| Année: |
1909 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. ─ Tonkin maritime
Population catholique 93.000
Baptêmes d’adultes 958
Baptêmes d’enfants de païens 6.738
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« La tranquillité dont, grâce à Dieu, nous jouissions depuis assez longtemps, écrit Mgr Marcou, a été troublée, cette année, par les nouvelles qui nous venaient du nord du Tonkin. Après les exploits des réformistes chinois, le De-Tham, le trop fameux chef de bande du Yen-Thê, était de nouveau parti en campagne contre les Français ; les troupes envoyées contre lui n’avaient pu l’atteindre ; il avait des affidés dans toutes les provinces, c’était donc, pensait-on, un soulèvement général dans un avenir plus ou moins prochain.
« Tous ces bruits, d’abord assez vagues, ont pris plus de consistance à la suite d’un acte de rebellion commis au chef-lieu de la province de Hoa-binh. L’enlèvement d’une centaine de fusils, la délivrance de tous les prisonniers, la facilité surtout et la rapidité avec lesquelles avaient opéré les pirates, n’étaient pas de nature à nous rassurer.
« Malgré les inquiétudes trop légitimes provenant de ces actes de rébellion, missionnaires et prêtres indigènes ont continué à exercer avec le plus grand zèle toutes les fonctions du saint ministère, et si le nombre des baptêmes d’adultes n’a pas été aussi élevé que nous l’espérions, en revanche la dévotion de nos vieux chrétiens envers la sainte Eucharistie a progressé de la manière la plus consolante. De 215.000, chiffre de l’an dernier, les communions de dévotion se sont élevées à celui de 363.000, que nous n’avions encore jamais atteint. Nous devons cet heureux résultat au décret de 1905 !
« Laissons maintenant la parole aux missionnaires qui nous ont fait parvenir leur compte rendu.
« M. Chaize, le plus au nord, nous écrit :
« Pour la première fois depuis longtemps, j’ai pu, cette année, faire l’administration de « toutes les chrétientés de Vo-hot ; cette paroisse est un vrai Capharnaüm. Il y a là des gens « du delta, des habitants de la forêt, des terriens et des bateliers, des commerçants et des « agriculteurs, des familles de passage et d’autres à poste fixe ; enfin cinq ménages, partis des « quatre points cardinaux, viennent d’arriver et ne sont pas encore installés. Ils se demandent « s’ils pourront ici se procurer le riz quotidien plus facilement que dans le coin de terre qui « les a vus naître, et leur pasteur temporaire examine leurs actes pour savoir s’il aura à se « louer ou à gémir de cette immigration.
« En dehors des travaux d’administration chez les vieux chrétiens, l’œuvre des néophytes m’a fourni une toute petite gerbe de dix baptêmes d’adultes de 20 à 30 ans qui m’apportent tous des preuves sérieuses de conversion, trois surtout qui avaient déjà étudié le catéchisme avant de demander à entrer dans le bercail du bon Pasteur. Intrigués par les relations si cordiales du missionnaire avec leurs amis chrétiens du même âge, ils s’étaient procuré un catéchisme par curiosité ; cette curiosité satisfaite s’était changée en un ardent désir du baptême. »
« Au sud du district de M. Chaize commence celui de M. Pléneau. Notre confrère se réjouit de voir la communion fréquente et quotidienne s’établir dans la chrétienté de Ninh-binh : « Chaque jour, dit-il, j’ai le bonheur de voir s’approcher de la sainte Table de 30 à 40 « personnes. La communion hebdomadaire a fait plus de progrès encore, et la dévotion du 1er « vendredi du mois a poussé à Ninh-binh de fortes racines. » En terminant sou compte rendu, M. Pléneau annonce la conversion prochaine d’une quarantaine de familles répandues dans plusieurs villages voisins du chef-lieu de la province.
« Au-dessous de Ninh-binh, s’étend le vaste district où M. Doumecq exerçait son zèle et où il comptait plus de 400 catéchumènes. Notre confrère ayant dû prendre la direction du collège de Phuc-nhac, c’est M. Soubeyre qui s’occupe de ces nouvelles chrétientés ; il écrit dans son compte rendu :
« Les catéchumènes sont la partie du troupeau qui demande le plus de travail, c’est donc « chez eux que j’ai passé à peu près tout mon temps, les instruisant, tantôt en commun, tantôt « en particulier, allant les voir à domicile, les recevant chez moi, m’intéressant à leurs « affaires, à leurs besoins. Hélas ! chez ces pauvres gens que de misères que je n’ai pu « soulager faute de ressources ! Combien la parole du missionnaire se graverait profondément « dans le cœur de ces déshérités de la fortune, si elle était accompagnée d’une petite aumône ! « Avec la grâce de Dieu, je réussirai à faire d’eux de bons et de fervents chrétiens. »
« Après le district de M. Soubeyre, nous arrivons dans celui du Kim-son, plus petit comme étendue, mais beaucoup plus peuplé ; c’est la seule région de tout le vicariat où les chrétiens soient plus nombreux que les païens. C’est le pays des églises et des oratoires et aussi de la communion fréquente. Le titulaire de ce district, M. Chevènement, oubliant que les forces humaines ont une limite, a contracté une maladie qui a failli l’emporter et qui l’a obligé à aller demander au pays natal une guérison que la faculté déclarait impossible dans ce pays.
« De la province de Ninh-binh, passons à celle de Thanh-hoa. Au chef-lieu de la province, nous trouvons M. Bourlet.
« Au point de vue religieux, écrit ce confrère, la province de Thanh-hoa est un vaste « désert. De loin en loin, on remarque quelques rares chrétientés clairsemées comme des « oasis au Sahara. J’essaie actuellement d’ouvrir deux trouées dans cette solitude, une à l’est, « l’autre à l’ouest.
« A l’ouest, c’est Van-tap, où des velléités de conversion s’étaient manifestées, il y a « quelques années. Puis, la famine aidant, tout cela disparut commue le nuage au souffle du « vent. Aujourd’hui, l’œuvre semble reprendre. Daigne le Seigneur la bénir et la faire « prospérer !
« A l’est, nous avons Sam-son, plage riante, où les habitants de Thanh-hoa viennent aux « époques chaudes de l’année chercher un peu de brise et de sommeil. L’an dernier, je « retrouvai dans un village voisin une famille d’anciens catholiques dont deux membres « avaient même appartenu à la maison de Dieu et je caressai l’espoir de voir cette famille « devenir le petit grain de sénevé dont allait sortir le grand arbre. Mais les notables du village, « ayant tout intérêt à conserver les rites païens dont ils retirent tout profit, virent « l’établissement d’un mauvais œil ; ils agirent en dessous et personne n’osa suivre la famille « chrétienne, qui demeura isolée. Je croyais tout perdu, quand le village de Sam-son lui-« même s’ébranla ; plus de dix familles étudient le catéchisme et nombreuses sont celles qui « sont sur le point de les imiter. Si nous trouvons le moyen de nous y installer solidement, il « est à espérer que le royaume de Dieu pourra s’établir en ce coin et rayonner peu à peu aux « alentours.
« Les chrétiens s’approchent bien plus souvent qu’autre fois des sacrements. Les « communions sont toujours nombreuses les jours de fête ; elles le seraient davantage, s’il y « avait un nombre suffisant de confesseurs.
« La léproserie se développe de jour en jour : actuellement, les lépreux dépassent la « cinquantaine. Un agrandissement des locaux s’impose ; j’espère que le bon Dieu nous « donnera le nécessaire pour entretenir cette œuvre.
« Les religieuses chargées de l’hôpital indigène ont beaucoup de fatigues à endurer. « L’hôpital étant actuellement en construction, elles sont mal logées et doivent s’imposer, « chaque jour, deux voyages aller et retour jusqu’au lazaret provisoire qui est deux kilomètres « au moins de leur habitation. Elles trouvent encore le temps de courir après les brebis « égarées et parfois Dieu se plaît à récompenser visiblement leur zèle. C’est ainsi qu’elles ont « converti, par leurs prières, un enfant de 12 ans, longtemps réfractaire à toute pensée de « religion. Au commencement, quand elles lui parlaient de Dieu, il se tournait vers le mur et « ne répondait pas. Mais la grâce finit par triompher de son obstination et il mourut en « prédestiné. Cette année, ces saintes religieuses ont cueilli la belle gerbe de 43 baptêmes. « Que le bon Dieu nous les garde toujours !
« Leurs compagnes de la Sainte-Enfance ne sont pas moins zélées. Leurs enfants sont « moins nombreux cette année où le riz est abondant, aussi elles ont plus de temps à donner à « leurs bébés et elles apprennent même les premiers éléments de la religion aux enfants tant « français qu’annamites. Si à cette œuvre nous pouvions adjoindre un asile pour les mourants, « ce serait parfait. Une œuvre de ce genre rendrait de grands services, car tous les malheureux « incurables, pour qui il n’y a pas de place à l’hôpital, viendraient y chercher, avec le « soulagement du corps, la guérison et le salut mille fois plus précieux de l’âme. »
« Dans le nord de la province de Thanh-hoa, se trouve le district de M. Martin qui réside habituellement à Phong-y. Cette année, notre confrère a été visité par la maladie. Une congestion pulmonaire a mis pendant quelques jours sa vie en danger. Grâce au dévouement du Dr Her,ant, qui n’a pas reculé, en plein mois de juillet, devant un voyage de plus de 80 kilomètres pour aller au secours d’un missionnaire mourant, notre confrère a été sauvé et bien que la convalescence soit un peu longue, tout fait espérer que a robuste constitution triomphera encore de cette nouveile maladie.
« Cette année, écrit M. Martin, je n’ai eu que 31 baptêmes d’adultes, car les Annamites « montent peu dans nos parages ; et puis je n’ai plus de terrain pour établir de nouveaux « néophytes autour de moi. »
« Au-dessus de Phong-y, commence la région que nous appelons Chau-lao, dans laquelle il n’y a plus d’Annamites. Ce sont les Tho, d’abord, puis les Thay et enfin les Laotiens qui peuplent le pays. D’après le compte rendu des confrères qui travaillent là-haut, le chiffre des chrétiens baptisés s’élève actuellement à 1.783 et celui des catéchumènes à 874. Il y a bien encore dans le Muong-zin plusieurs centaines de personnes qui ont manifesté quelque désir d’embrasser la religion chrétienne, mois nous n’en sommes encore qu’aux premiers pour parlers et l’avenir seul nous dira le nombre de ceux qui persévéreront jusqu’au baptême.
« En quittant Phong-y, c’est M. Canilhac que nous rencontrons d’abord à Muong-khut.
« Pour la première fois, écrit-il, je puis enfin enregistrer quelques baptêmes d’adultes, j’en « ai eu 25. C’est bien peu, dira-t-on peut-être ? Sans doute, mais si on tient compte de toutes « les difficultés que le missionnaire rencontre ici, je m’estime heureux et je remercie le bon « Dieu de ma récolte.
« Le mouvement de conversion se heurte toujours à l’obstacle que je signalais l’an « dernier : l’opposition des chefs de tribu. Une famille avait pris la résolution d’embrasser « notre sainte religion, malheureusement elle eut la naïveté d’aller demander l’autorisation au « chef. Vous devinez la réponse : ces pauvres gens n’ont pas eu le courage d’aller contre cette « défense. Que de familles se convertiraient si elles n’étaient pas retenues par la même « crainte !
« Un autre obstacle aux conversions, ce sont les bruits de révolte. Cette année, la révolte « du De-Tham a fourni aux chefs de tribu une belle occasion d’effrayer ceux qui auraient « quelque velléité d’embrasser notre sainte religion, en les menaçant de la prochaine arrivée « des rebelles. Mais c’est pour Dieu que nous travaillons, et j’ai la ferme confiance que, « malgré tout, le mouvement de conversions ira toujours en augmentant. »
Muong-khut compte 531 chrétiens et 28 catéchumènes.
En remontant plus haut, nous trouvons M. Rocher à Na-ham, avec 365 chrétiens et 18 catéchumènes.
« Cette année, écrit-il, j’ai eu le bonheur d’enregistrer quatre retours à Dieu. Pour les « baptêmes de catéchumènes, je n’en ai eu que trois. A Muong-ai, a régné la famine pendant « trois ou quatre mois. Tout le long du jour, les gens allaient chercher des tubercules dans la « forêt, et, le soir, ils n’étaient guère disposés à étudier le catéchisme. Je pense que, d’ici un « an, si la construction de l’église de Na-ham ne me prend pas trop de temps, j’aurai la joie de « baptiser une dizaine d’adultes. »
« M. Pirot est chargé de Muong-sia, qui compte 318 chrétiens et 211 catéchumènes. C’est ce confrère qui, cette année, a eu le plus beau chiffre de baptêmes d’adultes : 103. Comme c’est à peu près uniquement au missionnaire que dans ces régions incombe la préparation des catéchumènes au baptême, ce chiffre nous dit la somme de travail fournie par M. Pirot. A cette besogne déjà si considérable notre confrère à ajouté la construction d’un oratoire à Bang-muong.
« Les deux districts de Muong-soi et Na-mun, M. Rey étant absent, ont été administrés par M. Roucoules.
« Ces deux districts représentent un total de 608 chrétiens baptisés, et plus de 200 catéchumènes disséminés dans une trentaine de hameaux.. Ici, il faut compter avec une difficulté toute spéciale et particulièrement délicate, provenant du mélange des tays et des laotiens, deux variétés d’une même race, mais qui n’en restent pas moins ennemies, et qui sont toujours prêtes à en venir aux mains. Le missionnaire a besoin de beaucoup de prudence pour garder les sympathies des uns et des autres afin de les gagner tous à Jésus-Christ. Jusqu’ici, c’est presque uniquement parmi les tay que se recrutent les chrétiens.
« Notre situation dans le Muong-soi, écrit M. Roucoules, s’est sensiblement améliorée « depuis trois ou quatre ans. Deux chefs de tribu ont demandé à se convertir, d’autres nous « sont sympathiques ; la population païenne se montre en général animée de bons sentiments « à notre égard. Il y a lieu d’espérer qu’on obtiendra bientôt, avec la grâce de Dieu, de « nouvelles conversions.
« Nos néophytes ont fait quelques progrès dans la pratique des vertus chrétiennes, sans « être encore tous exemplaires, il s’en faut. Il nous faudrait des centres de vieux chrétiens « dont l’exemple entraînerait les nouveaux. La foi de ces derniers ressemble à ces grains « confiés à la terre depuis quelques jours : on aperçoit déjà un petit germe qui donne bon « espoir, mais on sent qu’il est bien frêle et que le moindre choc le briserait. Telle est bien « l’image de nos néophytes ; la foi est née dans leur cœur, elle y a même poussé quelques « racines, on aperçoit quelques indices de transformation, mais ce n’est encore que la « première germination : à quand les fleurs et les fruits beaux et savoureux ? »
Yen-khong, district de M. Degeorge, compte actuellement 231 baptises et 417 catéchumènes. A ce chiffre, on pourrait ajouter plusieurs centaines de catéchumènes habitant à Muong-zin, dont M. Maigret a commencé l’évangélisation, mais il faut attendre encore quelques mois avant de connaître exactement le nombre de ceux qui ne reculeront pas, au moment de faire le pas décisif.
Muong-deng est le chef-lieu du district. « Ici, écrit M. Degeorge, nous sommes en progrès. « En 1906, la tribu de Muong-deng ne comptait que 300 chrétiens (y compris les « catéchumènes) ; cette année, le chiffre a plus que doublé. Mais malheureusement je n’ai « plus assez de catéchistes. A cause de leur petit nombre, je ne puis les laisser longtemps dans « le même village ; aussi l’étude du catéchisme et des prières marche bien lentement. J’ai « essayé de remplacer les catéchistes annamites par des chrétiens sachant lire le tay ; mais je « dois avouer que cette tentative n’a pas eu le succès que j’espérais.
« De plus, les tay ont l’intelligence plus lente que les Annamites et ils oublient très vite ce « qu’ils ont appris. Que le catéchiste passe un mois en dehors du hameau, quand il « reviendra, tout le travail sera à recommencer.
« Dans ces conditions, nous ne nous pressons pas d’administrer le baptême. Il faut « d’ailleurs compter avec le caractère nomade des tay qui, pour une raison quelquefois bien « futile, quittent leur tribu pour passer dans une autre entièrement païenne, où le catéchisme « et les prières seront vite abandonnés ; et alors c’est le retour aux vieilles superstitions
« Cependant la grâce fait son œuvre dans les âmes bien disposées. Autrefois, je m’étais « donné beaucoup de peine pour instruire un jeune homme dont je voulais faire un catéchiste. « Malheureusement, une année durant, il s’était adonné à l’opium ; il ne pratiquait plus, « s’abrutissait à vue d’œil et évitait ma rencontre. Je pus enfin le décider à sortir de cet état en « lui administrant une drogue contre l’opium. Il a renoncé à sa funeste passion et je lui ai « confié l’enseignement des enfants de son village. Il est revenu à la pratique de ses devoirs « religieux et même se confesse et communie assez souvent. Comme je le complimentais et « comparais sa conduite actuelle à son passé, il me répondit : « Oui, j’étais un homme perdu, « vous m’avez sauvé. Maintenant que vous me faites enseigner, je dois me confesser et « communier souvent afin d’être digne d’instruire les autres. »
« Nos écoles libres continuent à nous rendre de précieux services. Celle de Ninh-binh a enregistré 2 baptêmes d’élèves païens ; celle de Thanh-hoa, transférée à Phuc-nhac, a vu augmenter sensiblement le nombre de ses élèves chrétiens.
« Nous espérons terminer, l’an prochain, la construction du grand séminaire, ce qui nous permettra de donner une nouvelle impulsion à l’œuvre capitale du clergé indigène. »
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