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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Septentrionale
Rédacteur:Mgr Allys

III. — Cochinchine Septentrionale

Population catholique 58.895
Baptêmes d’adultes 1.988
Baptêmes d’enfants de païens 3.066
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« L’exercice 1910-1911, écrit Mgr Allys, s’annonçait sous d’heureux auspices. Nos chrétiens, encore tout émotionnés des belles fêtes auxquelles ils avaient assisté pendant le triduum des Martyrs, enthousiasmés par la pieuse magnificence du pèlerinage à. Notre-Dame de Lavang, semblaient animés de très bonnes dispositions. Les catéchumènes étaient nombreux dans plusieurs endroits et nous promettaient un beau chiffre de baptêmes. La santé des Missionnaires et des prêtres indigènes était relativement bonne ; et nous conservions l’espoir que nos trois Confrères retournés en France pour cause de maladie ne tarderaient pas à revenir parmi nous.
« Toutes nos espérances ne se sont pas réalisées. La discorde a régné dans plusieurs de nos chrétientés ; le chiffre des baptêmes a été moins considérable que celui de l’exercice précédent ; et nous avons eu la douleur de perdre deux bons ouvriers, M. Guichard et M. Gontier, et deux prêtres indigènes, le P. Loi et le P. Luc...
« Le P. Loi avait rempli une longue carrière et ,méritait bien d’aller recevoir la récompense due à ses travaux; mais son départ n’en a pas moins fait un vide qu’il a faim combler. Le P. Luc, doué d’un bon caractère et de remarquables qualités, nous promettait de longues années d’un apostolat fructueux auprès de ses compatriotes. Deux ans à peine après son ordination, la phtisie le consumait si rapidement qu’il dut laisser tout ministère et se retirer au Grand Séminaire de Hué, où il est mort au bout de trois ans de souffrances patiemment endurées.
« A ces cruelles et irréparables épreuves sont venus se joindre plusieurs retours en France et trois départs pour le Sanatorium de Hong-Kong. Nous espérons que, bientôt, tous ou presque tous les absents vont revenir prendre leur place dans la Mission. Mais, en, attendant, les paroisses qu’ils occupaient ressentent de bien des façons l’absence de leurs pasteurs

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« Les résultats obtenus ont été plus considérables qu’il n’était permis de l’espérer dans de pareilles circonstances. Le chiffre des confessions est monté de 159.582 à 168.891 ; celui des communions, de 223.744 à 263.770 ; et le nombre des communions d’enfants, qui l’année dernière n’était que de 807, s’est élevé, cette année, à 3.110, dont 1.046 d’enfants au-dessous de neuf ans et 2.064 d’enfants n’ayant pas encore atteint leur onzième année.
« Tous les autres chiffres sont également en augmentation ; il n’y a que celui des baptêmes de catéchumènes, qui, de 2.285 à la fin du dernier Exercice, est tombé à 1.930 à la fin de cette année. Le district de Quang Binh en a inscrit 99 ; celui de Dât Do, 268 ; celui de Dinh Cat, 399 ; celui de Bên Bô, 380 ; et celui de Bên Thuy, 784.
« En 1890, ce dernier district ne comptait que 4.684 chrétiens, dont 1.089 étaient des néophytes nouvellement baptisés : aujourd’hui, il en compte 15.045, divisés en 14 paroisses.
« La plus importante de ces paroisses est celle de Phû Cam. Sa population est de 2.442 habitants ; les deux tiers, à peu près, sont de nouveaux chrétiens. M. Stœffler, avec l’aide du P. Hoi, récemment ordonné, s’occupe de cette paroisse et dirige aussi les 56 religieuses, indigènes qui y ont une communauté. Il fait observer qu’il ne peut pas suffire à la besogne ; ce qui est d’autant plus facile à croire que dans notre Mission nous n’avons pas de catéchistes. Voici, d’ailleurs, quelques extraits de son rapport : « Pour me conformer au Décret Quam « singulari, j’ai commencé à instruire les enfants qui ont l’âge de raison. Dans le courant du « présent exercice, 152 se sont approchés de la Table sainte ; mais le chiffre de ceux qui « n’ont pas encore communié est considérable.
« Ce surcroît de travail occasionné par leur instruction m’a, jusqu’à ce jour, empêché de « m’occuper sérieusement des trois annexes qui dépendent de Phû Cam. Je crains de ne pas « même pouvoir le faire dans l’avenir, à moins d’avoir l’aide d’un second vicaire, aide d’au- « tant plus ardemment désirée que des habitants du village de Thân Phu viennent de demander « à se convertir. Si je réussissais à instruire et à baptiser ces braves gens, et à fonder une « chrétienté dans ce grand village situé non loin des nouveaux centres de Da Lê et Thanh « Thuy, je verrais, j’aime à le croire, avant un longtemps, une belle paroisse établie dans cette « région où jusqu’à ces dernières années, il n’y avait pas un seul fidèle. »
« M. Maillebuau, chargé de la paroisse de Ha Uc, désire, lui aussi, avoir un second auxiliaire. Ses 1.512 néophytes lui donnent une besogne vraiment écrasante : l’instruction des catéchumènes, la préparation des enfants, les multiples occupations, souvent ennuyeuses, qu’il est impossible de négliger chez les nouveaux chrétiens, sont une lourde tâche. I1 m’est agréable de témoigner que ce cher Confrère et son vicaire, le P. Trang, ont beaucoup travaillé dans le courant de cette année : ils ont instruit et baptisé 107 catéchumènes, entendu 4.637 confessions et fait faire la communion à 68 enfants âgés de sept à onze ans ; 172 autres se disposent à s’approcher bientôt de la Table sainte.

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« Non loin de Ha Uc se trouve la paroisse de Diêm Tu. Après le départ de M. Stoeffler pour Phû Cam, elle avait été confiée à M. Montagnon qui s’en est occupé pendant quelques mois. Ce temps lui a suffi pour baptiser plus de cent catéchumènes, et doter la chrétienté de Môc Tru d’une chapelle, couverte en chaume, mais bien propre et suffisante pour la population chrétienne de ce village. Aujourd’hui, c’est M. Etchebarne qui est chargé des 1.369 néophytes de cette paroisse.
« Ha Vinh, administré par le P. Thang, a fourni 27 baptêmes, 31 communions d’enfants âgés de sept à onze ans et 85 confirmations. Les nouvelles stations de Phuc Tuông et de Nam Truong occupent tous les instants des PP. Lâp et San, dont le zèle s’emploie à la formation chrétienne des quelques centaines de néophytes confiés à leurs soins et à la conversion des païens.
« Le travail n’est pas moins abondant à Nuoc Ngot qui, même après le démembrement de Phuc Tuông, compte encore plus de 1.000 habitants, presque tous néophytes. Le titulaire, le bon P. Chanh, ne cesse d’exhorter ses ouailles à s’approcher plus souvent du Tribunal de la pénitence et de la Table de communion.
« Jusqu’à ce jour, ses efforts n’ont pas encore eu beaucoup de succès. Ses chrétiens sont, pour la plupart, laboureurs, bûcherons ou journaliers : les soucis de la vie matérielle les attachent aux rudes labeurs de leur profession., Peu à peu, ils comprendront l’utilité et la nécessité de la prière et des sacrements, même au point de vue temporel.

« La chrétienté de Nuoc Man, que dirige M. Denis depuis plus de trois ans, est également composée de néophytes obligés de gagner leur vie a la sueur de leur front. Le zèle de ce cher Confrère a développé chez eux un grand esprit de foi dont les effets se manifestent par une assiduité, plus marquée dans la fréquentation des sacrements : 71 baptêmes d’adultes, 1.318 confessions, 37 premières communions, tel est le bilan de cet exercice.
« Moins florissante est là chrétienté de Tuân où les exhortations du P. Dong ne réussissent pas toujours à toucher des âmes difficiles à conduire. Il est pourtant agréable de constater à la fin de cet exercice qu’une sérieuse amélioration a été obtenue.

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« L’esprit de prosélytisme des néophytes de Su Lô permet au P. Hièn, leur dévoué pasteur, de baptiser, chaque année, un bon nombre de catéchumènes. Si, dans le cours de cette année, il n’en a baptisé qu’une cinquantaine, il faut chercher la cause de cette diminution dans le surcroît de travail que lui a occasionné la préparation des enfants à la première communion : 75, âgés de moins de onze ans, se sont déjà approchés de la sainte Table, et 153 autres ne tarderont pas à être admis. Ce prêtre zélé s’est occupé, en outre, de reconstruire ou de réparer les églises de ses chrétientés. A Van Giang, il en a bâti une qui est très belle et très solide : les habitants en sont d’autant plus fiers qu’elle est tout entière leur œuvre ; seuls, ils ont fourni la main-d’œuvre et payé tous les matériaux.
« Une autre paroisse qui donne aussi beaucoup d’espoir est celle de Lai An. Fondée il y a une quinzaine d’années, malgré bien des déboires et beaucoup de difficultés, elle n’a cessé de progresser. Lorsqu’elle fut confiée, il y a deux ans, à M. Morineau, elle était déjà nombreuse et relativement florissante. Aujourd’hui, grâce à l’activité de son nouveau pasteur, elle prend un tel essor qu’il faudra bientôt la diviser pour faciliter l’instruction et la formation des néophytes qui la composent. Le démembrement sera d’autant plus aisé que la générosité et les ressources de plusieurs chrétientés ont permis de construire un certain nombre d’églises très convenables. Les fatigues et les soucis causés par ces travaux n’ont pas empêché M. Morineau de baptiser 73 catéchumènes, de ramener 118 apostats, d’entendre 3.049 confes-sions et de recevoir à la communion 92 enfants au-dessous de onze ans.
« M. Piéters a fait de grands efforts et surmonté bien des difficultés pour augmenter le nombre de ses fidèles. Il n’a pas peiné en vain : 78 conversions ont été la récompense de ses labeurs.
« Les résultats obtenus par M. Godet, curé de Tiên Nôn, ne sont pas moins consolants. Il enregistre 80 baptêmes d’adultes.
« Le P. Bach est chargé depuis quelques mois de la paroisse de Nam Phô dont les neuf chrétientés sont entièrement composées de néophytes. Il apporte une gerbe de 16 conversions.
« Le poste de Tho Duc reste toujours fervent sous la paternelle direction de son vénérable curé, M. Patinier. Sa consolation est de voir ses chrétiens participer très souvent au divin Banquet.
« C’est aussi l’heureux sort des PP. Tuyen et Thê, chargés de Ngoc Hô et de Da Han ; il n’ont, pour ainsi dire, d’autres fatigues et d’autres préoccupations que celles de l’instruction et des confessions de leurs chrétiens.
« Autrefois, la chrétienté de Chuôn ressemblait beaucoup à ces paroisses privilégiées. Il est pénible de constater qu’un vent de discorde a semé le trouble et arrêté momentanément la vie religieuse de ce village, jadis si tranquille, si heureux et si fier de manifester sa foi.
« Voilà, en quelques lignes, ajoute Mgr de Phacuse, la situation du district de Bên Thuy, qui est assurément celui où il y a le plus de vie dans la Mission. Elle est loin d ‘être parfaite ; mais elle est, quand même, bien consolante ; car, dans ce district où les quatre cinquièmes des chrétiens sont néophytes, les conversions de païens sont toujours relativement nombreuses.

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« Depuis quelques années, il en est de même dans le district de Bên Bô, dont la population chrétienne est passée, en quelques années, de 4.754 âmes à 7.487. Cet accroissement est surtout dû aux conversions obtenues dans les paroisses de Thach Binh, Linh Thuy et An Thanh.
« En 1904, lorsque M. Chapuis prit la direction de la paroisse de Thach Binh, elle comptait environ 300 chrétiens ; aujourd’hui, même après avoir perdu 165 habitants rattachés à la nouvelle paroisse de Lai Ha, elle en compte 940. Ces chiffres représentent une moyenne de 100 conversions par an, depuis l’arrivée de ce pieux et zélé Confrère. Les tracas et les ennuis qu’elles ont causés, seul il pourrait les dire. Pour instruire des catéchumènes disséminés dans plus de vingt villages, pour les aider aux époques de famine et de calamités, pour mettre à leur disposition les chapelles nécessaires à une bonne administration il n’a épargné ni ses sueurs, ni son argent, ni sa peine.
« Le P. Cu, curé de Lai Ha depuis cinq ou six mois a instruit et baptisé 41 catéchumènes. Puisse-t-il réussir à augmenter promptement le nombre de ses paroissiens, qui ne forment encore qu’un tout petit troupeau au milieu de très nombreux païens !
« Peu éloigné de Lai Ha, mais séparé par une lagune, se trouve Linh Thuy, composé de 9 chrétientés. Fondé par M. Gontier, ce poste fut considérablement agrandi par M. Darbon qui y résida jusqu’à son départ pour Tam Toa. M. Guichard, son successeur, se proposait d’y multiplier les conversions ; mais la maladie le força de partir avant d’avoir recueilli ce qu’il avait déjà semé. Il y fut remplacé par M. H. de Pirey qui ne fit qu’y passer. Depuis plus d’un an et demi, le poste est sous la direction du P. Du. Ce prêtre vraiment zélé a, cette année, instruit et baptisé 165 catéchumènes, reçu à la communion 50 enfants âgés de sept à onze ans, et entendu 1.964 confessions. Mais il est à craindre qu’il ne puisse suffire à l’administration de ses 1.274 néophytes et à l’instruction des païens qui demandent à se convertir. Il sera nécessaire de le décharger des deux ou trois chrétientés les plus éloignées qui lui occasionnent beaucoup de fatigues et de soucis.
« Le P. Lu, curé d’An Thanh, travaille activement à améliorer les quinze chrétientés qu’il dirige. Mais, si ses mérites sont grands devant le bon Dieu, il faut convenir que ses efforts ne sont pas toujours couronnés de succès devant les hommes. Il a enregistré 50 baptêmes d’adultes.
« M. Bonnand, l’heureux pasteur du bon et petit troupeau de Dôc So, a entendu. 2.875 confessions : c’est une moyenne de plus de 10 confessions par an et par personne. De plus, 30 enfants de moins de onze ans se sont approchés de la Table de communion.
« De son côté, M. Guillot a eu la consolation d’entendre 1.950 confessions et de faire faire la communion à 132 enfants âgés de sept à onze ans. I1 a baptisé 6 catéchumènes. Ses chrétiens sont des gens simples, vraiment religieux, mais peu favorisés des dons de la fortune.
« Assisté du P. Tué, qui s’occupe surtout d’une annexe importante et éloignée, et du P. Chât, qui réside à l’orphelinat de Thanh Tân, M. Chaiget a, cette année, ajouté 28 néophytes à ses 1.632 paroissiens ; il a entendu 4.244 confessions et préparé 117 enfants à la première communion. Ces chiffres sont très consolants. Malgré cela, l’esprit de ce poste laisse à désirer.
« La station d’An Van, qui est une des meilleures du district, a été confiée tout récemment au P. Doan, que ses 73 ans n’empêchent pas de travailler avec fruit.
« Enfin, Kim Long, administré par M. Laffitte et le P. Dông continue à donner les plus grandes consolations ses dévoués et zélés pasteurs...


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« Nos deux Séminaires de Hué et d’An Ninh, poursuit Mgr Allys, nous donnent toujours de bien grandes satisfactions. Dans le courant de l’année, le Grand Séminaire a fourni trois nouveaux prêtres, et il semble permis d’espérer que, avant la fin de 1911, il nous en donnera encore deux ou trois. Actuellement, le nombre des élèves est de 29 au Grand Séminaire et de 84 au Petit Séminaire. Il nous serait extrêmement facile d’augmenter ce dernier chiffre, car, nos familles chrétiennes se font un honneur et un vrai plaisir de nous confier au moins un de leurs enfants. Nos ressources, même augmentées de la rétribution payée par un certain nombre d’élèves, ne nous permettent pas d’en accepter davantage.
« L’œuvre des baptêmes d’enfants en danger de mort produit toujours de nombreux fruits de salut. L’orphelinat de Thanh Tân, sous la sage et paternelle direction de M. Chaiget, devient de plus en plus prospère.
« L’orphelinat de Hué, tenu par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, est également florissant.
« L’école Pellerin a encore eu la joie de voir progresser le nombre de ses élèves. La succursale de cette école, établie dans un des quartiers populeux de Hué, a été, après quelques mois d’existence, fréquentée par plus de cinquante enfants. Cette augmentation du nombre des élèves dans ces deux établissements est due au dévouement sans borne que nos chers Frères mettent à instruire et à éduquer les enfants qui leur sont confiés, et, aussi, aux succès que ceux-ci obtiennent, soit aux examens ordinaires passés à Hué, soit aux examens spéciaux qui ont lieu à Hanoï pour un petit nombre de jeunes Annamites choisis dans toute l’Indo-Chine Française.
« L’Ecole des Sœurs de Saint-Paul de Chartres est tenue en haute estime par la population de Hué. Quoique, pour y être admis, il faille faire des sacrifices relativement considérables, beaucoup de familles préfèrent se les imposer et confier leurs enfants aux Sœurs plutôt que de les envoyer gratuitement aux écoles du gouvernement. Daigne la Providence protéger toutes ces écoles et les mettre à l’abri des dangers qui semblent vouloir les menacer !
« Notre Carmel n’est pas encore complètement achevé. Les travaux ont été suspendus faute de ressources suffisantes. Mais cet arrêt dans les constructions ne porte pas de préjudice à la régularité du monastère ni au recrutement des Religieuses, ni à celui des Novices. Ces dernières sont au nombre de huit, toutes Annamites. Ces épouses bien-aimées du Christ préparent leur ciel en faisant du bien sur la terre et en attirant sur nos œuvres toutes les bénédictions célestes. »


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