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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin
Rédacteur:Mgr Ramond


III.─ Haut-Tonkin


Population catholique 24.160
Baptêmes d’adultes 485
Baptêmes d’enfants de païens 5.130
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« La béatification de nos Martyrs, écrit Mgr Ramond, a causé une grande joie parmi nos chrétiens ; toutes les paroisses ont demandé un Triduum en leur honneur. J’ai pu présider neuf de ces solennités ; malgré la fatigue, mon cœur débordait de consolations, à la vue de ces foules, accourant deux fois par jour, à leurs églises pour entendre la parole de Dieu et prier, auprès des reliques des Bienheureux, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Plus de 20.000 communions ont été distribuées en cette circonstance.
« Le Dê Tham, rebelle incomparable, a enfin dispersé sa bande, après avoir tenu campagne pendant plus d’une année. Il s’est terré dans quelque coin de la forêt, d’où il défie toutes les habiletés de la police. Il passe pour un être mystérieux. Sa retraite a calmé momentanément les esprits et ramené la paix.
« Mais laissons de côté toute considération sur la politique : ce n’est pas là qu’il faut chercher la cause des résultats de cet exercice. Il sera plus intéressant et bien plus agréable de parcourir rapidement les districts et d’entendre les récits de nos Confrères.

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« Notre doyen, M. Girod, titulaire de Phu Yen Binh sur le Song Chay (fleuve rapide), nous raconte, le premier, ses travaux et ses joies.
« Les résultats spirituels de mon ministère apostolique, dit-il, sont plutôt faibles : une « vingtaine de baptêmes d’adultes, auxquels j’espère ajouter bientôt ceux d’un nombre égal de « catéchumènes qui sont en train d’étudier la doctrine, voilà tout le fruit de mes efforts. Et « pourtant il me semble que, pour les recueillir, j’ai travaillé d’assez bon cœur.
« Malgré tout, grâce à Dieu, il y a un progrès sensible, tant spirituel que matériel, soit à « Phu Yen Binh, soit surtout à Lang Kha. Je remarque avec plaisir que la plupart des anciens « chrétiens de la première localité s’approchent des sacrements en moyenne cinq à six fois par « an ; quelques-uns même s’habituent à la communion mensuelle ou hebdomadaire et à la « visite quotidienne du Saint-Sacrement.
« Les dimanches, l’église est pleine ; bientôt, elle sera trop petite. La population « chrétienne, y compris les catéchumènes installés sur les terrains de la mission, s’élève à « environ 300 personnes, sans compter les catholiques du delta qui viennent commercer par « ici.
« Le bon Dieu nous a dédommagés, cette année, du désastre de l’inondation de l’an « dernier : la moisson du dixième mois paraît assurée. Je pourrai encore accueillir les braves « gens qui se présenteront et augmenter ma petite colonie. Nous savons déjà que ventre « affamé n’a pas d’oreilles. Souhaitons que l’abondance du riz permette aux âmes de goûter à « la manne céleste de la vérité et favorise la docilité de l’entendement ! »
« A cinquante kilomètres en amont de Phu Yen Binh est la nouvelle chrétienté de Lang Dat, dont M. Blache est légitimement satisfait. Elle compte 53 catéchumènes ou néophytes, Annamites ou Tays.
« Au confluent du Song Chay et de la Rivière Claire, nous trouvons Van Du, près de Phu Doan. M. Méchet, qui en est chargé, se plaît à reconnaître la bonne volonté de ses 400 chrétiens et leur assiduité aux cours de catéchisme ; ils font de merveilleux progrès dans la vie spirituelle.
« Un bon vieux de 71 ans, Ong Chanh Chinh, nous dit ce Confrère, avait perdu la vue « depuis plusieurs années. Après avoir essayé inutilement tous les remèdes, il s’adressa à la « sainte Vierge. Tous les jours, avec une ferveur angélique, il égrenait son chapelet, « demandant sa guérison. L’épreuve de sa foi fut longue ; sans se décourager, il insista auprès « de sa Mère du Ciel. Coïncidence bien curieuse, la vue lui revint progressivement depuis le « jour où, me sachant, l’an dernier, victime de l’inondation, il m’invita à me réfugier chez lui. « Ses yeux sont maintenant en excellent état, vu son grand âge ; son plus grand plaisir est de « venir me faire visite, accompagné de son petit-fils, et de causer du vieux temps. »
« En remontant la Rivière Claire pendant une quarantaine de kilomètres, nous arrivons à Tuyen Quang, où M. Gauja a baptisé 78 adultes à l’article de la mort. C’est le redoutable choléra qui lui a permis de recueillir cette gerbe.
« Ce cher Confrère rend hommage à la générosité de ses quatre cents chrétiens qui ont fait de grands sacrifices pour doter leur église de quelques articles indispensables.

« Il nous rapporte le fait suivant. « Je fus appelé, un soir, à l’hôpital indigène pour « administrer une chrétienne qui se mourait. Je la trouvai sans connaissance ; vainement « j’essayai de me faire comprendre et de la confesser. L’idée me vint de lui faire prendre un « peu d’eau de Lourdes : un changement immédiat se produisit dans son état. Je pus la « confesser, lui donner le saint Viatique et l’Extrême-Onction. Deux jours plus tard, son âme « s’envolait vers le Ciel pour remercier la bonne Vierge de l’avoir si miséricordieusement « aidée à franchir le grand passage.
« Vinh Tuy est à 80 kilomètres en amont de Tuyen Quang. M. Savina, tout en rédigeant un dictionnaire Tay, y travaille à la conversion des infidèles. Il instruit plusieurs catéchumènes de races différentes ; il a des Tays, des Annamites, des Nhungs et des Chinois, tous pauvres des biens de la terre, mais disposés à recevoir les biens du Ciel.

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« Quittons la Rivière Claire et passons sur le Fleuve Rouge. Laokay est le point terminus du Tonkin ; seul, le pont du Nam Ti sépare ce poste de la Chine. « Tout n’est pas rose ici, « écrit M. Robert, qui l’administre ; que de races différentes ! « Quelle âpreté au gain ! Les « gens aiment la vie facile et celle-ci n’a jamais été la voie du salut.
« Voici pourtant un petit fait qui m’a profondément touché. Un enfant de dix ans, nommé « Sa, bien sage, il est vrai, mais païen, désirait beaucoup servir à l’église comme enfant de « chœur. Il se fit conduire, un jour, chez moi par son père pour demander le baptême. Je lui « passai un catéchisme et un livre de prières. Il sut vite par cœur tout le nécessaire : d’où « nouvelle demande du baptême. J’hésitais à l’admettre, parce que le père et la mère « demeuraient païens. Sa comprit la cause de mon refus et il m’amena ses parents pour que je « les baptise aussi. Mais il fallait les instruire ; l’enfant trouva de suite la solution de la « difficulté : il s’improviserait catéchiste et apprendrait à son père et à sa mère la doctrine et « les prières. J’espère que bientôt cette famille sera chrétienne. »
« Le chemin de fer relie Laokay à Yen Bai et six heures nous amènent chez M. Blondel, qui se plaint de n’avoir pu recueillir que 37 baptêmes d’adultes, dont 20 à l’hôpital indigène. « Toutefois, ajoute-t-il, mes chrétiens de Yen Bai m’ont donné de nombreuses consolations. « J’ai enregistré plus de 3.000 communions. Chaque dimanche, une trentaine d’Européens « assistent à la messe, prenant part aux prières liturgiques et aux chants. La plupart, y compris « quelques légionnaires, s’approchent assez fréquemment des sacrements. »

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« Si, laissant le Fleuve Rouge, nous nous dirigeons vers l’Ouest, par une route à peu près convenable à travers la grande brousse et les montagnes, nous arrivons dans la plaine de Nghia Lo, où se trouvent trois Confrères : M. de Cooman, à Gia Hoi ; M. Tissot, à Phien Bay ; M. Cornille, à Ban Heo.
« Ces trois postes, éloignés l’un de l’autre de 20 kilomètres, n’ont que de rares néophytes : « Jusqu’ici, nous dit M. Cornille, les habitants favorisés des biens de la terre, ne se sentaient « pas inclinés vers le christianisme. Les épizooties, qui, depuis plusieurs années, ont détruit « les troupeaux de buffles ont fait réfléchir ces pauvres Tays ; ils sont réduits à la misère, et « incapables de cultiver leurs rizières. N’est-ce pas le moment providentiel, choisi par Dieu, « pour nous amener des catéchumènes ? On pourrait le croire, car déjà quelques hameaux « demandent à se faire chrétiens. »
« M. Tissot nous fait connaître les modestes commencements de son nouveau poste de Phien Bay (désert mouvant). « Je venais d’arriver à Nghia Lo, dit-il, lorsque par une soirée « torride de juillet, je vois arriver chez moi une vieille femme. Dès qu’elle m’aperçoit, elle « s’assied à la mode des sauvages Tays et me prodigue de la tête et des mains tant de « salutations que j’eus un instant peur de n’en pas voir tarir la source. Un récit de longue « haleine, entrecoupé de signes de croix, suivit cette présentation. Il ne me fut pas difficile de « saisir la signification des signes de croix. Pour le reste, tout ce que je pus comprendre, ce fut « que la brave vieille femme venait de fort loin pour me voir et étudier plus à fond le « christianisme, qu’elle avait été baptisée au Laos, au temps de la piraterie, que, ensuite, ayant « été emmenée captive, elle avait réussi à s’échapper et était arrivée, par étapes, jusqu’à ma « porte. Cette pauvre laotienne devint la pierre fondamentale de mon église de Phien Bay ; « actuellement, treize familles étudient la Religion. »

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« Revenant sur nos pas et descendant le Fleuve Rouge, nous rencontrons d’abord le district de Yen Tap, confié à M. Chatellier et à cinq prêtres annamites. Il ne compte pas moins de 6.600 chrétiens ; 59 adultes y ont reçu le baptême et trois nouveaux villages apprennent la doctrine chrétienne. C’est ici que, pendant les Triduums, les fidèles ont montré le plus d’empressement à s’approcher de la sainte Table et à venir vénérer les reliques des Martyrs et, en particulier, celles du Bienheureux Néron, leur ancien pasteur, aujourd’hui leur protecteur au Ciel.
« M. Pichaud, titulaire de Lang Lang depuis seize ans, se réjouit de voir plusieurs villages venir au christianisme. « Beaucoup de mes catéchumènes, dit-il, sont amenés dans la bonne « voie, par le malheur. Je ne citerai qu’un exemple.
« Un notable de la commune de Phu Ninh, le Ly Tinh, avait construit sa maison un peu en « avant du temple consacré au génie tutélaire du village. C’était son droit, car le terrain lui « appartenait. Mais ses compatriotes lui reprochèrent d’arrêter le vent du bonheur et lui « intentèrent devant le mandarin un procès dans lequel il perdit ses rizières et tout ce qu’il « possédait. Quand le Ly Tinh n’eut plus rien, le sous-préfet lui dit : « ─ Tu n’es aucunement « coupable ; mais veux-tu te venger de ton accusateur ? Adresse-moi une plainte contre lui et « je me charge du reste. ─ La vengeance n’est pas un héritage de ma famille », répondit ce « brave homme, et il retourna chez lui. Quelques mois après, il fit mieux encore en venant en « aide à son accusateur qui se trouvait dans la gêne. Cette bonne action remplit d’admiration « les habitants de son village. « Je ne veux plus participer, ajouta-t-il, au culte des génies et « des idoles ; votre conduite m’a écœuré ; je me fais catholique avec tous mes parents. Il a « tenu parole : le vent du bonheur avait vraiment passé sur sa famille, lui indiquant le chemin « qui conduit au Ciel. »
« A Hung Hoa, résidence épiscopale, M. Jaricot, procureur de la Mission et curé de la cathédrale, constate avec plaisir le progrès de ses chrétiens, qui montrent plus de docilité et plus de ferveur pour la communion fréquente. Il a recueilli 13 haptêmes d’adultes et 143 d’enfants de païens.
« M. Gaillard, qui administre le poste de Hoang Xa, situé à 20 kilomètres de Hung Hoa, sur la Rivière Noire, se félicite, avec raison, d’avoir vu doubler le nombre des communions de ses chrétiens : il est monté à 12.000 pour une population de 2.400.
« Il nous fait le récit de l’apostasie et de la conversion de Marthe Xuan. « C’est une pauvre « vieille de 60 ans, dit-il, baptisée depuis quelques années. Atteinte subitement d’un chancre à « la figure, elle supporta d’abord son mal en patience. Mais bientôt la plaie s’étendit, rongeant « progressivement le visage ; les yeux furent attaqués, et, malgré tous les remèdes employés, « elle devint aveugle. Elle comprit alors qu’elle n’avait plus qu’à s’adresser à Dieu ; c’est ce « qu’elle fit. Le miracle demandé se faisait attendre ; ni Dieu, ni la sainte Vierge, ni saint « Joseph ne vinrent à son aide de la façon qu’elle désirait. Avait-elle la pensée de tenter la « Providence ? Priait-elle avec toute la vivacité de sa foi encore neuve ? Il est difficile de le « dire. Le fait est que, un jour, estimant que Dieu ne faisait rien pour elle, elle conclut, de son « côté, qu’elle n’avait plus rien à faire pour Dieu. Elle quitta la chrétienté, se réfugia chez des « parents païens et jura de ne se convertir que quand elle serait guérie.
« Deux ans durant, elle resta ainsi à l’écart, ne venant pas à l’église , s’abstenant de tout « culte. Il est juste de dire qu’elle ne retourna pas aux superstitions païennes ; c’est une preuve « que la vraie Foi n’était pas tout à fait morte dans son cœur. Après bien des démarches, j’ai « pu, cette année, la décider à venir me voir : je lui ai parlé longuement de Job et des mystères « de la bonne souffrance. L’heure de la grâce avait sonné : elle se confessa, fit réparation « publique du scandale qu’elle avait donné et se retira réconciliée. Elle soigne maintenant son « lupus et attend patiemment une meilleure vie à l’hôpital de Sontay, chez les Sœurs de Saint-« Paul de Chartres. »

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« Au Nord de la province de Sontay, qui touche à la Rivière Noire et au Fleuve Rouge, s’étend la sous-préfecture de Quang Oai. Les villages y sont nombreux et très peuplés. Ils ont été témoins, jadis, des souffrances de nos Martyrs, qui les traversèrent, la cangue au cou, ou enfermés dans une cage, pour se rendre à Sontay, où le glorieux coup de sabre leur ouvrit le Ciel.
« Le sang des victimes de la persécution est devenu une semence de chrétiens. M. Hue, provicaire, a fondé dans cette région quinze nouvelles chrétientés. « Je remarque chez mes « néophytes, dit-il, une ferveur qui ne se dément pas. Beaucoup s’approchent chaque « dimanche de la sainte Table. Qu’il serait bon d’avoir une église convenable, dans un endroit « central ! Les cérémonies du culte seraient un puissant moyen d’évangélisation. « Malheureusement, la construction des catéchuménats et l’entretien des catéchistes absorbent « toutes mes ressources. »
« Le choléra a fait de nombreuses victimes dans la province de Sontay, où réside M. Massard. Par une grâce particulière, tous ses chrétiens ont été épargnés. Seul, l’hôpital indigène a été légèrement éprouvé.
« M. le Résident a bien voulu accorder gracieusement à notre Confrère la concession du terrain sur lequel fut exécuté le Bienheureux Néron. Un monument commémoratif s’y élèvera bientôt, à la gloire du généreux Martyr de la Foi.
« Terminons notre visite par le district de Vinh Loc, confié à M. Duhamel.
« Au début de l’année, nous dit ce Confrère, l’inondation a détruit les deux églises des « nouvelles chrétientés de Cu Son, de Phung Nghia ; de nombreuses maisons ont été « renversées ; la récolte a été en partie perdue. Grâce aux aumônes que j’ai reçues, il m’a été « possible de secourir bien des misères. Mais que de malheureux sont restés dans la détresse !
« Je n’ai pu enregistrer que 30 baptêmes d’adultes, et 979 d’enfants de païens. Malgré de « grandes difficultés et beaucoup d’ennuis, plus de 300 catéchumènes apprennent la doctrine. « Tout dernièrement, une quarantaine de familles du village de Hoang Xa ont demandé à « embrasser la Religion. Si je comptais un peu sur les moyens humains pour réussir dans « l’œuvre de leur conversion, mes espérances seraient déçues ; ma confiance est dans le « secours de Dieu qui dispose tout pour sa gloire. »

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« Nos trois léproseries, ajoute Mgr Ramond, sont en progrès constant. Elles abritent 170 malades. Dernièrement celle de Huong Non a été la proie des flammes. Grâce à la bienveillance du Résident Supérieur, ancien administrateur de Hung Hoa, où il a laissé les meilleurs souvenirs, j’ai pu la reconstruire et lui donner une meilleure disposition.
« Il serait urgent de fonder une nouvelle léproserie dans les pays Muong, où de nombreux malheureux sont abandonnés à leur triste sort. M. Savina est tout disposé à entreprendre cette œuvre, à la condition d’avoir des ressources pour aller de l’avant.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres s’occupent toujours, avec le plus grand dévouement, des malades et des pauvres de nos deux hôpitaux de Sontay et de Yenbay. Que les âmes nombreuses qu’elles envoient au Ciel veillent sur leurs bienfaitrices et sur notre chère Mission du Haut-Tonkin ! »


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