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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin méridional
Rédacteur:Mgr Pineau

II. ─ Tonkin méridional

Population catholique 140.404
Baptêmes d’adultes 418
Baptêmes d’enfants de païens 2.137
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« Les travaux des missionnaires, écrit Mgr Pineau, ne sont pas toujours couronnés du même succès. Cette année, le nombre des baptêmes d’adultes est bien inférieur à celui des années précédentes. A l’exception d’un district où plusieurs groupes de païens demandent à embrasser la religion, partout on ne trouve que par unités les âmes de bonne volonté.
« Par contre, le chiffre des baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis est on augmentation ; il est supérieùr de 745 unités à celui du dernier exercice. »
Mgr Pineau parle ensuite de la visite pastorale qu’il a faite cette année dans la partie sud de la mission. Le district de cette région, qui comprend 17 paroisses et compte 28.300 chrétiens, est dirigé par M. Abgrall, aidé de MM. Le Gourrièrec et Olmer.
« Arrivés, dit Sa Grandeur, à Hong-phuong, chef-lieu du district, après une navigation de trois jours, nous en repartons le lendemain pour commencer notre visite dont une partie seulement pourra s’effectuer avant les solennités de Pâques. Une halte de quelques heures seulement chez M. Le Gourrièrec nous permet d’admirer la belle église qu’il construit et qui fera certainement honneur à son architec te, le missionnaire lui-même. Nous continuons ensuite notre voyage jusqu’à Kinh-nhuan chef-lieu de la paroisse du même nom, confié au P. Phuoc, ancien élève de Pinang. Aussitôt arrivés, les uns font passer l’examen aux jeunes gens qui se préparent à la confirmation, et les autres s’installent au saint tribunal pour y entendre les confessions. Le lendemain matin il y eut 145 communions et 120 confirmations.
« De Kinh-huan, nous passons à Minh-Cam, où j’administrai 130 confirmations, puis à Viuh-phuoc, poste dirigé par le P. Huy, et nous arrivons enfin à Hoa-ninh, grande et belle paroisse que M. Olmer administre depuis un an. Ce cher confrère, maladif tout le temps qu’il a passé au collège de la mission, a trouvé le milieu qui convenait à son tempérament. Ici, il se porte très bien. Les deux paroisses de Vinh-phuoc et de Hoa-ninh, ont donné près de 600 conmunions et 530 confirmations.
« Pâques approchait ; force me fut donc d’interrompre la tournée épiscopale pour rentrer à Huong-phuong, où je devais faire les cérémonies de la semaine sainte et bénir l’église que M. Abgrall a si bien restaurée.
« Le jeudi saint, nous comptions 10.000 chrétiens accourus de tous les points du district, avec les prêtres des différentes paroisses, pour assister aux rites de la bénédiction de l’église et de la messe pontificale. Quelle différence entre nos fêtes et celles du paganisme où l’on n’entend que cris stridents, où l’on ne voit que trouble et confusion ! Toute la soirée du jeudi saint, pendant la nuit et jusqu’à l’office du lendemain, les fidèles ne cessèrent de venir adorer Notre-Seigneur dans le Sacremenit de son amour.
« Le vendredi, après l’office du matin, commença l’examen écrit pour les notables et l’examen oral pour les jeunes gens des deux sexes sur le catéchisme et les principales vérités de la religion. Le dimanche de Pâques, les prêtres des différentes paroisses étant rentrés chez eux avec leurs chrétiens, la foule était moins nombreuse à Huong-phuong, mais les offices n’en furent pas moins très solennels. Le préfet, païen, avait demandé comme une faveur la permission d’assister à la messe pontificale. Le soir, après le salut du très saint Sacrement, eut lieu la distribution des récompenses à tous ceux qui avaient répondu d’une façon satisfaisante aux questions de l’examen. Ainsi se termina cette belle et inoubliable journée, un peu fatigante pour le corps, mais qui remplit l’âme des plus douces émotions.
« Le lundi de Pâques, je reprenais le cours de ma tournée pastorale. Il me restait encore neuf paroisses à visiter, dont quatre situées au milieu de la brousse. J’y donnai en tout 3.140 confirmations.
« Le Tonkin méridional a eu la joie de voir cette année un de ses prêtres indigènes mis au rang des Bienheureux. Le martyr Pierre Khanh, qui a été béatifié le 2 mai 1909 par Sa Sainteté Pie N. appartient en effet à notre mission. Son souvenir est intimement lié à la fondation du poste de Lac-son. Voici comment M. Adolphe Klingler, qui a commencé cette petite chrétienté, m’a rapporté l’histoire du premier païen de ce village qui demanda à se convertir :
« Je vis arriver un jour chez moi, dit le missionnaire, un païen de bonne mine, qui « paraissait très content de me rencontrer et demandait à se faire chrétien Il se nommait Sum « et était originaire de Hun-quyen, village situé à 3 lieues plus au nord, sur la route de Hoi. « Malgré ses 60 ans, il était encore fort et robuste. Depuis sa jeunesse, me dit-il, il avait le « désir d’embrasser la religion chrétienne, mais jusqu’ici il n’avait jamais trouvé personne « pour la lui enseigner.
« Il me raconta alors qu’à l’âge de 18 ans, atteint d’une maladie incurable, la lèpre « probablement, il était un jour allé porté une dépêche à la ville de Ha-tinh. Une fois arrivé à « destination, il se joignit à une foule de curieux qui s’empressaient d’aller voir un prêtre « annamite nouvellement pris et mis en cage.
« Je vis, dit Sum, un beau vieillard avec une longue barbe, assis dans une cage placée sur « des tréteaux. Je ne pouvais me rassasier de le regarder et, comme subjugué et fasciné par « cette figure pleine de calme, de bonté, de douceur, je me faufilai à travers la foute pour « parvenir jusqu’à lui.
« Quand il me vit avec mes plaies, il me demanda pour-quoi je ne prenais pas de médecine « pour me guérir. ─ J’en ai bu à satiété sans résultat, et aucun médecin ne consent plus à m’en « préparer. ─ Pauvre petit frère, dit le prêtre ! si malade à ton âge, tu me fais grand’pitié ! je « vais te donner une recette. » Il traça alors quelques caractères sur un bout de papier et me le « remit en disant : Essaye cette recette et tu t’en trouveras bien. »
« Enchanté de cette bonne aubaine et plein de confiance dans cette heureuse promesse, je « ne me pressais pourtant pas de m’éloigner, me demandant en moi-même comment je me « procurerais ces médecines, car je n’avais pas une sapèque dans ma ceinture.
« Le pauvre prisonnier, plus éclairé que le brillant soleil et plus compatissant que père et « mère, devina mon embarras. Il souleva un coin de la natte étendue dans sa cage, en tira une « ligature et me la passa à travers les barreaux en disant : « Voilà de quoi payer tes « médecines ; va en paix. »
« Je ne bus qu’un bol de médecine et je fus immédiatement guéri ; depuis, je me suis « toujours bien porté.
« Heureux comme un ressuscité, je mis, hélas ! trop de temps à me procurer un présent « pour aller remercier mon merveilleux bienfaiteur. Quand j’allai au chef-lieu de la province, « j’appris avec une immense douleur que les mandarins l’avaient fait décapiter en plein « marché, près de la citadelle, parce qu’il était un maître de la religion de Jésus.
« Je courus au lieu du supplice pour offrir, au moins, mes présents en sacrifice, mais je ne « trouvai pas même sa tombe (Mgr Masson, en effet, était parvenu à faire transporter le corps « du martyr dans la chrétienté de Trung-hau, où il est encore maintenant).
« Désolé de ne pouvoir d’aucune manière témoigner ma reconnaissance à mon bienfaiteur, « je me prosternai à l’endroit où il avait versé son sang et je pleurai longtemps. Je vouai à ses « mânes un culte perpétuel et le reconnus pour mon patron, le suppliant de me compter parmi « ses fidèles disciples et ses serviteurs les plus dévoués. Jamais depuis, malgré toutes les « occupations et les vicissitudes de la vie, je n’ai oublié mon protecteur. Plus j’avançais en « âge et en expérience, plus je trouvais mon maître supérieur à tous les médecins, à tous les « lettrés, à tous les savants et diplômés de ma connaissance. Cette admirable bouté pour moi, « pauvre malheureux qu’il ne connaissait pas, cet empressement spontané à me tirer du « malheur, ce désintéressement généreux à me venir en aide malgré sa propre détresse, tout « cela me frappait de jour en jour davantage et augmentait mon désir de connaître cette « religion de Jésus, seule capable d’inspirer une telle charité. Mais je ne savais à qui « m’adresser pour arriver au but de mes désirs.
« Enfin hier, m’étant rendu au marché de Hoi pour mes affaires, j’ai rencontré le mandarin « de la préfecture. A son passage, les notables du village de Yen-xa lui présenlèrent une « plainte contre leur maire et quelques-uns de leur village, qu’ils accusaient de beaucoup de « méfaits et auxquels ils reprochaient de suivre la religion d’un certain Jésus.
« Haletant, j’écoutais attentivement pour ne pas perdre un seul mot, lorsque deux « catéchistes, qui étaient là avec les accusés, prouvèrent, en quelques mots, que ces accu« sations n’étaient qu’un tissu de mensonges et de calomnies. ─ « Mais notre maire s’est fait « chrétien ; il ne peut donne plus gérer nos affaires, crièrent les accusateurs. ─ Allons donc, « repartit le mandarin, s’il me plaisait de me faire chrétien, est-ce que je cesserais pour cela « d’être préfet ? Calmez-vous, cessez vos chicanes et laissez chacun suivre la religion qui lui « plaît, sinon je saurai prendre d’autres moyens pour vous expliquer le code et vous mettre à « la raison. »
« Transporté de joie en entendant le préfet parler ainsi, je me crus arrivé au comble de mes « vœux : je n’osai pas cependant adresser la parole aux catéchistes en plein marché, et je les « suivis jusqu’à leur retour dans la nouvelle chrétienté de Yen-xa. Là, je leur manifestai mon « ardent désir d’étudier la religion chrétienne ; ils m’encouragèrent et me dirent de venir vous « trouver en toute confiance à Lac-son. Me voici à vos pieds, ayez pitié de moi et enseignez-« moi ce qu’il faut faire pour marcher sur les traces de mon bienfaiteur et patron. »
« Inutile de dire, pjoute M. Klingler, combien je fus heureux de l’accepter. Il retourna dans « son village et gagna plusieurs prosélytes qui tous se mirent à étudier avec la plus grande « ardeur. »
« Six mois après, M. Klingler le baptisa avec sa femme, son fils et douze de ses compatriotes les plus instruits : 25 autres commençaient à étudier et 50 demandaient à être catéchumènes. On construisit une petite église à Hun-Loe et le protégé du Bienheureux Pierre Khanh, devenu Joseph Sum, fut le premier chef de la chrétienté naissante. Il a tenu à la perfection la promesse qu’il avait faite de suivre en fervent disciple et fidèle serviteur les traces du Bienheureux Khanh ; à son exemple, il a versé son sang pour avoir suivi la religion de Jésus.
« Vers la fin de 1885, les païens se saisirent de Joseph Sum, de sa femme et de son fils, les traînèrent jusqu’à la ville de Ha-tinh avec le chef de la paroisse de Hoi et celui de la chrétienté de Lac-son, et, sur leur refus d’apostasier, leur tranchèrent la tête.
« Au nord du poste de Lac-son, se trouve l’important district de Ha-tinh confié à M. Roux, et qui compte 5 paroisses et 15.224 chrétiens.
« M. Combettes est à la tête du district du Ngan-san. Quelques familles qui avaient apostasié sont rentrées cette année daus le giron de l’Église. L’importance toujours croissante de ce poste a obligé le missionnaire à agrandir son église devenue trop petite.
« A Cam-lam, petite chrétienté du district de M. Blanc, les païens ont cherché à susciter des difficultés aux chrétiens qui ne demandaient qu’à vivre en paix à côté d’eux. Mais, grâce à la prompte intervention du missionnaire, ils en ont été pour leurs frais et les plus compromis ont été condamnés.
« A la rentrée, notre grand séminaire comptait 60 élèves, et le petit, 230. J’ai fait deux ordinations pendant ce dernier exercice. La première a eu lieu aux Quatre-Temps de décembre 1908. Elle nous a donné 6 prêtres, 1 diacre, 4 sous-diacres, 9 minorés et 10 tonsurés. La seconde s’est faite le 13 mars dernier. Elle comptait 3 sous-diacres et 4 diacres. L’augmentation progressive de notre clergé est assurément une grande consolation pour nous, car, sans son secours, l’administration de tous nos chrétiens serait moralement impossible. Aussi nous prions la divine Providence de susciter des vocations de plus en plus nombreuses. »


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