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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin
Rédacteur:Mgr Ramond

III. — Haut-Tonkin

Population catholique 25.239
Baptêmes d’adultes 627
Baptêmes d’enfants de païens 5.121
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« Le présent compte rendu, écrit Mgr Ramond, ne présentera pas de faits extraordinaires. La paix dont, grâce à Dieu, nous avons joui, nous a permis de faire régulièrement l’administration des chrétientés. Les retraites des Missionnaires, des prêtres indigènes et des catéchistes, ont eu lieu aux époques fixées. Nous avons trop à cœur ces exercices spirituels pour les négliger.
« Pendant ces dernières années, les ruines causées par la persécution et une longue période de piraterie ont été relevées. Des églises, plus belles que les pagodes des alentours, ont remplacé les pauvres paillotes, ouvertes à tous les vents, qui abritaient nos fidèles. Quand la Mission fut fondée, à l’exception des chapelles des ambulances militaires, une seule église réunissait les conditions de convenance requises pour garder le Saint-Sacrement. Aujourd’hui, l’Hôte Divin réside habituellement dans vingt paroisses ou annexes, et dans plusieurs chrétientés à l’époque de leur administration. Il nous manque, pour rendre notre joie complète, un sérieux mouvement de conversions que nous appelons de tous nos vœux ; à notre gré, il tarde bien à se manifester. Nous comptons cependant 1.728 catéchumènes, qui arriveront, en grand nombre, nous en avons l’espérance, à la grâce du baptême.
« M. Hue ; mon cher Provicaire, chargé du district de Mô Luc, se réjouit de voir croître le nombre de ses fidèles : « Les nouvelles chrétientés, dit-il, augmentent toutes, régulièrement « quoique lentement. Les néophytes observent avec fidélité les pratiques religieuses et « s’approchent fréquemment des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. D’après les « chiffres du présent exercice, la moyenne des communions est de dix par chrétien. Ce chiffre « pourrait être dépassé, si un prêtre se trouvait habituellement près des nouveaux postes. Etant « resté longtemps seul, je n’ai pu donner aux néophytes et aux catéchumènes les soins « nécessaires et je n’enregistre que 24 baptêmes d’adultes, sur les 651 catéchumènes qui « étudient la religion. Un bon nombre pourront être préparés pour l’année prochaine. J’ai « plaisir à signaler encore onze communes dans lesquelles un groupe plus ou moins compact a « demandé à embrasser la Religion, ce qui porte à 27 le nombre des nouvelles chrétientés. »


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« A Phu Yên Binh, M. Girod, qui s’intitule missionnaire-colon, fait mieux que défricher sa vaste concession. Il a baptisé 40 adultes, dont deux seulement in articulo mortis.
« Pour payer un tribut de reconnaissance au Sacré Cœur je me fais un devoir, écrit-il, de « vous raconter un fait, qui, sans avoir rien de miraculeux en soi, a vivement impressionné « mes chrétiens.
« Le vendredi 23 juin, jour de la Fête du Sacré-Cœur, j’achevais mon action de grâces, « quand j’entendis des cris de désespoir et vis mon catéchiste accourir en me disant : « Père, « venez vite ! La petite Phuong vient d’être écrasée ! » Immédiatement, je me rendis sur le « lieu de l’accident. Voici ce qui s’était passé.
« Le Résident de la Province m’avait autorisé à prendre, parmi les ruines de l’ancien poste « militaire, quelques matériaux dont il était possible de tirer parti.
« Les jours précédents, j’avais surveillé moi-même le travail, et j’avais bien recommandé « de mettre à bas le pan de mur qui, seul, restait debout, au lieu de le démolir brique par « brique.
« Tout s’était jusque-là très bien passé, et, la veille, j’avais dit à mes ouvriers : « Demain, « Fête du Sacré-Cœur, il faut que tout le monde vienne à la messe ! » Mais le diable s’en « mêlait.
« Trois ou quatre petites filles de quatorze à quinze ans, pour gagner quelques sous de plus, « et aussi pour travailler à la fraîcheur, s’étaient donné le mot. Tant pis ! dirent-elles, nous « irons à la messe dimanche prochain ; mais aujourd’hui, vendredi, il n’y a pas d’obligation. « Et nos gamines imprudentes et irréfléchies, jacassant à qui mieux mieux, s’étaient mises à « ramasser des briques sous le pan du mur menaçant ruines.
« Comment s’y prirent-elles ? C’est chose impossible à savoir ; car, chacune rejette la « brique à sa voisine. Quoi qu’il en soit, elles firent écrouler le mur sur l’une d’entre elles, « nommée Thi Phuong ; et, de toutes parts, on criait qu’elle était morte, qu’elle avait été tuée.
« On l’avait retirée de dessous les décombres. Le père et la mère rapportaient leur enfant, « inanimée, couverte de sang et déjà toute glacée. Une oraison jaculatoire s’échappa de mes « lèvres : « Sacré Cœur de Jésus, ayez pitié de nous ! » Sans perdre espoir, je fis déposer à « terre la petite blessée que l’on croyait déjà morte. Je m’aperçus bien vite qu’elle n’était « qu’évanouie ; avec quelques gouttes de cordial, elle fut rappelée à la vie.
« La pauvre petite était dans un piteux état : la figure était horriblement meurtrie, la tête « fendue en deux ou trois endroits, d’où le sang coulait avec abondance.
« Après avoir arrêté l’hémorragie et lavé les plaies, je fis immédiatement transporter la « blessée à l’hôpital de Yên Bai. Ce voyage de 24 kilomètres, par une chaleur torride, fut « pénible ; à l’arrivée, la fièvre et le délire la saisirent aussitôt. Je n’avais plus qu’à prier et à « faire prier pour le salut de la pauvre enfant.
« Le Sacré Cœur de Jésus nous exauça : quelques jours après, grâce aux soins des « Religieuses et du docteur, la blessée était en bonne voie de guérison ; elle est maintenant « revenue, saine et sauve, avec de belles balafres cicatrisées qui ne la défigurent pas trop. Son « fiancé ne songe pas à rompre avec elle.
« Mais ce qui est plus touchant, c’est que Mlle Phuong et ses compagnes sont venues, « toutes ensemble, demander une messe d’action de grâces pour le premier vendredi du mois « d’août, et qu’elles y ont toutes pieusement reçu la sainte communion. Elles ont promis de ne « jamais plus manquer la messe le jour de la Fête du Sacré-Cœur. »


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« Sur les frontières de Chine, à Lao Kay, M. Robert a recueilli 7 baptêmes d’adultes et 49 d’enfants de païens à l’article de la mort. Il est difficile de prêcher la religion dans ce pays, très adonné aux superstitions, plus encore que dans le Delta, où, à Côc Lêu par exemple, dans un rayon de 300 mètres, on compte 72 pagodes. Les femmes Thos, surtout, poussent leur culte des idoles jusqu’au fanatisme.
« Dans le poste de Vân Du, près de Phu Doan, M. Méchet ne trouve rien de bien « sensationnel à signaler. Il termine ainsi son rapport : « Qui va piano va sano », dit-on. A ce « compte-là, nous devons aller très sûrement, car notre marche dans la voie du progrès n’a « rien de vertigineux. De temps à autre, se dessine un bon mouvement, surtout parmi les « jeunes gens, que je cherche à mener de l’avant. La queue des autres, solennellement « terminée par les notables, est parfois lourde à tirer.
« Pour entrer en relation avec les villages bouddhistes voisins, j’essaie un peu toutes les « méthodes ; mais le résultat ne répond pas toujours exactement à l’attente. J’avais ouvert une « modeste école, où quelques jeunes païens venaient apprendre l’écriture, la lecture du quoc « ngu et quelque peu d’arithmétique. Par une belle nuit, ils sont venus me voler, et ont « emporté la valeur d’une centaine de piastres en objets de culte, que j’ai eu la satisfaction de « retrouver. A l’avenir, dans mes cours, j’insisterai sur le septième commandement.
« Je conclus ce petit compte rendu, ajoute-t-il, par l’histoire d’une bonne vieille que le bon « Dieu a appelée à la grâce du baptême. Elle était venue d’un village voisin, courbée par les « ans et la maladie, se confier entièrement à moi. Je la plaçai dans une famille chrétienne qui « l’instruisit en la soignant. Elle venait me voir et me montrer ce qu’elle savait ; c’était « d’ailleurs assez vite fait ; mais elle était enchantée, et repartait pleine de zèle pour continuer « ses efforts, sinon ses progrès.
« Sur ces entrefaites, je dus m’absenter. Ma bonne vieille tomba gravement malade : on lui « proposa le baptême. « Non, dit-elle ; j’attendrai le Père. » Mes gens, inquiets, revinrent à la « charge : « J’attendrai le Père », répondait-elle toujours. Je rentrai le vendredi suivant. « Aussitôt, elle m’envoya chercher, et, toute contente, me demanda de la baptiser. Après « l’avoir exhortée une dernière fois, je lui accordai cette grâce en lui imposant le nom « d’Agnès. Une demi-heure après, Agnès était auprès du bon Dieu.


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M. Pichaud, qui annonce le baptême de 24 adultes, nous fait ce tableau de l’état de son « district de Lang Lang : Mes chrétiens sont fervents, surtout à l’époque du choléra. Il éclatait, « au commencement de l’année, à Lâp Lâu, humble village de 50 âmes, où sept personnes « moururent dans l’espace de cinq jours. Aussitôt, toutes les chrétientés me supplièrent de les « visiter ; les vieux pécheurs se convertirent : tout marchait à merveille ; mais l’épidémie « finie, leur ferveur cessa.
« Il y a cependant de bonnes âmes parmi eux. Le Trum Câm de Bao Huu fait mon « édification : tous les quinze jours, il entreprend un long voyage de cinq heures de marche, à « travers la forêt, pour venir se confesser et communier. Il prie tout le long du chemin et tout « sert à élever son cœur vers Dieu. C’est ainsi que, une fois, entendant au-dessus de sa tête les « cris des grues voyageuses qui se dirigeaient vers le Nord, « chers oiseaux du bon Dieu, leur « dit-il, portez mes vœux de bonheur dans tous les pays où vous passerez, et saluez tous les « chrétiens de ces lieux ! »
« Tout autres sont les sentiments du Tông Hao. Bigame depuis plusieurs années, il « redoutait la tournée pastorale qui a été faite au mois de mars. « A son dernier passage, il y a « trois ans, racontait-il, Monseigneur me fit appeler dans sa chambre. Après de pressantes « exhortations, il mit son bâton sur ma tête ; depuis ce jour, j’ai souffert, durant trois mois, de « violentes douleurs. Que va-t-il m’arriver cette fois ? » Son jeune enfant est mort, châtiment « peut-être de son impénitence.
« Les parents de la jeune Maria Dan furet mieux inspirés. Cette enfant de cinq ans était à « l’agonie et les quatre médecins qui l’avaient soignée ne laissaient plus d’espoir de guérison. « Sur ma recommandation, ils s’adressèrent à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. N’a-t-elle pas « déclaré qu’elle « passerait son ciel à faire du bien sur la terre »; elle a tenu parole. Un mieux « sensible s’est immédiatement déclaré ; aujourd’hui, Maria Dan est complètement guérie. »
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« Le nombre de baptêmes d’adultes dans le district de Vinh Lôc, confié à M. Duhamel et à trois prêtres indigènes, s’élève à 74, et celui des enfants de païens régénérés à l’article de la « mort à 999. « A première vue, ce chiffre peut paraître exagéré ; mais il en sera autrement, « explique M. Duhamel, si l’on ; considère que nos 3 .000 chrétiens sont noyés dans une « population de 200.000 païens, que plusieurs chrétiens des deux sexes se sont fait une « spécialité du traitement des maladies fréquentes parmi les enfants, et que leur dévouement « aux âmes de ces tout petits les porte, d’un bout à l’autre de l’année, à parcourir les villages.
« Les 8.000 confessions que j’ai entendues, les 300 catéchumènes qui étudient le « catéchisme me sont un grand sujet de consolations. Mais les joies comme les roses, ont leurs « épines : mon église de Vinh Lôc, chef-lieu de la paroisse, où tous les dimanches 1.500 « fidèles viennent entendre la messe, n’était plus qu’une ruine que j’ai dû abattre. Il faut la « remplacer ; et où trouver des ressources ? La chrétienté de Vinh Lôc est très pauvre ; ma « bonne volonté ne suffit pas à relever l’édifice.
« A Yên Tâp, district de 6.695 chrétiens, M. Chatellier, aidé de M. Puyoo, a grossi le nombre de ses ouailles de 95 adultes. Parmi eux, une personne de Xuân Thinh a montré une persévérance vraiment rare, en résistant à toutes les sollicitations et en supportant les mauvais traitements de son père, qui voulait l’empêcher d’étudier la religion et de recevoir le baptême.
« M. Granger trouve que plusieurs de ses chrétiens de Ha Thach sont trop passionnés pour le jeu. Du jeu au vol il n’y a qu’un pas, et quelques-uns pratiquent les deux sans scrupule. Il fait encore cette remarque : « Mes chrétiens, quoique pourvus d’une bonne formation reli- « gieuse, ne sont pas assez instruits pour répondre aux objections répandues par les feuilles « publiques ; c’est pour eux un grave danger.
« Grâce au zèle et à la persévérance du catéchiste Ai, récemment admis au Grand « Séminaire, j’ai pu baptiser 31 adultes : il me reste encore 40 catéchumènes. »
« A Tuyên Quang, M. Gauja constate un accroissement de dévotion envers la sainte Eucharistie : le nombre des communions de dévotion a augmenté. Mais il a le regret de voir sa gerbe de baptêmes d’adultes ramenée à 32, au lieu de 78 de l’année dernière.
« Le district de Hoang Xa reste confié à M. Gaillard, qui rend compte de son administration en ces termes : « 20 baptêmes d’adultes, 2.770 confessions et environ 5.000 communions, voilà mon bilan de l’année. »
« M. Blondel nous apporte un total de 41 baptêmes, dont 27 recueillis à Yên Bai et 24 dans ses diverses chrétientés. M. Jacques offre une gerbe de 11 baptêmes, et M. Massard une autre de 70. Ce cher Confrère a fondé deux catéchuménats, où 230 personnes étudient la Religion.
« M. Jaricot, procureur de la Mission, joint à ses fonctions celle de curé de la paroisse de Hung Hoa. Il a obtenu 20 baptêmes d’adultes. Son hôpital indigène se transforme en asile de vieillards : les pauvres infortunés qui l’habitent sont admis à la communion fréquente et passent, tous les jours, de longues heures devant le Saint-Sacrement. Leurs supplications doivent être agréables au Cœur Sacré de Notre-Seigneur et méritent, à n’en pas douter, des grâces de choix pour nos œuvres.

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« Quatre missionnaires évangélisent avec zèle les districts que nous avons récemment fondés. MM. Tissot et Cornille sont à Nghia Lô ; MM. Blache et Savina, à Luc Au Châu et Vinh Tuy. Les débuts, comme toujours, sont pénibles ; les résultats se font attendre. Il faut, d’abord, apprendre une nouvelle langue, puis s’initier aux mœurs et coutumes du pays, et enfin gagner par la douceur ces diverses tribus, plongées depuis des siècles dans les ténèbres de l’erreur. Dieu ne laisse pas sans récompense les efforts de ses missionnaires : ils ont la consolation d’envoyer quelques âmes au Ciel ; ils comptent 30 baptêmes d’adultes et 130 catéchumènes.
« M. Blache nous parle d’une conversion qui révèle la bonté miséricordieuse de Dieu « envers les pauvres déshérités de ce monde. « Le jour des Rameaux, dit-il, je récitais mon « bréviaire à la chapelle, lorsque j’entendis un bruit inaccoutumé autour de ma chambre. Etant « sorti, j’aperçus un pauvre malade, un ancien catéchumène, qui n’avait plus qu’un souffle de « vie. Les païens superstitieux avaient refusé de le garder et me l’apportaient pour ne pas le « voir mourir chez eux. Une demi-heure après son arrivée, l’eau sainte du baptême coulait sur « son front et son âme était introduite dans le séjour des Elus. »
« Les œuvres générales de la Mission continuent à prospérer. Le Collège Saint-Joseph, sous la direction de M. Quioc, assisté de MM. Vandaele et Saffray, nous donne pleine satisfaction. Les élèves sont animés d’un excellent esprit et se sanctifient par la piété et l’obéissance, en attendant qu’ils deviennent nos auxiliaires dans le ministère des âmes. Les classes de théologie sont suivies par huit séminaristes.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres se dévouent, avec un zèle digne de tout éloge, au soin des malades, dans nos deux hôpitaux de Son Tay et de Yên Bai, où elles ont obtenu 178 baptêmes, juste récompense de leur abnégation.
« Nos trois Léproseries sont au complet, avec 68 malades. La mort frappe souvent parmi les malheureux qui les habitent ; mais les vides sont aussitôt remplis par de nouveaux venus, qui, tous, demandent à se faire chrétiens.
« Il ne me reste plus, conclut Mgr de Linoë, qu’à remercier Dieu des nombreux bienfaits dont Il a récompensé nos efforts, et à Le supplier de tout cœur de nous donner toujours des âmes à convertir. »



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