| Année: |
1912 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Occidental |
| Rédacteur: | Mgr Bigollet |
CHAPITRE V
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Groupe des Missions du Tonkin
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I. — Tonkin Occidental
Population catholique 141.216
Baptêmes d’adultes 1.517
Baptêmes d’enfants de païens 21.863
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Le dimanche, 12 novembre 1911, avait lieu dans la cathédrale de Ke-So, la consécration épiscopale de Mgr Bigollet, évêque d’Antiphraë, coadjuteur de Mgr Gendreau.
Jamais encore le Tonkin n’avait été témoin d’une manifestation religieuse aussi grandiose : elle avait attiré plus de 20.000 chrétiens venus de tous les points du Vicariat et une énorme affluence de prêtres indigènes. Jamais, surtout, on n’avait vu une cérémonie aussi imposante par le nombre des évêques présents. Outre le Prélat consécrateur, Mgr Gendreau, et les deux Prélats assistants, Mgr Bouchut, du Cambodge, et Mgr Marcou, du Tonkin Maritime, avaient pris place dans le sanctuaire Nosseigneurs : Velasco, du Tonkin Septentrional ; Arellanos, du Tonkin Oriental ; Munagorre, du Tonkin Central ; Ramond, du Haut-Tonkin ; Belleville, du Tonkin Méridional ; Mossard, de la Cochinchine Occidentale ; Allys, de la Cochinchine Septentrionale ; Perros, de Siam ; de Guébriant, du Kien-Tchang ; et Jeanningros, coadjuteur de la Cochinchine Orientale. Ce fut un spectacle vraiment réconfortant et édifiant, dont le souvenir restera longtemps gravé dans l’esprit de la population indigène.
Mgr Bigollet, qui nous adresse le compte rendu de l’exercice 1911-1912, rappelle avec émotion l’éclat de ces incomparables fêtes et prie les vénérés Prélats qui les ont honorées de leur présence d’agréer le tribut de la profonde reconnaissance des Pasteurs et du Clergé du Tonkin Occidental. Sa Grandeur nous entretient ensuite des premiers travaux de son ministère, dont elle donne le résumé suivant.
« Après avoir prêché huit retraites à notre personnel indigène et à nos Religieuses françaises et annamites, j’ai fait ma première tournée pastorale, qui a commencé en février pour finir au mois de mai. Au cours de cette tournée, suivant l’usage établi chez nous, j’ai donné de véritables missions dans les six paroisses que j’avais à visiter. Ces missions duraient de 10 à 15 jours chacune. Même les fidèles des chrétientés les plus éloignées tenaient à en profiter pour s’approcher des sacrements. J’ai été profondément édifié de la ferveur de ces bons chrétiens que ni le mauvais temps, ni les mauvais chemins, ne réussissaient à décourager. Dans ces visites pastorales nous avons eu 15.000 confessions, et le chiffre des communions a dépassé 25.000.
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« Passons maintenant, ajoute Mgr Bigollet, au compte rendu général de notre chère Mission.
« Par une faveur insigne de la bonne Providence, toute cette année s’est écoulée dans le calme et la paix.
« A l’intérieur du pays, les récoltes ont été bonnes, et l’inondation annuelle n’a occasionné de dégâts que dans une région limitée : en conséquence, la misère s’est fait moins sentir et les exploits des voleurs ont diminué. Les bruits de complot et de soulèvement ont circulé périodiquement, comme les années précédentes ; mais ils sont surtout le fait d’une certaine classe d’individus qui profitent de ces rumeurs pour soigner leurs intérêts particuliers. Ces soi-disant patriotes, ne pouvant évidemment rien faire sans argent, prélèvent des subsides qui leur servent à mener joyeuse vie bien plus qu’à travailler à l’indépendance de leur pays. En général, la population laborieuse, surtout celle des campagnes, ne demande que la paix.
« Les événements extérieurs — il s’agit de la Révolution chinoise — n’ont pas eu de répercussion sérieuse au Tonkin. Les nombreux Célestes qui font ici le commerce se sont bruyamment réjouis du succès des Réformistes ; ils se sont débarrassés avec enthousiasme de l’appendice qui les distinguait de tous les peuples de la terre ; ils ont fourni aux Révolutionnaires des sommes considérables; mais, de même qu’en Chine pour la Révolution, tout s’est passé ici entre Chinois. Les bandes de pirates, qui pullulent surtout sur la frontière du Kouang-Si, et qui avaient presque pris l’habitude de faire des incursions au Tonkin, ont trouvé suffisamment à butiner dans leur pays et nous ont laissés à peu près tranquilles.
« Dieu seul sait ce que nous réserve l’avenir. Pour le moment, les préoccupations du Gouvernement se portent sur la frontière chinoise. Les héros qui ont fait la République ne se nourrissent pas que de gloire. Cette République mal assise, et surtout impécunieuse, paie ses troupes fort mal ; de là des mutineries et la dislocation des bandes, qui pourraient bien se rabattre sur nous et reprendre, ou plutôt continuer à nos dépens, leur métier de pillards. Tel est pour nous le point noir.
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« Grâce à la tranquillité dont nous avons joui, l’administration spirituelle des chrétientés s’est faite normalement et les résultats obtenus montrent que Missionnaires et prêtres indigènes n’ont pas dissipé leur temps dans l’oisiveté.
« Les conversions de païens adultes s’élèvent à 1.517, dont 467 in articulo mortis. Ce chiffre est loin de ceux que nous avons enregistrés, certaines années ; aujourd’hui, les conversions en masse ne se voient plus. La Religion chrétienne gagne du terrain plus lentement, mais plus sûrement à ce qu’il semble ; les nouveaux convertis persévèrent davantage.
Ces conversions sont dues en grande partie au zèle de M. Le Page, qui s’avance de plus en plus dans les montagnes au milieu des peuplades Thos. Il a entamé chez elles, ces dernières années, plus de vingt villages, sans compter ceux où il a introduit la religion, dans la région de Thuong Lâm et Luu Xa.
« M. Marty qui travaille dans la même région, mais plus au nord, compte aussi plusieurs nouvelles chrétientés.
« M. Dépaulis, chef du district de Ngoc Lu, fait refleurir le désert et redonne la vie à ce pays, désolé autrefois par de trop nombreuses apostasies ; il a, cette année, une belle gerbe à offrir au Maître de la moisson.
« M. Coste, à Lô Xa, signale un mouvement de conversions dans plusieurs villages, et une bonne partie de ses catéchumènes a été régénérée au cours de cet exercice.
« A Nam Dinh, M. Renault, aidé par quelques excellentes familles chrétiennes, a réuni et installé en dehors de la ville de sérieux groupes, qui ont reçu, avec de légers secours matériels pour le corps, la grâce bien autrement précieuse du baptême. Il compte bien, dans l’avenir, étendre chaque année ses conquêtes.
« Du côté de Cham Khe, quelques villages sont venus à M. Décréaux, qui s’occupe de leur instruction.
« M. Chalve, à Nam Xang, M. Marchand, à Cat Lai, et M. Aubert, dans la région de Dông Lao, Ke Noi, s’occupent de la persévérance de leurs nombreux néophytes. C’est un travail souvent bien ingrat ; il s’agit de les dépaganiser, de leur infuser l’esprit chrétien, et cela avance si lentement ! Souvent, aussi, il est nécessaire de les défendre contre l’animosité des païens ; que de courses, que d’ennuis, que de sollicitudes ! Il faut avoir vécu cette vie pour s’en faire une idée.
« M. Glouton, chargé des néophytes de Son Miêng et Ke Nua, vient d’être obligé d’aller demander au pays natal le rétablissement de sa santé, épuisée par les fatigues de cette œuvre difficile.
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« Le chiffre des baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis est, cette année encore, de nature à satisfaire nos légitimes ambitions. Cette œuvre est particulièrement en honneur chez nos chrétiens. Ils sont nombreux, hommes et femmes, ceux qui s’occupent pendant une grande partie de l’année à parcourir les localités païennes afin de découvrir quelque enfant malade ; alors, grâce à leurs, pilules pour maladies universelles, grâce surtout à l’invraisemblable confiance que le seul titre de médecin inspire aux Annamites, on les laisse parvenir jusqu’à l’enfant, qu’ils baptisent, soit ouvertement, soit en cachette, quand ils craignent l’opposition des parents.
« Beaucoup, ne pouvant quitter leur foyer, tiennent cependant à coopérer à cette bonne œuvre en aidant pécuniairement ceux qui s’y dévouent. Très nombreuses aussi sont les familles chrétiennes qui adoptent des enfants païens, pour leur procurer la grâce du baptême et le salut de leur âme.
« Le total des confessions dans la Mission a été de 470.000, et celui des communions dépasse un million, exactement 1.070.600. De pareils chiffres montrent combien nos chrétiens goûtent les Décrets du Saint-Siège sur la communion fréquente. Si la majeure partie de notre temps n’était pas pris par l’administration spirituelle des chrétientés que nous visitons deux fois par an, si nos chrétiens étaient moins pauvres et par là même moins absorbés par la lutte pour la vie, les chefs-lieux de paroisse, à eux seuls, nous fourniraient un travail auquel nous ne pourrions suffire. La population chrétienne y varie entre 800 et 1.500 âmes. Que de gloire et de consolations pour Jésus-Eucharistie, si le nombre des prêtres nous permettait d’en maintenir un en permanence, toute l’année, dans ces centres !
« Voici quelques noms de paroisses où la communion fréquente est plus florissante. Hanoï, 140.000; Ke So, 82.000; Nam Dinh, 55.000; Ke Tu, 52.000; Chân Ninh, 44.000; Công Xa, 38.000. Ke Trinh, 37.000; Ke Set, 35.000; Ke Ving, 30.000. La chrétienté de Chung Khoang (600 âmes), où réside M. Aubert, a fourni, toute seule, un chiffre de 20.000 communions, malgré les nombreuses absences du missionnaire qui doit diriger et surveiller cinq grandes paroisses.
« Les tout petits ne sont pas les derniers à prendre leur part du Banquet eucharistique, et il faut voir la gravité joyeuse avec laquelle ils s’agenouillent à la sainte Table. « A l’église « paroissiale de Hanoï, écrit M. Dronet, tous les dimanches et jours de fête, tous les premiers « vendredis du mois, environ 200 enfants reçoivent la visite de Notre-Seigneur. Ce sont eux « qui se présentent les premiers à la sainte Table et — l’habitude en est prise — les grandes « personnes ne montent qu’après eux. »
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« Nous avons aussi la consolation de constater que l’assistance à la messe et les visites au Saint-Sacrement deviennent plus fréquentes. Cette dévotion si fructueuse ne fera qu’augmenter chez tous, prêtres et fidèles : nous en avons le gage certain dans ce fait, qu’outre les missionnaires, la presque totalité de nos prêtres indigènes sont agrégés à l’Association des Prêtres-Adorateurs.
« Tous les chefs-lieux de paroisse, sans exception, possèdent la sainte Réserve, quand le prêtre y réside ; un Indult du Saint-Siège permet aussi aux prêtres de mettre le Saint-Sacrement dans les chapelles des chrétientés où ils font l’administration, pourvu que le local soit suffisamment propre et convenable.
« Le désir des prêtres et des fidèles de jouir de la présence de Notre-Seigneur a provoqué toute une éclosion de jolies églises. Un certain nombre seraient admirées même en France. Les plus remarquables de celles qui ont été construites dans l’année, sont l’église de Ke Loi, Ha Dông, Phu Da, Thuong Lâm, Dông Chiêm, Ru Mi, But Son. Celles de Chân Ninh, Phung Khoang, Dông Tu, sont près d’être achevées et promettent d’être fort belles. Quelques-unes sont dues à la générosité de bienfaiteurs de France ; la plupart proviennent des cotisations des chrétiens, qui doivent presque toujours les prendre sur leur nécessaire ; mais ils savent, par expérience, que Dieu leur rendra largement ce dont ils se sont privés pour le glorifier.
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« Les cours du Grand Séminaire ont été suivis par 68 élèves, appartenant aux trois Missions du Tonkin Occidental, du Tonkin Maritime et du Haut-Tonkin. Leur formation est confiée à M. Schlicklin, aidé de MM. Chaize et Vuillard.
« Au Petit Séminaire, M. Tardy, assisté de MM. Lebourdais, Raynaud et Croibier, prépare ceux qui sont l’avenir de la Mission. Le chiffre des élèves est sensiblement le même que celui des années précédentes, environ 250.
« A Hanoï, les Frères des Ecoles chrétiennes continuent à se dévouer à l’instruction de la jeunesse française et annamite, s’en remettant au bon Dieu pour l’avenir de leur œuvre. L’excellente éducation morale qu’ils donnent à leurs élèves est très appréciée, même des païens, et l’épée de Damoclès depuis quelque temps suspendue sur leur tête n’a pas diminué le nombre des familles qui confient à leur compétence l’éducation de leurs enfants.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres continuent, elles aussi, avec la même persévérance, leur zèle et leur dévouement à la cause de la Religion et de la France. Outre leur école d’Hanoï, qui jouit, comme celle des Frères, d’une excellente réputation, elles dirigent en ville l’œuvre de la Sainte-Enfance et l’Asile de Saint-Antoine. A Nam Dinh, à Ke So, à Ke Vinh, elles reçoivent les petits païens, soignent les malades, élèvent de pauvres enfants incurables et donnent des leçons de couture aux petites filles de la chrétienté. Cette prédication vivante de la charité chrétienne, vertu inconnue des païens, ne contribue pas peu à gagner à notre sainte religion les sympathies des populations qui en sont témoins.
« Dans la zone suburbaine d’Hanoï, l’activité toujours en éveil de M. Dronet vient de fonder un asile pour les païens : c’est une œuvre paroissiale soutenue par la générosité des chrétiens de la ville. La direction en est confiée à Sœur Antoine que tous ici, Européens et indigènes, connaissent et admirent ; car cette modeste religieuse est la personnification de la douceur, de la simplicité et de la compassion envers les malheureux. M. Sarraut lui-même a voulu la voir et il a fait plusieurs visites à son établissement, où il a laissé des témoignages de sa générosité et de sa sympathie. Cette maison est vraiment la porte du ciel pour nombre de bons vieux et de bonnes vieilles dont jusqu’alors la vie se traînait dans la plus noire misère du corps et de l’âme.
« Le Monastère du Carmel a fait une perte cruelle dans la personne de sa fondatrice, Mère Aimée de Jésus, rappelée à Dieu le 27 décembre 1911. C’est elle qui, en 1895, amena de Saïgon le premier essaim de filles de sainte Thérèse au Tonkin. Religieuse de grande culture, de vaste intelligence et de vertu éminente, elle était la tête et le cœur de la nouvelle fondation. Matériellement, son œuvre est bien assise, et, du haut du ciel, elle continuera, nous en avons la confiance, à être pour le corps et l’âme de ses filles l’excellente pourvoyeuse qu’elle a été pendant sa vie.
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« Enfin, après beaucoup de retards occasionnés par la longueur et la difficulté du travail, nous avons eu la joie d’adresser au Saint-Siège, en avril dernier, les actes du procès ordinaire d’un troisième groupe de 45 martyrs. La transcription de ces actes était commencée depuis longtemps, et, si tout a pu être mené à bonne fin, nous le devons principalement à l’activité et à la compétence de M. Léchaudé et de M. Hébrard. »
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