| Année: |
1910 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Orientale |
| Rédacteur: | Mgr Grangeon |
CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE COCHINCHINE
ET DU CAMBODGE
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I. ─ Cochinchine Orientale
Population catholique 60.467
Baptêmes d’adultes 1.362
Baptêmes d’enfants de païens 2.164
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Mgr Grangeon nous envoie le rapport suivant sur l’état de sa belle mission et les résultats du dernier exercice.
« Quelques lignes de M. Saulot, bien placé, dans la ville de Tourane, pour apprécier la situation, donnent l’idée de la mentalité de plus en plus accentuée des Annamites, surtout dans les centres Européens :
« L’esprit de la population indigène se ressent beaucoup, en cette ville, de l’éducation « donnée aux enfants dans certaines écoles. On y forme, peut-être, des savants, des érudits ; « mais, à coup sûr, des hommes qui n’auront bientôt plus aucun respect de l’autorité, soit « civile, soit religieuse, soit même paternelle. Il est à souhaiter que ce souffle d’indépendance « n’atteigne pas trop nos chrétiens, et que les parents eux-mêmes comprennent toute « l’importance qu’il y a pour eux à maintenir l’autorité dans la famille. Aujourd’hui, « l’Annamite cherche avant tout à se créer une âme de fonctionnaire. Aussi, mon souhait, en « face de la situation présente, et celui de tous les Missionnaires, c’est de voir se multiplier les « écoles chrétiennes, où l’on formera une jeunesse capable de répondre plus tard à la « génération matérialiste et athée.
« Dans la région montagneuse, au Nord-Ouest de Tourane, se trouvent deux districts d’une population totale de 4.500 fidèles, en majeure partie de vieille souche, vraiment animés de l’esprit chrétien. Trois paroisses, formant commune, ne comptent de païens que quelques nouveaux venus, qui d’ailleurs se convertissent sans tarder. M. Landreau, curé de An Ngai, se plaint surtout de la disette, accrue par un typhon dévastateur. M. David, au contraire, se félicite de ce que ses chrétiens de Phu Thuong « ont relativement moins souffert que les « années précédentes. Grâce à la culture et à l’industrie du thé, ils ont été à l’abri de la disette « qui a désolé le reste de la province. D’un autre côté, la fréquentation des sacrements a fait « de sensibles progrès, surtout dans la partie dirigée plus spécialement par le zélé vicaire « indigène M. Yên. »
« Lê Son, par contre, est situé dans la plaine, et se compose presque exclusivement de néophytes. M. Gallioz, qui en est tout nouvellement chargé, y continue, de toute sa jeune ardeur, les exemples de zèle patient, actif et dévoué de son prédécesseur, M. Solvignon.
« Le district voisin compte plus de 3.500 fidèles, dont près de 1.700 appartiennent à la chrétienté centrale de Tra Kiêu. Là aussi, la disette s’est fait cruellement sentir. « En ce « moment, écrit M. Bruyère, c’est à peine si 20 familles ont encore du riz. La moisson « spirituelle n’a guère été meilleure : 30 baptêmes d’adultes, c’est bien peu ! Il est vrai que « deux groupes importants ont demandé l’instruction, qu’on espère pouvoir leur donner sous « peu. »
« M. Sanctuaire, nouvellement chargé du district de Thuân Yên, composé uniquement de néophytes, est satisfait de leur bon esprit, qu’il compte bien développer et affermir. Là aussi, il y a espoir fondé de conversions prochaines.
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« La culture trop intense de l’arachide a fini par épuiser les collines de Trung Son, déjà vouées à la sécheresse par leur éloignement des montagnes. D’autre part, ni industrie ni commerce, et rémunération insignifiante du peu de main-d’œuvre qui réussit à trouver de l’emploi. Heureusement ces fils de vieux chrétiens épargnent à leur âme les privations qu’ils doivent imposer à leur corps. Ils ne se rassasient point de nourriture spirituelle. Et M. Tissier, catéchiste et prédicateur infatigable, la leur distribue en abondance.
« De Châu Me, M. Le Darré écrit : « Anciens chrétiens et néophytes se montrent « empressés à la réception des sacrements. Ceux de Long Ban se distinguent entre tous. Petits « et grands, il n’en est pas un qui passe deux mois sans s’approcher de la sainte Table. Et « pourtant, du côté matériel, ils sont les plus pauvres et les plus délaissés. Fondée depuis 7 « ans, leur chrétienté ne possède pas encore de chapelle. Un des dignitaires a bien voulu, « durant tout ce temps, prêter une partie de sa maison pour servir aux réunions, toujours très « fréquentées. Daigne la Providence me donner le moyen de faire cesser au plus tôt cette « regrettable situation ! »
Du reste toute cette province du Quang Ngai, à la population tapageuse, mais au fond simple et docile, poussant plus loin qu’ailleurs l’indépendance personnelle, et, par suite, plus persévérante, semble-t-il, que celles des provinces voisines ; tout le Quang Ngai, dis-je, paraît sous l’action d’un souffle lumineux, qui dissipe les vieux préjugés et incline vers la conversion. Dans certaines régions, jusque-là inabordables à l’Évangile, les lettrés, ─ et ils sont nombreux, ─ demandent des livres de doctrine ; des parents sollicitent le baptême pour leurs enfants malades, recourent, dans leurs malheurs, à l’intercession des néophytes, ou invoquent eux-mêmes la sainte Vierge et les Saints. Volontiers aussi, ils discutent les questions religieuses, quoique sûrs d’avance de subir une défaite. Un jeune homme de 18 ans, baptisé seulement depuis 7 ans, mais plein d’ardeur à s’instruire, et plus zélé encore à propager ses convictions, par ailleurs assez savant en caractères chinois, gagne avec ses contradicteurs autant de victoires qu’il engage de combats. Puissent tous ces germes de bonne semence arriver à maturité, toutes ces fleurs donner des fruits. Il y a loin, hélas ! de la conviction de l’esprit à la persuasion de la volonté et à la conversion du cœur.
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« Réservant pour l’année prochaine la grande province centrale du Binh Dinh, siège des œuvres communes, franchissons d’un bond, ─ puisque pas encore d’aéroplanes, ─ les cent kilomètres qui séparent le Quang Ngai du Phu Yên.
« Riche autrefois, surtout par la diversité de son terrain et la variété de ses cultures, cette contrée montagneuse, aveuglément déboisée, s’appauvrit chaque jour, au point de ne pouvoir nourrir sa population, de plus en plus clairsemée. C’est à se demander si, dans quelque vingt ans, la moitié du pays sera autre chose qu’un désert incultivable. Aux calamités habituelles s’est ajoutée, l’année dernière, la désastreuse peste bovine, si bien qu’une bonne partie des terrains a dû être laissée en friche. C’est là, partout, la disette et, en bien des endroits, la famine sans terme assuré.
« Les 52 chrétientés, qui composent les 4 districts de cette province, ne donnent qu’un total de 4.535 fidèles. Encore sont-ils tellement dispersés, les routes si mauvaises, le climat si peu salubre, que leur soin spirituel exige la présence de trois Missionnaires et de sept prêtres indigènes. Et, constatation désolante, ce petit nombre décroît, d’une année à l’autre, par l’émigration vers le Sud, et, surtout, par l’incurable excédent des décès sur les naissances. Les quelques catéchumènes, glanés par le zèle des ouvriers évangéliques, sont loin de combler les vides.
« Un fait consolant à signaler, à peu près partout, c’est le bon esprit et la docilité de ces chrétiens si éprouvés, et aussi les heureux fruits de la communion fréquente et du premier vendredi du mois, spécialement dans les chrétientés centrales de Mang Lang et de Dông Tre.
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« Quoique entre les mains de cinq zélés Confrères, le Khanh Hoa n’a pas encore secoué son apathie traditionnelle. Chrétiens et païens vivent en bons voisins ; mais leur contact et frottement ne convertit pas plus les seconds qu’il ne pervertit les premiers.
« Cependant, dans la partie Nord, M. Garrigues, tout en travaillant avec succès à la régénération de la grande chrétienté de Gia, a pu conférer le baptême à près de 60 adultes.
« De son côté, M. Salomez se déclare satisfait du bon esprit des trois chrétientés, dont il a pris récemment la direction. Tout en poussant ses fidèles à plus de ferveur encore, il met sa grande activité à restaurer les églises et les presbytères.
« Enfin, M. Laurent s’étend avec une légitime complaisance sur une institution nouvelle qui lui donne pleine satisfaction.
« La communion des jeunes gens et des jeunes filles, fixée, pour chaque paroisse, à l’un des « vendredis du mois, produit des effets merveilleux. Sans compter que la pieuse émulation de « ces tendres âmes et leur fidélité rarement en défaut à cette sanctifiante pratique leur « obtiennent du Sacré-Cœur des trésors de grâces, cette affectation des vendredis, à la « jeunesse permet aux grandes personnes de ne plus trouver le confessionnal assiégé les « samedis et veilles de fêtes ; sûres d’avoir leur tour, elles se font un bonheur de la « fréquentation de la sainte Table. Et ainsi la sève de la vie chrétienne est entretenue, avivée « dans tous les membres de la famille. Déjà les exemples d’une conduite plus régulière font « sentir leur influence sur les païens, pourtant si endurcis. »
« Dans les deux districts qui se partagent la toute petite province de Phanrang, M. Labiausse signale surtout une augmentation aussi sensible que consolante de communions.
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« Durant cet exercice, la « Mission Bahnar » a fait une grande perte par la mort de M. Vialleton, qui lui consacra 34 ans de sa vie apostolique, dont 28 comme provicaire et supérieur. Par son calme imperturbable, sa prudence temporisatrice, son inlassable persévérance, il contribua puissamment au maintien et à l’extension de la Foi dans ces régions sauvages.
« Son successeur, M. Guerlach, qu’un séjour là-haut de 25 ans passés a initié à tous les secrets de la langue et des us et coutumes, et doté d’une grande influence, possède aussi toutes les aptitudes pour continuer et développer, avec le concours de ses vaillants collaborateurs, l’œuvre de ses héroïques prédécesseurs.
« La crise de vexations indirectes, ─ parfois ouvertes ─ de séduction et d’intimidation hypocrites, qui a éprouvé pendant plus de deux ans la foi jeune et naïve de ces enfants des bois, paraît toucher à sa fin, ou plutôt son influence est ruinée. Et l’on peut affirmer que, pour la très grande majorité, elle a été plus bienfaisante que nuisible.
« Une preuve qu’il en est bien ainsi, c’est que les quelques villages demeurés païens, dans les régions déjà chrétiennes, demandent à se convertir ; c’est, surtout, l’ouverture à l’évangélisation de la tribu des Jaraï, qui, par l’étendue de son territoire, le chiffre de sa population, l’emporte de beaucoup sur l’ensemble des tribus de l’étroit bassin du Bla et de ses environs, au milieu desquelles les Missionnaires avaient dû se cantonner jusqu’ici. Plusieurs villages, comprenant plus de 1.500 âmes, ont déjà livré leurs fétiches à M. Nicolas ; récemment encore, deux autres sont venus, pour ainsi dire, l’appréhender au corps : « Père, nous vous emportons chez nous pour parler religion ! » L’impôt personnel et la corvée fleurissent déjà parmi ces primitifs, naguère encore insoumis et pillards, même des convois de la mission. Que n’avons-nous toute une compagnie d’ouvriers apostoliques à lancer à cette riche conquête !
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« En attendant mieux, l’École Cuenot, de plus en plus prospère et bienfaisante, va fournir une vingtaine de nouveaux catéchistes, qui, par leur enseignement et autres fonctions, seront d’un grand secours à la mission sauvage.
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