| Année: |
1909 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Haut-Tonkin |
| Rédacteur: | Mgr Ramond |
III. ─ Haut-Tonkin
Population catholique 24.160
Baptêmes d’adultes 844
Baptêmes d’enfants de païens 5.419
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« L’année qui vient de s’écouler s’est passée dans l’inquiétude, écrit Mgr Ramond. Les pirates ont fait de fréquentes apparitions sur la rive gauche de la rivière Claire, qui nous sépare de la mission des Pères Dominicains. Depuis le 29 janvier, sous la conduite du De-Tham, chef habile et influent, des bandes parcourent les province de Phuc-yen, rançonnant les habitants, massacrant ceux qui leur résistent et opposant une résistance acharnée aux troupes françaises et annamites lancées à leur poursuite. Elles ne craignent point de s’approcher de la voie ferrée, de s’enfermer dans quelque village fortifié à la hâte, et d’attendre le combat. Sont-elles cernées de toutes parts ? elles se battent avec un courage digne d’une meilleure cause, tuent nos officiers et nos soldats presque à bout portant, tiennent bon jusqu’à la nuit, et, à la faveur des ténèbres, malgré toutes les précautions prises contre elles, s’échappent et se portent plus loin pour recommencer la même man œuvre. Dix fois, elles ont tenté de ces coups d’audace, et toujours avec le même succès. Aussi n’est-il pas surprenant que le De-Tham et ses lieutenants passent, aux yeux des Annamites, pour des hommes de guerre extraordinaires. La prolongation de cette situation fâcheuse n’est pas sans porter atteinte à l’influence française ; les esprits brouillons en profitent pour semer dans la population des germes d’indépendance et de révolte. Grâce à Dieu, notre mission n’a pas eu encore à souffrir de ces incursions dévastatrices.
« Dernièrement toutefois, le poste de Hoa-binh, sur la rivière Noire, à 75 kilomètres de Hung-hoa, a été le théâtre d’un coup de main inattendu, qui a produit une grande impression. C’est la vengeance qui en fut le mobile. Nous sommes en pays muong, gouverné par des seigneurs féodaux exerçant leur autorité sous le contrôle de l’administration française. Un sous-chef de canton, nommé Kiem, déposé de ses fonctions, se voyait encore enlever huit arpents de terre par son ennemi, le seigneur féodal Quan-Lang. En vain fit-il appel à toutes les juridictions ; partout on resta sourd à ses plaintes. Le muong ne se soumet pas facilement à l’arbitraire et à l’injustice : il cachera son ressentiment et sa haine, s’il le faut, mais il les conservera au fond de son cœur attendant l’heure propice et ne pardonnant jamais. Kiem ulcéré réunit ses amis et tous les gens hardis capables de le seconder. A la tombée de la nuit, ils se dissimulent dans Hoa-binh ; plusieurs d’entre eux pénètrent en amis dans le poste de la milice, jouent avec les soldats, s’amusant avec d’autant plus de gaîté qu’ils nourrissent un dessein plus perfide. Au signal donné, à 4 heures du matin, les affidés envahissent le poste, s’emparent des armes, tuent cinq miliciens, en blessent douze et mettent les autres en fuite. L’inspecteur français, M. Chaigneau, éveillé par les cris, se rend sur les lieux : mais les bandits l’attendaient ; il tombe sous leurs coups. Après ce premier succès, les pirates se rendent à la prison en brisent les portes, et donnent la liberté aux détenus. Ils s’emparent de cent fusils, enlèvent quelques miliers de piastres et 80 kilos d’opium, leur drogue favorite ; puis ils prennent tranquillement, en plein jour, le chemin de la montagne, où, à l’abri de la grande brousse, ils défient toute poursuite.
« Mais laissons ces faits, qui appartiennent à l’histoire coloniale et parcourons rapidement nos divers districts.
« A 25 kilomètres en aval de Hoa-binh, nous rencontrons la chrétienté de Luong-son. Tout récemment fondée grâce à la persévérance d’un vieux catéchiste de Von-su au service de M. Gaillard, elle compte 150 fidèles et 40 catéchumènes : « L’événement le plus important de « l’année pour Luong-son, écrit ce confrère, a été la visite épiscopale couronnée par 78 « baptêmes et 55 confirmations. A Hoang-xa, lieu de ma résidence, quelques retardatalaires « ont rempli leur devoir pascal. A Trai-son, j’ai régularisé quelques situations considérées « jusqu’ici comme inextricables. Le prêtre annamite a baptisé à Thuy-tram une dizaine « d’adultes, et moi-même j’en ai régénéré 33 dans différentes chrétientés. »
« C’est la province de Sontay qui a fourni le plus grand nombre de baptêmes.
« M. Duhamel rend de ferventes actions de grâces à Dieu pour les bienfaits dont il a comblé son district de Vinh-loc : 133 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis, 8.000 confessions et 9.000 communions, tels sont les résultats de ses efforts et du travail de ses deux vicaires annamites. Il lui reste encore plus de 300 catéchumènes qui deviendront un jour, il en a la douce espérance, enfants de Dieu.
« Les épreuves pourtant, ajoute ce missionnaire, ne m’ont pas manqué. A Thuan-huc, « chrétienté nouvellement fondée et où j’ai obtenu le plus grand nombre de conversions, j’ai « été, pendant toute une nuit, cerné et insulté par une populace en délire, qu’excitaient les « notables païens et que soutenait secrètement le mandarin. Les éléments se sont mis de la « partie. La tempête du mois de juillet a renversé deux de mes catéchuménats et fortement « endommagé les autres. L’inondation actuelle va nous enlever une partie de la récolte. Enfin « la maladie a réduit à l’inaction le P. Ly, prêtre zélé et pieux, qu’un crachement de sang a « conduit à la porte du tombeau. »
« A Sontay même, M. Massard est pleinement satisfait de sa nouvelle chrétienté de Son-dong, où il a baptisé, au mois d’avril dernier, 33 adultes. C’est donc plus de 100 néophytes qu’il y compte aujourd’hui.
« L’hôpital indigène, confié au dévouement des religieuses de Saint-Paul de Chartres, rend les plus grands services : 51 malades y ont été baptisés avant de mourir. De là aussi, sont partis pour le ciel 83 enfants païens, régénérés in articulo mortis. A côté de l’hôpital, une humble maison sert de refuge à 18 ou 20 folles, dont prend soin Sœur Albert. Dans un autre local séparé, une Sœur annamite a ouvert un ouvroir où les jeunes filles de la ville, celles des mandarins païens en tête, viennent prendre des leçons de broderie et reçoivent une éducation sérieuse, Pour être juste, il faut ajouter que c’est à la sage direction de Sœur Alexandrine, son excellente supérieure, que cet établissement doit sa bonne réputation et sa prospérité.
« Le district de Bau-no, coupé en deux par le fleuve Rouge, s’étend sur les provinces de Sontay et de Hung-hoa. C’est à Bau-no que vécut pendant de longues années le catéchiste Van, récemment élevé sur les autels. Dans l’humble emploi de procureur, il sut, par sa ferveur et ses pieuses exhortations, s’attirer l’estime des chrétiens. Après avoir échappé une première fois aux poursuites des satellites, il fut pris en retournant à son poste, conduit à Phu-lam-thao, puis dirigé sur Sontay, où, à l’âge de 77 ans, le 25 mai 1857, il reçut le glorieux coup de sabre qui lui ouvrit le ciel. C’est sur le chemin qu’il parcourut de Lam-thao à Sontay, que naissent aujourd’hui les nombreuses chrétientés dont va nous parler M. Hue, provicaire, chargé de ce district :
« Le groupe de mes nouveaux chrétiens se développe d’une manière régulière. Répandus « dans 12 communes, les néophytes observent les préceptes de la religion avec ferveur. Le « chiffre des baptêmes du présent exercice, 146, est le plus élevé qui ait été obtenu dans ce « district depuis onze ans ; 252 catéchumènes se préparent à recevoir la même faveur. La « chrétienté de Tong-thai a fourni le plus fort contingent avec ses 84 baptisés.
« Ma paroisse, écrit M. Jaricot, procureur de la mission et curé de la cathédrale, est bien « modeste si on considère le nombre de ses chrétiens. Elle est divisée en deux groupes : le « premier, établi sur le terrain de la mission, s’approche régulièrement des sacrements et « commence à goûter lar pratique de la communion fréquente ; le second, nouvellement « formé, se compose de bateliers qui gagnent péniblement leur vie par un travail incessant. Si « leur foi est vive, leur instruction laisse beaucoup à désirer. Mes occupations ne me « permettent guère d’évangéliser les villages voisins, aussi je ne compte que 14 baptêmes « d’adultes et 131 d’enfants de païens. »
« A Don-vang, M. Jacques donne ses soins à deux chrétientés muongs perdues dans la forêt. Son champ à défricher est vaste. Il faut du temps pour amener à Dieu ces peuplades, généralement douces, mais trop adonnées à l’opium et à la vie facile.
« A Ha-thach, M. Granger a obtenu 90 baptêmes d’adultes. Ce beau résultat est dû, en grande partie, à un jeune vicaire annamite qui réside habituellement à Hien-quan. Ce prêtre zélé a su grouper autour de son presbytère près de 100 catéchumènes qu’il a instruits avec soin pendant plus d’une année. Au mois d’octobre dernier, je conférai moi-même le baptême à 74 d’entre eux. Le lendemain, je les confirmais et leur donnais la sainte communion.
« A vingt kilomètres de Ha-thach, non loin de la rivière Claire, nous trouvons M. Pichaud à la tête du poste de Lang-lang, situé dans un magnifique pays. Partout on ne voit que verdoyantes collines, couronnées de bouquets de lataniers ; à leur pied, s’étendent de vertes rizières arrosées de multiples ruisseaux qui en font la richesse. Cerfs, coqs de bruyère et paons y prennent leurs ébats. Mais les chrétiens de ce riant pays laissent à désirer au point de vue de l’accomplissement de leurs devoirs religieux. Cependant, remarque le missionnaire, qui a enregistré 14 baptêmes d’adultes, les enfants et les jeunes gens s’approchent fréquemment des sacrements. C’est l’espérance de l’avenir.
« Le district de Yen-tap, où M. Chatellier, depuis quatorze ans, dépense sans compter son argent, ses forces et son zèle, a donné 49 baptêmes d’adultes. Yen-tap et Ta-xa, aujourd’hui importantes chrétientés de plus de 1.300 âmes chacune, furent évangélisées par le Bienheureux Néron, dont le souvenir reste vivant dans tous les cœurs. C’est à Ta-xa qu’il fut pris. De là, on le conduisit à Sontay où il subit son martyre. Ses glorieuses reliques reverront les lieux de son apostolat et de ses luttes. Elles reposeront dans les vastes églises de ces deux chrétientés, à côté de la forêt où il s’est caché si souvent, et proclameront le triomphe de la foi et la récompense réservée à celui qui souffre pour le Christ.
« Les beaux jours d’Yen-bai sont finis. A l’époque de la construction du chemin de fer, une population flottante, attirée par l’appât du gain, remplissait ses rues aujourd’hui désertes. Les travaux sont terminés, et si une exploitation de mines ou une industrie quelconque ne vient la relever, cette ville est destinée à n’être plus qu’un endroit de passage et un point stratégique pour la haute région. M. Blondel, titulaire de ce poste, a baptisé, grâce à notre hôpital indigène confié au zète ries Soeurs de Saint-Paul de Chartres, 33 adultes et 195 enfants de païens.
« Lao-kay subit le même sort que Yen-bai et voit sa population diminuer.
« Les Annamites qui viennent y trafiquer, nous dit M. Robert, ne sont pas recommandables « et les Chinois sont, pour la plupart, d’anciens pirates. Quant aux villages environnants, ils ne « demandent pas mieux que d’entretenir des relations avec le missionnaire, mais là s’arrête « leur bonne volonté, ils ne parlent jamais de conversion. »
M. Girod nous expose ainsi sa situation : « Pendant ce derllier exercice, rien de saillant à « signaler dans mon petit cercle d’action, si ce n’est le déplacement du Préfet indigène, qui « n’était guère mon ami. Son successeur, qui est chrétien, donne le bon exemple en assistant « régulièrement aux offices du dimanche avec sa famille. J’ai donc la paix pour le moment, « mais hélas ! calme plat, très plat ! Si les bouddhistes de la région ont volontiers recours aux « bons offices du missionnaire dans leurs besoins corporels, ils ne manifestent nulle envie de « se convertir. J’ai eu bien de la peine, après trois ans d’efforts, de parvenir à baptiser à Dao-« kien une douzaine de catéchumènes. Ici, à Phu-yen-binh et Lang-kha, sur les terrains de la « concession, mon titre de colon français me donne toute liberté pour prêcher la religion, mais « encore faut-il que des gens se présentent pour vivre en travaillant et se convertir en étudiant. « De plus, j’aurais besoin d’un bon catéchiste sérieux et zélé pour m’aider dans la direction de « ces ouvriers de la dernière heure. Malgré toutes les difficultés des commencements, j’espère « en l’avenir. En ce moment, j’ai une vingtaine de catéchumènes qui se préparent au « baptême.»
« Cette année, M. Blache n’a pas vu reparaître les cruels Chinois qui, au mois de juillet 1908, ont failli le massacrer. Il a profité de la paix pour fonder une nouvelle chrétienté et raffermir ses néophytes de Lang-thin et Luc-an-chan.
« Dans son district de Tuyen-qnang, M. Gauja a administré 15 baptêmes d’adultes et 44 d’enfants de païens.
« Les collines sont surtout appréciées au moment des inondations. Du haut de celle qu’il occupe, notre confrère a pu contempler la ville de Tuyen-quang ensevelie sous les eaux, qui montaient dans les principales rues à plus de quatre mètres de hauteur. On pouvait aisément se promener en barque dans les salons du résident français. Sauf les rares maisons à étages, toutes les autres ne laissaient émerger que le haut des toits. Heureusement, les collines voisines ont pu servir de refuge à toute cette population en détresse. M. Gauja a reçu dans l’église, dans son presbytère et ses dépendances, plus de 600 personnes.
« M. d’Abrigeon compte 23 baptêmes d’adultes dans son district de Ha-giang, situé non loin de la source de la rivière Claire.
« A moitié chemin entre Tuyen-quang et Ha-giang, M. Savina évangélise les peuplades tays et mans, non sans éprouver de grandes difficultés. Il faudra semer longtemps dans les larmes avant de récolter dans l’allégresse. Sans se décourager le missionnaire nous rend compte de ses impressions en ces termes : « Cette année encore, j’ai vécu d’oubli et « d’espérance, d’oubli des obstacles que j’ai rencontrés, et d’espérance d’une plus ample « moisson pour l’avenir. Ma gerbe est bien petite : 6 baptêmes seulement. Je ne perds pas de « vue mes pauvres lépreux, qui sont abandonnés à leur triste sort le long des rivières et au « fond des bois, en horreur à tout le monde et même à leurs proches. Quelques-uns mettent fin « à leurs misères en se donnant la mort. Leurs corps sont privés de sépulture ; et je n’oublierai « jamais l’horrible spectacle de ces cadavres putréfiés que j’ai rencontrés dans mes voyages. « Une léproserie s’impose, mais comment faire ? Je manque de secours.
« Quelques chrétiens annamites, perdus au milieu des tays, ont profité de ma présence pour « régulariser leur situation et s’approcher des sacrements. Quelques tays demandent à se « convertir, mais ils sont disséminés dans les villages au milieu des forêts. Des catéchistes « tays me sont indispensables pour prêcher la religionr dans ce pays. »
« La mission possède trois léproseries, qui donnent d’excellents résultats. L’une d’elle, celle de Sontay, ressemble à une communauté religieuse. Tous les exercices s’y font au son de la cloche. La charité règne parmi ses membres. Ils cultivent ensemble, chacun selon ses forces, les quelques champs qui ont été achetés pour eux, et dont les revenus leur sont distribués en parties égales.
« Je n’ajouterai plus qu’un mot : Les chiffres de 68.379 confessions et de 76.633 communions pour une population de 24.000 chrétiens témoignent suffisamment de la piété de nos catholiques annamites.
« Daignent nos Bienheureux Martyrs nous aider de leurs prières, nous enflammer de leur zèle et nous accorder la joie si douce que donnent de nombreuses conversions. »
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