| Année: |
1911 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Méridional |
| Rédacteur: | Mgr Belleville |
II. ─ Tonkin Méridional
Population catholique 142.404
Baptêmes d’adultes 697
Baptêmes d’enfants de païens 2.446
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« Au voyageur qui parcourt une vaste plaine, écrit Mgr Belleville, il semble, par moments, qu’il n’avance pas ; il doit chercher des points de repère pour s’assurer du chemin parcouru. Ainsi en est-il de la marche d’une Mission. Comparé d’une année à l’autre, son état paraît presque stationnaire. Mais si l’on prend pour points de comparaison des années éloignées l’une de l’autre, il est facile alors de se rendre compte de son état réel, rétrograde, stationnaire ou progressif.
« Appliquant cette méthode, nous trouvons que le Tonkin Méridional comptait 58.000 chrétiens en 1833, la première de 28 années de persécutions sanglantes ; 66.000 en 1846, l’année de son érection en Vicariat distinct ; et, près de 120.000 en 1900 : 2.000 fidèles avaient été égorgés en 1874, et plus de 6.000 étaient tombés victimes des massacres de 1885-86.
« Cette considération, qui fait ressortir l’étendue de la divine Miséricorde, est un grand sujet de consolation pour les ouvriers évangéliques et leurs bienfaiteurs ; les uns et les autres restent assurés que leurs sueurs et leurs aumônes ne sont pas inutiles.
« Les résultats du dernier Exercice nous fournissent une nouvelle occasion de remercier Dieu ; car ils accusent, sur le précédent, une augmentation de 350 baptêmes d’adultes, d’environ 500 baptêmes d’enfants de païens, de 24.000 confessions et de 40.000 communions.
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« Nous travaillons, à Xâ Doai et dans les autres paroisses de ce district, dit M. Bayle, à « donner aux fidèles un grand élan vers le Banquet Eucharistique, certains que cette impulsion « produira de nombreux fruits de grâces et de bénédictions pour les individus et les familles. »
« Mais que nous sommes loin du but à atteindre ! Que d’obstacles se dressent devant nous ! Disette, inondations, piraterie, choléra, autant de maux qui ont contrarié notre ministère.
« Depuis plusieurs années, écrit M. Roux, chef du district du Ha Tinh central, le ciel « d’Annam se montre peu clément pour les habitants de cette Province et des deux Provinces « voisines qui forment le Vicariat : la perte successive de plusieurs moissons a fait naître la « famine avec tout son cortège de misères.
« L’administration spirituelle des chrétiens n’est pas facile dans de pareilles circonstances ; « ils doivent chercher d’abord à se nourrir, eux et leurs familles. D’autre part, la seconde « administration n’est pas encore passée partout dans les habitudes des fidèles, et il nous reste
« beaucoup à faire pour entrer pleinement dans les désirs du Saint-Père au sujet de la « communion fréquente. »
« En certains districts, la disette a été aggravée par le fait d’une terrible inondation. Xâ Doai, en particulier, n’en avait jamais vu de pareille. De nombreuses familles, les élèves mêmes de notre Grand Séminaire ont été contraints d’abandonner leurs demeures submergées.
« Le bassin du Ngan Ca n’a pas moins souffert. « Au mois d’octobre dernier, affirme M. « Delalex, l’inondation a fait de grands ravages dans toute la contrée ; les chrétientés qui ont « le plus souffert sont celles de Lâng Moi, où une trentaine de maisons ont été emportées, « celles de Lâng Thach et celles de Bôt Da. La perte de la récolte du dixième mois a encore « accru l’étendue du désastre.
« Il nous a été impossible de faire la visite ordinaire pendant les mois d’octobre et de « novembre. Occupés à refaire ou à réparer leurs maisons, obligés de courir tous les jours à la « forêt voisine chercher quelques tubercules afin de tromper la faim qui les torturait, les chrétiens ne pouvaient guère venir à l’église. »
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« A ces deux fléaux s’est ajouté, en d’autres endroits, celui de la piraterie, qui a surtout sévi dans ce même district du haut Ngan Ca et dans celui de Bao Nham, qui lui est contigu. Elle n’a pas cessé de désoler le pays. Chassés du reste de la province, les rebelles s’étaient concentrés dans les montagnes des cantons de Dang Son et de Lang Diên. Grâce à la terreur qu’ils inspiraient aux populations, grâce aussi à quelques intelligences secrètes, ils ont pu braver impunément, pendant de longs mois, tous les détachements de garde indigène lancés à leur poursuite.
« Au mois de septembre 1910, une colonne, forte de 150 fusils, arrivait enfin à les cerner dans leur repaire de Bô Lu. Pour donner le temps d’arriver à un détachement qui devait leur couper la retraite, l’assaut du fortin fut remis au lendemain ; mais nos hardis pirates, sentant toute résistance impossible, profitèrent de la nuit pour évacuer le repaire : ils réussirent malgré l’investissement. Quelle ne fut pas la déception des troupes, quand, au moment de l’assaut, elles trouvèrent le nid vide !
« Ce fut un vrai malheur : car, disloquées pendant un certain temps, les bandes parvinrent à « se réorganiser. Elles n’eurent plus, dès lors, d’autre souci que de se venger des villages « soupçonnés d’avoir renseigné les autorités : pendant les mois de décembre et de janvier, « plus d’une vingtaine de têtes tombèrent sous le coupe-coupe des pirates ; les maisons pillées « ne se comptent pas.
« Les succès remportés par nos troupes dans la vallée du Sông Con, et la prise du bandit « Tông Tang, la terreur de la contrée, ont enfin ramené la tranquillité. »
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« L’an passé, le choléra avait d’abord sévi dans le Nghê An et le Ha Tinh, comme l’a rapporté le dernier compte rendu. Vers la fin de l’été, il s’étendit dans la partie Sud de la Mission, sur le district du Binh Chinh, où il fit plus de 150 victimes.
« Une des premières fut un jeune catéchiste qui venait de finir ses études et de quitter le collège. Envoyé au service du P. Tuoc, François Hap faisait l’administration de Cao Lao, où s’étaient déclarés plusieurs cas mortels. Atteint subitement pendant la nuit, il expirait, malgré tous les soins, avant 3 heures du soir, dans les plus beaux sentiments de piété. Il avait été autorisé, sur sa demande, à faire sa retraite avec les catéchistes : elle fut sa préparation à la mort. Dieu, sans doute, a voulu se hâter de cueillir cette fleur pour en orner son autel avant qu’elle ne fût flétrie.
« Une autre victime de l’épidémie fut le P. Hanh, curé de Côn Nâm. Jeune encore, il se dépensait sans compter à l’administration de ses paroissiens qui succombaient en grand nombre. Il fut appelé un jour auprès de l’un d’eux, mortellement frappé, qu’on avait amené au débarcadère situé à côté du presbytère. La barquette dans laquelle gisait le malade étant trop petite, le prêtre ne put y monter. Les pieds dans l’eau, sous un soleil de plomb, il administra le moribond. Dès son retour chez lui, il éprouva un étrange malaise : « Cette fois, je crois « que je suis pris ! » s’écria-t-il. C’était vrai. Bientôt le choléra se déclarait et le bon pasteur expirait le lendemain. Un Confrère du voisinage, appelé en toute hâte, put lui donner les derniers sacrements et le saint Viatique.
« Le P. Hanh n’épargnait ni sa peine ni ses deniers. Dieu lui a demandé aussi sa vie. Ce digne successeur du Bienheureux Diêm, qui avait été longtemps curé de cette paroisse, laissait à peine de quoi se faire enterrer. Après sa mort, le fléau n’a plus fait de victimes dans cette paroisse et s’est éteint graduellement Mais il a continué de sévir avec plus ou moins d’intensité dans diverses parties du Binh Chinh, où, après s’être ralenti avec les froids relatifs de l’hiver, il s’est réveillé au retour des chaleurs. Il vient de faire encore, durant l’été, plus de 80 victimes dans les deux seules paroisses de Hoa Ninh et de Vinh Phuoc.
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« Si ces épreuves ont entravé la marche de nos œuvres, elles ne les ont pas trop fait souffrir. Le progrès le plus consolant est celui que nous remarquons dans 1’œuvre de la Sainte-Enfance. « La mortalité, dit M. Ad. Klingler, a été beaucoup plus forte qu’à « l’ordinaire : nos efforts se sont portés sur les soins à donner aux petits moribonds. Le « nombre des baptêmes a, de beaucoup, dépassé celui des années précédentes. » Notre zélé Confrère a ouvert les portes du Ciel à 1.505 enfants de païens baptisés in articulo mortis.
« Puissions-nous, pour la gloire de Dieu et le bonheur de ces petits déshérités, obtenir bientôt, dans toute la Mission, des résultats semblables à ceux du district de Bao Nham !
« Le district du Dông Thanh, confié au zèle infatigable de M. Denis, a donné le chiffre de 390 baptêmes d’adultes. C’est la plus belle gerbe de la Mission. Le nombre toujours croissant des chrétiens de cette localité a nécessité l’érection d’une nouvelle paroisse, celle de Dông Thap, où se trouve la résidence du Missionnaire : cette fondation est la cinquième paroisse de ce florissant district.
« Le district de Bao Nham a procuré 122 baptêmes d’adultes. Là aussi vient d’être érigée une cinquième paroisse, celle de Nhuân Trach, jeune plant, faible encore, mais qui ne tardera pas à grandir, grâce à la bonté du terroir et aux soins du jardinier.
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« Le nombre des baptêmes d’enfants de chrétiens a subi un recul, tombant de 4.818 en 1910 à 4.687.
« Pour nos Annamites, qui observent parfaitement le précepte du Créateur : Croissez et multipliez, la natalité est le vrai baromètre de leur état de prospérité ou de misère. Cette diminution correspond bien à la gêne dans laquelle se sont trouvés nos chrétiens durant cet exercice.
« Malgré ce fléchissement, l’accroissement du chiffre de notre population catholique est dû principalement à l’excédent des naissances, excédent deux fois supérieur au nombre des baptêmes d’adultes.
« Cette augmentation régulière, progressive, se fait sentir, annuellement, quoique inégalement, dans toute la Mission. Beaucoup de nos chrétientés, jadis petits hameaux, sont devenues de gros villages. Plusieurs sont désormais à l’étroit dans leurs limites et doivent essaimer ailleurs, soit pour échapper à l’entassement, soit pour se procurer des terrains plus fertiles, ou même pour se soustraire aux risques trop grands de mauvaises récoltes. Nos chrétiens émigrent vers les trois points cardinaux qui ne sont pas occupés par la mer : vers le Nord, au Thanh Hoa ; vers l’Ouest, au Laos et au Trân Ninh ; vers le Sud surtout, à Phan Thiêt, Saïgon et même plus loin.
« Parmi ces émigrés, quelques-uns ne tombent pas dans un milieu dangereux pour leur âme. Se dirigeant vers des pays évangélisés, ils se retrouvent sous la houlette de pasteurs qui les aiment et les soignent aussi bien que nous. Mais que d’autres se perdent, soit parce qu’ils vont dans des régions où il n’y a pas de chrétiens, soit parce qu’ils ne se présentent pas aux prêtres de leur nouvelle résidence !
« Aussi, un de nos soucis, qui prime même, sans l’exclure, celui de l’évangélisation des infidèles, est de trouver de nouveaux emplacements pour le trop plein de nos chrétientés, et de nouveaux terrains de culture pour leur entretien.
« Nous nous conformons ainsi aux instructions de Rome, qui veut que le soin des chrétiens passe avant la conversion des idolâtres ; et l’expérience prouve que c’est un des moyens les plus efficaces et les moins aléatoires d’étendre le règne de Jésus-Christ.
« Une œuvre à laquelle nos populations ont peu besoin d’être exhortées, est celle de la construction de leurs églises. Elles ont profité de la période de paix dont nous avons joui et dont nous jouissons encore, pour les élever, nombreuses, sur toute l’étendue du Vicariat. Avec notre méthode d’évangélisation, basée sur la pénurie de personnel, et d’après laquelle le prêtre, au lieu de résider habituellement dans une station centrale, parcourt sa paroisse et séjourne successivement dans chaque village pour la célébration du culte et l’administration des sacrements, il est nécessaire que chaque village ait son église ; et chacun tient à l’avoir.
« Ces constructions ne se font, d’ailleurs, pas tout d’une haleine. Quand les paroissiens ont pu mettre l’église debout sur ses colonnes de bois et la couvrir d’un toit en chaume ou, parfois, en tuiles, ils sont souvent à bout de ressources. Ils attendent que de nouvelles récoltes permettent de nouvelles cotisations. Le travail ainsi dirigé ne se termine qu’après de longues années.
« Ce que M. Cudrey, chargé du district du Quinh Luu, raconte de la construction de deux églises de son district peut s’appliquer à la plupart des chapelles de ce Vicariat.
« Le fait le plus important de ces deux dernières années, écrit-il, est la construction de deux « belles églises, l’une à Thanh Da et l’autre à Thuân Nghia. Ni l’une ni l’autre n’est « achevée « par suite du manque de fonds. Cependant, les travaux extérieurs de la première sont « terminés. Dans un mois et demi le clocher de la seconde arrivera à la hauteur du pignon ; on « en restera là jusqu’à ce que l’on trouve des piastres. Quant aux travaux intérieurs, autels, « voûte, etc., un long temps se passera avant de les entreprendre. »
« Cependant, avec beaucoup de patience, on finit par arriver à des résultats satisfaisants : témoin la belle église de Phu Kinh, que M. Le Gourriérec a complétée pour ainsi dire deux fois, puisqu’il a dû la remettre à neuf à la suite des dégâts que, dès son achèvement, un typhon dévastateur avait faits. Pour couronner son œuvre, il a placé un magnifique autel où il garde le Saint-Sacrement : il compte à bon droit cette faveur comme l’événement heureux de l’année.
« Nos deux Séminaires ont fonctionné comme d’habitude, c’est-à-dire d’une manière satisfaisante. L’installation du Petit Séminaire est suffisante, le réfectoire excepté. Mais tout manque encore au Grand Séminaire où il a fallu des prodiges d’ingéniosité pour loger de la manière la plus rudimentaire, encaquer, devrions-nous dire, nos 65 séminaristes. La construction d’un local convenable s’impose sans plus tarder : c’est la première de nos sollicitudes. »
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