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Rapport annuel des évêques

Année: 1913
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin
Rédacteur:Mgr Ramond

III. — Haut-Tonkin

Population catholique 25.239
Baptêmes d’adultes 651
Baptêmes d’enfants de païens 5.053
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« Au moment où je commence ce rapport, écrit Mgr Ramond, la mission du Haut-Tonkin subit une véritable catastrophe: toutes les rizières sont sous l’eau. De mémoire d’homme, on n’avait vu d’inondation, ni si forte ni si persistante. Toutes les digues se sont rompues, et les plaines avec leurs villages sont recouvertes d’une nappe d’eau de deux mètres de profondeur. Les habitants se sont réfugiés, les uns, sur les tronçons de digues, qui émergent encore çà et là ; les autres, sur des échafaudages, construits à la hâte dans leurs habitations. La nouvelle église de Vinh-Loc, dont les fondations sont très élevées., a été le salut pour le prêtre indigène et ses chrétiens.
« Que de ruines à réparer et quelle famine en perspective ! Le fléau s’étend à toutes les provinces du delta ! Les provisions ont été emportées ou avariées, et la récolte a péri sur pied. On pourra repiquer un peu de riz dans quelques endroits, mais la saison est trop avancée ; que recueillera-t-on ? Je suis heureux de rendre ici témoignage au dévouement des autorités françaises, qui ont tout fait pour secourir les malheureux.
« En ce qui nous concerne, nous n’avons qu’à baiser la main qui nous frappe, et à nous incliner devant la volonté de Dieu, dont les desseins sont impénétrables. Nous ne saurions oublier que Dieu permet les catastrophes pour sa gloire, et qu’Il sait toujours tirer le bien du mal. La terrible épreuve que nous subissons, nous fournira l’occasion de sauver beaucoup d’âmes, grâce aux aumônes de la charité chrétienne.

« Jetons maintenant un regard rapide sur les districts de la mission, et sur le bien qui s’y est fait, pendant le dernier exercice.
« Du haut de sa colline, couronnée par l’église et le presbytère, M. Gauja a vu les eaux s’élever peu à peu et envahir la ville de Tuyen-Quang. Il a donné asile à de nombreux indigènes, et a profité de l’occasion pour leur annoncer la bonne nouvelle : « Je viens, nous « dit-il, de faire un sermon sur le salut à 240 païens chinois, annamites, Thos et Manns, tous « détenus du pénitencier. Chassés de la ville par l’inondation, ils sont logés dans l’église où « leur surveillance est relativement facile. L’auditoire était ingrat ; mais Dieu est infiniment « miséricordieux, et Marie, refuge des pécheurs, est toute- puissante. J’aime a croire que je « n’ai pas perdu mon temps. En dehors des détenus, j’ai reçu plus de 1.000 indigènes, dans les « divers bâtiments de la mission et quelques huttes élevées à la hâte. L’hôpital, surtout, nous a « été très utile. L’établissement a pris un réel développement, cette année, grâce à l’habileté « de M. Pierchon, et à la générosité de personnes charitables, qui ont offert plus de 1.800 « francs. Désormais, on pourra y recevoir 50 à 60 malades. 34 adultes et 52 enfants païens « moribonds ont été baptisés à l’hôpital, cette année.
« En outre, MM. Gauja et Pierchon ont régénéré 18 adultes et 126 enfants en danger de mort.
« M. Girod, chef du district de Phu-Yen-Binh, donne, dans son rapport, un aperçu de la vie du missionnaire-colon.
« Dans son zèle apostolique pour le salut des âmes, écrit ce cher confrère, Votre Grandeur « déplore souvent l’insuccès de ses missionnaires, auprès des montagnards Thos et Manns, « qui se montrent réfractaires à l’évangélisation. La population de la sous-préfecture de Yen-« Binh, mi-annamite et mi-Tho-Mann, ne montre pas moins d’indifférence pour la religion ; « et, depuis longtemps, j’aurais secoué la poussière de mes bottes sur ces malheureux, « quorum Deus venter est, si le bon Dieu n’avait eu pitié de moi, en me donnant l’idée et le « moyen de mettre la charrue au service de la Croix. Oh ! je ne chante point victoire ! Le « missionnaire-colon a plus de déboires que de succès ; quoi qu’il en soit, il m’est bien permis « de constater que je n’ai point travaillé en vain, et d’en rendre grâce et gloire à Dieu seul.
« A mon arrivée à Phu-Yen-Binh, il y a douze ans environ, je trouvai une vingtaine de « chrétiens ; mais, confiant dans la Providence, je commençai par bâtir une église en briques, « pour bien affirmer que le missionnaire resterait ici. La croix fut arborée au-dessus du « clocher ; et, du fond du tabernacle, Notre-Seigneur appela à Lui les pauvres gens, qui ne « venaient chercher, dans la contrée, que la vie corporelle. Les débuts furent pénibles, et la « situation actuelle est loin d’être brillante. Mais enfin, voilà une nouvelle paroisse fondée. « Avec les 89 anciens chrétiens de Dong-Cho, détachés de la paroisse du Song-Chay, Phu-« Yen- Binh compte 800 à 850 catholiques, tant anciens que nouveaux. L’administration des « sacrements a donné, cette année, 2.500 confessions, 4.500 communions et 40 baptêmes de « nouveaux chrétiens.
« Quand la moisson ne donne point abondamment, il faut bien se contenter de glaner en « disant encore : Deo gratias !
« Une grâce toute particulière a été la visite de Mgr Gendreau, notre vénéré et bien-aimé « grand-père », comme Sa Grandeur s’est intitulée elle-même, au jour de son jubilé épiscopal. « En se rendant à Trai-Co pour y bénir l’église et la cloche, Mgr Gendreau a daigné passer « trois jours à Phu-Yen-Binh, bénissant, encourageant, consacrant par sa présence la petite, « colonie catholique du Song-Chay, qui a pris pour devise : Cruce et aratro. Je manquerais à « mon devoir si, dans mon rapport, je n’exprimais au très digne et très bon Mgr Gendreau, la « reconnaissance filiale des missionnaires et des chrétiens de Phu-Yen-Binh, pour la visite « dont il les a honorés. Merci à vous aussi, Monseigneur, qui avez bien voulu vous joindre à « Mgr Gendreau, pour la bénédiction de l’église de Trai-Co. »
« Hélas ! qu’eût dit notre zélé missionnaire, s’il lui avait été donné de prévoir les ravages de l’inondation ? 30 maisons sur 39, emportées par les eaux ou ruinées de fond en comble, à Phu-Yen-Binh ; et 9 sur 10, à Lang-Kha. Ces pertes réunies peuvent être estimées à 8.000 francs.
« Si les épreuves sont une bénédiction du ciel, M. Blache est réellement favorisé. L’an dernier, l’incendie consumait sa résidence de Luc-Yen ; cette année, l’inondation enlève les maisons de ses chrétiens ; la sienne seule ; reste debout au milieu des ruines, mais en quel état ! M. Blache accuse 3 baptêmes d’adultes et 10 d’enfants de païens.
« C’est le Song-Chay ( fleuve-torrent ) qui est cause de tous ces malheurs. Avant de se perdre dans la rivière Claire, à trois kilomètres de son confluent, il est allé à Van-Zu. M. Méchet a dû lui abandonner sa maison, pour se réfugier dans la tribune de son église, d’où il considérait à loisir le lac immense qu’il avait devant les yeux.
« Mais laissons ce désolant spectacle, et parlons d’autres choses.
« A Lao-Kay, près de la frontière de Chine, M. Robert travaille sur des éléments, aussi réfractaires les uns que les autres à l’évangélisation. Il y a là des Manns, des Thos, des Chinois, des Annamites. Malgré tous les obstacles, M. Robert a introduit dans le giron de l’Eglise 16 adultes, et ouvert la porte du ciel à 60 enfants de païens.
« Les Thos, abrutis par l’opium, dominés par les sorcier et naturellement très indolents, montrent jusqu ici peu d’inclination pour le christianisme. Néanmoins, MM. Tissot et Cornille en ont baptisé 64 ; au prix de quels sacrifices, Dieu seul le sait.
« Plusieurs familles du delta, fuyant la misère, sont venues s’établir dans la province de Yen-Bai, à proximité de la ligne du chemin de fer. Quelques-unes sont chrétiennes et réclament les secours religieux ; d’autres, encore païennes, demandent à se convertir. M. Blondel, qui s’occupe avec zèle de ces nouvelles recrues, a baptisé 12 adultes et 18 enfants de païens.
« L’administration du district de Yen-Tap, qui ne compte pas moins de 7.000 âmes, absorbe tous les instants de M. Chatellier. Notre excellent confrère a trouvé cependant le moyen de régénérer 29 adultes. M. Granger en a baptisé 13.
« Mes chrétiens de Lang-Lang, enfants de la forêt, ont peu de goût pour l’étude, dit M. « Pichaud, et leur ignorance les porte parfois à faire des actes superstitieux. Parmi mes « consolations, je dois citer la conversion du village de Phu-Nham, le baptême de 8 adultes et « la persévérance des néophytes de Lo-Tri. Le chef de ce dernier groupe chrétien, Pierre Dat, « est fils d’un païen, qui, pendant la persécution, accepta de garder certains objets du culte, « appartenant à un prêtre indigène. Ne croyant pas ces objets en sûreté chez lui, il les cacha « dans la forêt ; et, un mois durant, coucha près d’eux, pour les défendre contre les voleurs. « Sur le point de mourir, il dit à son fils : « Je n’appartiens plus aux idoles ; ne m’offre point « de sacrifices. Dieu, sans doute, avait récompensé son dévouement, par le don de la foi et de « la charité parfaite. La femme de Pierre Dat a eu longtemps à lutter, après sa conversion, « contre les sollicitations de sa mère, fervente bouddhiste. Un jour qu’elle était découragée, « elle aperçut en songe une jeune vierge, vêtue d’un habit brun et d’un manteau blanc, qui la « pressait de demeurer chrétienne. Lorsque je lui montrai l’image de la Sœur Thérèse de l’En-« faut-Jésus, elle s’écria : « C’est bien la vierge qui m’a apparu, et c’est à elle que j’ai promis « de rester catholique jusqu’à la mort. »
« M. Gaillard a obtenu 30 baptêmes d’adultes à Hoang-Xa ; M. Jaricot 10, à Hung-Hoa ; MM. Hue et Proult, 88 dans plusieurs nouvelles chrétientés ; M. Massard. 69, aux environs de Sontay, et M. Chabert, 80 dans l’ancien district du regretté M. Duhamel.

« Nos hôpitaux indigènes de Yen-Bai et de Sontay ont ouvert la porte du paradis à 76 adultes et 80 enfants. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui dirigent ces établissements, ont toutes les sympathies des Européens aussi bien que des Annamites.
« Les élèves du collège de Ha-Thach, auxquels M. Quioc et M. Gautier donnent tous leurs soins, sont soumis, studieux et animés du meilleur esprit. L’année s’est passée, sans qu’aucun d’eux ait eu à subir une punition tant soit peu grave.
« A Hung-Hoa, M. Vandaele enseigne la philosophie à 13 élèves, qui étudient aussi les éléments de la physique et de la langue française.
« A Noël prochain, j’aurai la joie d’ordonner 5 nouveaux prêtres, ce qui portera à 26 le nombre de nos auxiliaires indigènes.
« Sur l’invitation expresse du résident de la province, j’ai dû réunir la léproserie de Yen-Tap à celle de Huong-Non. Nous avons 82 lépreux à Huong-Non, et 98 à Sontay. Arrivés païens chez nous, tous demandent à embrasser la religion catholique, la seule qui proclame bienheureux ceux qui souffrent ».


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