| Année: |
1913 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Allys |
III. — Cochinchine Septentrionale
Population catholique 60.290
Baptêmes d’adultes 2.189
Baptêmes d’enfants de païens 2.944
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« Le zèle déployé par les ouvriers apostoliques de la Cochinchine Septentrionale, écrit Mgr Allys, a produit, dans le courant de cette année, de bien consolants résultats. Nous ne saurions trop remercier Notre-Seigneur d’avoir béni nos efforts et procuré, au moins en une certaine mesure, la réalisation de nos désirs les plus ardents et les plus légitimes.
« Le chiffre des confessions s’est élevé à 204.499 ; celui des communions, à 376.128 ; et le nombre des baptêmes d’enfants de païens a été de 2.944. Quant aux catéchumènes, nous en avons baptisé 2.189.
« Ce dernier chiffre aurait pu être plus considérable ; mais divers obstacles qui, probablement, existeront encore longtemps, nous ont empêchés de faire mieux ; je veux parler de notre pénurie de personnel enseignant, de l’hostilité des païens et du manque d’union entre les néophytes.
« Ce dernier obstacle a arrêté à Phu-Bai le beau mouvement de conversions, qui avait permis à M. Stœffler de baptiser plus de quatre-vingts personnes, dans ce village, le plus grand de toute la province de Hué. Le manque d’union empêche également la chrétienté de Da-Lê de se développer aussi rapidement que nous l’avions espéré. A Thanh-Thuy, c’est l’hostilité des païens qui arrête les conversions ; et il en sera ainsi tant que les autorités provinciales, parfaitement au courant de la situation, n’auront pas donné gain de cause à nos néophytes dans leurs justes revendications.
« A Thau-Phu, les difficultés n’ont pas manqué non. Plus ; aussi les chrétiens y sont-ils encore en bien petit nombre. Toutefois, comme les demandes de conversion se sont multipliées, dans ce village, depuis quelque temps, M. Stœffler y a construit une petite chapelle, et, prochainement, un des vicaires de Phu-Cam ira s’y installer pour quelques mois. Il ne paraît nullement téméraire d’espérer qu’avant la fin de l’année, le nombre des néophytes dépassera la centaine.
« Nous serions d’autant plus heureux de voir ces espérances se réaliser, que l’augmentation du chiffre des chrétiens de Thau-Phu et des trois autres villages, dont j’ai parlé plus haut, permettrait de fonder là une nouvelle paroisse. Ce serait très avantageux : d’abord, pour Phu-Cam, où il y a plus d’ouvrage qu’on ne peut en faire ; ensuite, pour ces nouvelles chrétientés, qui, ayant à leur tête un prêtre à poste fixe, seraient bien plus rapidement formées à la vie chrétienne.
« En attendant la réalisation de ce désir, M. Stoeffler, aidé de ses deux vicaires, les PP. Hoi et Tuyen, a, pendant le dernier exercice, baptisé 231 catéchumènes, entendu 12.646 confessions, distribué 26.499 communions, et préparé 254 personnes à la confirmation.
« Le P. Hien, bien que très occupé par l’instruction de ses néophytes, et souvent dérangé par les travaux qu’il a été obligé de faire pour s’installer dans le nouveau poste de Van-Dang, a baptisé 55 catéchumènes, dont 22 à Luong Loc, où, jusqu’ici, il n’y avait encore jamais eu de chrétiens, et 22 à Luong-Van, où nous en avions déjà une centaine. Actuellement, le Père se dispose à construire une chapelle dans chacune de ces chrétientés.
« M. Etchebarne, lui aussi, a fait tout son possible pour augmenter le nombre et la qualité de ses chrétiens. Ses efforts et ceux de son vicaire, le P. Kham, n’ont pas été sans résultats, puisqu’il a pu baptiser 58 adultes, perfectionner l’instruction d’un grand nombre de néophytes, et préparer beaucoup d’enfants à la sainte communion.
« Une grande partie de leur temps a été également consacrée par M. Maillebuau Marcelin et ses deux vicaires, les PP. Trang et Chuong, à l’instruction de leurs nombreux chrétiens. Mais cette fatigante besogne ne les a pas empêchés de baptiser 82 catéchumènes, et de préparer près de 400 personnes à recevoir la confirmation dans l’église, devenue trop étroite, de la paroisse de Ha-Uc.
« Il y a trente ans, Ha-Uc n’existait pas ; aujourd’hui, cette chrétienté compte plus de 600 néophytes ; et, si l’on y ajoute les quatre succursales de Ha-Thanh, Xuan-Thien, An-Buong et Phuong-Tay qui l’avoisinent ,elle est le centre d’une paroisse de près de 1.800 âmes. Or, cette paroisse a eu pour fondateur un mauvais chrétien, il faudrait même dire un apostat, dont je crois intéressant de raconter brièvement la conversion, la chute et le retour à Dieu.
« Oï (c’est son nom) était si pauvre et gagnait si difficilement sa vie dans son village, qu’il s’expatria et vint échouer, un beau jour, dans un des établissements agricoles de la mission. Après avoir travaillé quelque temps comme journalier, il demanda à étudier la doctrine, fut baptisé et continua à exercer, dans l’établissement, le métier de coolie. Le baptême, toutefois, ne l’avait pas complètement dépouillé du vieil homme ; aussi, après plusieurs aventures désavantageuses pour lui, retourna-t-il dans son village, où non seulement il abandonna toute pratique chrétienne, mais où il participa souvent aux cérémonies païennes.
« Dix ans s’écoulèrent de la sorte, et personne ne pensait plus à Oï, lorsqu’il vint demander à se convertir de nouveau ; il était accompagné d’une trentaine de personnes, tontes aussi pauvres que lui, avec lesquelles il se fixa à Ha-Uc. Depuis ce temps, c’est-à-dire depuis 1887, il y a eu, chaque année, des conversions de païens à Ha-Uc ; et il est à croire qu’il y en aura toujours, jusqu’au moment où village et chrétienté ne formeront plus qu’un corps et qu’une âme, et n’adoreront plus que le vrai Dieu.
« Puisse l’histoire de l’apostat de Ha-Uc servir de consolation et d’encouragement aux missionnaires qui, s’occupant plus particulièrement des néophytes et se sacrifiant pour eux, sont tentés de se décourager, lorsqu’ils en voient quelques-uns regarder en arrière et retourner au paganisme. Le cas de Oï n’est pas unique du reste ; on voit assez souvent des païens convertis par des apostats ; et ils ne sont pas rares, parmi les apostats, ceux qui, après avoir vécu en païens de longues années, se souviennent, un jour, de leur baptême, et finissent par faire une bonne mort.
« Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet ; mais, pour ne pas allonger mon rapport, je préfère parler des beaux résultats obtenus dans la paroisse de Lai-An. Après les événements de 1898, il ne restait plus, dans toute cette paroisse, que 404 chrétiens pratiquants ; les autres, au nombre de plusieurs centaines, on avaient apostasié au moins extérieurement, ou s’étaient enfuis dans différentes directions. Aujourd’hui, la population totale s’élève à près de 1.500 âmes. Dans le courant de cette année, M. Morineau, curé de cette belle paroisse, a, avec l’aide de son vicaire, le P. Hoang, baptisé 131 catéchumènes et préparé 311 personnes à la confirmation.
« Mais, de nous tous, c’est le P. Du qui a obtenu le plus beau chiffre de baptêmes d’adultes. Seul prêtre sur les dunes de Linh-Thuy, où se trouvent situées les huit chrétientés dont il a la charge, aidé seulement d’un petit-neveu qu’il a fait venir près de lui, il a instruit et baptisé 342 catéchumènes, et les demandes de conversion continuent de la part des païens. Je ne crains qu’une chose, c’est de voir cet excellent prêtre succomber à la tâche, avant qu’il m’ait été possible de lui donner un vicaire.
« M. Chapuis, secondé par ses deux vicaires, continue à s’occuper de la conversion des païens, et il a eu la consolation d’en baptiser 79. Mais les fatigues imposées par les soins à donner aux 29 chrétientés qui forment la paroisse de Thach-Binh, ne permettent pas à notre confrère de se consacrer, autant qu’il le désirerait, à l’œuvre des catéchumènes. Puisse l’école qu’il va fonder, et qui sera tenue par des religieuses indigènes, lui apporter un secours efficace, et réaliser ses vœux pour le plus grand bien de ses chrétientés !
« M. Antoine Maillebuau n’a pu baptiser que 49 catéchumènes ; cependant, l’on peut affirmer que l’exercice qui vient de finir a été très pénible pour ce confrère et pour son vicaire, le P. Trieu. En effet, ils n’ont cessé de lutter pour faire rendre justice à des néophytes opprimés par des païens, et pour obtenir l’établissement définitif d’une nouvelle chrétienté. Dans l’un et l’autre cas, l’hostilité des bouddhistes a été si grande, et leurs moyens d’action si puissants, que le succès désiré n’a pas encore été obtenu. La chapelle provisoire, construite sur la propriété particulière de M. Maillebuau, a même été incendiée. Les notables du village, condamnés d’abord à une amende, ont vu la sentence annulée, et ont été renvoyés absous par les grands mandarins de Hué.
« Le P. Chinh, tout en reconstruisant son presbytère et en réparant quelques-unes des chapelles de ses chrétientés, a instruit une centaine de catéchumènes et ramené une dizaine d’apostats. Comme plus de la moitié des chrétientés, qui forment la paroisse de Hoi-Yen, se trouvent dans une région malsaine, le Père ne peut y faire un séjour tant soit peu prolongé, qu’en prenant de grandes précautions.
« Après avoir baptisé 81 catéchumènes dans le village de Linh-Yen, et préparé une cinquantaine de personnes à recevoir la confirmation, M. Maximilien de Pirey se disposait à doter cette chrétienté d’une gentille petite chapelle ; mais quelques notables païens ont soulevé des difficultés, au sujet du terrain sur lequel devait s’élever cette construction, et notre confrère a dû renoncer provisoirement à son dessein.
« Mieux favorisé par les circonstances, le P. San a fini l’église de Ngo-Xa, et a reconstruit A Dao-Dau une chapelle, qui n’existait plus depuis longtemps. Malgré les tracas et les dérangements que lui ont causés ces différents travaux, le Père a préparé de nombreux néophytes à la confirmation et a baptisé 101 catéchumènes.
« Les PP. Duong et Uy se sont aussi donné beaucoup de peine pour instruire leurs néophytes et augmenter le nombre de leurs chrétiens. Le premier a baptisé plus de cent adultes ; et, si le second n’en a baptisé qu’une quarantaine, ce n’est pas faute d’avoir cherché et exhorté. Mais, avant de récolter, il faut semer, et c’est surtout ce que fait ce Père, depuis deux ans qu’il est chargé de la paroisse de Kim-Dau.
« Le P. My fait la même chose dans la paroisse de Phan-Xa, où, jusqu’à ce jour, la moisson n’a été rien moins qu’abondante. Cette année enfin, il a pu baptiser une trentaine de catéchumènes.
« Depuis que M. Darbon administre le district de Tam-Toa, il n’avait pas eu, malgré ses efforts incessants, la joie d’enregistrer le nombre de catéchumènes qu’il a enregistré cette année : une dizaine environ. Puisse ce chiffre décupler, et permettre à M. Darbon de jouir à nouveau des résultats qu’il obtint jadis à Linh-Thuy.
« Après de longues démarches, M. Henrion est arrivé à construire une chapelle à Xuan-Hoa, et à aménager un logement pour son vicaire, le P. Tuê. M. Henrion accuse 54 baptêmes d’adultes, dont 29 dans la chrétienté de Xuan-Hoa.
« En dehors des chiffres de baptêmes plus ou moins élevés, dont j’ai fait mention plus haut, beaucoup d’autres, moins importants, ont été inscrits dans les comptes particuliers de presque toutes les paroisses de la mission. On peut donc dire, sans exagération, que l’œuvre de la conversion des païens est pour nous tous un sujet de continuelles préoccupations ; ce qui,. cependant, n’empêche personne de s’occuper de la sanctification des chrétiens. Nos séminaires et nos communautés religieuses apportent, il est vrai, nu sérieux contingent au total des sacrements administrés ; mais celui que les paroisses ont fourni, n’en demeure pas moins considérable. En beaucoup d’endroits, les communions quotidiennes deviennent nombreuses, et l’on ne compte plus les fidèles qui s’approchent de la sainte Table tous les dimanches, et même plusieurs fois la semaine.
« Est-ce à dire que, chez nous, tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Hélas ! non, et, presque partout, il y a encore un certain nombre de chrétiens qui, assurément, ne voudraient pas abandonner la religion ni être regardés comme apostats, mais qui n’observent leurs devoirs religieux que par moments, au gré de leurs caprices et suivant les circonstances. Il s’en trouve même, qui, pour ne pas se réconcilier avec leur prochain, rendre le bien mal acquis ou quitter des occasions prochaines de péché, laissent passer des années entières sans s’approcher des sacrements. Ils vivent comme des païens et meurent dans des conditions telles, qu’il est impossible de ne pas y voir un châtiment de la justice divine. C’est ce qui est arrivé notamment à un de mes paroissiens de Phu-Cam.
« Cet individu, originaire de Cochinchine, était venu s’établir à Sia-Hoi, quartier de Hué qui faisait alors partie de la chrétienté de Phu-Cam. Bien que peu fervent, il observait assez régulièrement ses devoirs religieux ; mais, à la longue, il subit l’influence de son entourage païen, et les compagnies qu’il fréquentait lui firent peu à peu quitter le droit chemin. Bientôt, j’eus la douleur d’apprendre qu’il entretenait une concubine. Averti du mauvais exemple qu’il donnait et du danger qu’il faisait courir à son âme, il sembla réfléchir ; et, pendant quelque temps, on put espérer le voir changer de conduite. Mais la passion étouffa la voix de la conscience, et, pour montrer que son parti était définitivement pris de vivre à sa guise, le malheureux installa chez lui sa concubine, en disant à une personne qui lui reprochait cette mauvaise action : « Lorsque j’aurai 70 ans, je me convertirai ; en attendant, je veux jouir de « la vie. »
« Quelques semaines s’étaient à peine écoulées, que l’adultère tombait gravement malade. Sa femme légitime crut devoir envoyer quelqu’un prévenir le curé de Phu-Cam, du dangereux état de son mari. L’exprès arriva vers 8 heures du soir, et aussitôt le P. Lu, vicaire de la paroisse, monta en barque pour se rendre auprès du moribond. En quelques minutes, le sampan avait quitté le canal de Phu-Cam, et s’engageait sur le grand fleuve de Hué ; deux kilomètres à peine restaient à franchir, avant d’atteindre la maison du malade. Tout à coup, bien que l’atmosphère eût été jusque-là très calme, le veut se mit à souffler avec une telle violence que le sampan, ballotté par les vagues, mit près de deux heures à parcourir une distance qu’il eût franchie en une demi-heure, par un temps calme.
« Aussitôt débarqué, le P. Lu se dirigea rapidement vers la maison du malade ; mais tout semblait vouloir tourner contre ce malheureux. En effet, le prêtre dut stationner à la porte, barricadée par la concubine, et qui ne lui fut ouverte qu’après d’assez longs pourparlers, quand la mort avait déjà fait son œuvre. Le P. Lu se pencha sur le lit du malade, et reconnut qu’il n’avait devant lui qu’un cadavre, humide encore des sueurs de l’agonie.
« Là ne se borna pas l’horreur d’une telle mort. Au moment où l’on allait partir pour le cimetière, le couvercle du cercueil, bien que solidement chevillé, sauta sous la pression des gaz, et un cadavre, démesurément enflé, apparut aux yeux épouvantés des assistants, qui n’en perdront jamais le souvenir.
« Les morts de ce genre sont heureusement rares et les retours à Dieu sont faciles, en cas de danger ; car, partout dans la mission de Hué, se trouvent des missionnaires ou des prêtres indigènes, qui peuvent aisément être appelés.
« Déjà, du temps de Mgr Sohier, les postes avaient été multipliés et établis de telle sorte que, de toutes les chrétientés de la mission, les fidèles pouvaient, le dimanche, se rendre à quelque église pour assister à la messe. Les successeurs de ce vénéré vicaire apostolique, Mgr Pontvianne et Mgr Caspar, ont encore amélioré cet état de choses, qui sera maintenu, tant que le bon Dieu continuera à bénir l’œuvre du clergé indigène, et permettra au Séminaire de Paris de nous envoyer des missionnaires, dont la présence, dans ce vicariat, sera longtemps encore d’une absolue nécessité.
« Le 5 août dernier, jour de la fête de Notre-Dame des Neiges, a eu lieu le pèlerinage triennal au sanctuaire de Notre-Dame de La-Vang. Dès la veille, arrivent, de la province de Quang-Binh, des pèlerins qui n’ont pas reculé devant les fatigues d’un long voyage à pied, pour venir implorer la protection de la sainte Vierge. Pendant toute cette journée du 4 août, affluent également les pèlerins des provinces de Quang-Tri et de Thua-Thien, venant les uns à pied, d’autres en barque, un bon nombre en chemin de fer. Beaucoup s’arrêtent à Co-Vuu, où M. Lemasle, curé de la paroisse et directeur du pèlerinage, leur assigne la place qu’ils devront occuper dans la procession du lendemain, procession qui doit partir de Co-Vuu pour se rendre au sanctuaire de La-Vang. D’autres vont directement au sanctuaire, pour y passer la nuit aux pieds de la très sainte Vierge, et aussi, pour se réserver des places, qu’il leur serait probablement impossible de trouver le lendemain.
« Durant la nuit du 4 au 5, ce ne sont que prières chantées et récitées partout : aux débarcadères, où stationnent les sampans qui ont amené les pèlerins de Hué, dans l’église de Co-Vuu, dans l’église de La-Vang, et tout le long du chemin qui conduit de Co-Vuu à la chapelle de Notre-Dame. De très grand matin, le 5, les messes commencent dans la chapelle du pèlerinage et dans l’église paroissiale de Co-Vuu ; la sainte Table, dans l’un et l’autre endroit, voit s’approcher de nombreux pèlerins. Les messes achevées à Co-Vuu, la procession s’ organise peu à peu, et se déroule sur un parcours de près de trois kilomètres.
« A six heures, l’évêque et un grand nombre de prêtres suivis de leurs paroissiens, arrivent de Hué par un train spécial de pèlerinage, et se joignent à la procession, qui se dirige vers le sanctuaire de La-Vang ; le rosaire est récité, des cantiques français et annamites sont chantés avec, pour refrain, l’Ave Maria et le Laudate Mariam, pendant tout le trajet de Co-Vuu à La-Vang.
« Vers huit heures et demie, la procession, un peu contrariée par une pluie forte et persistante, arrive à la chapelle, où les pèlerins s’entassent sous le grand hall construit devant la porte du sanctuaire ; le tiers seulement d’entre eux peut se mettre à l’abri ; et c’est debout, en plein air, sous la pluie qui tombe toujours, que, joyeux malgré tout, les moins privilégiés écoutent l’allocution prononcée par M. Chabanon, entendent la messe chantée par M. Barthélemy, et assistent au salut solennel donné par l’évêque : 55 missionnaires ou prêtres indigènes sont présents.
« Vers dix heures et demie, tout est terminé, et les pèlerins se retirent peu à peu, heureux d’avoir pu prendre part à une pareille manifestation en l’honneur de Marie. « Je suis au « comble de mes vœux, entend-on répéter dans les groupes, et, si je mourais maintenant, « j’aurais le cœur et l’esprit en paix. »
« Quel a été exactement le nombre des pèlerins venus à La-Vang, dans les journées des 3, 4 et 5 août ? Le rédacteur du compte rendu de cette manifestation accuse au moins 10.000 ; d’antres donnent un chiffre plus élevé. La chose en soi n’a pas une bien grande importance ; ce qui est certain, c’est que le nombre des pèlerins augmente à chaque pèlerinage, et que le nom de N.-D. de La-Vang devient de jour en jour plus populaire, dans toutes les missions du groupe de Cochinchine.
« Puisse cette dévotion à Notre-Dame de La-Vang affermir dans la foi les âmes régénérées d’hier, et, dans une pratique plus parfaite de toutes les vertus chrétiennes, celles qui tiennent à la foi par plusieurs générations d’ancêtres !
« Cette année, les écoles tenues par les Frères des Ecoles chrétiennes, ont été florissantes comme par le passé ; elles l’ont même été davantage, si l’on considère le nombre des élèves qui les ont fréquentées. C’est cette prospérité, due à la confiance des familles chrétiennes et païennes et au dévouement des maîtres, qui a attiré contre ces derniers la haine de certains personnages officiels, dont la partialité s’est manifestée dans les examens, où ils siégeaient comme examinateurs. Espérons que cette façon d’agir ne s’acclimatera pas en Annam.
« Quant à nos établissements de la Sainte-Enfance, tant ceux qui sont sous la surveillance des missionnaires que ceux qui sont sous la direction des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, ils ont tous produit des fruits de salut pour le temps et pour l’éternité. Beaucoup d’enfants y ont été nourris, soignés et préservés de la mort corporelle ; un grand nombre d’autres, trop malades pour vivre longtemps sur la terre, y ont trouvé le chemin du ciel.
« Enfin nos Carmélites, tout en s’efforçant par leurs prières et leurs mortifications, d’attirer sur notre mission les plus abondantes bénédictions, continuent à agrandir leur monastère et à recruter de nouvelles postulantes, qui augmenteront le nombre des filles de sainte Thérèse. »
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