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Rapport annuel des évêques

Année: 1913
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin Occidental
Rédacteur:Mgr Gendreau

CHAPITRE V
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Groupe des Missions du Tonkin

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I. — Tonkin Occidental

Population catholique 141.216
Baptêmes d’adultes 1.093
Baptêmes d’enfants de païens 20.974
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« Les précédents comptes rendus de nos missions annamites, écrit Mgr Gendreau, ont signalé, à plusieurs reprises, le changement d’attitude des indigènes vis-à-vis du Protectorat français. Au début, les populations en général, sauf la classe des lettrés toujours restée, quoi qu’on en ait dit, irréductible, avaient paru assez bien disposées envers le nouveau régime. Pourvu qu’on leur assurât la tranquillité et qu’on heur facilitât les moyens d’existence, le reste leur était à peu près indifférent. Les premiers sujets de mécontentement de nos protégés sont venus de l’augmentation croissante des charges et des impôts. Ils trouvaient que l’on exigeait beaucoup d’eux, et ils s’en plaignaient comme le font les contribuables de tous les pays : mais rien de plus.
« Peu à peu, cette mentalité s’est modifiée, surtout depuis la guerre russo-japonaise. Les victoires des Nippons produisirent une impression énorme sur tous les peuples. d’Extrême-Orient. On les considéra comme le triomphe de la race jaune ; et le prestige des nations européennes en fut gravement atteint. En Indo-Chine, le parti hostile profita habilement de cet état d’esprit pour saper l’influence française, en faisant croire aux populations qu’il serait facile, avec l’appui du Japon, de se délivrer « du joug de l’étranger ». Pour donner plus de poids à ces perfides suggestions, des individus, soigneusement choisis, furent envoyés au Japon, soi-disant afin d’y apprendre l’art de la guerre moderne, mais en réalité, pour y comploter plus à l’aise, et pour y imprimer des pamphlets contre le Protectorat, des appels au sentiment national, etc., etc. Tout cela était ensuite envoyé et répandu clandestinement dans les différentes provinces de l’Indo-Chine. C’est de cette agitation que naquit le mouvement anti-français, désigné sous le nom de « parti réformiste », dont les chefs connus étaient le prétendant Cuong-Dê, descendant, dit-on, d’un petit-fils du roi Gia Long, et le lettré Phan Boi Chau, qui fut, à cette époque, et qui est resté le principal instigateur de toutes ces menées révolutionnaires.
« Les premières manifestations extérieures du parti commencèrent au printemps de 1908. Tandis que, dans le sud de l’Annam, éclatait le complot manqué des Tondus, on vit apparaître, dans les provinces du nord, des bandes armées qui terrorisaient les villages, pillaient les maisons riches et cherchaient, par tous les moyens, à extorquer le plus d’argent possible, pour entretenir le groupe passé au Japon, auquel s’étaient joints alors Cuong Dê et Phan Boi Chau.

« Mais ce n’était là, en quelque sorte, que des essais des manœuvres préparatoires.
« Bien autrement graves furent le coup de main, préparé à Hanoï par les gradés indigènes de l’artillerie, et, peu après, la tentative d’empoisonnement du 27 juin 1908, dont la garnison française faillit être victime. Nous sommes heureux de penser que, dans ces deux circonstances, les renseignements, donnés par la mission, ont contribué à prévenir la catastrophe et à écarter tout malheur.
« Malgré l’avortement de ces projets criminels les chefs réformistes ne se découragèrent pas. Toutefois, rendus plus prudents à cause des recherches de la police en éveil, ils poursuivirent dans l’ombre leur travail de propagande et de recrutement d’adhérents, sous le couvert d’associations, prétendues philanthropiques ou commerciales. L’autorité eut le tort de considérer ces associations comme inoffensives, et même, de les encourager par des subventions prises sur le budget du Protectorat.
« Et pourtant, dès 1907, grâce à des indigènes dévoués qui avaient surpris ce que l’on tramait dans des conciliabules mystérieux, tenus à l’intérieur des pagodes, le danger avait été signalé au Gouvernement ; mais si l’on commença à se défier de ces réunions, l’on ne prit extérieurement aucune mesure contre elles.
« D’ailleurs, à côté de ces associations publiques et officielles, il s’en forma d’autres, entièrement secrètes celles-là, ne travaillant qu’à inspirer la haine du nom français et à appliquer les directions qui leur étaient envoyées du dehors.
« Entre temps, les individus réfugiés au Japon, ne trouvant plus la même bienveillance auprès du gouvernement de Yedo, et constatant, en outre, que l’éloignement et la difficulté des communications constituaient un gros obstacle au maintien du contact avec leurs partisans d’Indo-Chine, étaient venus s’installer en territoire anglais, à Hong-Kong, où l’affluence des bateaux, venant de partout, leur offraient toutes les facilités de voyage et de correspondance qu’ils pouvaient désirer. S’ils avaient choisi cette ville de préférence à celle de Canton, plus voisine du Tonkin, c’est, d’après leurs propres aveux, qu’ils se sentaient plus abrités à Hong-Kong qu’en territoire chinois, contre les réclamations éventuelles du gouvernement français. Celui-ci cependant, les faisait surveiller de son mieux, mais sans réussir à percer complètement le secret dont ils s’entouraient, en attendant le moment d’agir.

« Ce moment, ils le crurent arrivé, quand ils virent la révolution chinoise de 1911 renverser si rapidement et si facilement le gouvernement séculaire des Mandchoux. Ils se persuadèrent qu’ils étaient capables d’obtenir le même succès dans leur propre pays. En conséquence, tandis que quelques-uns allaient rejoindre leurs complices, déjà installés au Siam, d’autres gagnèrent le Tonkin ou l’Annam ; d’autres enfin, se rendirent à Canton, où ils savaient pouvoir compter sur l’appui du nouveau gouverneur républicain. Ce personnage, en effet, leur procura, dit-on, le moyen de fabriquer les explosifs, qu’ils avaient résolu d’employer pour supprimer les plus gênants de leurs adversaires, et, en même temps, d’obtenir — par la terreur—la soumission des populations, ainsi que cela s’était passé à Canton même.
« Une fois leur plan arrêté, ils donnèrent leurs instructions à leurs agents, restés sur place. Les bombes devaient éclater à Saïgon d’abord, au mois de mars dernier. Heureusement, le complot fut éventé, et les engins saisis, avant d’être munis de tous leurs accessoires meurtriers.

« Hélas ! le Tonkin n’a pas été aussi favorisé. Le samedi 12 avril, au moment où le premier mandarin de Thai Binh traversait en pousse-pousse les rues de la ville, une terrible détonation retentit, l’enveloppant d’un nuage de fumée et de poussière. Une bombe, lancée par une main experte, venait de mutiler affreusement ce fonctionnaire, qu’on releva agonisant. Le pousse-pousse était en miettes et son conducteur grièvement blessé ; quant au meurtrier, il avait disparu. Plus tard cependant, on réussit à le découvrir et à l’arrêter. Il raconta alors quelles recommandations on lui avait données pour accomplir son crime : il devait, tout en marchant, balancer la bombe dans sa main ; puis, au moment favorable, la lancer sur la victime désignée, et se coucher immédiatement par terre afin d’éviter les éclats.
« De prime abord, l’attentat de Thai Binh produisit peu d’impression sur la population française et indigène. On le présenta comme un acte de vengeance personnelle. Cependant les esprits sérieux, considérant que l’assassin s’était servi d’un engin, si difficile à se procurer et jusqu’alors inconnu dans le pays, ne purent s’empêcher de voir là un indice inquiétant pour la sécurité publique. De son côté, le gouvernement du Protectorat, tout en laissant s’accréditer la version d’une vengeance privée, lança les plus fins limiers de sa police dans toutes les régions connues comme inféodées, plus ou moins, au mouvement révolutionnaire.

« Extérieurement, le calme s’était fait autour de l’affaire de Thai Binh, et tout sujet d’inquiétude semblait conjuré, lorsque le 26 avril, juste quinze jours après, éclata le terrible attentat de Hanoï. Le lieu et l’heure avaient été habilement choisis, pour le but que se proposaient les conjurés. La rue Paul-Bert est, en effet, la plus fréquentée par la population européenne : c’est là que civils et militaires aiment à se rencontrer, dans la soirée. Le gouverneur général lui-même avait l’habitude d’y faire, à ce moment de la journée, sa promenade à pied et presque seul. Cette particularité était connue du comité réformiste, qui avait dû chercher à en tirer parti. De nombreuses lettres anonymes avaient, d’ailleurs, prévenu les autorités que l’on s’apprêtait à lancer une deuxième bombe dans une ville du Tonkin ; mais sans préciser davantage. Ce soir-là même, deux hauts fonctionnaires français, se rencontrant à l’extrémité de la rue Paul-Bert, s’étaient dit à mi-voix : « Si une bombe éclatait, « en ce moment, au milieu de cette foule, quelle catastrophe ! » Un quart d’heure plus tard, la catastrophe se produisait. L’assassin, voyant dans un café nombre d’uniformes et de galons, à tout hasard, y lança sa bombe.
« L’explosion fut entendue de toute la ville ; on crut au loin à une décharge d’artillerie ou à un coup de tonnerre. Dès que la fumée se fut dissipée, les assistants épargnés par l’engin, se précipitèrent au secours des blessés. Ils étaient dix-neuf : cinq Annamites et quatorze Français, parmi lesquels deux braves commandants d’infanterie coloniale, qui expirèrent quelques heures plus tard, dans d’horribles souffrances.
« Après un crime aussi odieux, il n’y avait plus à hésiter. Les autorités civiles et judiciaires agirent avec célérité et vigueur. Tous les individus, que leurs sentiments publiquement antifrançais rendaient suspects de complicité avec les révolutionnaires, furent immédiatement appréhendés pour enquête. Le nombre des arrestations dépassa bientôt la centaine ; l’instruction judiciaire permit encore d’en opérer de nouvelles, dont quelques-unes d’une importance exceptionnelle. Détail significatif : ce sont surtout des employés indigènes du Protectorat, secrétaires, interprètes, etc., qui, avec la classe des lettrés et quelques gros commerçants de grands centres, paraissent le plus gravement compromis dans ces criminelles menées. Quant à la généralité des Annamites, ils ne connurent que vaguement ce qui se passait autour d’eux. Aussi furent-ils très impressionnés de voir l’étroite surveillance, qu’à la suite de l’attentat de Hanoï, l’on jugea bon d’exercer, pendant quelque temps, à l’abord des gares et à l’entrée des villes. Les agitateurs essayèrent d’exploiter ces mesures, pour répandre des bruits perfides sur les intentions du gouvernement ; mais cette émotion dura peu, et la vie publique reprit bientôt son cours normal.
« Comme le Protectorat a réussi non seulement à arrêter les deux assassins de Thai Binh et de Hanoï, mais encore à découvrir, paraît-il, toute la trame du complot, avec les noms des principaux conspirateurs, il est permis d’espérer que de pareilles tentatives ne pourront plus se produire, et que la paix et la sécurité sont assurées pour longtemps au pays. En tout cas, ces événements ont fourni à nos gouvernants l’occasion de constater le loyalisme des chrétiens et le dévouement des missionnaires ù la cause de la patrie.

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« Malgré les difficultés inhérentes à une période de crise comme celle que je viens d’exposer, malgré les mille soucis matériels qui les assiègent sans relâche et que les mauvaises récoltes ont encore aggravés cette année (1), nous avons eu la consolation de constater que nos chers chrétiens sont toujours assidus à remplir leurs devoirs religieux. Leur empressement à la sainte Table, eu particulier, est un sujet de véritable édification pour les missionnaires et les prêtres des paroisses. Et pourtant, ces derniers auraient presque lieu de s’en plaindre, à cause du surcroît de fatigue que cet empressement leur impose ; car, la veille et le matin des dimanches, jours de fête et premiers vendredis du mois, les confessionnaux sont d’ordinaire assiégés, pendant de longues heures, par la foule des pénitents qui désirent communier.
« Au risque de me répéter, je ne puis donc m’empêcher de proclamer hautement que les Décrets de Pie X sur la communion précoce des enfants et la communion fréquente, ont ouvert pour ce Vicariat des sources admirables de grâces, dont les effets dépassent tout ce que nous pouvions espérer. L’an dernier, le total des confessions était de 470.000 et celui des communions de 1.070.000 ; cette année, les confessions s’élèvent à 513.785, et les communion, à 1.281.465.


(1) Depuis que ces lignes sont écrites, un immense malheur est venu fondre sur nous. Des crues extraordinaires ont crevé les digues du fleuve Rouge, précipitant une masse d’eau énorme à travers les villages et les rizières. Malgré les efforts de la population, aujourd’hui (27 août) l’inondation couvre notre Vicariat tout entier.


« En dehors de la semaine sainte, deux circonstances, jusqu’ici, attiraient une affluence extraordinaire de communiants : le dimanche fixé pour l’adoration des Quarante heures dans la paroisse ; et surtout, le dimanche du Rosaire.
« Depuis l’indult de Pie X accordant, pour le 2 août ou le dimanche suivant, les riches faveurs de la Portioncule à toutes les églises désignées par les Ordinaires, cette date a provoqué ici les mêmes mouvements de ferveur que la fête du Rosaire. J’en ai été témoin, cette année, à Keso. A partir du samedi midi jusque dans la nuit du dimanche, il y eut foule à la cathédrale, où grands et petits se pressaient pour multiplier leurs visites. Les communion, qui y furent distribuées en cette circonstance, ont atteint le chiffre de 3.000.

« Les processions de la Fête-Dieu sont encore une des formes, sous lesquelles nos chrétiens aiment à manifester leur piété envers la sainte Eucharistie. Bien que cette fête tombe souvent pendant les travaux de la moisson, nombreuses sont déjà les paroisses qui ont tenu à s’organiser, parfois avec de grosses dépenses, afin de pouvoir faire leur procession chaque année.
« La manifestation la plus grandiose semble, cette fois-ci, avoir été celle qui a eu lieu à Dong Chuoi, sous la direction de M. Reslinger et la présidence de Mgr Bigolet, assisté de quatorze prêtres et d’un nombreux clergé. Tout le parcours de la procession, qui s’étendait sur une longueur de près de trois kilomètres, était décoré d’étendards, d’oriflammes, d’arcs de triomphe. Une foule énorme, estimée à 20.000 personnes, bordait les deux côtés du chemin ou s’échelonnait dans les rizières voisines, avide de jouir du merveilleux spectacle qu’elle contemplait pour la première fois.
« Le ciel, qui s’était montré clément pour la procession de Dong Chuoi, n’eut pas la même complaisance pour celle que les chrétiens de Thach Bich avaient préparée. Ces braves gens, d’un caractère un peu turbulent mais d’une foi profonde et d’un dévouement absolu envers les missionnaires, comme on peut le voir dans la vie de Mgr Puginier, avaient achevé, l’an dernier, une vaste et superbe église, que Mgr Marcou, leur ancien chef de district, a bien voulu venir bénir le jour même de la Pentecôte 1912. Pour couronner leur œuvre, ils avaient rêvé, cette année, de faire, autour de ce majestueux monument, une procession de la Fête-Dieu aussi magnifique que possible. Les décors et autres préparatifs leur avaient coûté plusieurs milliers de francs. Pour les récompenser, j’avais accepté volontiers d’aller présider la cérémonie. Tous les prêtres du voisinage étaient déjà arrivés avec leurs catéchistes ; une fanfare pleine d’entrain s’apprêtait à faire entendre ses morceaux les plus brillants. Malheureusement, un orage qui éclata à midi et se prolongea jusqu’au soir, nous obligea de faire la procession à l’intérieur de l’église. Avec mon autorisation, la paroisse prit sa revanche le lendemain, où le beau temps, revenu, lui permit d’offrir à Notre-Seigneur un parcours triomphal, au milieu de ses enfants radieux et reconnaissants.

« Au cours de notre tournée pastorale de carême, j’ai donné la mission à Nam Dinh, et Mgr Bigolet à Hanoï. Ces deux villes, les plus importantes, comme population indigène, du Tonkin, présentent, au point de vue religieux, plusieurs traits de ressemblance. Toutes deux possèdent un nombreux groupe de fidèles d’une ferveur exemplaire ; mais, d’autre part, il n’y manque pas, surtout parmi la population flottante, d’individus venus de partout, n’ayant guère de chrétien que le nom. Souvent mal mariés ou en rupture de ban avec 1eurs familles, ils vivent, la plupart du temps, sans aucune pratique religieuse, et sans aucune relation avec les prêtres et les autres chrétiens de la paroisse. Et voici que, pendant la mission, ces pauvres égarés, sous l’impulsion mystérieuse de la grâce, venaient d’eux-mêmes, exposer leur cas personnel, demandant à se convertir, à régulariser leur situation et à recevoir les sacrements. A Hanoï, il y a eu ainsi une quinzaine de mariages réhabilités, et 300 vieux pécheurs ou retardataires endurcis, ramenés au bon Dieu. A quelque différence près, nous avons eu les mêmes consolations à Nam Dinh.
« Dans ces deux centres également, se rencontrent, hélas ! presque à chaque pas, les mêmes séductions, les mêmes écueils pour la foi et pour les mœurs. La jeunesse surtout y est très exposée, à cause des exemples funestes qu’elle a sans cesse devant les yeux et qui la sollicitent aux mêmes entraînements. Le ministère y est beaucoup plus pénible, plus compliqué et plus angoissant que dans les paroisses ordinaires. Malgré tout, MM. Lecornu et Dronet à Hanoï, MM. Renault et Ville-bonnet à Nam Dinh, parviennent, par leur zèle et leurs persévérants efforts, à grossir, d’année en année, le groupe des bons chrétiens, et à donner à leur paroisse un accroissement de vie religieuse dont s’édifient tous ceux qui en sont témoins.

« Grâce à l’activité de nos baptiseurs et baptiseuses, parmi lesquels nos Religieuses Amantes de la Croix tiennent le premier rang, le chiffre des baptêmes de petits païens moribonds ( 20.974 ) continue de prouver l’étai florissant de cette œuvre, qui a toujours été populaire dans ce vicariat, depuis la puissante impulsion que lui imprima jadis Mgr Retord.
« Pourquoi faut-il ajouter que le chiffre des baptêmes de nouveaux chrétiens reste, lui, bien au-dessous de nos désirs et des fatigues que s’imposent nos confrères et leur personnel de catéchistes ? Cette œuvre des nouveaux chrétiens est une charge bien lourde pour la mission. 120 catéchistes y sont employés toute l’année ; soit pour instruire les catéchumènes, soit pour exercer aux habitudes chrétiennes les nombreux groupes de baptisés qui, pendant longtemps, ont besoin d’une surveillance assidue, à laquelle ne pourraient suffire les missionnaires et les prêtres des paroisses. La fonction de ces catéchistes est donc de les remplacer ; mais leur entretien nous coûte plus de 12.000 francs par an.
« Cette année encore, le plus fort contingent de baptêmes ( 222 ) a été fourni par M. Le Page. Viennent ensuite : M. Dronet, avec 180, la plupart administrés, il est vrai, in articulo mortis ; M. Aubert, avec 97 ; M. Coste avec 89 ; et M. Marty, avec 55.
« Les catéchumènes qui étudient, en ce moment, sont environ 6.000 ; ce qui nous fait espérer que, la grâce de Dieu aidant, les baptêmes deviendront peu à peu plus nombreux, au cours des exercices futurs.

« Voici quelques extraits des comptes rendus des confrères.
« M. Le Page : « A Thuong Lao, 32 familles se sont converties en février dernier; elles « étudient avec entrain et mériteraient d’être admises au baptême, s’il n’était nécessaire de les « éprouver pendant quelque temps... »
M. Aubert : « J’ai baptisé les derniers catéchumènes de Trai Thué ; cette chrétienté va très « bien. L’église qu’elle vient de construire fait très bon effet. Elle prouve l’esprit de foi des « convertis et aussi l’amélioration de leur situation matérielle... »
M. Coste : « Malgré les tracas que nous apportent les nouveaux chrétiens, certains d’entre « eux nous font goûter de douces consolations, par leur simplicité et leur esprit de foi.
« J’ai, à Lo-Xa, un jeune couple récemment baptisé avec ses deux petits enfants. Avant sa « conversion, le mari était un dissipateur, un joueur incorrigible. Depuis son baptême, réforme « radicale : toutes ses conversations sont tournées vers la religion ; surtout, vers la dévotion au « Saint-Sacrement et à la sainte Vierge. Il y a environ deux mois, sa femme tombe gravement « malade et son état paraît désespéré ; l’on attend sa mort d’un moment à l’autre. On était à « l’entrée de la nuit. Que fait le mari ? Il laisse la malade aux soins de la parenté, prend avec « lui ses deux petits enfants âgés de trois et cinq ans, se rend tout droit à l’église où il allume « deux bougies sur l’autel et se met à prier, gardant toujours ses enfants à ses côtés. A dix « heures, je l’avertis qu’on va fermer l’église. — « Père, me dit-il alors d’un ton suppliant, « laissez-moi continuer mes prières, je suis sûr que la sainte Vierge sauvera ma femme. » — « De fait, cette même nuit la malade se sentit tout à coup beaucoup mieux, et quelques jours « après, la guérison était complète. »

« Dans le courant de l’année, six annexes ont été érigées en paroisses : Ke Buoi, Dong Lao et So Ha, dans le district de M. Aubert ; Ke Chuon, dans celui de M. Décréaux ; Khoan Vi, dans celui de M. Chalve ; et But Son, dans celui de M. Lauvergnat. En même temps, M. Le Page passait définitivement à M. Marty tous les groupes de nouveaux chrétiens de la région de Go Coi, devenue ainsi le centre d’un nouveau district qui compte 26 chrétientés.
« En outre, le 25 août 1912, Mgr Bigolet, que j’accompagnais, a béni solennellement la belle et gracieuse église de Hadong, où M. Aubert a maintenant fixé sa résidence. J’ai déjà expliqué précédemment comment Hadong ( vulgairement Cau Do ), simple marché indigène, avait été choisi, en 1899, pour y établir le chef-lieu de la province, appelée jadis province de Hanoï. En ce court espace d’une douzaine d’années, on a créé là une petite ville coquette, très vivante, dont la population augmente tous les jours. Les progrès deviendront encore plus rapides, lorsque Hadong sera relié à Hanoï par le tramway électrique, dont les rails l’atteindront dans quelques mois.
« Nous espérons que cette multiplication des paroisses facilitera de plus en plus l’action du prêtre auprès des chrétiens ; malheureusement, le nombre des ouvriers apostoliques est loin de s’accroître, comme l’exigeraient les nécessités de notre situation actuelle. Si, d’une part, nous nous sommes réjouis de voir revenir, fortifiés par leur séjour en France, MM. Glouton, Lauvergnat et Cantaloube, d’autre part, nous avons eu la douleur de perdre le cher M. Bretaudeau, que le bon Dieu a rappelé à Lui après une longue et douloureuse maladie, généreusement supportée ; et de plus, quatre prêtres indigènes, dont trois ne comptaient pas encore dix ans de ministère. Ces décès, ajoutés aux maladies qui éprouvent trop fréquemment les missionnaires et les prêtres indigènes, nous réduisent à une pénurie de personnel qui nous met hors d’état de pourvoir à tous les besoins des différentes œuvres de la mission.

« Malgré les incertitudes de l’heure présente, les familles continuent leur confiance aux établissements d’instruction dirigés par les bons Frères des Ecoles chrétiennes et les chères Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Cette année, l’Ecole Puginier a reçu 327 élèves, et le Pensionnat Sainte-Marie, avec son ouvroir, en a compté 410.

« De leur côté, nos Religieuses des hôpitaux ont soigné 839 malades et donné 65.385 consultations, avec distribution de remèdes.
« Je me reprocherais d’omettre, dans ce compte rendu, la célébration à Keso, en novembre 1912, de notre deuxième synode régional, auquel ont pris part les sept vicariats du Tonkin. Cette imposante réunion a été l’occasion de très belles solennités, rehaussées encore par l’affluence à la sainte Table, des fidèles heureux et fiers de communier de la main de l’évêque célébrant.
« Enfin un événement intime, dont les missionnaires garderont fidèlement le souvenir, c’est la belle et pieuse retraite, nourrie de conseils si pratiques que nous a prêchée, en janvier dernier, le cher et vénéré M. Ligneul, de la maison de Nazareth. Daignent notre Divin Sauveur et Sa Mère Immaculée le récompenser de tout le bien qu’il nous a fait ! »


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