| Année: |
1911 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Occidentale |
| Rédacteur: | Mgr Mossard |
II. — Cochinchine Occidentale
Population catholique 70.467
Baptêmes d’adultes 1.040
Baptêmes d’enfants de païens 5.013
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Mgr Mossard nous adresse le rapport suivant.
« Voisine de l’Equateur, inondée de pluies et de soleil, notre terre de Cochinchine, sans trêve ni repos, se couvre d’une végétation aussi rapide que puissante. Ici, l’agriculteur trouve dans la nature un auxiliaire précieux. Mais une grande partie de son effort doit être employée à dompter et assouplir les énergies désordonnées du sol qu’il cultive. Que la lutte vienne à cesser, le champ péniblement conquis redevient de suite le domaine de plantes aussi nombreuses que variées. Bientôt, ce sera la forêt.
« Notre Eglise de Cochinchine est le champ de Dieu cultivé par les ouvriers évangéliques, aidés de la grâce d’En-Haut. Ce champ est enclavé dans le vaste royaume idolâtre, et le paganisme, avec sa vie toute de sensualités, enveloppe cette Eglise comme la forêt enveloppe les terres nouvellement défrichées. Contre cet agent, partout présent, des forces destructives de la foi chrétienne, la lutte doit être de tous les instants. Très facilement, presque à leur insu, les âmes sont envahies par les idées, par les habitudes païennes, et le travail de chaque jour consiste, en grande partie, à déraciner ces idées, à combattre ces habitudes ; que le travail vienne à cesser, la nature reprend dans les âmes la place de la grâce, et les néophytes rentrent de fait dans le royaume de l’idolâtrie, bien que, à l’ordinaire, ils n’en reprennent pas le culte extérieur.
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« Malgré les efforts constants de tous ceux qui travaillent à l’évangélisation, il y a toujours un certain nombre de chrétiens qui échappent à leur action, laissent de côté toute pratique religieuse, ou même abandonnent leur pays d’origine pour aller vivre dans les milieux où manque la vie surnaturelle. Quel est leur sort, quand la mort les surprend dans cet état, dans ce milieu ? Dieu seul le sait. En tout cas, n’étant plus rattachés à une chrétienté, ils ne seront plus comptés dans le nombre de nos néophytes, et, de ce fait, la Mission éprouve, chaque année, des pertes qu’il n’est pas facile d’évaluer. Malgré tout, les chrétiens du Vicariat de la Cochinchine Occidentale augmentent ; ils sont trois fois plus nombreux qu’il y a cinquante ans. Nous pouvons donc envisager l’avenir avec confiance.
« Ce que m’écrit M. Benoît, dans son compte rendu, est de nature à augmenter cette « confiance : « Je vous adresse, dit-il, le compte rendu de l’exercice 1910-1911, avec grand « plaisir. Jamais jusqu’ici nous n’avons atteint de tels chiffres. Il y a progrès sur toute la « ligne, surtout pour les baptêmes et les communions. Que Dieu daigne nous accorder la grâce « de pouvoir continuer dans cette voie ! »
« M. Abonnel, missionnaire à Go Cong, raconte le fait suivant : « Dans la chrétienté de « Tân Phuoc, j’avais, en mars dernier, baptisé un Annamite très intelligent et bien instruit, « mais manquant de plusieurs conditions nécessaires pour persévérer. En effet, deux mois « après son baptême et pour une vétille, mon néophyte parlait déjà d’apostasier et se disposait « à démolir l’autel de famille orné d’images chrétiennes. Or, il avait compté sans ses deux « garçons, âgés, l’un de quatorze, l’autre de dix ans, tous deux encore catéchumènes, quoique « bien instruits. Voyant leur père sur le point d’exécuter sa mauvaise action, ils se mirent à « crier, à pleurer, à se rouler par terre. Devant cette démonstration aussi tapageuse « qu’inattendue, le père s’arrêta « brusquement, et laissa l’autel dans son état habituel, avec « ses images chrétiennes. Il a repris, depuis, le chemin de l’église ; les deux enfants ont « demandé le baptême que je vais leur conférer prochainement. »
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« Le Décret pontifical, relatif à la première Communion privée des enfants, est en pleine exécution dans la Cochinchine. La chose est d’autant plus facile que les neuf mille enfants qui fréquentent nos écoles peuvent être aisément préparés à ce grand acte. La population française elle-même a suivi l’impulsion donnée.
« Parmi les adultes les communions fréquentes ont encore augmenté du fait que nous nous conformons pleinement à la direction du Père commun des fidèles.
« La sainte Eucharistie porte en elle-même des trésors de lumière et de force pour la pratique du bien.. Cependant, il reste vrai que l’éducation est, avec la grâce, la base de la vie chrétienne. Nous continuons donc à développer l’enseignement, à perfectionner les éléments dont nous disposons.
« Dans ce but, une sorte d’école normale a été fondée et confiée à la direction des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, à Biên Hoa. Dans nos couvents annamites, de jeunes religieuses ont été choisies et envoyées à cette école pour être formées à l’enseignement. Après une formation suffisante, dont fait partie l’étude de la langue française, chacune d’elles rentrera dans son propre monastère et sera chargée d’instruire les novices dans l’art d’apprendre et d’enseigner.
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« On sait ce que vaut l’éducation pour les enfants baptisés et croyants. Une chose moins connue, c’est l’effet que les idées chrétiennes sont susceptibles de produire sur des idolâtres. Voici un fait qui éclaire la question. Il est suggestif.
« Vers la fin de l’année 1910, un drame terrible ensanglantait le bagne de Poulo Condor. Armés de poignards fabriqués avec des cercles de barrique, plusieurs condamnés Annamites attaquaient le gardien-chef. Celui-ci, en se défendant, tuait l’un des assaillants — chrétien redevenu païen, comme ceux dont il est parlé précédemment — et succombait à son tour sous les coups de trois autres assassins, tous idolâtres. Ceux-ci furent arrêtés et transportés à la prison de Saïgon.
« Là, ils entendirent parler de la religion chrétienne, et, dans les loisirs de leur détention, ils étudièrent des livres de doctrine. La vie était finie pour eux : ils le savaient. Le dernier supplice, plus ou moins éloigné, formait leur unique horizon. C’était, au soir de l’existence, la nuit d’une mort honteuse. Et voilà que, dans le catéchisme, dans les prières chrétiennes, leur apparaissait soudain l’aurore d’une vie nouvelle, sublime, éternelle !
« L’idée, d’abord, fut vague, indécise, non exempte de doutes et de négations. Puis, les jours succédant aux jours, l’apparition se précisa ; la forme devint nette ; le doute fit place à la certitude ; ils dirent avec conviction : …Je crois à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.
« Comment la foi peut-elle naître dans ces âmes ? Suggestion, mouvement naturel de l’homme qui se rattache à la vie, dira-t-on. Nullement ! répondront ceux auxquels il a été donné de lire dans les âmes et de constater certaines réalités palpables de leur état. Une voix leur avait parlé au cœur, la voix de Celui qui, mis en croix pour le salut du monde, avait dit un jour au larron : Aujourd’hui vous serez avec moi au Paradis. Ces malheureux apprirent que le chemin pour parvenir au Ciel leur était encore ouvert et la volonté leur vint d’employer à mériter le bonheur des justes les derniers jours de leur existence d’ici-bas.
« En lisant un livre prêté, ils trouvèrent une image de la très sainte Vierge. Cette image, ils l’attachèrent au mur de leur cachot, et les voilà récitant chaque jour devant elle les prières qu’ils avaient apprises.
« Bientôt arriva l’inévitable condamnation à mort. Rien ne changea dans leur attitude : « Si « nous avions su, dirent-ils, ce que nous savons maintenant ; si nous avions eu la foi que nous « possédons aujourd’hui, nous n’aurions pas vécu en criminels, comme nous l’avons fait, et « nous ne serions pas ici. Le passé est perdu pour nous, mais il nous reste le présent. Nous « sommes heureux de pouvoir expier nos crimes par la mort qui nous est infligée. »
« M. Guerrier, aumônier de la prison, les voyait de temps à autre. Il constatait une transformation de plus en plus complète, dont il était émerveillé. Les condamnés revenaient souvent sur le dogme étonnant de la rémission des péchés ; ils admiraient cette bonté qui pardonne à tous les vrais repentirs.
« Dans les premiers jours de janvier 1911, sachant que le jour du supplice approchait, M. Guerrier vint les voir une dernière fois. Après une brève exhortation, il leur dit que l’heure était venue de recevoir le baptême. Très calmes, les fers aux pieds, les mains croisées sur la poitrine, tous trois se levèrent ; dirent, l’un après l’autre, leur profession de foi ; récitèrent l’acte de contrition ; demandèrent pardon à Dieu et aux hommes ; présentèrent leur front à l’eau sainte et firent leur action de grâces. Très ému, le Missionnaire se sépara d’eux en leur faisant les dernières recommandations.
« Le surlendemain, ils furent conduits à Poulo Condor. Arrivés sur le lieu d’exécution, ils répétèrent qu’ils mouraient volontiers pour l’expiation de leurs péchés. Ils subirent leur supplice avec une fermeté qui impressionna tous les spectateurs, y compris leurs anciens compagnons de détention. Au retour du bateau de Poulo Condor, M. Guerrier recevait un pauvre morceau de papier, portant quelques lignes écrites en langue annamite par l’un des condamnés, une heure avant l’exécution. Il lut, tout ému, ce qui suit :
« Nous saluons la sainte Trinité, Jésus, la sainte Vierge Marie, saint Joseph et tous les « Saints. Nous allons quitter la terre d’exil pour suivre le Seigneur, et c’est bien. Priez pour « nous, vos enfants ! »
« C’était le dernier adieu, qui résumait tous les nobles sentiments du coupable régénéré. Un homme qui va monter à l’échafaud, et qui trouve que c’est bien, voilà ce que peuvent les vérités chrétiennes sur une âme païenne, même ravagée par le vice. Si la terre de Cochinchine connaît beaucoup d’innocents morts martyrs, elle connaît aussi de grands coupables morts repentants.
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« Nos Annamites savent se montrer reconnaissants. Ils l’ont prouvé, au mois de février dernier, par la belle manifestation qu’ils ont organisée pour célébrer le 50e anniversaire de l’ordination sacerdotale de M. Gernot, provicaire de la Mission.
« Prêtre en 1861, M. Gernot arriva à Saïgon le 20 janvier 1862. Mgr Lefebvre, premier vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale, l’envoya d’abord à My Tho ; puis, en 1864, à Cai Mong, où il se trouve encore.
« Les Annales de la Société ont publié une relation détaillée de ces fêtes grandioses en l’honneur du vénéré jubilaire.
« En terminant, ajoute Mgr Mossard, je dois noter que la Mission de Cochinchine applaudit au geste des Français de grand cœur qui ont acheté, pour en faire une sorte de musée, la maison où naquit l’illustre Evêque d’Adran.
« Nous habitons le pays dans lequel Mgr Pigneau de Béhaine passa la moitié de son existence. Nous possédons, aux portes de Saïgon, sa dépouille mortelle, reposant dans le tombeau construit par le roi Gia Long ; rien ne peut nous être étranger de ce qui rappelle le souvenir de ce grand Missionnaire, dont les vertus firent honneur à l’Eglise, à la France, à notre Société. »
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