à 1.075. Heureusement, la Providence avait réservé à cette paroisse un pasteur que ni la tristesse, ni la misère, ni la maladie ne découragèrent jamais. Voyant la mort décimer de plus en plus ses ouailles, M. Gontier chercha, par de nouvelles conquêtes, à regagner le terrain perdu. Il chercha si bien et avec tant de persévérance, qu’il réussit à baptiser des catéchumènes par centaines et des enfants de païens par milliers : et aujourd’hui, sans compter les nombreuses âmes qu’il a envoyées au ciel, sa paroisse compte 1.432 habitants, chiffre presque égal a celui de 1887 avant l’épidémie.
« Pour énumérer tous les travaux exécutés par ce zélé confrère, il faudrait parler des belles églises dont il a doté les principaux centres de sa paroisse, et faire l’historique d’une dizaine de chrétientés dont il a jeté les premiers et solides fondements, et qui forment le noyau le plus sérieux des paroisses de Linh-thuy et de Hoi-yen.
« Non loin de Thanh-huong, en remontant vers la montagne, se trouve la paroisse de Ke-van. En 1887, il ne lui restait que 379 chrétiens : aujourd’hui elle en compte 1.256. Cette augmentation considérable du nombre des fidèles est due au regretté M. Gilbert, dont la mort imprévue a privé la mission d’un excellent ouvrier. C’est lui aussi qui a bâti la belle église dont la flèche s’aperçoit de fort loin.
« Son successeur, M. Antoine Maillebuau, continue vaillamment l’œuvre de ce cher défunt et, bien que depuis peu à Ke-van, il a déjà fondé deux nouvelles chrétientés. Il a rencontré beaucoup de difficultés dans ces fondations nouvelles, mais il a su en triompher. Ke-van est la paroisse d’origine du Bienheureux Thi. Puisse ce martyr obtenir à ses concitoyens la grâce de vivre chrétiennement, et aux païens qui les entourent celle de se convertir à notre sainte religion ! La sous-préfecture dans laquelle se trouve Ke-van est, sans contredit, la plus riche de la province de Quang-Tri : si la foi s’y implantait sérieusement, nous pourrions y établir de magnifiques paroisses.
« La pairoisse de Ngo-xa, située non loin de la ville de Quang-tri, n’a que 291 fidèles disséminés dans 14 villages. Le P. Canh, qui les a baptisés en majeure partie, ne désespère pas d’augmenter leur nombre, et, dans cette ferme conviction, il se dévoue sans relâche à la conversion des païens. Ses efforts ne sont pas stériles, puisque son dernier rapport accuse 40 baptêmes d’adultes.
« La paroisse voisine, An-long, confiée à M. Maximilien de Pirey, aidé d’un prêtre indigène, se compose de 11 chrétientés. Le chiffre des fidèles était, avant les massacres, de 1.720 ; réduit à 538, il est remonté à 966. C’est une des paroisses les meilleures du district. Les adultes s’y confessent en moyenne cinq fois par an, et les enfants paraissent fort bien instruits. M. de Pirey a baptisé 16 catéchumènes.
« La population de Nhu-ly, patrie du Bienheureux Hoa, est descendue, après les massacres de 1886, de 709 habitants à 159 ; elle en a maintenant 707. Cette augmentation de 548 chrétiens est l’œuvre de M. Guichard. Ce confrère, durant les quelques années qu’il a passées dans cette paroisse, a fait tous ses efforts pour la remettre dans la situation d’où l’avaient fait déchoir les tristes événements de 1885. Il s’épargna si peu lui-même, que la maladie, dont il ne voulait tenir aucun compte, l’obligeait, il y a quelques mois, à partir pour la France.
« Le poste de Da-han est occupé depuis plusieurs années par notre vénéré doyen d’âge, M. Bonin. Située à Quang-tri même, cette paroisse, sous presque tous les rapports, est un sujet de consolation pour son pasteur. Elle est une des plus ferventes de la région : ses habitants aiment à fréquenter l’église, et un grand nombre viennent, soir et matin, réciter leurs prières devant le saint Tabernacle. Ces braves gens s’approchent des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, en moyenne, quatre fois par an. Il en est de même dans la paroisse de Dai-loc, dirigée par le P. Sy, un de nos plus vieux et plus méritants prêtres indigènes. Les quatre chrétientés qui composent cette paroisse comptaient, en 1884, 1.129 habitants, et 342 en 1887. En 1909, la population est remontée à 584 fidèles.
« C’est dans l’une de ces chrétientés, à Duong-loc, que se passa le plus terrible drame des massacres de i185. Quatre prêtres indigènes et trois à quatre mille chrétiens s’étaient, après la prise de Quang-tri par les rebelles, réfugiés dans cette station. Cernés par une foule altérée de sang et de carnage, ces pauvres malheureux, sans défense et sans armes, périrent presque tous dans l’immense et effroyable incendie allumé par ces bandes en furie. Ceux qui échappèrent au feu furent impitoyablement poursuivis et la plupart massacrés.
« La paix rétablie, les quelques rares survivants recueillirent les ossements et les cendres de ceux qui étaient tombés victimes de la haine de la religion et de la France, et les déposèrent pieusement dans un tombeau auprès duquel a été élevée une chapelle commémorative.
« Non loin de la paroisse de Dai-loc commence le district de Dat-do. Là également les massacreurs commirent des atrocités sans nom et sans nombre. La population catholique fut réduite de près de moitié ; elle est remontée à 11.420 chrétiens, divisés en 12 paroisses. La plus importante est Di-loan, composée de 5 stations et comprenant 1.670 fidèles. Pendant de longues années, elle a été administrée par M. Barthélémy, actuellement provicaire de la mission et supérieur du grand séminaire de Hué. Ce cher confrère n’a rien épargné pour la relever du triste état où l’avaient laissée les événements de 1885. Malgré des difficultés de tout genre, il a réussi à y construire une église qui est, sans contredit, la plus belle de la mission. Son successeur, M. Chabanon, également provicaire de la mission, et naguère curé de Tan-toa, province de Quang-binh, où il a laissé d’universels regrets, a pris à cœur de continuer l’œuvre de M. Barthélémy. Comme lui, il tâche d’améliorer cette paroisse qui, avec un peu plus de docilité, pourrait devenir un vrai sujet de consolation pour son pasteur. M. Chabanon a pu déjà se procurer tous les matériaux nécessaires à la construction d’églises dans les chrétientés de Loan-ly et Hoa-ninh. Outre ces travaux, il s’occupe d’agrandir le presbytère de Di-ban afin de pouvoir recevoir facilement les missionnaires et les prêtres indigènes qui viennent souvent, et nombreux, le consulter.
« Après Di-loan, une des paroisses les plus importantes du district est celle d’An-le. Elle compte 787 chrétiens. Depuis plus d’un an, c’est M. Izarn qui l’administre, avec le P. Bang pour vicaire. S’il faut en juger par le chiffre des confessions, les efforts que font ces ouvriers évangéliques pour améliorer leurs ouailles ne sont pas inutiles. En 1907, le nombre des confessions était de 2.228 ; cette année, il est de 2.566. Outre les occupations que lui donnent l’instruction de ses chrétiens et l’administration des sacrements, M. Izarn a fait, dans le courant de cet exercice, d’importantes réparations à son presbytère ; en ce moment, il embellit son église.
« La paroisse d’An-do, la plus rapprochée d’An-le, est dirigée par le P. Luan, bon prêtre indigène de 70 ans. Après 1885, An-do n’avait que trois chrétientés et 643 fidèles. Les naissances elles conversions ont élevé ce chiffre à 1.010.
« A An-ninh, le P. Mô, âgé de 72 ans, fait tout son possible pour sanctifier ses 665 chrétiens. C’est sur le territoire de cette paroisse, que se trouve le petit séminaire de la mission. Grâce à cet établissement, les chrétientés des environs ont pu, au temps de la dernière persécution, échapper en grande partie au terrible sort de celles du Dinh-bat. Réfugiés dans l’enclos du séminaire, plus de 3.000 chrétiens se sont défendus pendant près d’un mois, en attendant que les Français, maîtres de la citadelle de Quang-tri, vinssent les délivrer.
« A trois ou quatre heures d’An-ninh, seule au milieu des villages païens, se trouve la paroisse de Ba-ngoat, une des meilleures de tout le district de Dat-do. En 1885, elle faillit disparaître entièrement, et ce fut presque par miracle que 200 personnes environ purent s’évader et trouver un refuge à Sao-brun, dans la province de Quang-binh.
« Dans la région de Bai-troi, la population catholique, qui était de 2.942 avant les massacres, tomba à 1.198 ; elle est aujourd’hui de 2.416. Les fidèles de ce district sont répartis en quatre paroisses.
« La première, celle de Nam-tay, est administrée par les PP. Tan et Sanh. C’est, sans contredit, la plus fervente. Les chrétiens s’approchent souvent des sacrements. Mais les soins assidus dont ces deux prêtres entourent leurs brebis ne leur permettent pas de s’intéresser comme ils le désireraient aux nombreux païens qui les entourent.
« A Van-thien, paroisse qu’administre M. Hilaire, avec l’aide du P. Uy, le chiffre des baptêmes de catéchumènes et celui des conversions d’apostats augmentent de jour en jour.
« A Tan-yen, M. Henri de Pirey, sans négliger ses chrétiens, avait réussi à entamer plusieurs villages païens. Il espérait même augmenter encore son champ d’action, quand les circonstances ont contraint son évêque à lui confier un poste plus important dans la province de Hué. C’est M. Montagnon qui a remplacé M. de Pirey à Tan-yen. Prenant possession d’un champ bien ensemencé, ce confrère n’a eu qu’à récolter et, moins de trois mois après son installation, il avait déjà baptisé plus de 30 catéchumènes et préparé la conversion d’un bon nombre de païens.
« Le P. Duong, curé de la paroisse de Ha-loi, a, lui aussi, enregistré un certain nombre de baptêmes d’adultes et de retours d’apostats. Mais sa paroisse est composée de néophytes disséminés dans une quinzaine de villages et ce bon prêtre n’a pas encore eu le temps de former les nouveaux baptisés à une vie chrétienne bien parfaite.
Pour abréger son rapport, Mgr Allys ne dit rien, cette année, des travaux des missionnaires de la province de Quang-binh. Sa Grandeur se réserve d’en parler dans le prochain compte rendu.
« La province de Hué domine de grandes consolations aux ouvriers apostoliques. Tout y marche bien ; les sacrements y sont de plus en plus fréquentés ; le nombre des baptêmes d’adultes augmente.
« Les confrères chargés des séminaires se dévouent généreusement à la formation et à l’instruction de leurs élèves. Nous leur en sommes d’autant plus reconnaissants, qu’un bon et nombreux clergé indigène nous est plus nécessaire. Sans lui, nous serions dans l’impossibilité de suffire à la tâche.
« Les écoles des Frères et des Sœurs sont prospères ; mais on aimerait à voir le nombre de leurs élèves augmenter dans de plus grandes proportions.
« On raconte que, durant son emprisonnement à Hué, Mgr Lefèvre, de pieuse et sainte mémoire, eut une vision : la grande réformatrice du Carmel lui apparut et lui enjoignit de fonder, pour la plus grande prospérité de l’Église indochinoise, des monastères de carmélites dans le royaume annamite. Cette apparation a-t-elle eu réellement lieu ? Je ne le sais. Ce qu’il y a de certain, c’est que Mgr Lefèvre, à peine rendu à la liberté, s’empressa de faire venir à Saïgon les filles de sainte Thérèse. C’est de là qu’elles sont parties, pour aller établir un deuxième monastère à Hanoï, à l’autre extrémité du royaume d’Annam.
« Ces deux fondations, cependant, ne suffisaient pas au zèle de ces saintes religieuses, et il leur semblait que tant qu’elles ne seraient pas venues, le rosaire à la main, faire la pacifique conquête de la. capitale même de l’Annam, elles n’auraient pas complètement réalisé la volonté de leur sainte fondatrice.
« Aussi quelle joie n’éprouvèrent-elles pas, lorsque des circonstances providentielles leur ouvrirent le chemin de Hué, et leur permirent de venir installer leur cloître à quelques centaines de mètres du palais des Minh-Mang et des Tu-Duc, les plus implacables persécuteurs de la religion chrétienne.
« Puisse cette fondation, à laquelle notre pauvreté ne nous a pas permis de contribuer, être pour notre mission une continuelle et puissante protection. »



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