| Année: |
1913 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Orientale |
| Rédacteur: | Mgr Grangeon |
CHAPITRE VI
___
Groupe des Missions de la Cochinchine
et du Cambodge
~~~~~~~
I. — Cochinchine Orientale
Population catholique 60.956
Baptêmes d’adultes 1.838
Baptêmes d’enfants de païens 1.742
_____
« Grâce à Dieu, écrit Mgr Grangeon, les trois ou quatre fléaux, qui éprouvent si souvent la Cochinchine Orientale, nous ont laissé quelque répit, cette année. Un typhon, il est vrai, a renversé deux grandes églises et endommagé toutes les autres, dans la province de Nhatrang, au mois de novembre 1912 ; mais il n’a pas étendu plus loin ses ravages. Quant à la sécheresse, elle a été seulement locale, comme la disette qui l’a suivie. Par contre, la fièvre, sous ses formes multiples, a élargi sa sphère d’infection, et bien peu de personnes ont échappé à ses atteintes. Aussi le chiffre de nos morts a-t-il dépassé ; de 500 environ, celui du précédent exercice, tandis que le nombre des naissances a diminué de 200, et plus.
« Au milieu de ce malaise général, la santé des ouvriers apostoliques a beaucoup souffert. Huit d’entre eux ont dû cesser tout travail sur place ou quitter la mission, pour se rendre, soit à HongKong, soit en France. Leur absence a rendu le saint ministère extraordinairement pénible à ceux qui restaient. Toutefois, le dévouement suppléant au nombre, l’administration des districts a pu se faire dans des conditions bien satisfaisantes.
« Le Jubilé a été célébré dans presque toutes les paroisses avant le 1er septembre ; et, à cette occasion, nos chrétiens ont manifesté le plus louable empressement pour se confesser et communier.
« Je suis heureux de signaler aussi l’ouverture, dans nos principaux centres, d’écoles primaires, où l’annamite est enseigné en caractères latins. Cette innovation facilitera beaucoup à nos néophytes l’intelligence du catéchisme et des livres de prières.
*
* *
Après ce court aperçu d’ensemble sur le dernier exercice, Mgr Grangeon nous invite à suivre son zélé coadjuteur, Mgr Jeanningros, dans la double tournée pastorale qu’il a faite chez les sauvages, du mois de mars au mois de mai, et parmi les chrétiens des deux provinces du nord de la mission, du mois de juin au mois de septembre.
« Une route carrossable, sur presque tout son parcours, dit Mgr de Havara dans ses notes de voyage, relie aujourd’hui Quinhon à Kontum. Elle permet de franchir en voiture légère 180 kilomètres à travers la brousse et les forêts, les collines et les vallons. Au ciel, nos devanciers doivent se dire, non sans quelque regret peut-être : « C’est fini, il n’y a plus de pays sauvage en Annam. »
« Quand, le troisième jour, nous aperçûmes le groupe compact de Kon-Tum, Ro-Hai et autres villages, chacun de nous fut agréablement surpris de se trouver en pays civilisé. Ce sont les missionnaires qui ont organisé les villages que nous avions devant nous, et qui ont ouvert à la culture la plaine si fertile que nous admirions à loisir.
« Une foule très nombreuse de néophytes, annamites et sauvages, était massée sur la berge du fleuve. Tous les confrères étaient là, sauf leur vénérable doyen, empêché par la fièvre. Les circonstances rendaient cette première rencontre particulièrement émotionnante. Après les £preuves de l’année précédente, pas n’était besoin de discours pour se comprendre...
« Aux accents d’une fanfare ex omni genere musicorum, on me conduisit processionnellement à l’Ecole du Bienheureux. Cuenot, où je donnai le salut du Saint-Sacrement. Vers 8 heures du soir, une belle illumination... à l’acétylène, avec feux de bengale de toutes nuances, attira de nouveau la multitude. Des cantates sur tous les airs et en toutes les langues furent chantées avec un talent et un brio qui ravissaient la foule des auditeurs. En vérité, nos confrères de l’Ecole Cuenot et leur élèves avaient mis tout leur cœur à préparer ma réception, et je les en remercie bien cordialement.
« Ces manifestations bruyantes de la joie commune, chez nos sauvages, sont chrétiennes avant tout ; mais elles sont françaises aussi, et je tiens à le dire bien haut. La mélodie des cantiques ba-hnars, empruntée aux airs de « chez nous » ; les drapeaux tricolores, mêlés au bannières et banderoles de toute forme et de toute couleur, prouvaient, une fois de plus, que les missionnaires d’aujourd’hui demeurent fidèles à la devise de leurs aînés : « Pour Dieu et pour la France ! » Les vexations de plus d’une sorte, dont des confrères très méritants ont eu à souffrir de la part d’un « intérimaire » inférieur à sa tâche, ont retardé notre marche en avant, c’est incontestable ; mais elles n’ont point modifié notre ligne de conduite. Tout groupe sauvage gagné à la religion catholique est acquis à l’influence française.
*
* *
« L’Ecole du Bienheureux Cuenot rend toujours de grands services à l’instruction religieuse et profane, et son bon fonctionnement ne laisse rien à désirer. Pour empêcher l’affluence trop considérable des élèves et établir un choix entre les postulants, on s’efforce de fonder de petites écoles préparatoires dans chaque district. Ro-Hai en possède deux, et Kon-Tum, deux également. Nous espérons, par ce moyen, relever peu à peu le niveau de l’éducation et de la vie chrétienne chez nos sauvages.
« La modeste imprimerie ba-hnar-annamite s’évertue à fournir des manuels à l’activité studieuse de nos écoliers, petits et grands. Dans le cours de cet exercice, elle a édité, avec un luxe relatif, une pastorale de Noël qui a eu 4 représentations très suivies ; et aussi, un « résumé de l’Ancien Testament » de plus de 200 pages. Pour graver la doctrine dans l’esprit et le cœur de nos chers sauvageons, rien ne vaut les faits et les récits ; ceux de l’Ecriture sainte spécialement, surtout quand ils sont rendus sensibles par l’image.
« L’élément annamite de Ro-Hai a donné une moyenne de 25 communions par adulte ; c’est le maximum obtenu dans toute la mission. Pour arriver à un si beau résultat, le missionnaire a dû lutter énergiquement contre le préjugé très répandu parmi les fidèles, qui voulait que chaque communion fût précédée d’une confession, laquelle n’avait guère lieu que le samedi soir. Aujourd’hui, Dieu merci, un bon nombre de fervents néophytes s’approchent très fréquemment de la sainte Table, et se contentent de la confession hebdomadaire, qui a lieu indifféremment, le samedi ou un autre jour de la semaine. Il serait bien à désirer que cette manière de faire se généralisât ; car le missionnaire y trouverait un véritable soulagement, et les âmes un profit inestimable.
« L’église de Kon-Tum, dévorée deux fois par les flammes en l’espace de 10 ans, avec tout son mobilier, a été reconstruite, grâce à la générosité d’un insigne bienfaiteur. Il n’a pas été possible d’y employer la pierre, ni même la brique ; mais les bois qui ont été utilisés sont d’excellente qualité, et l’architecte a su lui donner l’apparence « d’une cathédrale », en pays ha-hnar, s’entend.
« A deux kilomètres environ de Kon-tum, se trouve un village de lépreux, tous baptisés. Dans la clairière où ils sont cantonnés, ces malheureux trouvent en abondance l’eau et le bois nécessaires à la préparation des aliments, que leur procurent les chrétiens et surtout, les missionnaires. C’est là une excellente prédication pour les païens si égoïstes.
« L’évangélisation des Jarraï, tribu nombreuse qui occupe un vaste et fertile territoire, souffre de l’absence de M. Nicolas, forcé par la maladie de retourner en France. Les deux confrères qui ont dû, en se la partageant, ajouter sa besogne à la leur, se trouvent surmenés ; mais comment leur venir en aide quand nous avons beaucoup de peine à administrer les postes déjà fondés ? D’un autre côté, plus de 1.400 indigènes, divisés en deux groupes, ont consenti à quitter leurs superstitions et à recevoir l’enseignement chrétien ; comment les abandonner ? A en juger par les difficultés que le démon nous suscite, il redoute singulièrement que le christianisme pénètre en pays Jarraï ; mais nous espérons bien que l’ennemi du genre humain n’aura pas le dernier mot.
« L’impression, qu’on rapporte d’une visite dans ces montagnes, est qu’il y a chez nos néophytes ba-hnars de sérieux éléments d’avenir. L’infiltration, de jour en jour plus active, des annamites ne fera que consolider ces éléments ; mais la pénurie de notre personnel et de nos ressources en arrête le développement : les missionnaires et les prêtres indigènes travaillent de toutes leurs forces, sans arriver à finir la besogne. Quant aux œuvres à entretenir ou à créer, elles demeurent nécessairement en souffrance. »
*
* *
« Au cours de sa visite pastorale au Quang-Nam et au Quang-Ngai, qui a duré cinq mois, Mgr le Coadjuteur a donné 5.402 confirmations. En outre, Sa Grandeur a prêché presque partout les exercices du Jubilé, et distribué la sainte communion à plus de 15.000 fidèles, tout heureux de recevoir Notre-Seigneur de la main de son plus haut représentant auprès d’eux.
Voici d’après les notes du zélé Prélat, la situation de chacun des districts qu’il a visités.
Tourane. — « Il y a à Tourane un. noyau de chrétiens annamites, qui, malgré leur diversité d’origine et leurs fréquentes migrations, sont fermes dans la foi. Bon nombre de jeunes gens, anciens élèves des écoles de Hué, aiment à fréquenter les sacrements et demeurent fidèles aux autres pratiques de la vie chrétienne.
« Parmi les Européens, ceux qui font leurs pâques ont été un peu plus nombreux, cette année ; mais combien plus considérable est le nombre de ceux qui, se laissant absorber par les fonctions publiques, le commerce et les affaires, oublient « l’unique nécessaire », le salut de leur âme ! Le curé de la ville en est désolé, sans toutefois s’en décourager. Hélas ! comme aumônier de l’hôpital militaire, il ne trouve guère plus de consolation auprès des malades.
« Quoi qu’il en soit, ses paroissiens français lui ont causé récemment une agréable surprise, par le don spontané d’une très jolie statue de la Bienheureuse Jeanne d’Arc. La cérémonie de la bénédiction solennelle de cette statue attira une foule de monde, qui goûta beaucoup le panégyrique de notre sainte héroïne. Daigne la bonne Providence fournir au curé de Tourane les ressources dont il a besoin, pour construire bientôt une église moins indigne du culte divin, que la pièce carrée, étroite et basse, qui sert actuellement de chapelle.
An-Ngai . — « Sur les cinq chrétientés du district d’An-Ngai, 4 sont très anciennes, une est de fondation récente. La chrétienté centrale, qui donne son nom au district et forme un village entièrement catholique, compte 778 âmes, animées du meilleur esprit et, pour la plupart, très ferventes. Elle eut le périlleux honneur de donner agile, pendant près de deux ans, au Bienheureux Cuenot, lorsqu’il débarqua en Annam comme évêque-coadjuteur. Il faudrait à An-Ngai une église plus grande et plus convenable.
« Hoa-Nu, .la plus importante des succursales d’An-Ngai, est mieux dotée sous le rapport des édifices religieux. Les chrétiens de l’endroit savent mettre à profit les visites du missionnaire, pour s’approcher des sacrements. Ils ne regrettent qu’une chose, c’est que leur père spirituel ne puisse pas venir chez eux plus souvent.
« Grâce à la présence d’un bon nombre d’anciens catéchistes et élèves de nos écoles, l’enseignement du « quocngu « a fait de grands progrès à An-Ngai et à Hoa-Nu.
Phu-Thuong. — Population catholique : 3.344. — « Dans le district, de Phu-Thuong également, la vie chrétienne est très intense, surtout dans la station principale, qui est fière de ses 1.450 fidèles. Il a fallu donner un second vicaire au chef du district ; et ces trois prêtres n’ont pas à craindre de manquer de travail, car le ministère de la confession à lui seul absorberait facilement tout leur temps. Les offices publics sont religieusement suivis. L’instruction, même profane, se répand de plus en plus. Grâce à sa position plus centrale que celle de Phu-Thuong, Tung-Son possède une école cantonale, tenue par un catholique, qui a mérité la visite et les félicitations des autorités provinciales. D’ailleurs, les familles, dont les enfants étudient dans les écoles des villages et savent lire dès l’âge de 7 ou 8 ans, sont fort nombreuses. On cite même une fillette de 6 ans qui lit à la perfection.
« Au point de vue économique, Phu-Thuong est toujours le pays du thé. Ce précieux produit, exporté presqu’à l’état naturel sous l’étiquette : « thé d’Annam », trouve en France un excellent débouché. La compagnie qui l’achète sur place, réalise de gros bénéfices, par suite de cette facilité d’écoulement, et la culture du thé va s’étendre sur, de nouveaux terrains. L’appât du gain fait braver l’insalubrité du climat, qui, d’ailleurs, diminue à mesure qu’augmente le défrichement des collines.
Lê-Son. — Population catholique : 1.077. — « Le district de Lê-Son, récemment détaché de celui de Phu-Thuong, et administré par un prêtre indigène, ne compte que quelques familles chrétiennes de vieille souche, sur une population catholique de 1.077 âmes. Le niveau religieux y est naturellement un peu inférieur. Là aussi néanmoins, Mgr Jeanningros a eu lieu d’admirer l’action de la grâce sur les cœurs, en voyant ces pauvres néophytes, baptisés depuis quelques années seulement, suivre chaque jour les exercices du Jubilé, et en les entendant chanter avec ensemble les louanges de Dieu et de « l’auguste Mère ». Et c’était la presque totalité de l’assistance, qui récitait les méditations sur les mystères du très saint Rosaire, les formules du chemin de la Croix, les hymnes au très saint Sacrement, l’amende honorable au Sacré-Cœur, et tant de prières à la sainte Vierge !
« Il est regrettable que l’éloignement de la plupart des annexes de Lê-Son, rende si difficile aux chrétiens l’assistance régulière à la messe du dimanche. Dieu les récompensera de la bonne volonté dont ils font preuve sous ce rapport.
« Une chrétienté nouvelle a été fondée, cette année, dans le village de Quang-Hien.
Tra-Kieu. — Population catholique : 3.247. — « La partie nord-ouest du district de Tra-Kieu ressemble beaucoup au district de Lê-Son : les 1.500 néophytes qui s’y trouvent, sont presque entièrement isolés de nos vieux chrétiens. Ils ont bonne volonté sans doute, mais que
de travail demande encore leur éducation spirituelle ! Les rapides progrès, accomplis sous ce rapport dans le groupe de Hoang Phuc, prouvent le bien que procure la présence habituelle du prêtre à proximité des nouvelles paroisses.
« La paroisse de Tra-Kieu, avec ses 1.302 âmes, son couvent et son orphelinat, suffirait à elle seule pour occuper un des trois prêtres du district. Le nombre des confessions et des communions y doublerait sans peine, si les courses aux malades et l’administration des annexes ne prenaient une bonne partie du temps dont disposent nos zélés confrères...
« L’église est vaste et en bon état ; mais le presbytère exige des réparations immédiates. Presque toutes les annexes du district ont leur chapelle.
*
* *
An-son. — « Les huit chrétientés du district d’An-son forment deux groupes assez éloignés l’un de l’autre. En effet, l’un se trouve sur le bord de la mer, et l’autre avoisine les montagnes. Les annexes de Tho-son et de Cam-y sont même accrochées comme deux nids d’aigle aux flancs d’une hante montagne, qui, chose très rare en Annam, laisse jaillir, presque à son sommet, plusieurs sources intarissables. Les indigènes ont profité de ces sources pour créer, dans chaque pli de terrain, des rizières soigneusement cultivées. A Tho-son et à Cam-y, on respire un air toujours frais et pur, et la vue s’étend jusqu’au Col-des-Nuages, au-delà de Tourane.
« Les néophytes, dans cette partie du district d’An-son, se distinguent par leur simplicité ; ils ont conservé les bonnes traditions chrétiennes et savent se gêner pour assister à la messe le dimanche, même quand la distance à parcourir et le mauvais état des chemins les en dispenseraient largement. Nulle part les enfants n’ont paru mieux préparés à la première communion et à la confirmation.
Thuan-yen. — Population catholique: 1.631. — « Celui qui serait tenté de croire passée l’ère des fondations nouvelles, n’aurait qu’à parcourir les douze chrétientés du district de Thuan-yen pour reconnaître qu’il se trompe. Avant 1898, il n’y avait pas un seul chrétien dans toute cette région, qui est vaste. Depuis lors, les conversions s’y sont multipliées sans interruption, malgré des obstacles de tout genre.
« Tous ces braves néophytes ont montré un joyeux empressement pour recevoir la confirmation et suivre les exercices du Jubilé : l’église, quoique nouvellement agrandie, était toujours comble. Leur bonne volonté ne dénote-t-elle pas déjà un véritable esprit de foi ? Sans doute, quelques-uns d’entre eux sont encore un peu formalistes, et attachent aux pratiques matérielles plus d’importance qu’il ne convient ; mais ces pratiques extérieures elles-mêmes ne sont-elles pas la meilleure garantie de leur persévérance.
« Dans ce pays de collines généralement cultivables et de vallées très fertiles, il y a peu de riches, mais encore moins de pauvres. Seuls, les paresseux incorrigibles peuvent y mourir de faim, car la terre produit le riz, le manioc, les patates de toute sorte, voire même le thé et la cannelle.
Phu-Thanh. — « A l’extrémité-sud de la province, Phu-Thanh est un village tout chrétien, mais dont l’église laisse beaucoup à désirer : elle n’est pas assez grande et devrait être aussi plus convenable. Les fidèles ont obtenu de l’administration civile la permission d’avoir une école spéciale, où leurs enfants ne soient pas mêlés aux païens : c’est une preuve de plus de l’esprit chrétien qui les anime.
*
* *
Trung-Son. — Population catholique : 1.325. — « Ce district, le plus au nord de la province de Quang-Ngai, est très pauvre des biens de ce monde, et les trois quarts des habitants n’y vivent guère que de patates. Le missionnaire qui en est chargé, a essayé d’améliorer les cultures indigènes, et de reboiser les collines ; mais, à cause de la sécheresse du climat et de la fréquence des typhons, il a échoué dans ses entreprises.
« Grâce à Dieu, si le pays est pauvre au point de vue temporel, il est extraordinairement riche sous le rapport spirituel. Le missionnaire de Trung-son, selon le conseil de saint Paul, « prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, exhorte, reprend, menace », et ne recule jamais devant les obstacles qu’il rencontre sur son chemin. Ses chrétiens, il faut le dire, sont de vieille souche pour la plupart ; et, comme ils habitent à une faible distance de la résidence du Père, ils peuvent, sans difficulté, entendre la messe le dimanche et communier plusieurs fois par semaine.
« A l’occasion du Jubilé, il y a eu de grandes fêtes à Trung-son ; l’église ne désemplissait pas, de 4 heures du matin à 10 heures du soir. Malheureusement, cette église n’est qu’une paillote branlante, qu’il importe de remplacer par une autre plus solide et moins indigne de nos saints mystères.
*
* *
Phu-Hoa. — Population catholique : 876. — « Phu-Hoa ne compte que 4 petits groupes chrétiens fort rapprochés. Les néophytes donnent beaucoup de consolation au missionnaire, par leur bon esprit et leur parfaite docilité.
« Centre de la province et situé à 4 kilomètres de la Résidence française, Phu-Hoa est d’un accès facile, et servirait naturellement de lieu de réunion aux missionnaires du Quang-Ngai, niais il a dû être rattaché au district de Cou-Via, et ne possède qu’une église provisoire.
*
* *
Cou-Via. — « Sous le rapport matériel, le district de Cou-via est un petit paradis terrestre. Sa position dans le voisinage des hautes montagnes, le préserve habituellement de la grande sécheresse. Aussi y rencontre-t-on bien peu de miséreux.
« Au spirituel, une distinction s’impose entre la chrétienté centrale et ses 9 annexes. Celles-ci, moins populeuses, composées en grande partie de néophytes, ont conservé la bonne simplicité du vieux temps, et se perfectionnent à vue d’œil. Dans celle-là au contraire, où « faire son manger » est plus facile, où les familles à l’aise sont plus nombreuses, les enfants sont gâtés et moins bien élevés qu’ailleurs. En outre, quelques-uns des notables, fiers de leur belle église, du nombre de leurs subordonnés et de leur influence auprès des païens, se montrent moins ouverts, moins souples, et prendraient volontiers, vis-à-vis du Père, une liberté d’allures qu’il est parfois difficile de leur accorder. Toutefois, ces défauts de quelques individus n’enlèvent rien aux bonnes dispositions de la masse.
*
* *
Chau-Me. — « Le district de Chau-Me, récemment détaché de celui de Bau-Goc, ne compte encore que 735 âmes, réparties en 4 chrétientés anciennes et 4 de fondation récente. Les néophytes y sont la grande majorité.
« Depuis deux ans, le principal souci du pasteur a été de reconstruire et de réparer les chapelles renversées ou endommagées par le typhon de 1910. Grâce à de charitables secours, les annexes sont déjà restaurées, et l’église centrale a été rebâtie sur des bases plus solides. Grande fut la joie du pasteur et des fidèles, de l’inaugurer par les cérémonies de la confirmation et les exercices du Jubilé.
Bau-Goc. — « Il est bien possible que Bau-Goc jette parfois un regard d’envie sur sa fille de Chau-Me, si bien dotée, malgré sa jeunesse. Et cependant, le dénuement relatif de Bau-Goc est tout à son honneur : c’est pour fonder plusieurs chrétientés nouvelles, que ce généreux centre a retardé la construction d’une église plus convenable que celle qu’il possède. Il est grand temps de mettre la main à l’œuvre, car ni les lanternes aux couleurs variées, ni les guirlandes gracieusement disposées n’arrivent à cacher le ravage des ans et des fourmis blanches dans l’église actuelle.
« Dans le nouveau groupe du nord-est, le P. Thieng occupe très activement de la formation des néophytes qui lui sont confiés. Sa résidence provisoire à Ky Tan mérite d’être signalée comme le monument le plus original de la province : située sur le bord de la mer et construite en bambous, elle a tout juste les dimensions d’une cabine de navire, pas d’une cabine de première classe ! La chapelle, un peu plus étendue que la maison du Père, est à l’avenant.
« Le groupe-sud est bien administré, lui aussi, par un autre jeune prêtre indigène, le P. Vi. Toutefois ces diverses chrétientés sont encore loin d’atteindre le niveau religieux de Tra-Cau, qui compte quelques familles d’anciens chrétiens et continue d’être un modèle de ferveur et de régularité.
« L’itinéraire à suivre dans les tournées pastorales de confirmation, a été arrêté de façon que chacune de nos six provinces d’Annam reçoive la visite de l’évêque tous les trois ans. Chez les sauvages, c’est M. le Provicaire qui donnera les confirmations.
« L’an prochain, J’espère pouvoir accompagner mon cher Coadjuteur dans la visite de nos 3 provinces du sud. Daigne la bonne Providence, conserver vaillance et santé à Mgr de Havara, qui porte tout le poids de ces tournées pastorales, à la fois si fructueuses et si fatigantes, quand elles se font, comme c’est mon plus vif désir, sous la forme de mission prêchée par l’évêque dans les chrétientés. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|