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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin Maritime
Rédacteur:Mgr de Lysiade

IV. — Tonkin Maritime

Population catholique 98.000
Baptêmes d’adultes 1.360
Baptêmes d’enfants de païens 10.413
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Dieu bénit visiblement les travaux de nos Confrères du Tonkin Maritime. En dix années, depuis l’époque où le Vicariat fut fondé et confié à la prudente direction et au zèle de Mgr Marcou, la population catholique est passée de 80.028 à 98.000 âmes ; le nombre des prêtres indigènes s’est élevé de 53 à 67 ; les œuvres générales de la Mission se développent avec une merveilleuse rapidité.
« Nous devons à Dieu, écrit Mgr de Lysiade à la pensée des résultats obtenus, de particulières actions de grâces pour les bénédictions qu’Il nous a encore accordées.
« Au cours de cet Exercice, le chiffre des baptêmes d’adultes, celui des baptêmes d’enfants in articulo mortis, le nombre des communions de dévotion, tout a progressé, malgré la maladie qui a visité plusieurs de nos Confrères, et les a mis dans l’impossibilité, pour un temps plus ou moins long, de vaquer à leurs travaux ordinaires.
« Le total des communions, dans le Vicariat, a dépassé 600.000, ce qui donne une moyenne annuelle d’environ neuf communions par individu pour l’ensemble des fidèles en âge de s’approcher de la sainte Table. Cet heureux résultat est dû surtout aux directions pontificales et en particulier au Décret Quam singulari, dont l’observation n’a rencontré ici aucune difficulté sérieuse et a produit, au contraire, les effets les plus consolants.
« Que d’enfants, en effet, végétaient autrefois assez misérablement dans l’ignorance des vérités de la Foi jusqu’aux approches de la première communion solennelle ! Le nouveau Décret a été le coup de clairon qui a réveillé ceux qui sommeillaient et ne donnaient pas à l’enfance tous les soins religieux qui lui sont dus ; c’est, maintenant, un plaisir de voir en grand nombre des enfants suffisamment instruits pour communier fréquemment dès l’âge de huit ans.
« Que de parents aussi, autrefois bien négligents sous ce rapport, et pour eux-mêmes et pour leurs enfants, sont entraînés vers la Table Eucharistique par la voix du Souverain Pontife et par l’exemple des plus jeunes, et s’adonnent à la communion fréquente à la grande joie de leur pasteur. C’est une bien grande satisfaction pour le missionnaire de considérer ce renouveau de dévotion parmi les fidèles ; mais quel accroissement de travail !
« Le total des baptêmes est également supérieur aux meilleures années. Nous allons passer rapidement en revue les districts qui en ont obtenu le plus grand nombre.


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« C’est d’abord celui de Binh Hai, tout près de Phat Diêm, confié au zèle de M. Soubeyre.
« Dans mon district, écrit notre Confrère, malgré la grande gêne matérielle causée par les « chenilles qui ont détruit une partie de la récolte du dixième mois, l’année qui vient de « s’écouler a été, au point de vue spirituel, une année de bénédictions.
« J’ai conféré le baptême à 210 adultes et enrôlé près a de 600 catéchumènes. Sur ce « nombre, un village, Tien Hung, apporte à lui seul un contingent de 300 âmes. C’est la « première fois que m’arrive un groupe aussi compact ; si la qualité répond à la quantité, ce « sera parfait.
« Dans mes visites aux néophytes baptisés les années précédentes, j’ai rencontré quelques « âmes privilégiées qui ne se contentent pas de s’approcher des sacrements à l’époque de la « visite du missionnaire ; entre temps elles vont encore se confesser et communier dans les « paroisses voisines.
« Ces résultats sont, sans doute, bien consolants ; mais une vive inquiétude me poursuit : « aurai-je, l’an prochain, les ressources nécessaires pour continuer cette belle œuvre ? Si la « Providence me les envoie, c’est 300 baptêmes d’adultes que j’aurai la joie d’enregistrer. »
« Contiguë au district de Binh Hai, se trouve la paroisse de Phuc Nhac, où travaille M. Roger, qui a recueilli 32 baptêmes parmi ses catéchumènes. Une centaine d’autres continuent à étudier et pourront sans doute être admis l’an prochain.
« Un jour, écrit ce Confrère, je vis arriver un bon a vieux qui me demandait à étudier la « Religion. De famille, il n’en a plus ; sa femme et ses deux enfants sont morts à l’hôpital de « Ke So après avoir reçu le baptême. Il ne se connaît pas de parents, ayant abandonné depuis « longtemps son village d’origine. Il travaillait autrefois chez des Européens à charrier des « pierres de Ke So à Hanoï. Grâce à cette circonstance, il fut employé au transport des « cloches de la cathédrale de Ke So ; M. Pilon, alors procureur, lui donna une gratification. Il « en garda un souvenir reconnaissant.
« Après la mort des siens, il partit à la recherche de M. Pilon pour lui demander de « l’admettre au nombre des catéchumènes. C’est au cours de ses pérégrinations qu’il vint à « moi; je le reçus et lui fis donner l’instruction nécessaire. Il est maintenant baptisé et est au « comble de la joie. Ce qui prouve une fois de plus que le bon Dieu, voulant sauver une âme, « trouve toujours dans sa miséricorde la voie mystérieuse pour arriver à ses fins. »


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« Au Nord de Phuc Nhac et de Binh Hai, est Ninh Binh, paroisse de M. Pléneau.
« La maladie, écrit-il, a visité la paroisse de Ninh Binh. Le premier atteint fut notre bon « prêtre indigène, le P. Nhân ; réduit à toute extrémité pendant la Semaine-Sainte, il s’est « relevé bien lentement de cette rude secousse. J’ai dû ensuite m’aliter à mon tour. M. Huctin « a été pris le dernier : ceci explique pourquoi le chiffre des communions a baissé « sensiblement.
« D’autre part, le manque de ressources ne m’a pas permis de m’occuper des nouveaux « chrétiens comme je l’aurais désiré. Je dois signaler, cependant, la fondation d’un asile de « vieillards que j’ai confié aux excellentes Sœurs de Saint-Paul. Dix de ses pensionnaires y « ont terminé doucement leur vie, après avoir reçu la grâce du baptême. »
« M. Huctin, qui cumule les fonctions d’instituteur avec celles de vicaire de la paroisse, a enregistré dans son école un baptême d’adulte. Trois autres élèves étudient le catéchisme et seront vraisemblablement baptisés dans le courant de l’année prochaine.
« De Ninh Binh, une heure et demie de chemin de fer nous conduit à Thanh Hoa. M. Bourlet, qui en est chargé, trouve que sa paroisse n’est pas aussi fervente qu’il le faudrait.
« Une des causes de cette tiédeur, dit-il dans son compte rendu, a été la famine qui a choisi « cette Province comme son lieu de prédilection. La récolte du dixième mois de 1910 a été « complètement perdue ; la suivante, du cinquième mois, a été passable ; mais il y a peu de « rizières mises en culture au cinquième mois, et la sécheresse continue qui règne maintenant « enlève tout espoir de bonne récolte pour le dixième mois de cette année.
« L’œuvre des nouveaux chrétiens va toujours modestement. Nous avons eu 96 baptêmes « d’adultes, dont 47 à l’article de la mort. Ces derniers ont été obtenus dans notre nouvel « hospice, que j’ai eu le plaisir d’achever cette année, pour remplacer, en quelque manière, « l’hôpital indigène d’où les Sœurs de Saint-Paul ont été chassées.
« Je suis moi-même étonné d’avoir réussi à mener à bien ce projet qu’il me semblait si « audacieux d’entreprendre. Je remercie les âmes généreuses qui se sont souvenues de leurs « frères d’Extrême-Orient et m’ont donné le moyen de faire quelque bien. Daigne Notre-« Seigneur inspirer aux cœurs de nos bienfaiteurs la pensée de soutenir cette œuvre ; car, bâtir « n’est pas tout : il faut des médicaments pour soigner les malades, du riz pour les nourrir, des « habits pour les vêtir, et, lorsque Dieu les retire de cette terre d’exil, un cercueil où ils « dorment leur dernier sommeil.
« Les nouveaux chrétiens se sont montrés, en général, animés d’excellents sentiments. En « voici quelques exemples.
« A Sam Son, la jeune Hoè s’était convertie malgré sa famille. Elle était en âge de se « marier, et ses parents l’avaient déjà fiancée à un païen sans la consulter. Ce-lui-ci exigea, « peu après, qu’on la lui remît ; mais, se souvenant des promesses de son baptême, elle « préféra quitter sa famille et se réfugier en lieu sûr plutôt que de s’exposer à abandonner la « foi.
« Le jour du Samedi-Saint, j’ai baptisé deux jeunes filles visiblement choisies de Dieu. Il y « a plus d’un an, je les voyais arriver à Thanh Hoa. L’une et l’autre d’une famille aisée, elles « avaient quitté leurs parents païens pour embrasser la foi chrétienne. Leur histoire me parut « d’abord tellement extraordinaire que j’hésitai à ajouter foi à leur récit. Je les confiai aux « Religieuses de Saint-Paul pour les éprouver. Elles ont toujours fait preuve d’une grande « sincérité ; les Religieuses ont été très satisfaites de leur conduite. Elles ont étudié la religion « avec ardeur et reçu pieusement le baptême. Leur ferveur ne s’est pas démentie ; elles sont « heureuses de recevoir souvent le Dieu, à qui, disent-elles, elles veulent se donner pour « toujours. Elles n’ont plus qu’un désir : décider leurs parents à les imiter.
« C’est par d’autres voies que Dieu s’est attaché un médecin indigène appelé Kinh. Ce « jeune homme sortait de l’école de médecine de Hanoï et exerçait son art avec l’habileté et « le dévouement de nos docteurs européens. Il fut envoyé, en qualité d’assistant, à l’hôpital « indigène de Thanh Hoa, à l’époque où cet hôpital était encore tenu par les Sœurs de Saint-« Paul. Ame droite et loyale, voyant à l’œuvre nos dévouées Religieuses, il sut apprécier, non « seulement leur admirable charité, mais encore la religion qui en est le principe. Gravement « atteint d’une maladie de poitrine, il demanda à mourir chrétien ; c’est à l’hôpital de Hanoï « qu’il a été baptisé par les soins de M. Dronet : sa mort a été celle d’un prédestiné. »


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« A Phong Y, M. Martin, qui a été fort souffrant une bonne partie de 1’année, enregistre cependant 62 baptêmes de nouveaux chrétiens. Ce chiffre aurait été bien plus élevé, si notre Confrère avait pu obtenir la concession des terrains incultes qui environnaient Phong Y. Son hôpital compte 5.420 journées de malades, c’est-à-dire une moyenne de 14 15 par jour ; 91 ont reçu le baptême à l’article de la mort.
« Dans les divers districts du Laos le chiffre des conversions serait plus élevé si les Missionnaires étaient plus nombreux. Ce qui manque, en effet, ce ne sont pas les catéchumènes, mais des prêtres pour les former à la vie chrétienne.
« Le district de M. Rey a été coupé en deux, après le départ de ce Confrère. MM. Pirot et Rocher en ont pris chacun une moitié, qu’ils ont ajoutée à leur propre territoire. Le surcroît d’occupations que cette division a causé a eu pour effet de ralentir l’instruction des catéchumènes. Néanmoins, M. Pirot a eu 69 baptêmes. M. Rocher écrit de son côté : « Ma « gerbe est bien modeste ; l’agrandissement du district, qui a entraîné l’éparpillement des « efforts, en est un peu la cause. »
« C’est dans le district de Yên Khuong que le nombre des catéchumènes est le plus considérable. MM. Degeorge et Maigret, qui évangélisent cette région avec beaucoup de zèle, ont été arrêtés par la maladie. M. Degeorge a même dû faire à l’hôpital un séjour de deux mois, qui se serait prolongé sans la charité de nos Confrères du Tonkin Occidental. Ceux-ci lui donnèrent fraternellement l’hospitalité à la Mission de Hanoï, et, grâce à leurs bons soins, il a enfin recouvré la santé. Malgré tous ces contretemps, le district de Yên Khuong a donné 98 baptêmes d’adultes.
« M. Canilhac écrit de Muong Khiêt :
« Le chiffre seul des catéchumènes (150) indique déjà un progrès notable. Mais il y a un « autre signe plus expressif encore : c’est le changement qui s’est produit dans l’attitude des « chefs de tribus à notre égard et à l’égard des chrétiens. Ils font maintenant beaucoup moins « d’opposition à la conversion de leurs sujets ; ils ne voient plus le missionnaire d’un « mauvais œil ; ils commencent à comprendre la raison de notre présence parmi eux. Les « chrétiens ne sont plus méprisés ; les païens n’évitent plus le Père, et viennent même « spontanément lui soumettre leurs petites difficultés. Si rien n’arrête le mouvement des « conversions qui se dessine actuellement, j’espère que, avec la grâce de Dieu, le pusillus « grex augmentera de jour en jour. »


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« Autrefois, en dehors de nos Séminaires, nous n’avions guère à nous préoccuper que des petites écoles où on enseigne le catéchisme et les prières. Toute chrétienté, même la plus petite, avait la sienne ; les chrétientés importantes en avaient plusieurs. Ces écoles étaient tenues par des chrétiens de bonne volonté, et tous nos enfants avaient toutes facilités d’apprendre le catéchisme sans grandes dépenses de la part de la Mission.
« Toutes ces écoles continuent à fonctionner comme par le passé et nous rendent les plus grands services ; mais elles ne suffisent plus. Le Gouvernement vient d’établir une école primaire par canton. C’est lui qui nomme et paie les instituteurs ; c’est lui qui désigne les livres à mettre entre les mains des élèves. La plupart des instituteurs sont païens, et, parmi les livres classiques, il en est qui, sous prétexte d’initier les enfants aux mœurs et coutumes indigènes, résument les principales superstitions usitées dans le pays à l’occasion de la naissance, du mariage, de la mort, etc., etc. L’explication et le développement de ces matières se ramènent, en fait, à l’enseignement ex professo de ce qui constitue ici l’essence même du paganisme.
« Dans ces conditions, il n’est pas permis de laisser les enfants chrétiens fréquenter ces écoles. Leurs parents paient l’impôt de scolarité comme les autres habitants ; en pratique, un tel enseignement exclut positivement ces enfants de ces écoles.
« Dans les cantons où ils forment la majorité, nos chrétiens s’adressent à l’instituteur public et lui demandent de rayer ce chapitre de son programme, ce qu’ils obtiennent sans trop de difficultés ; mais, sur toute l’étendue du Vicariat, il n’y a guère qu’une sous-préfecture, celle de Kim Son, dans laquelle les catholiques forment la majorité; partout ailleurs, ils sont une infime minorité.
« C’est donc au missionnaire, au prêtre indigène, a s’ingénier pour trouver un instituteur chrétien capable de rivaliser avec l’instituteur public. Nous sommes encore dans la période d’essais, de tâtonnements ; mais ce qui est clair, c’est qu’il nous faudra plus de ressources que celles dont nous disposons pour pouvoir lutter avec avantage.
« Pour ce genre d’œuvre, comme pour les œuvres d’assistance, les Sœurs de Saint-Paul continuent à nous rendre les plus signalés services. A Phat Diêm, à Thanh Hoa, à Ninh Binh, elles remplissent leur ministère de charité dans leurs hospices et leurs établissements de la Sainte-Enfance. De plus, comme si cela ne suffisait pas à leur zèle, elles vont faire des visites à domicile qui leur donnent beaucoup de consolations : tout le long de leur chemin, elles cueillent des baptêmes et ouvrent les portes du Ciel à un grand nombre d’élus. »


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