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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Occidentale
Rédacteur:Mgr Mossard

II. ─ Cochinchine Occidentale


Population catholique 69.461
Baptêmes d’adultes 867
Baptêmes d’enfants de païens 4.587
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« Au cours de l’année qui vient de s’écouler, la Mission de la Cochinchine Occidentale a perdu deux Missionnaires et deux prêtres indigènes. M. Clair a succombé à la maladie qui le minait depuis plus de vingt ans. M. Tranier a été enlevé par un accès de fièvre pernicieuse, après quelques mois de séjour à Tan Triêu, où il avait succédé au P. Sao, victime, lui aussi, de la fièvre paludéenne.
Le P. Sao et le P. Lâp, dont nous pleurons la perte, étaient de précieux auxiliaires. Le premier, universellement connu et estimé, a laissé de profonds et unanimes regrets ; la mort l’a frappé en pleine course, à la fleur de l’âge. Le second, ancien secrétaire de Mgr Lefebvre et doyen d’âge du clergé indigène du Vicariat, était retiré à Chi Hoa depuis plusieurs années. Il s’est éteint des suites d’une hémorragie grave, à l’infirmerie du Séminaire, où il s’était rendu juste à temps pour rendre son âme à Dieu. »

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« Après cet hommage rendu à la mémoire de ceux que le Divin Maître a choisis pour la récompense, Mgr Mossard nous expose l’état des œuvres de sa Mission et le résultat des travaux des ouvriers apostoliques.
« Pour combler les vides que la mort a faits dans nos rangs, écrit Sa Grandeur, nous avons deux nouveaux prêtres, ordonnés dans le cours de l’année. Ces jeunes recrues n’ont pas attendu longtemps leur destination. Nons n’avions aucun prêtre en disponibilité : et il nous faut à tout prix combler les vides et remplacer les Confrères malades ou trop affaiblis par le climat de Cochinchine.
« Grâce à Dieu, les vocations semblent se multiplier. La rentrée du commencement de l’année a fourni au Séminaire un contingent de 75 nouveaux élèves. Il a fallu partager la classe de huitième en deux sections. De tous ces nouveaux venus, combien parviendront au sacerdoce ? C’est le secret de Dieu : mais apparemment, ce sera le petit nombre. Beaucoup quitteront le Séminaire, avant d’achever leurs classes d’humanités, avant même d’y arriver ; d’autres rentreront dans le monde, après leurs études de philosophie ou même de théologie. Quelques élus seulement resteront dans le sanctuaire et monteront au saint autel.
« Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de voir notre Séminaire si abondamment peuplé, et nous comptons sur la bonne Providence pour nous donner les moyens de nourrir et d’entretenir tous les enfants qu’Elle nous a amenés.
« Les élèves de théologie s’occupent encore, durant six mois de l’année, de l’instruction des catéchumènes. C’est un grand service qu’ils rendent aux Pères chargés des chrétientés. A ce même travail sont employés, depuis plusieurs années déjà, les catéchistes de Cai Nhum qui, sous la pieuse direction de M. Hay, croissent lentement en nombre. Leur maison se développera peu à peu et, peu à peu aussi, ils étendront leur champ d’action.
« Un concours très précieux, dans l’œuvre de l’éducation de la jeunesse catholique, nous est apporté par nos chers Frères de la Doctrine chrétienne. Ils n’ont plus que deux établissements dans le Vicariat : l’Institution Taberd et l’École paroissiale de My Tho. Ces deux écoles sont prospères. Bien que la Colonie n’accorde plus de bourses pour l’Institution Taberd, elle a tout autant d’élèves qu’autrefois, et les succès des jeunes gens aux examens officiels justifient pleinement la confiance des parents à l’égard de ces excellents maîtres. L’École de My Tho compte un minimum de 150 enfants.
« Qu’il serait à souhaiter que nos Frères, toujours si dévoués, puissent nous former des maîtres qualifiés et capables de conduire nos écoles de garçons des grandes chrétientés ! Elles sont, la plupart du temps, tenues par des instituteurs intelligents et pleins de bonne volonté, mais souvent sans bonnes méthodes d’enseignement, que seule peut donner une formation professionnelle.
« Les écoles de filles et nombre de petites écoles mixtes sont dirigées, soit par les Religieuses de Saint-Paul de Chartres, soit par les Amantes de la Croix. Les Religieuses de Saint-Paul donnent l’enseignement dans presque toutes les localités où elles sont établies. Leur école de Tân Dinh est, de toutes, la plus peuplée et la plus remarquable par les progrès des élèves. Les Amantes de la Croix sont à la tête des autres écoles de la Mission. Elles savent donner aux jeunes filles indigènes une éducation en rapport avec la mentalité de leur race et le genre de vie qui les attend.
« En résumé, le Vicariat compte 27 écoles de garçons, 24 écoles de filles, et 108 écoles mixtes, avec un personnel de 88 instituteurs et 206 institutrices. Le chiffre des élèves est de 4.344 garçons et 3.977 filles : à quelque chose près, il est le même que l’année dernière. Mais si le nombre des enfants ne s’est pas sensiblement accru, le niveau de l’instruction a certainement monté, grâce aux visites et à l’inspection de M. Clair et aux judicieux conseils qu’il a donnés aux maîtres et aux maîtresses de ces écoles. Plaise à Dieu que ce progrès s’accentue encore, dans toutes les matières qui sont enseignées, mais surtout dans la connaissance de la morale et du dogme chrétiens. La foi est d’autant plus solide qu’elle est plus éclairée, et les devoirs que la morale impose sont d’autant mieux observés, qu’ils sont mieux connus et aimés.

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« Nos chrétiens sont généralement bien instruits et, par suite, ils sont, pour la plupart, fidèles à leurs obligations religieuses. Sans parler de 6.642 Européens, nous comptons dans le Vicariat 62.819 indigènes catholiques. Durant l’exercice qui se termine, plus de 33.000 ont fait leur confession annuelle, et plus de 30.000 leur communion pascale. Le chiffre des confessions répétées a dépassé de 7.000 celui de l’an dernier, et celui des communions de dévotion est monté de 282.000, en 1909, à 336.000, en 1910. Ces consolants résultats sont dus sans doute, à l’application des décisions du Saint-Père, par rapport à la communion fréquente et quotidienne. Mais les Triduums, célébrés solennellement en l’honneur de nos nouveaux Bienheureux, ne leur sont pas étrangers.
« Comme nous sommes en pays Français, un mot d’abord sur la fête de la Bienheureuse Jeanne d’Arc, que nous avons célébrée, le 17 octobre 1909, dans la cathédrale de Saïgon. Voici, en substance, ce que dit à ce sujet un journal de la localité dans un article intitulé Une Fête Nationale. « C’est devant une assistance, évaluée au bas mot à 3.000 personnes, que les « cérémonies de la journée se sont déroulées avec un ensemble parfait. Le chœur et la nef « avaient été décorés avec goût, de feuillages, d’écussons aux armes pontificales et aux armes « de la famille de Jeanne d’Arc, de trophées, de drapeaux français mêlés aux bannières « blanches et bleu-pâle de la Bienheureuse. Le maître-autel, surmonté d’une statue de la « Libératrice de la Patrie, revêtue de son armure, ruisselait de lumières et de fleurs, formant « un ensemble réellement grandiose.
« Pendant la messe pontificale célébrée par Mgr Bouchut, la maîtrise de la cathédrale a « exécuté des chants très appréciés. Le soir, après le panégyrique de la Bienheureuse « prononcé par M. Soullard, le salut a été donné par Mgr Mossard. En vérité, ce fut une belle « solennité patriotique, une fête vraiment nationale digne en tous points de l’humble et « héroïque bergère Lorraine qui puisa dans sa foi l’énergie indomptable, l’esprit de sacrifice et « la science des armes qui devaient sauver la France du joug de l’étranger. »
« Des 33 nouveaux Bienheureux de notre Société, quatre appartiennent à notre Vicariat, deux prêtres, les Bienheureux Lôc et Luu, et deux laïques, les Bienheureux Luu et Hanh. Dans toutes les localités, illustrées par la naissance, les travaux ou les souffrances des Martyrs, prêtres et fidèles ont rivalisé de zèle et de générosité pour solenniser dignement leurs fêtes. L’assistance se pressait nombreuse et recueillie aux prédications, aux offices et aux saluts du Saint-Sacrement. Mac Bac, My Tho, Thu Ngu, Tân Dinh, Cho Quan se sont distinguées par la magnificence de ces solennités : ornements splendides, décors abondants, illuminations superbes, rien n’a été épargné.
« Mais le côté de ces fêtes le plus beau et le plus doux au cœur des Missionnaires a été la ferveur des chrétiens. Ils ont honoré leurs Martyrs en s’approchant des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; plusieurs ont voulu communier tous les jours du Triduum. Beaucoup de pécheurs se sont convertis. Pour ne citer qu’un exemple, nous mentionnons qu’à Tân Dinh, grande chrétienté annamite englobée dans la ville de Saïgon, de 30 à 40 mariages ont été régularisés, à cette occasion, par M. Génibrel. Les fruits du Triduum ont été très abondants et ils durent encore. Puissent nos Bienheureux Martyrs obtenir à leurs compatriotes chrétiens la persévérance et la ferveur, et à leurs frères païens, l’inestimable don de la foi !

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« Si nous jetons nos regards sur le champ confié à nos soins, quelle disproportion nous remarquons entre le nombre des infidèles et celui des chrétiens ! Vingt-cinq pour un. Les conversions, depuis quelques années, sont moins nombreuses ; nous ne moissonnons plus, nous glanons. Au cours de cet exercice, nous n’avons baptisé que 867 adultes, dont 468 à l’article de la mort. Il ne reste donc, en fin de compte, que 400 néophytes. Il est vrai que plus de 1.400 catéchumènes, dont plusieurs centaines entreront sous peu dans le bercail du divin Pasteur, ont été inscrits. C’est un motif de ne pas nous décourager et d’espérer que, quelle que soit l’aridité du terrain que nous ensemençons, la rosée du Ciel, tombant sur le champ fécondé par nos prières et nos sueurs, y fera bien pousser encore de nombreux et beaux épis.
« Si les élus sont rares parmi les païens adultes, ils sont toujours nombreux parmi leurs enfants en bas âge. Nous avons recueilli près de 4.600 baptêmes d’enfants moribonds. Sur ce nombre, 4.277 sont entrés au Ciel par la porte de l’innocence. Les survivants sont confiés à des familles chrétiennes, ou mis en nourrice et élevés dans nos orphelinats et dans ceux des Sœurs de Saint-Paul. Ils fonderont un jour de nouvelles familles et donneront à Dieu et à l’Église des serviteurs fidèles.

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« Je ne saurais terminer ce compte rendu, ajoute Mgr Mossard, sans dire un mot des noces d’or du vénéré M. Montmayeur, doyen d’âge des Missionnaires du Vicariat. Ordonné prêtre au diocèse de Moutiers, en 1860, il atteignait, le 28 juillet dernier, sa cinquantième année de sacerdoce. Belle et longue carrière en mission, et toute faite de labeur et de mérites ! D’abord curé de Mac Bac, il fut appelé, voilà une quarantaine d’années, à Thu Thiêm, dans la banlieue de Saïgon.
« La fête a été magnifique. Toute la paroisse de Thu Thiêm y a, naturellement, pris part et en a supporté les frais. Mac Bac et les chrétientés voisines de Saïgon se sont fait représenter. J’ai eu le bonheur d’y assister et de m’associer aux 70 prêtres, Français ou indigènes, qui étaient accourus auprès de l’heureux jubilaire. La journée a été bien remplie : messe solennelle, et discours de M. Favier, justement fier d’édifier les chrétiens de Thu Thiêm par le récit des vertus et des mérites de leur vénérable curé ; puis, agapes fraternelles et toast aussi élégant que délicat de M. Delpech. Certain de répondre aux sentiments et aux secrets désirs de tous les Confrères, j’ai donné à la cérémonie la conclusion que voici : « Je m’associe, cher Monsieur Montmayeur, à tout le bien qu’on peut penser et dire de vous. Je souhaite à tout vicaire apostolique d’avoir beaucoup de missionnaires comme vous. J’ai de plus à vous faire connaître une chose qui vous concerne et que seul je connais, c’est que, à partir d’aujourd’hui, vous êtes provicaire de cette Mission de Cochinchine Occidentale, que vous avez si bien servie pendant 47 ans. Ad multos annos ! »


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