| Année: |
1913 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Occidentale |
| Rédacteur: | Mgr Mossard |
II. — Cochinchine Occidentale
Population catholique 71.418
Baptêmes d’adultes 1.368
Baptêmes d’enfants de païens 4.430
_____
« Nous avons, cette année, écrit Mgr Mossard, 774 adultes baptisés extra articulum mortis. Il y a bien longtemps que nous n’avons pas eu un nombre aussi considérable de néophytes survivants. Nous le devons surtout, aux districts de Cai-mong, Mytho, Caibè, Bêntre, Vinhlong, Choquan et Thuthiêm. Le district de Bêntre nous promet, pour l’an prochain, une moisson plus abondante encore. M. Bourgeois, chargé de ce district, nous écrit en effet : « Le « chiffre de 560 catéchumènes ne comprend que ceux qui suivent les instructions. Une bonne « centaine, dont l’instruction n’a pas encore été commencée, peut être ajoutée à ce chiffre. » — De son côté, M. Abonnel, chef du district de Gocông, nous dit ses espérances pour l’avenir : « A Rach-câu, une nouvelle agglomération a pu être formée : ce sera pour cette « chrétienté une augmentation de fidèles et de vie. A Tân-phuoc, il y a plus de 50 familles qui « demandent à se convertir ; il y a là de quoi former un hameau tout chrétien. »
« A Vinhlong, M. Ackermann nous annonce 80 adultes, qui pourront être baptisés dans le courant de la prochaine année.
« Daigne Notre-Seigneur répandre les eaux fécondantes de sa grâce, sur la belle moisson qui germe en ce moment dans ces districts, afin qu’elle arrive à maturité !
*
* *
« Mais le progrès le plus sensible réalisé chez nous, pendant cette année et les années précédentes, c’est l’organisation de la vie chrétienne, dans nos paroisses et dans les familles de nos annamites catholiques, par la confession et la communion fréquentes. Pendant les dix dernières années, le nombre des confessions est passé de 160.526 à 299.307 ; et celui des communions, de 209.319 à 599.682. Nous arrivons, cette année, à une moyenne de plus de 7 confessions par an, par personne qui se confesse ; et de plus de 16 communions, par personne qui fait ses Pâques. Un fait digne de remarque, c’est que, dans certaines paroisses, le nombre des confessions et communions d’hommes dépasse celui des confessions et communions de femmes. On peut faire, au sujet de ces confessions et communions fréquentes, toutes les réserves et objections que l’on voudra : il est impossible que la réception si fréquente des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie n’ait pas, pour résultat général, une augmentation de foi et de vie chrétienne, dans l’ensemble de la population catholique de notre mission.
« Cette organisation de la vie chrétienne dans la famille annamite, nous avons le devoir de travailler de toutes nos forces à l’affermir, afin de donner à nos chrétiens assez de foi et d’esprit surnaturel, pour n’être pas entraînés par le flot débordant de l’athéisme et de l’impiété.
*
* *
« L’année 1913 a été, pour la mission de Cochinchine occidentale, l’année des grandes manifestations religieuses. Deux sacres d’évêques, la fête du cinquantenaire de notre séminaire et les retraites du Jubilé, prêchées solennellement dans la plupart de nos chrétientés, ont donné à nos annamites catholiques des occasions multiples de montrer leur foi et leur attachement à la religion.
« Le 15 avril, Mgr Mossard, assisté de NN. SS. Grangeon et Bouchut, donnait à Mgr Quinton, son coadjuteur, la consécration épiscopale, dans la cathédrale de Saigon. La vaste nef était trop étroite pour contenir la foule des chrétiens, venus de toutes les paroisses de la mission, pour assister au sacre et à la fête du cinquantenaire du séminaire, fixée au lendemain.
« Le 16 avril, en un hall immense, construit dans l’enclos du séminaire, l’évêque nouvellement consacré chanta la messe pontificale, devant NN. SS. Mossard, Grangeon et Bouchut, 100 missionnaires ou prêtres indigènes, et plus de 3.000 fidèles. Cette fête du cinquantenaire du séminaire nous a fourni l’occasion d’essayer un genre de prédication tout nouveau en Cochinchine : je veux parler de la représentation de la Passion de Notre-Seigneur, organisée par le P. Tông, secrétaire de l’évêché. Cette représentation a laissé, dans l’âme de tous ceux qui y ont assisté, un souvenir ineffaçable. Voici ce qu’écrivait, au lendemain de la fête, un journal de Saigon « Hier soir, devant une foule de quatre mille indigènes, une « représentation dramatique a été donnée au grand séminaire, à l’occasion du cinquantenaire « de cet établissement, fondé par le P. Wibeau, provicaire apostolique, en 1863.
« A sept heures précises, le rideau se levait sur une scène évangélique, représentant les « premières étapes de la mort du Christ. Tous les artistes, sans exception, se montrèrent à la « hauteur de leur tâche. Plusieurs scènes furent admirablement réussies et impressionnantes de « réalité et de vie ; parmi elles, citons le baiser de Judas, Pierre renie son Maître, le tribunal de « Ponce Pilate, le chemin de la croix, le Calvaire. Mais le succès atteignit son apogée au « moment de l’apothéose, représentant le Christ ressuscité, entouré de sa Mère, des douze « apôtres et d’une cohorte de jeunes anges. A la base du tableau, les prêtres et les docteurs de « la loi terrassés par la lumière de la Rédemption. »
« Un autre journaliste termine un article non moins élogieux par cette remarque : « ... La « représentation a duré trois heures juste. Ce qui m’a le plus étonné, c’est le silence religieux, « avec lequel ce drame a été écouté par les quatre mille personnes présentes ; on aurait « entendu voler une mouche. » — La représentation de la Passion a été reprise cinq fois ; et, chaque fois, chrétiens et païens sont venus en foule, pour voir et entendre le divin Crucifié et sa Mère, la Vierge douloureuse.
« Au mois de juillet, Mgr Prodhomme ayant été élu vicaire apostolique du Laos, pria Mgr Mossard de lui donner la consécration épiscopale à Saigon même, pour éviter à Nosseigneurs les évêques et à son frère, très éprouvé par la maladie, le pénible et difficile voyage du Laos. Comme Mgr Quinton est parent du nouveau vicaire apostolique, Mgr de Médée voulut céder à son coadjuteur l’honneur de le consacrer.
« Mgr de Gerrha a reçu la consécration épiscopale dans la cathédrale de Saigon, le dimanche, 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Mgr Mossard présidait la cérémonie ; les évêques assistants étaient Mgr Bonchut et Mgr Perros. M. Xaxier Guégo, le premier compagnon de Mgr Prodhomme au Laos, était descendu pour le sacre, avec MM. Couasnon, Lagathu, Quentin et Bouchet. Ce fut une fête de famille ; tous les missionnaires et prêtres indigènes de notre mission, qui n’étaient pas empêchés par les offices du dimanche, tinrent à y assister. Le surlendemain du sacre, Mgr Prodhomme reprenait avec ses missionnaires le chemin du Laos. — Ad multos annos !
« Les retraites à l’occasion du Jubilé constantinien ont produit, partout où elles ont été prêchées, des résultats qui ont dépassé, semble-t-il, tout ce qui avait été obtenu jusqu’à ce jour dans ces sortes d’exercices. Non seulement tous les bons chrétiens profitent de ces retraites, pour s’approcher des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, mais elles sont encore, pour un grand nombre de pécheurs, une occasion de retour aux pratiques de la vie chrétienne.
*
* *
« Au mois de juillet dernier, MM. Dumas et Humbert étant tombés malades en même temps, M. Delignon, provicaire apostolique, a été nommé supérieur du séminaire. M. Dumas, avec le titre de supérieur honoraire, reste chargé du cours de Morale, tant que ses forces lui permettront de le faire. — Nous avons 34 élèves au grand séminaire ; et 130, dans les classes d’Humanités et de grammaire.
« L’école des catéchistes de Cainhum se développe petit à petit ; en plus des 12 catéchistes actuellement en fonction, elle compte 26 élèves, qui paraissent tous animés des meilleures dispositions.
« A l’école Taberd, les Frères des Ecoles chrétiennes n’ont plus assez de place pour loger les élèves qui leur arrivent de tous côtés. Ils ont maintenant près de 800 élèves.
« Le certificat d’aptitude primaire étant devenu nécessaire pour avoir le droit de tenir une école libre dans la colonie, nos instituteurs et nos religieuses indigènes, destinées à l’enseignement, ont dû subir l’examen prescrit pour obtenir ce certificat. Presque tous les candidats présentés ont été reçus, et la plupart, avec des notes dépassant de beaucoup le nombre des points exigés pour 1’admission.
« L’œuvre des écoles a, dans notre mission, une importance capitale : c’est à peu près le seul moyen que nous ayons de donner aux enfants l’éducation religieuse et morale dont ils ont besoin pour devenir plus tard des chrétiens sérieux. L’école supplée quelque peu l’éducation chrétienne familiale, qui, presque toujours, fait défaut chez nos annamites : on apprend tout aux enfants, excepté ce qu’ils devraient savoir. A part un certain nombre de familles foncièrement chrétiennes, qui élèvent bien leurs enfants, la plupart des parents ne s’occupent pas, ou presque pas, de leur éducation religieuse. Les mères ne savent pas élever leurs enfants, ni les instruire des premières vérités de la religion : c’est leur éducation, à elles, qu’il faut entreprendre tout d’abord. La pratique de la confession et de la communion fréquentes peut nous être d’un grand secours, pour arriver à donner aux enfants de nos chrétiens de véritables mères chrétiennes.
« En attendant, c’est à l’école que ces enfants viennent puiser, avec les premières notions d’instruction religieuse, les bonnes habitudes, qui en feront des chrétiens fermes dans la foi et fidèles à garder les préceptes de leur religion. Nous avons 152 écoles tenues par 79 instituteurs et 199 institutrices. Ces écoles sont fréquentées par 9.410 élèves. — Daigne Notre-Seigneur faire que ces enfants profitent des leçons qu’ils y reçoivent, pour devenir des chrétiens fervents, inébranlablement attachés aux vérités de la foi catholique et aux pratiques de la vraie religion. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|