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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Septentrionale
Rédacteur:Mgr Allys

III.─ Cochinchine Septentrionale


Population catholique 54.275
Baptêmes d’adultes 2.261
Baptêmes d’enfants de païens 2.886
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« Cette année, écrit Mgr Allys, a été, pour la Mission de Cochinchine Septentrionale, une année de grandes et nombreuses bénédictions ; et nous ne pouvons trop remercier la bonne Providence des consolations qu’Elle nous a ménagées.
« D’abord, nous avons joui d’une tranquillité qui nous a permis de travailler à l’extension de nos œuvres, et qui nous a mis à même de donner au culte extérieur, dans toute la Mission, une solennité et une splendeur qui, jusqu’à ce jour, semblaient réservées à quelques endroits plus privilégiés.
« C’est surtout à l’occasion du Triduum en l’honneur de nos nouveaux Bienheureux, que tous nos chrétiens ont rivalisé de zèle et d’ardeur, tant pour honorer leurs glorieux compatriotes et obtenir leur protection, que pour remercier le bon Dieu et le Saint-Siège d’avoir donné de nouveaux intercesseurs à l’Église d’Annam.
« En 1900, la béatification des premiers Martyrs Indochinois avait bien été, pour nos chrétiens, un sujet de joie et d’espérance ; mais, nulle part, dans notre Mission, si on excepte les Séminaires, les manifestations n’avaient été aussi grandioses, ni aussi générales que cette année.
« Malgré leur pauvreté, nos chrétiens n’ont pas hésité à s’imposer de grands sacrifices pour manifester extérieurement le bonheur qu’ils éprouvaient de voir inscrits aux fastes de l’Église des prêtres et des chrétiens, que plusieurs avaient parfaitement connus.
« Ces manifestations ont été d’autant plus consolantes, qu’elles n’ont pas été seulement extérieures ; en plus des messes, des saluts, des prédications, et des processions où tout l’appareil des fêtes annamites apparaissait dans toute sa splendeur et sa variété, un grand nombre de fidèles se sont approchés de la Table sainte, et se sont fait un vrai bonheur de gagner l’indulgence accordée par le Saint-Siège à l’occasion du Triduum.
« Mais toutes ces manifestations, quoique très solennelles et très belles, étaient cependant plus ou moins localisées ; tout au plus quelques chrétientés, voisines de celle où se célébrait le Triduum, venaient-elles, par leur présence, augmenter l’éclat des cérémonies. Pour être vraiment heureux et pleinement satisfaits, il fallait à nos Annamites une manifestation plus grandiose encore que celles auxquelles ils venaient de prendre part ; en un mot, comme couronnement des fêtes en l’honneur de nos Bienheureux Martyrs, il leur fallait une cérémonie à laquelle toute la Mission serait représentée, et qui, par son éclat extérieur, fût non seulement un hommage, mais aussi une prédication. Le pèlerinage qui a eu lieu à Lavang, le 9 août dernier, a donné satisfaction complète à tous nos chrétiens, surtout à ceux à qui il a été donné d’assister à cette belle cérémonie. Au récit qui en a été fait par M. Cadière, organisateur de ce pèlerinage, et dans la paroisse duquel se trouve le sanctuaire de N.-D. de Lavang, je joins celui qui a été communiqué par un pèlerin au Mémorial de la Mission de Quinhon.
« Le 9 août, 1.150 pèlerins de Hué, emportés par deux trains, partent de très bonne heure « pour Quang Tri. Le premier train, parti à 3 h. ½ du matin, s’arrête au pont de Bach Ho, « pour prendre les pèlerins de Kim Long ; à An Hoa, pour ceux de Doc So ; et à Van Xa, pour « ceux de Duong Son. Le deuxième, avec les pèlerins de Phu Cam, Tho Duc, Ngoc Hô, part « vers 4 h. 10. Beaucoup de personnes, n’ayant pas pu prendre le train, sont parties, soit à « pied, soit en sampan.
« Une fois les trains bien en marche, chacun prend son chapelet, et la récitation du rosaire « commence en commun : à cette heure matinale, combien caressante et prenante semble cette « musique de la prière annamite, récitée en chœur par des centaines de voix, dominant le bruit « du train et emportée par la vapeur dans l’espace !
« La pensée de l’auguste Vierge occupe les cœurs et les esprits ; avec quelle force et quelle « piété les pèlerins saluent leur Mère du Ciel de leur joyeux Kinh mung Maria ! Et comme « cette Mère a dû écouter avec ravissement les saluts répétés de ses enfants d’Annam, sourire « à leur doux ramage, les entourer de sa maternelle protection et verser sur eux et leurs « familles ses plus douces bénédictions.
« Vers 5 h. ¾ , le premier train, vers 6 heures, le deuxième, versaient leurs flots de « pèlerins sur la nouvelle route d’inspection que vient de faire le Résident de Quang Tri, non « loin du chemin qui mène à Lavang.
« A l’arrivée du second train, les pèlerins du premier attendaient déjà, rangés sur deux « rangs, la procession partie de l’église de Co Vuu. Les pèlerins du deuxième train, à leur « tour, s’avancent, le chapelet à la main, et se mettent à la suite des pèlerins du premier train.
« En même temps, la croix, les porte-chandeliers et quatre porte-drapeaux qui venaient de « Co Vuu, rejoignent les nouveaux arrivés et s’empressent d’aller au-devant d’eux ; la « procession continue à se dérouler, tranquille, en ordre, les pèlerins de Huê en tête, puis les « chrétiens de Quang Tri et d’ailleurs, rangés par chrétientés et dirigés par leurs curés « respectifs. Chaque chrétienté se fait un honneur d’étaler, ce jour-là, ce qu’elle a de plus beau « en fait de drapeaux, d’oriflammes, bannières, etc. Le traditionnel tambour annamite est « naturellement de la fête, et, toutes les cinq minutes, fait entendre un son grave et « majestueux.
« La procession s’étend ainsi sur une longueur d’au moins 3 kilomètres, c’est-à-dire que, « quand la croix et les premiers pèlerins arrivent déjà à N.-D. de Lavang, la statue de la « Vierge et les pèlerins qui l’entourent viennent à peine de quitter la route mandarine.
« Le coup d’œil présenté sur ces collines par cette immense concours de pèlerins, ─ « environ 8.000 d’après M. Cadière, ─ qui, pieusement rangés, s’avancent, lentement, récitant « leur chapelet ou chantant des cantiques, par tous ces drapeaux et oriflammes qui, agités par « un fort vent du Laos, flottent tous dans la même direction, est réellement émouvant. Gloire à « Dieu très haut, gloire à sa sainte Mère, qui ainsi attirent, dans ce coin solitaire, tous ces flots « pressés de pèlerins !
« Sitôt que la procession commence à déboucher, en vue de l’église de Lavang, les tam-« tams, les gongs jettent dans les airs leurs sons graves, comme pour souhaiter la bienvenue à « tous. Au fur et à mesure qu’ils arrivent, les pèlerins vont droit à l’église saluer Marie, et, en « quelques minutes, il n’y reste plus une place ; mais fût-elle dix fois plus grande, ce jour-là « elle ne saurait suffire pour tout ce concours extraordinaire de peuple.
« Aussi, devant la chapelle, a-t-on aménagé, pour la circonstance, un immense hangar de « 60 mètres de long ; au bout de ce hangar, se trouve un petit tertre, où on a également installé « une paillote pour la fête, et c’est là que, en vue de tous, va se célébrer l’auguste Sacrifice de « nos autels.
« Mais, avant la messe, M. Patinier adresse quelques vibrantes paroles aux pèlerins, pour « les exhorter à aimer de plus en plus N.-D. de Lavang et à ne mettre aucune limite à leur « confiance en Elle.
« Après cette courte allocution commence la sainte Messe, chantée par M. Tân ; MM. Du « et Uy font diacre et sous-diacre. Missionnaires, prêtres indigènes, séminaristes, accourus de « tous côtés, forment le chœur et enlèvent allégrement la 2e Messe de Dumont.
« Immédiatement après la sainte Messe, et comme couronnement de la fête : salut « solennel ; on chante un motet au Saint-Sacrement, le Magnificat, le Tantum ergo, et le Dieu « Eucharistique bénit les pèlerins agenouillés. La cérémonie est terminée à 9 h. ½ .
« On se repose quelque temps, et la foule commence à se retirer peu à peu. Les trains de « pèlerinage repartent pour Huê, le premier vers 2 h. ½ , l’autre, vers 4 h. ½ .
« Aucun accident n’est venu attrister la journée. Chacun est rentré chez soi, un peu fatigué, « mais heureux d’avoir pris part à une fête si magnifique.
« Un des grands avantages d’une telle manifestation, c’est, dit M. Cadière, que les « chrétiens, réunis en si grand nombre, s’affirment, prennent conscience de leurs forces et « sentent grandir par là leur foi et leur attachement à la Religion. »

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« Mais, en dehors de ce beau pèlerinage, ce qui, surtout, cette année, nous a comblés de joie, c’est la constatation que, pendant l’exercice 1909-1910, tous nos chiffres d’administration ont augmenté dans de notables proportions. Ainsi, nous avons baptisé 2.237 catéchumènes, au lieu que, l’année dernière, nous n’en avions baptisé que 1.009. Le chiffre de baptêmes d’enfants de païens s’est élevé à 2.886, en augmentation de 936 sur celui des comptes précédents. Le nombre des confessions a dépassé de 18.521 celui de l’année dernière, et les communions, qui étaient de 196.940 au dernier compte rendu, ont atteint, cette année, le chiffre de 223.744, soit une augmentation de 26.804.
« Cependant, il faut reconnaître que ces deux derniers chiffres, celui des confessions et celui des communions, devraient être plus considérables, car il est fortement à désirer que nos chrétiens, même les moins fervents, s’approchent de la sainte Table, au moins une fois par mois. Mais il est bien à craindre qu’il ne s’écoule encore de longues années, avant qu’il nous soit donné d’obtenir un pareil résultat ; car, sans parler des autres obstacles, notre petit nombre à nous, missionnaires, ne nous empêchera que trop de consacrer au ministère de la confession le temps qui serait nécessaire pour attirer fréquemment au saint Tribunal la totalité de nos catholiques. Espérons, cependant, que l’augmentation du clergé indigène permettra peu à peu de réaliser, au moins en grande partie, le désir de notre Saint-Père, touchant la communion fréquente, et ses ordres à propos de la communion des enfants, et que, ainsi, avant longtemps, nous aurons la consolation de voir nos chrétiens s’approcher souvent des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.
« En attendant, tout en continuant à nous occuper avec zèle des brebis qui sont dans le bercail, nous n’oublierons pas celles qui n’y sont pas encore entrées, et nous ferons tout notre possible pour faire prospérer l’œuvre des catéchumènes : œuvre de première importance, mais d’autant plus difficile que, pour l’accomplir, il faut supporter de grandes fatigues, de vives sollicitudes et des déceptions si pénibles, que, quelquefois, les ouvriers apostoliques s’en trouvent, pour ainsi dire, découragés.

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« Jusqu’à ce jour, au moins depuis une dizaine d’années, presque toutes les conversions de païens s’opéraient dans les provinces de Huê et de Quang Tri. La province de Quang Binh, après avoir eu de beaux jours et donné d’abondantes moissons, avait été dévastée par l’inimicus homo, à ce point que, chaque année, elle avait de la peine à glaner quelques dizaines de conversions.
« Aujourd’hui, les choses semblent vouloir changer de face, et, cette année, le district de Quang Binh a eu la joie d’inscrire 333 baptêmes de catéchumènes. Mais cette joie est encore, pour ainsi dire, localisée, puisque, si on excepte 5 ou 6 baptêmes qui ont été administrés ici et là, tous les autres sont l’œuvre de trois Pères seulement. M. Darbon, aidé de ses vicaires, M. Laurence et M. Chiêu, en a 229, pour sa part ; M. Neyer en a 30 ; et M. Vân, 66.
« Mais enfin l’élan est donné et, malgré tous les obstacles qui surgissent de tous côtés, il semble permis d’espérer que les conversions vont devenir de plus en plus nombreuses dans cette belle partie de la Mission. C’est bien le désir le plus ardent de tous les Confrères et de tous les prêtres indigènes qui travaillent dans ce district, où les massacres et les incendies de 1885 et 1886 ont laissé des traces, que plus de vingt ans d’efforts n’ont pas encore fait disparaître.
« Une des chrétientés les plus éprouvées fut celle de My Phuoc, aujourd’hui desservie par M. Pham ; elle perdit son curé et plus des trois quarts de ses habitants. Dai Phong, annexe de My Phuoc, comptait, avant les massacres, 288 chrétiens ; après le passage des bandes révoltées, il n’en restait plus que 101. Xuân Hôi, autre annexe de My Phuoc, avait perdu la moitié de ses habitants. Des maisons et des églises il ne restait plus que des monceaux de cendres. Lorsque la paix fut revenue, tout était à refaire dans ces malheureuses chrétientés ; et c’est à cette rude besogne que se sont dévoués missionnaires et prêtres indigènes, qui se sont succédés dans cette paroisse. Leurs efforts n’ont pas été inutiles, puisque, aujourd’hui, au lieu des 161 chrétiens qui avaient échappé à la mort, on en compte 383, qui sont aussi bien installés qu’avant les massacres.
« Les chrétientés de My Duyêt, My Dinh et Phu Viêt avaient également beaucoup souffert ; car, si une fuite opportune n’avait permis aux assassins de ne tuer qu’un nombre relativement petit de chrétiens, toutes les églises et toutes les maisons avaient été complètement détruites par le feu.
« Ce furent MM. Izarn, Rault et Neyer qui, à tour de rôle, se chargèrent de rétablir ces chrétientés. Ils mirent à cette besogne leur cœur et leur âme ; ils n’épargnèrent ni peines ni argent, pour tout remettre sur un bon pied, non seulement au point de vue matériel, mais aussi, et surtout, au point de vue spirituel ; et tout en reconstruisant églises et maisons, ils s’efforcèrent, par des conversions de païens, de combler les vides faits dans les rangs des chrétiens.
« Leurs efforts furent couronnés de succès et, au lieu des trois chrétientés qui existaient au moment des soulèvements, c’est 11 chrétientés que nous comptons aujourd’hui. Cette augmentation a forcé de diviser cette paroisse : M. Neyer a pris My Duyêt et huit nouvelles chrétientés ; tandis que My Dinh et Phu Viêt ont été confiées à M. Henrion, qui, lui aussi, voudrait bien adjoindre des néophytes à ses anciens chrétiens. Mais, jusqu’à ce jour, il lui a été impossible d’entamer les grands villages qui l’avoisinent. Il en souffre d’autant plus qu’il a la douleur de voir le nombre de ses chrétiens diminuer de plus en plus.
« Adossés à des dunes immenses, où poussent, ici et là, quelques cactus et de rares touffes d’herbes, les villages de My Dinh et de Phu Viêt ont devant eux de grandes étendues d’excellentes rizières, dont ils ne sont séparés que par la route mandarine. A voir cette magnifique position, on croirait se trouver au milieu d’un pays, non seulement riche, mais aussi très sain, ce qui est loin d’être vrai ; depuis plusieurs années ces villages sont entièrement contaminés ; sans pouvoir absolument dire d’où cela provient, on constate que toute la population est atteinte d’une fièvre si maligne et si persistante, qu’un grand nombre de personnes, surtout parmi les plus pauvres, y succombent chaque année.
« Cette situation est d’autant plus pénible que ces chrétientés étaient autrefois très florissantes.
« Non loin de ces chrétientés se trouve la paroisse de My Huong, desservie par M. Van : c’est le pays natal du Bienheureux Nam. Quoique situé dans une position qui ne paraît pas différente de celle où se trouvent les chrétientés de M. Henrion, le village de My Huong est sain ; et la population chrétienne, bien loin de diminuer, a considérablement augmenté depuis une vingtaine d’années. La plupart des habitants de cette chrétienté sont magnaniers et fondeurs, deux industries qui, si elles ne les enrichissent pas, ne les empêchent pas de remplir assidûment leurs devoirs de chrétiens.
« Nous trouvons moins de ferveur à Trung Quan, annexe de My Huong et pays d’origine du Bienheureux Thiên, élève du Bienheureux Jaccard et son compagnon de martyre. Autrefois, ce village était tout chrétien ; mais, malheureusement, ses dignitaires étaient lettrés et très infatués de leur prétendue science. Aussi, lorsque l’ère des persécutions sanglantes s’ouvrit pour l’Annam, tous ces pauvres bacheliers n’eurent rien de plus pressé que d’aller faire leur soumission aux mandarins et de déclarer que tout leur village avait abandonné la Religion. Après cette dure épreuve, la plupart des gens de Trung Quan continuèrent à faire baptiser leurs enfants.
« Cependant l’influence néfaste des dignitaires apostats se fit de plus en plus sentir ; et il arriva un moment où il fut impossible à n’importe quel prêtre de mettre les pieds sur le territoire de ce district.
« Ce ne fut que vers 1878, qu’il nous fut possible de rentrer dans ce village, où presque tout le monde était baptisé, mais où presque personne n’observait la Religion. Le bon Dieu seul sait ce que MM. Mathey et Guillot eurent à souffrir pour s’y installer. La première maison que ces Pères achetèrent fut brûlée quelques jours après avoir été payée, et, plus que probablement, par celui qui l’avait vendue.
« Mais ces difficultés, que j’appellerai matérielles, n’étaient rien à côté de celles qui durent être surmontées, pour ramener aux pratiques religieuses ces pauvres gens, qui, à la longue, avaient plus ou moins pactisé avec les apostats et bien souvent participé aux superstitions.
« Au moment des massacres de 1885, l’église, la maison des missionnaires et toutes les habitations de ceux qui s’étaient véritablement convertis furent incendiées, et tous ceux qui refusèrent de renier leur foi furent impitoyablement massacrés, de sorte que, vers 1887, lorsque M. Bonin vint visiter cette chrétienté, il n’y trouva que des ruines, tristes surtout au point de vue spirituel.
« Aujourd’hui, Trung Quan compte 287 chrétiens, dont la ferveur laisse grandement à désirer.
« Bien différente est la chrétienté de Tam Toa avec ses quatre annexes, ses 1.169 habitants, son couvent de Religieuses, ses 4.007 confessions et ses 9.011 communions. Cette chrétienté, aujourd’hui chef-lieu du district de Quang Binh, est de date relativement récente, puisqu’elle n’existe que depuis 1886. C’est M. Bonin qui la fonda, pour recueillir les habitants de l’ancienne chrétienté de Sao Bun, entièrement détruite par les rebelles, et dont l’emplacement, étroit et fort mal situé, offrait peu de sécurité aux chrétiens échappés au fer des assassins.
« La chrétienté de Tam Toa occupe un terrain situé près de la citadelle de Donghoi, sur le bord d’un magnifique fleuve, à environ 1.500 mètres de la mer. En 1893, la population de cette chrétienté était de 302 habitants ; aujourd’hui elle en compte 644. Tous les missionnaires qui ont occupé ce poste : MM. Bonin, Bonnand, Chabanon et le tant regretté M. Bouhours, ont tous contribué à son installation et à sa prospérité. Sous la direction de son curé actuel, M. Darbon, grandement aidé par M. Laurence et M. Chiêu, on peut être sûr qu’elle ira encore en s’améliorant, de telle sorte qu’elle sera, à tous les points de vue, le chef-lieu du district de Quang Binh. Puissent le Bienheureux Borie et tous les autres Bienheureux qui ont cueilli la palme du martyre sous les murs de Donghoi, non loin de Tam Toa, obtenir à cette chrétienté une ferveur et une extension de plus en plus grandes, et nous donner la consolation de voir se convertir bon nombre d’apostats qui, dans les environs, ont jadis abandonné la Religion. »

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« En remontant vers le Nord, à une quinzaine de kilomètres de Tam Toa, on rencontre les deux belles chrétientés de Ke Sen et de Ke Bang. Composées presque exclusivement de chrétiens d’origine, elles ont supporté, sans faiblir, les persécutions de Minh Mang et de Tu Duc ; et c’est chez elles que Mgr Sohier trouva un abri, lors des mesures si rigoureuses et si cruelles qui furent prises par le gouvernement annamite, à l’occasion du bombardement de Tourane et de la prise de Saïgon par l’amiral Rigault de Genouilly. Aussi, le vénérable évêque avait-il une prédilection marquée pour ces chrétiens à l’apparence un peu dure, mais au cœur d’or, et dont l’un d’eux se laissa rouer de coups plutôt que de trahir son évêque dont il portait le nom. Leur attachement à la Religion et à leur évêque a eu sa récompense. Contre toute attente, c’est au milieu d’eux que, en 1876, Mgr de Gadare vint rendre le dernier soupir, et c’est dans l’église de Ke Sen qu’il repose, en attendant la résurrection éternelle.
« Mais si les chrétiens de Ke Sen et de Ke Bang sont également solides dans la foi, ils sont un peu différents dans la manière d’observer la Religion. Les gens de Ke Sen sont, en général, fidèles à réciter les prières du matin et du soir, ils ne manquent pas la messe le dimanche et les jours de fêtes, et sont fidèles à faire leurs Pâques. Mais quant à s’approcher souvent, au moins plusieurs fois par an, du tribunal de la pénitence et de la table de communion, ils n’en comprennent pas encore l’utilité, ni, surtout, la nécessité.
« La plupart de ces braves gens semblent encore vivre au temps des persécutions, où, à cause des difficultés qu’il y avait à rencontrer un prêtre, ils étaient bien heureux de se confesser une fois par an. Espérons que, grâce aux instructions que leur fait M. Lavabre, et aux encouragements qu’il leur donne, non seulement ils continueront à être de solides chrétiens, mais deviendront de fervents enfants de l’Église, ce que sont déjà, et depuis longtemps, les chrétiens de Ke Bang. Car dans cette paroisse, actuellement administrée par M. Thoi, non seulement les fidèles se confessent et communient à Pâques, mais, sur l’année, les confessions répétées atteignent une moyenne de quatre par personne.
« La fréquentation des sacrements est encore bien plus grande dans la chrétienté de Ke Hac, desservie par M. Can. Grâce à cette fréquentation, les haines, les disputes et les procès qui, jadis, ne cessaient presque jamais, ont actuellement beaucoup diminué, et il y a espoir de faire régner la paix et la concorde parmi ces gens naturellement chicaneurs et vindicatifs.
« En somme toutes les chrétientés du district de Quang-Binh sont bonnes, quelques-unes sont même ferventes. Cependan, en général, on peut dire que les sacrements y sont moins fréquentés que dans les autres districts de la Mission. Ce qui manque également au Quang- Binh, ce sont les conversions de païens. Cependant, j’aime à rappeler que, cette année, l’élan a été donné de telle sorte, et dans de telles proportions, qu’il semble permis d’espérer que les baptêmes de catéchumènes y deviendront de plus en plus nombreux.

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« Outre tous les sujets de joie dont je viens de parler, il en est encore plusieurs autres que je ne puis passer sous silence. D’abord, dans le courant du présent exercice, j’ai eu le bonheur d’ordonner 5 nouveaux prêtres, et de voir ainsi le clergé indigène augmenter dans de notables proportions. Je pense que, cette année, il nous sera encore donné d’en ordonner au moins deux, ce qui portera à 65 le nombre de nos prêtres annamites. Grâce au recrutement facile de nos séminaristes, je crois que, désormais, nous pourrons annuellement faire une ordination et combler facilement les vides que la maladie ou la mort feront dans les rangs de notre clergé.
« Une seule chose pourrait nous empêcher d’obtenir ce résultat : c’est le manque de ressources qui, déjà, nous a forcés de diminuer le nombre de nos séminaristes. Fasse la bonne Providence que nous ne soyons pas dans la nécessité de le faire encore !
« L’œuvre des écoles a été aussi relativement prospère. Le nombre des élèves a augmenté dans les établissements tenus par les Frères des Écoles chrétiennes ; et, grâce au bon renom que lui ont mérité les brillants examens passés par plusieurs de ses élèves, il est permis de croire que l’école Pellerin deviendra de plus en plus prospère.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres continuent toujours à se dévouer au salut des âmes. Mais elles ne font pas toujours ce qu’elles voudraient faire : ainsi, faute de ressources, elles viennent d’être obligées de fermer un petit hôpital, où elles recueillaient un certain nombre de lépreux. De plus, l’hôpital européen ayant été laïcisé, les Sœurs ont dû le quitter, au grand regret de la colonie française de Huê.
« Quant au Carmel, dont j’ai annoncé la fondation, dans mon compte rendu de l’année dernière, il semble devoir prospérer à tous les points de vue : les demandes d’entrée abondent et, grâce à la Providence, les ressources, soit pour vivre, soit pour construire, n’ont pas encore manqué jusqu’à ce jour.
« Nous avons eu, cette année, à déplorer la mort de trois prêtres indigènes relativement jeunes. De plus, l’état de santé des Confrères laisse grandement à désirer ; et la maladie en a forcé plusieurs à quitter la Mission, pour aller chercher de nouvelles forces soit en France, soit à Hong-Kong. Puissent-ils tous revenir promptement reprendre leur place au milieu de nous ! »


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