| Année: |
1912 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. — Tonkin Maritime
Population catholique 98.000
Baptêmes d’adultes 1.977
Baptêmes d’enfants de païens 9.735
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« L’événement le plus important de cette année, écrit Mgr Marcou, a été l’inauguration à Phat Diêm de notre Séminaire de Théologie. Depuis dix ans nos séminaristes recevaient l’hospitalité au Grand Séminaire du Tonkin Occidental ; mais leur nombre était forcément limité, et la construction d’un nouvel établissement devenait nécessaire pour permettre à un plus grand nombre de séminaristes de faire leurs études, et assurer ainsi le développement de notre clergé indigène.
« Cette construction nous a pris huit ans. Enfin, grâce à Dieu et à la générosité de nos chrétiens et de quelques amis de France, l’œuvre est terminée, et, au mois d’août de cette année, notre Grand Séminaire a ouvert ses cours avec 26 élèves. Puisse-t-il fournir à ce Vicariat un grand nombre de saints prêtres, zélés et instruits !
« Nous devons aussi de particulières actions de grâces au bon Dieu pour les bénédictions qu’il a daigné répandre sur l’œuvre des nouveaux chrétiens. Le chiffre des baptêmes d’adultes de cette année est le plus élevé que nous ayons obtenu depuis l’érection de ce Vicariat. Les conversions ont été nombreuses, aussi bien parmi les Annamites que parmi les habitants de la montagne, les Thai des Châu Lao.
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« Chez les Annamites, c’est le district de M. Soubeyre qui a donné le plus beau chiffre de baptêmes de catéchumènes (326).
« S’il n’est rien de plus consolant pour un missionnaire, écrit notre Confrère, que de « donner de nombreux enfants au bon Dieu, par ailleurs, que de tracas ! Que de soucis ! « Soucis d’autant plus nombreux qu’il y a plus de convertis. Voyez plutôt : une vingtaine de « groupes de nouveaux chrétiens à diriger et à former à la vie chrétienne ; tout ce petit monde « à soutenir, à défendre contre les embûches du démon et les tentations des païens ; et ces « païens sont ordinairement les propres parents, les amis des nouveaux convertis. Les « catéchumènes ne sont pas en général, favorisés des dons de la fortune : de trop nombreuses « familles vous tendent sans cesse la main. De plus, il y a des catéchistes à entretenir pour « l’enseignement du catéchisme et des prières, des oratoires à élever dans toutes les localités « de quelque importance.
« Aussi rien de plus désolant pour le missionnaire favorisé de nombreuses conversions que « le manque de ressources. »
« Dans le district de Phuc Nhac, limitrophe du précédent, M. Roger enregistre 37 baptêmes de catéchumènes.
« Dans le district de Ninh Binh, le chiffre des baptêmes a dépassé la centaine. « Nous « avons eu, écrit M. Pléneau, 27.492 communions, chiffre qui n’avait jamais été atteint. « L’Adoration nocturne qui se fait depuis deux ans, une fois par mois, a été pour la paroisse « une source de grâces et de renouvellement religieux. La visite au Saint-Sacrement, qui se « fait en commun tous les soirs, développe tous les jours davantage parmi les fidèles la « dévotion à la sainte Eucharistie. »
« A Ninh Binh, M. Huctin continue à diriger avec beaucoup de zèle son école de français, qui lui a donné, cette année, 2 baptêmes et 2 demandes d’admission au catéchuménat. A ce travail déjà fort absorbant, notre Confrère a joint l’établissement d’une imprimerie pour la diffusion des bons livres, œuvre d’autant plus méritoire que c’est avec ses propres moyens, et au prix de sacrifices de toute sorte, que M. Huctin a pu mener à bonne fin cette difficile entreprise.
« Dans la région du Kim Son, district de M. Chevènement, les chrétiens sont plus nombreux que les païens : aussi les conversions de païens sont rares et le zèle du Missionnaire s’exerce surtout à donner plus de ferveur à ses nombreuses ouailles.
« Les fruits de sanctification produits dans les âmes par la sainte communion, écrit-il dans « son rapport, sont nombreux et admirables. Un soir de grande fête, dans la foule de mes « pénitents, se trouvait un père de famille qui, la veille, n’avait pu réussir à entrer au « confessionnal ; il s’était confessé depuis 15 jours. Après sa confession, il me dit : « J’ai là « mes deux petits garçons, l’un de 8 ans, l’autre de 9 ans ; ils vont entrer au confessionnal ; je « vous prie, Père, de vouloir bien les entendre de suite. » Puis il sort. Un autre homme se « présente avant les deux enfants ; mais le père intervient et lui demande de laisser passer ses « deux fils. Le pénitent cède d’assez bonne grâce et va continuer son examen de conscience « dans un coin. La ferveur des deux petits enfants, leur air sérieux et recueilli, touchent « profondément son cœur, et quand, à son tour, il peut m’aborder, il me dit : « Je viens de « bien loin ! je venais me confesser pour faire plaisir à ma femme ; mais j’étais décidé à « cacher un péché. En voyant la ferveur de ces deux enfants, j’ai été touché et je veux me « confesser sérieusement. » Puis il ajouta : « Que ces enfants sont donc heureux de pouvoir « communier si jeunes ! »
« Dans la province de Thanh Hoa, M. Bourlet a continué de travailler avec beaucoup de zèle à la sanctification de ses paroissiens.
« Un total de 96 baptêmes d’adultes, écrit-il, 633 baptêmes d’enfants de païens in articulo « mortis, 12.429 communions : au premier abord, ce bilan de l’année pour la paroisse de « Thanh Hoa ne semble pas trop mauvais ; il est cependant encore loin de l’idéal.
« Dans la ville, le ministère du prêtre se heurte à bien des difficultés. C’est surtout à la « campagne que j’ai essayé d’étendre notre influence et de faire connaître Jésus-Christ. Le « poste de Sam Son, que j’ai fondé, donne de grandes espérances. Duy Tiên commence aussi « à se convertir. Le noyau est encore bien petit, il est vrai ; mais ceux qui ont étudié « connaissent déjà fort bien la lettre du catéchisme, et si la grâce de Dieu vient à son tour « illuminer leurs cœurs, on peut espérer d’y voir naître la foi. J’aurais pu commencer « l’établissement d’un autre poste à Phuc Am ; mais le manque de catéchistes ne me l’a pas « permis.
« Nos Sœurs de Saint-Paul de Chartres se sont dépensées, comme d’habitude, avec toute « l’ardeur qui les caractérise. Si notre ouvroir n’a pas donné tous les résultats que j’en « espérais, j’ai eu, d’autre part, le plaisir de voir fonder une petite école de français, sur « laquelle je ne comptais pas ; elle a fait du bien et en fera encore. »
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« La partie Laotienne — ou plutôt Thai, de ce Vicariat, est divisée actuellement en sept districts. La population chrétienne s’élève, en chiffre rond, à 5.000 âmes, dont une moitié est déjà baptisée et l’autre moitié encore catéchumène. Cette vaste région, où tant de missionnaires, depuis 30 ans, ont souffert et sont morts pour la propagation de l’Evangile, n’avait pas encore vu d’évêque. Un heureux concours de circonstances m’a enfin permis d’aller visiter ces chrétientés si intéressantes et si éprouvées, et de constater, avec les difficultés toutes spéciales que doivent surmonter les missionnaires, les belles espérances qu’il est légitime de concevoir pour l’extension de la Foi dans ce pays, si la divine Providence nous fournit les ouvriers et les ressources nécessaires. Messis quidem multa !
« Le district le plus rapproché de la région annamite, à l’Ouest, est celui de Muong Nhân. Il comprend la tribu de ce nom et compte environ 800 habitants. La première demande de conversion de ce pays remonte à 1883. M. Pinabel y passa, cette année-là, deux jours, et y envoya un catéchiste ; mais quelques mois à peine s’étaient écoulés, quand survint la tourmente de 1884-1885. Le catéchiste dut s’enfuir pour échapper à la mort. Les habitants qui l’avaient reçu ou avaient commencé l’étude de la Religion, expièrent cruellement leur première tentative de conversion.
« Pendant plus de 20 ans, les choses en restèrent là. Les troubles qui désolèrent toute cette région ; la timidité des catéchumènes, encore bien faibles dans la foi et si durement éprouvés ; enfin, le manque de personnel ne permirent pas de recommencer l’évangélisation.
« Ce fut seulement en 1906 qu’un des chefs de la tribu de Muong Nhân, avant appris que les missionnaires s’étaient établis de nouveau à Yên Khuong, à deux jours de là, vint leur demander des catéchistes. Les pourparlers durèrent assez longtemps, car on ne voulait fonder un poste à cet endroit que si toute la tribu, ou du moins la grande majorité, consentait à se convertir. Aussi, ce ne fut qu’en 1910 que put être commencée l’instruction des catéchumènes, sous la direction de M. Maigret.
« Voici, d’après notre Confrère, l’état actuel de Muong Nhân. « L’année qui s’écoule a été « pour le nouveau district de Muong Nhân une année de bénédictions. L’édification d’une « chapelle et d’une résidence nous implante définitivement, aux yeux de tous, dans cette « région. Au spirituel, notre emprise n’est pas moins sérieuse. Les 210 baptêmes de cette « année, joints aux 80 de l’an passé, constituent déjà un noyau considérable pour un tel pays.
« Daigne Notre-Seigneur, qui réside maintenant au milieu de Muong Nhân, ouvrir le cœur « des 400 ou 500 habitants de la tribu, dont nous allons sous peu commencer l’instruction ! »
« En même temps qu’il fondait le poste de Muong Nhân, M. Maigret eut la grande joie de recevoir la demande de conversion d’une tribu voisine, celle de Muong Mot, qui compte plus de 1.000 habitants, disséminés dans un massif montagneux aussi vaste qu’un département français. Il a fallu placer là un missionnaire, pour organiser le nouveau district.
« A deux jours de Muong Mot, se trouve Muong Deng, ou Yên Khuong, district de M. Degeorge. Notre Confrère a conféré le baptême à 92 catéchumènes, et a reçu au catéchuménat une vingtaine de familles. « Mes paroissiens, dit-il dans son rapport, dépassent le chiffre de « 800 ; 429 sont baptisés et les autres sont catéchumènes. Je n’ai que des actions de grâces à « rendre à la divine Providence, qui m’a permis d’atteindre ce résultat et me laisse entrevoir « encore une abondante moisson d’âmes. »
« Les trois districts de Muong Nhân, Muong Mot et Muong Deng forment la partie inférieure de notre Laos. La partie supérieure compte quatre districts : Muong Xôi, Muong Pun, Muong Xia et Muong Khiêt.
« Muong Xôi et Muong Pun, les deux districts les plus éloignés, comptent plus de 1.000 néophytes et plus de 300 catéchumènes. Cette vaste région devrait former trois districts ; malheureusement, la pénurie des ouvriers apostoliques m’a contraint de confier à un seul missionnaire, M. Rocher, l’administration de Muong Xôi et de Muong Pun. C’est beaucoup trop pour un seul prêtre, dans un pays où la population est si clairsemée et les moyens de communication si difficiles. Aussi, l’évangélisation de cette région subit-elle beaucoup de retard. Notre Confrère ne peut que glaner péniblement quelques épis, là où il cueillerait de belles gerbes, s’il pouvait passer un peu plus de temps dans chaque village.
« Le grand événement de l’année, écrit M. Rocher, a été la visite du Vicaire apostolique. « Elle a été une grande joie pour les chrétiens et un précieux encouragement pour le « missionnaire. La joie de mes chrétiens, voyant leur Evêque pour la première fois, était très « grande : aussi la réception fut magnifique.
« Les païens eux-mêmes prirent part à la fête. Dans cette circonstance, les cœurs battaient « à l’unisson : chrétiens et païens s’empressaient au-devant de l’Evêque, pour lui offrir leurs « vœux de bienvenue et l’hommage de leur vénération. On sentait que l’antipathie des « premières années, lors de l’arrivée des missionnaires dans le pays, avait disparu de ces « cœurs simples, pour faire place à de meilleurs sentiments. Encore une étape, et les « adorateurs des « esprits » entreront dans le bercail du Divin Maître.
« Cette visite a été l’occasion de la conversion du vieux chef de la tribu de Muong Pun. « Cette conversion en entraînera sans doute beaucoup d’autres ; mais le démon est là qui « veille ; et comme, par suite de l’étendue du district et du petit nombre des missionnaires, on « se trouve rarement où il faudrait être pour déjouer ses desseins, la conversion de ce chef n’a « encore donné aucun résultat appréciable. Avec plus de missionnaires, il n’est pas douteux « que, la grâce de Dieu aidant, le mouvement des conversions s’accentuerait, et que nous « pourrions recueillir dans la joie le fruit des durs labeurs de nos vaillants prédécesseurs. »
« Au-dessous de Muong Xôi se trouve le district de Muong Xia, qui continue à progresser sous la direction de M. Pirot. Le chiffre des néophytes dépasse 300 et tout fait espérer que, dans un avenir assez prochain, la tribu tout entière sera chrétienne. Pour faciliter l’instruction religieuse, notre Confrère a formé quelques catéchistes indigènes qui sont chargés d’enseigner le catéchisme et les prières dans les chrétientés éloignées de la résidence du Missionnaire. C’est un essai des plus heureux, qui aidera singulièrement, s’il peut se généraliser, l’évangélisation de ce pays et la formation chrétienne des néophytes. Ainsi, lors de mon passage à Muong Xia, grâce à ces catéchistes, tous les chefs de chrétientés s’étaient entendus pour porter un règlement prohibant les pratiques superstitieuses, qu’il est parfois si difficile d’extirper.
« La chapelle de Muong Xia, toute pauvre qu’elle est, est ornée avec beaucoup de goût et le Missionnaire a la grande joie d’y conserver le Saint-Sacrement. Les fêtes de l’Eglise sont solennisées ; aux messes chantées s’ajoutent les saluts solennels, l’adoration des Quarante-Heures, et même la procession du Saint-Sacrement le jour de la Fête-Dieu.
« Le district le plus méridional de cette partie du Laos est Muong Khiêt, qui compte 260 baptisés et une centaine de catéchumènes.
« M. Canilhac, qui en est chargé, enregistre 44 baptêmes d’adultes. Ce chiffre ne paraît pas élevé ; mais de combien de travaux et de sollicitudes il est le fruit ! Ici, à la différence des autres districts du Laos, les chefs de tribu sont restée païens, et quelques-uns s’opposent, par tous les moyens, à la propagation de l’Evangile.
« Aussi, bien rares sont les conversions qui ne se heurtent pas au mauvais vouloir de quelque chef. C’est au missionnaire à lutter sans cesse : il doit rassurer les timides, encourager les hésitants, prendre la défense des faibles. Ce sont des courses fatigantes, des démarches quelquefois pénibles, une sollicitude de tous les instants. Mais M. Canilhac n’est pas homme à se décourager. Il a réussi à fonder, à Muong Tuoug, un nouveau poste qui lui a donné beaucoup de tracas, mais qui, avec la grâce de Dieu, lui procurera un jour ou l’autre une abondante moisson d’âmes.
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« Dans toutes les paroisses du Vicariat, la communion fréquente fait des progrès. Le nombre des communions distribuées cette année dépasse de plus de deux cent mille le total de l’an dernier. Si ces résultats supposent de la part des Missionnaires et des prêtres indigènes une somme de travail considérable, ils sont aussi un puissant motif d’espérer que le Divin Maître répandra ses grâces avec plus d’abondance encore sur toutes les œuvres de la Mission. »
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