| Année: |
1913 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. — Tonkin Maritime
Population catholique 102.000
Baptêmes d’adultes 738
Baptêmes d’enfants de païens 8.265
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« Les douze mois qui viennent de s’écouler, écrit Mgr Marcou, ont été calmes, et nos œuvres ont gardé leur fonctionnement normal.
« Cependant, au mois de mai, à la suite d’un complot antifrançais découvert à Hanoï, les mesures prises par l’autorité civile pour découvrir et punir les coupables, ont produit un peu d’émotion dans le pays ; mais la tranquillité n’a pas été longtemps troublée. Il reste néanmoins parmi la population une sorte de malaise, qui rend plus difficile qu’autrefois la conversion des païens. Le nombre de nos catéchumènes ayant diminué, celui des baptêmes d’adultes s’est trouvé réduit dans la même proportion. Au Laos, la famine a causé un arrêt, sous le rapport de l’instruction des catéchumènes. Une foule de malheureux ont passé des mois entiers en dehors de chez eux, à la recherche des tubercules de la forêt, de l’écuelle de riz ou de la poignée de maïs, qui pouvaient les empêcher de mourir de faim. Le district de Yen-Khuong a moins souffert que les autres de la disette ; mais le poste central a été détruit par un incendie, et, là aussi, la préparation des catéchumènes au baptême a subi un retard.
« Voici, d’ailleurs, un résumé des rapports que les missionnaires m’ont adressés.
« M. Bourlet, nouvellement mis à la tête du district de Phat-Diem, constate le fruit admirable des retraites, qui ont été données à ses chrétiens : « Dieu seul, dit-il, connaît le « bien produit par ces retraites. A leur occasion, nous avons établi l’Adoration nocturne. « Qu’il fait bon, chaque premier vendredi du mois, voir les notables, arrivés dès la veille, « prendre leurs heures de garde devant le tabernacle ! Puisse le Cœur du Divin Maître être un « peu consolé, par l’amour de ces gens simples, et oublier un instant les péchés qui se « commettent sur la terre...
« La dévotion à l’Eucharistie se développe du reste de jour en jour. Les fidèles annamites « ont entendu la voix du très pieux Pie X, et ils sont allés docilement à la sainte Table, pour « s’y nourrir du Pain de vie. Le chiffre de nos communions de dévotion est assez éloquent « 200.000 : pour une population d’environ 10.000 âmes ; et ce chiffre serait plus élevé « encore, si les confesseurs étaient plus nombreux.
« Les petits enfants ont été les premiers à répondre à l’appel du Souverain Pontife, et Jésus « s’est plu à les combler de grâces. Je me souviens tout spécialement d’une fillette de six « ans : elle suppliait sa mère de la conduire au missionnaire, pour qu’elle pût se confesser et « communier. La maman faisait la sourde oreille, mais l’enfant ne se décourageait pas. Pour « se consoler, elle allait s’agenouiller au pied du crucifix et se confessait à Jésus. Dès que je « sus la chose, je lui fis passer un petit examen : elle savait et comprenait plus que le « nécessaire, et fut admise tout de suite à la communion. Il fallait voir comme elle était ravie « de recevoir son Jésus ! Depuis lors, elle revient souvent goûter les joies du divin banquet.
« Nous avons eu 56 baptêmes d’adultes. La plupart de ces néophytes sont venus d’ailleurs. « Ils ont été reçus dans des familles chrétiennes, et y ont appris non seulement la lettre du « catéchisme, mais encore la pratique des devoirs religieux. Pour abriter un certain nombre de « ces pauvres gens, j’ai dû construire une paillote qui est déjà trop petite. Si le local et « l’argent ne nous faisaient pas défaut, je pourrais arriver à grossir le nombre des nouveaux « convertis, qui, en général, se montrent fermes dans la foi. »
« A la direction de la paroisse de Phat-Diem, M. Bourlet joint la rédaction d’une revue eucharistique en annamite destinée au clergé indigène. Comme la plupart de nos auxiliaires indigènes font partie de l’association des Prêtres Adorateurs, cette revue a pour but de leur indiquer les moyens de promouvoir le culte de la sainte Eucharistie, pour leur sanctification personnelle et celle de leurs ouailles.
« A côté de Phat-Diem, se trouve le district de M. Soubeyre.
« Durant cet exercice, écrit notre confrère, je me suis presque uniquement occupé des « nouveaux chrétiens, et ma dernière visite chez eux s’est terminée seulement dans les « premiers jours de mai. Au cours de mes tournées, j’ai administré le baptême à une trentaine « d’adultes; j’en ai réservé une centaine pour le mois d’août. J’ai eu la joie de constater un « progrès sensible, au double point de vue de l’instruction religieuse et de la fidélité aux « pratiques chrétiennes. Voici, entre autres, deux faits qui m’ont grandement édifié.
« Une jeune veuve, très pauvre, mère de deux enfants en bas âge, était demandée en « mariage par un riche païen ; or, elle a rejeté toutes les avances, pour la seule raison qu’il lui « serait, sinon impossible, du moins très difficile de garder sa religion. Ailleurs, un homme « d’une cinquantaine d’années, premier notable de la chrétienté, qui, depuis longtemps, a la « spécialité de donner ses soins aux petits enfants malades, me confiait un jour, les larmes « aux yeux, qu’il regrettait vivement de n’avoir pas connu plus tôt la religion. Tous les « enfants qui sont morts dans mes bras, s’écriait-il, auraient été baptisés et seraient « maintenant en paradis !
« Dans le district de Ninh-Binh, M. Pléneau annonce la conversion de douze familles, qu’il espère baptiser l’an prochain. M. Huctin est satisfait de la manière dont ses élèves apprennent le français. Leur nombre a oscillé, cette année, entre 70 et 80. Aux examens de janvier, sur 25 élèves qui se sont présentés, 16 ont été reçus.
« Dans toute la province de Ninh-Binh et dans quelques paroisses de la province de Thanh-Hoa, les chrétiens sont généralement groupés autour de leurs prêtres, et habitent à une faible distance de l’église. Aussi, la dévotion à la sainte Eucharistie y fait-elle les plus consolants progrès. A Tan-Hai, chrétienté de 500 âmes, administrée par le P. Bang, tous les fidèles en âge de communier s’approchent de la sainte Table, chaque premier vendredi du mois. Comme les maisons tant soit peu éloignées des autres, doivent être gardées par quelqu’un, le Père distribue la communion aux gardiens de maison un peu avant la messe, afin que ceux-ci puissent retourner chez eux et permettre aux autres membres de la famille d’assister à la messe et d’y communier. De plus, un groupe considérable de fervents chrétiens font la communion quotidienne, quand le Père n’est pas en tournée d’administration.
« La partie montagneuse de la province de Tan-Hoa est encore loin de donner de pareils résultats. Néanmoins, la communion fréquente y est déjà en progrès. Voici quelques extraits des rapports des confrères qui exercent le saint ministère dans cette région.
« De Muong-Nhan, où il a remplace M. Maigret, malade, M. Bruyère écrit : « Mes « chrétiens, baptisés depuis peu de temps, ne sont pas encore suffisamment instruits ; de plus, « comme ils vivent au milieu des idolâtres, il leur reste encore quelques idées païennes, la « crainte des mauvais esprits en particulier.
« Cette année, ils ont été très éprouvés par la famine. Une invasion de rats avant ravagé les « récoltes du dixième mois, beaucoup de gens ont dû abandonner leurs maisons et s’en aller « dans la forêt, à la recherche des tubercules sauvages qui peuvent être mangés.
« Au mois de janvier dernier, un jeune homme vint me dire que sa mère païenne était « gravement malade : il me priait d’aller la voir et de lui donner des remèdes. Je me rends « aussitôt près de la malade, et lui donne quelques médicaments. Un mieux se fait sentir, et « aussitôt, s’évanouit la foi aux esprits : « Père, chassez le mauvais esprit de ma maison, dit la « malade, détruisez son autel ; car, depuis le commencement de ma maladie, j’ai dépensé en « sacrifices tout ce que nous avions de poules, de canards et de porcs. De grâce ; Père, brûlez « l’autel de l’esprit. » Alors, aidé du mari, le brûle l’autel et toutes les offrandes qui étaient « dessus. Depuis ce jour-là, la païenne jouit d’une parfaite santé et peut travailler. Elle a « demandé le catéchuménat et se montre très assidue à l’étude du catéchisme : le dimanche, « elle assiste fidèlement à la messe le matin, et au salut le soir... »
« A une journée de Muong-Nhan, se trouve le poste de Muong-Mot, confié à M. Adeux. « Depuis six mois, écrit notre confrère, c’est-à-dire depuis mon installation définitive à « Muong-Mot, je me suis efforcé d’amener les catéchumènes à étudier le catéchisme. Je tiens « surtout à ce que les hommes, qui appartiennent aux familles les plus influentes, soient les « premiers à bien apprendre la doctrine et les prières.
« J’ai la consolation de voir tous les jeunes gens étudier avec le plus louable entrain. Ils « savent déjà les prières et une bonne partie du catéchisme. Pourquoi la famine est-elle venue « arrêter leurs rapides progrès ! La dernière moisson a été presque entièrement détruite par les « rats et les chenilles ; aussi, depuis trois mois, la misère est-elle grande dans toute la tribu. « Trois gros villages auraient besoin d’un catéchiste, et je n’en ai pas à leur donner. Ils sont « pourtant bien disposés en ce moment ! Retarder ainsi leur instruction, n’est-ce pas mettre « leur bonne volonté à une rude épreuve ? »
« M. Degeorge écrit de Yen-khuong : « La visite épiscopale de 1912 avait été un heureux « événement pour mon district. 60 catéchumènes avaient été baptisés, des villages encore « païens avaient demandé à se convertir ; une douzaine de familles du chef-lieu, jusque-là « réfractaires à la grâce, avaient renoncé aux idoles.
« J’étais tout à la joie, à l’espoir. Je songeais à bâtir une église, plus vaste, plus solide, plus « élégante, où je conserverais le Saint-Sacrement. Débarrassé ensuite de tout souci matériel, « je n’aurais plus qu’à m’occuper des besoins spirituels de mon troupeau. Hélas ! mes belles « espérances se sont évanouies. Le poste de Yen-khuong a été anéanti, à deux reprises, par « l’incendie. Outre les pertes matérielles, cette double catastrophe a eu des suites fâcheuses : « les catéchumènes de l’an dernier se sont refroidis ; deux notables influents de la région, ont « essayé de pousser plusieurs villages à l’apostasie. Jusqu’à présent, grâce à Dieu, leurs « tentatives ont échoué ; mais leurs intrigues, jointes à l’impunité des incendiaires, n’ont pas « été sans jeter un peu de découragement dans l’âme de mes « Tay », timides et craintifs par « caractère. »
« Le district de Muong-Xia progresse à vue d’œil sous la direction de M. Pirot.
« L’année prochaine, dit notre confrère, j’aurai un nouveau village à instruire. En effet, le « chef de Ban-Sana m’a remis une supplique, dans laquelle il demande à se convertir. Le « hameau comprend huit familles ; ce n’est pas beaucoup, mais ne sommes-nous pas déjà « plus habitués à glaner qu’à moissonner ? Le chiffre des confessions et des communions a « diminué ; la famine en est cause. Pendant plus de quatre mois, les gens n’ont vécu que de « tubercules de la forêt ; et la préoccupation de trouver leur nourriture, au jour le jour, n’a pas « permis à un grand nombre de chrétiens de s’approcher des sacrements, aux jours de fêtes, « comme les autres années. »
« M. Rocher, voisin de M. Pirot, a eu huit baptêmes d’adultes. M. Fénart a visité tous les néophytes du district de Na-Ham. « Partout, dit-il, j’ai remarqué la « bonne volonté des « chrétiens pour s’approcher des sacrements. Une des deux familles païennes du chef-lieu « étudie la religion. Quand donc les deux seuls petits villages encore païens de la tribu, se « décideront-ils à suivre cet exemple ? Les habitants du pays n’auront plus alors qu’un cœur « et qu’une âme, et Dieu seul sera adoré dans toute la région de Na-Ham. »
« M. Canilhac, chef du district de Muoug-Khiet, dit qu’il ne suffit pas de baptiser, mais « qu’il faut aussi instruire. « Apprenons à nos néophytes, ajoute-t-il, à faire de bonnes « confessions, de ferventes communions. Ce travail a pris une grande partie de mon année, et « j’ai eu la joie de constater que mes baptisés de l’an dernier ont profité de mes instructions. « Les jeunes gens de Ban-De, en particulier, sont des modèles de régularité, dans la réception « des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.
« Sept familles païennes ont renoncé aux superstitions. Leur conversion n’a pas soulevé « trop d’opposition, de la part des autorités indigènes. Cependant, les catéchumènes de « Muong-Tuong ont subi des vexations de tout genre, qui, d’ailleurs, ont été impuissantes à « les faire reculer. »
« Grâce au zèle des missionnaires et des prêtres indigènes, le total des communions pascales et des communions de dévotion a dépassé le million.
« Nous avons pu réaliser, cette année, le projet, que nous avions formé depuis longtemps, de créer une école de catéchistes. Les élèves du petit séminaire, après avoir achevé leurs études, remplissent bien, pendant quelques années, les fonctions de catéchistes ; mais, leur probation terminée, la plupart entrent au grand séminaire et les autres restent dans le monde. Il s’ensuit que le nombre de nos catéchistes est insuffisant, surtout quand nous avons beaucoup de catéchumènes à instruire. La nouvelle école ne reçoit que les jeunes gens qui acceptent de rester, toute leur vie, dans l’humble fonction de catéchiste. J’espère qu’avec le temps, cette école nous fournira tout le personnel dont nous avons besoin pour l’instruction des néophytes.
« Dans nos autres établissements, grand séminaire, petit séminaire, probatorium, nos confrères travaillent de leur mieux à la formation du clergé indigène, qui est l’œuvre des œuvres dans nos missions du Tonkin.
« Nos hôpitaux nous ont donné, cette année, un chiffre de baptêmes inférieur à la moyenne des années précédentes. Cela tient surtout à la diminution de la mortalité ; mais la moyenne ordinaire sera sans doute dépassée l’an prochain. En effet, les inondations de 1913 ont causé tant de ravages au Tonkin, qu’une famine paraît inévitable; or, la famine engendre toujours les épidémies. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres prodiguent leurs soins aux malades de nos hôpitaux, avec un dévouement qui fait l’admiration de tous, et qui est une des formes les plus tangibles de la prédication évangélique. »
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