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Rapport annuel des évêques

Année: 1914
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Orientale
Rédacteur:Mgr Jeanningros

CHAPITRE VI
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Groupe des Missions de la Cochinchine
et du Cambodge

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I. — Cochinchine Orientale

Population catholique 62.040
Baptêmes d’adultes 1.408
Baptêmes d’enfants de païens 1.696
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Mgr Jeanningros déplore les vides nombreux que la mort et la maladie ont faits dans les rangs des ouvriers apostoliques de la Cochinchine Orientale en 1913-1914 La province de Kontum, en particulier, a beaucoup souffert de l’absence des missionnaires.
L’effort principal de l’exercice a porté sur l’établissement des écoles et la fréquentation des sacrements, et des résultats heureux ont été obtenus sous ce double rapport.

« J’ai suivi pour les tournées pastorales, dit Mgr Jeanningros, l’itinéraire indiqué par Mgr Grangeon, dans le précédent compte rendu. Dire la bonne impression que j’ai gardée de mes nombreux voyages, et les consolations qu’ils m’ont procurées, serait un hors-d’œuvre. L’exposé rapide des travaux de nos missionnaires sera beaucoup plus intéressant.
« Dans la province de Quang Nam, à Tourane, M. Saulot trouve que ses paroissiens lui laissent plus de loisirs qu’il n’en voudrait : il aimerait les voir se confesser et communier plus souvent. A Phu Thuong au contraire, M. L. Vallet et ses deux vicaires sont plutôt surmenés : ils ont entendu 25.800 confessions. On m’a raconté la mort très édifiante d’une pauvre infirme de ce district. Voici le fait :
« Cette personne se faisait porter assez souvent à l’église, surtout les jours de fête, pour y communier. Son mal s’étant aggravé, elle reçut plusieurs fois la sainte communion en viatique. Le lundi qui précéda sa mort, elle demanda à ceux qui l’entouraient dans combien de jours on serait au vendredi ? Très étonnés, les assistants voulurent savoir pourquoi elle posait cette question : « C’est ce jour-là que Notre-Seigneur viendra me chercher », répondit-elle avec assurance. De fait, cette âme simple s’envola au ciel le vendredi suivant, comme elle l’avait annoncé.
« Chez M. Gallioz, à Tra Kieu, les chrétiens considéraient depuis longtemps la communion fréquente comme un privilège réservé aux seules religieuses du couvent ; mais ce préjugé tend de plus en plus à disparaître, et lin groupe de fidèles s’approche déjà des sacrements tous les mois. La communion hebdomadaire suivra bientôt la communion mensuelle, et la communion fréquente proprement dite ne tardera pas à être en honneur à Tra Kieu, grâce aux exhortations pressantes de M. Gallioz.
« Quoique leur santé laisse beaucoup à désirer, M. Landreau, titulaire du district d’Anson, et le P. Yen, son vicaire, ont pu faire face à tous les besoins de l’administration, M.Sanctuaire et le P. Lê ont eu la joie de baptiser plus de 100 adultes dans leur district.

« Au Quang Ngai, le petit district de Trung Son a été confié à M. Laborier, qui enregistre 10 baptêmes de païens. Son prédécesseur, M. Tissier, a pris la direction du district beaucoup plus vaste de Bau Goc. Notre confrère annonce la fondation d’une nouvelle chrétienté dans un village important et accuse 45 baptêmes d’adultes.
« M. Boivin n’est pas tendre dans ses appréciations sur quelques chrétiens de la paroisse centrale de Cu Va. Il regrette l’influence néfaste de certains dignitaires, ambitieux, cupides, avides d’honneurs, querelleurs, etc. L’éducation laisse fort à désirer : l’enfant est gâté, on se plie à tous ses caprices, on lui passe tout. C’est une idole, dont il faut écarter tout ce qui pourrait la gêner, même l’instruction . Cu Va compte plus de 800 âmes, dont le plus grand nombre, heureusement, ne se reconnaîtrait pas dans les ombres un peu noires du tableau tracé par le curé de l’endroit.
« Sérieusement éprouvé par la maladie en décembre 1913, M. Le Darré fut transporté à Tourane, où il est resté trois mois. Son district de Châu Me progresse régulièrement chaque année ; il s’est accru de 25 néophytes depuis un an.

« Au Binh Dinh, l’école établie à Gia Huu depuis plusieurs années, est toujours prospère, « dit M. Geffroy : mais les essais tentés dans trois autres paroisses sont loin de donner un « résultat satisfaisant. » Les deux orphelinats de Gia Huu comptent toujours parmi les plus importants de la mission. Baptiseurs et baptiseuses ont obtenu, dans la région de Bong Son, le joli chiffre de 550 baptêmes d’enfants de païens.
« Une épidémie de fièvre, qui a causé de nombreux décès, a dispersé l’école de My Tho, « écrit M. Tardieu. Celle de la chrétienté centrale se maintient, grâce aux sacrifices que je « m’impose pour la soutenir. On y enseigne, avec le catéchisme, la lecture et l’écriture en « caractères romains, les caractères chinois et quelques notions de géographie et « d’arithmétique. »

« Dans la vallée voisine de Dong Dai, M. Poyet, aidé par M. Piquet et un prêtre indigène, a enregistré 27 baptêmes d’adultes.

« Le relèvement progressif du district de Kieu Dong, entrepris il y a trois ans par M. Perreaux, est un exemple frappant du bien que le zèle et les efforts persévérants du missionnaire peuvent réaliser, avec l’aide de Dieu. Pour attirer la bénédiction du ciel sur ses travaux, notre confrère commença par réunir le pins souvent possible, autour de la table sainte, jeunes gens et enfants, les faisant prier à l’intention de leurs parents, d’abord, et aussi pour le retour aux pratiques religieuses d’un bon nombre de mauvais chrétiens. Son petit groupe d’élite augmenta peu à peu. Aujourd’hui, les communions du premier vendredi du mois dépassent la soixantaine, et des centaines de pécheurs ont retrouvé le chemin de l’église. En outre, l’école de Kieu Dong s’est acquis une réputation bien méritée dans la province.
« Les chrétiens du district de Nam Binh et leur curé, M. Dubulle, ont été heureux de se retrouver, après six ans de séparation. Dès son retour de France, notre confrère a entrepris la construction d’une nouvelle église, avec les matériaux amassés depuis si longtemps !
« A Go Thi, M. Panis a baptisé 32 catéchumènes. Son école, est bien fréquentée, et la vie chrétienne est en progrès parmi ses néophytes. Les enfants aiment à communier souvent, et bien rares sont les fidèles qui ne se confessent qu’une ou deux fois l’an.
« Le P. An enregistre 82 décès pour une population de 2.000 âmes, et 12 baptêmes d’adultes, dans son district de Lang Son. M. Solvignon a régénéré une trentaine d’infidèles à Kim Chau.

« M. Gaspard Mugnier, miné par la fièvre depuis deux ans, remplace, à Dong Pho M. Demeure, qui remonte à Kontum, où le travail ne lui manquera pas.
« M. Bonhomme paraît satisfait de la manière dont un bon nombre des chrétiens annamites de Quinhon sanctifient la journée du dimanche. Quand pourra-t-il on dire autant des Européens, qui sont loin de donner le bon exemple ? Les trois quarts de ces derniers ne trouvent le chemin de l’église que pour les enterrements.
« Ma tournée de confirmation dans la province de Phu-yen commençait sous les auspices de nos bienheureux Martyrs. Le 18 février je rencontrais M. Wendling chez son premier vicaire, le P. Linh, à environ 35 kilomètres de Mang Lang, centre du district. La plaine de Mang Lang, où s’étalent de véritables forêts d’aréquiers, est très malsaine ; néanmoins, l’état stationnaire de la population est un symptôme rassurant. Le chiffre des décès a même diminué : 83, au lieu de 143 l’an dernier. Les religieuses du couvent sont toujours bien éprouvées par la maladie ; la régularité des exercices et la bonne marche de la maison en souffrent bien un peu.
« Au fond de la vallée, on arrière d’un énorme contrefort de la montagne, s’étend le district de M. Porcher. Suivant l’expression de ce cher confrère, Dong Tré est situé au fond d’une cuvette. Y aborder de l’est n’est pas chose facile ; et quelle distance à parcourir pour arriver aux stations annexes, disséminées dans les gorges profondes et sur le haut plateau, jusqu’à la frontière des sauvages ! Le jour ou les chrétiens de ce district exécuteront un peu mieux les ordres de leur pasteur, ils seront tous parfaits. En attendant, M. Porcher et son vicaire se contentent d’un progrès très réel dans la vie chrétienne. « Il y a bien quelques manquements « regrettables, dit notre confrère, mais ce sont des exceptions. » L’école de Dong Tré est florissante, et 40 catéchumènes ont été baptisés dans l’année.
« Pour administrer le district de Hoa Vong, il faudrait à M. Lalanne un aéroplane, dont l’acquisition dépasse encore ses moyens. Notre zélé confrère, en attendant la fortune, se contente de voyager à pied ou à cheval pour la visite de ses chrétientés. Il constate avec joie une augmentation du nombre des communions et accuse une dizaine de baptêmes de païens. Ses écoles ont peu de succès, à cause de l’éloignement des chrétientés et du petit nombre des enfants, dont la plupart meurent de la fièvre.
« Nos confrères du Phu Yên m’en voudraient de ne pas mentionner la belle fête de Pâques, qui clôtura à Mang Lang les cérémonies de la semaine sainte. Tous les districts étaient représentés à la messe pontificale, dont les cérémonies, dirigées par M. Porcher, se déroulèrent avec toute la régularité désirable. J’eus la joie de distribuer ce jour-là 400 communions.

« Au Khanh Hoa, dans le district du P. Khiem, je fus heureux de voir, parmi les 64 nouveaux baptisés, un jeune homme de seize ans, élève des Frères de Hué, auquel son père laisse toute liberté de suivre les pratiques de notre sainte religion. A. Bing Canh, chez M. Laurent, je remarquai, au milieu des confirmands, un pauvre infirme dont la conversion mérite d’être racontée. Ce jeune paralytique traînait, depuis longtemps, sur tous les chemins, son corps rachitique et couvert de plaies repoussantes. Les passants lui jetaient quelques sapèques et détournaient les yeux. Seul, le missionnaire de l’endroit, bon samaritain, s’intéressait au malheureux, lui adressant à chaque rencontre une parole de consolation. Etonné d’abord, puis touché de cette charitable attention, le jeune homme consentit à se laisser transporter sous une paillote, auprès du presbytère. Ses plaies ne sont pas complètement guéries, mais son âme est transformée. Le pauvre perclus a même appris à lire ;
il passe ses journées à étudier les livres de religion et à réciter des prières.
« Les chrétiens de Cay Vong donnent toujours beaucoup de consolations à M. Salomez, qui, en moins de deux ans, a rebâti deux de ses églises renversées par le typhon de 1912.

« M. Geoffroy a eu jusqu’à 100 élèves dans son école de Ho Diêm, province de Phanrang. Le plain chant fait partie du programme, et il y a tout lieu d’espérer que, dans quelques années, bon nombre de morceaux ordinaires et faciles seront exécutés à l’église par des centaines de voix.
« A Phanrang même, M. Labiausse et ses deux vicaires ont obtenu 35 baptêmes d’adultes.

Kontum. ― « Jusqu’ici, les administrateurs des différentes provinces de la côte d’Annam envoyaient, chez les peuplades moïs limitrophes, un délégué pour y maintenir l’ordre et établir l’impôt. Toutes ces délégations ont été groupées, il y a un an, pour constituer une province à part, qui comprend toutes les tribus : Bahnars, Rungao, Sedangs, Jarai, Radê, etc... Il fut question d’installer les services d’administration de la nouvelle province sauvage, au centre de cet immense hinterland moï, et le projet paraissait logique à première vue. Il fut abandonné cependant par l’administrateur désigné, qui se trouvait être un ancien délégué de Kontum. Cet homme connaît et apprécie particulièrement la région Bahnar Rungao, occupée depuis plus de cinquante ans et si bien préparée par les missionnaires. Aussi, peu curieux de renouveler, avec des ressources insuffisantes, l’essai plutôt malheureux d’un de ses prédécesseurs, garda-t-il simplement comme chef-lieu de la nouvelle province le poste de Kontum, centre de la mission. Si ce voisinage ne va pas sans quelques inconvénients pour nous, il nous procure au moins l’avantage de régler plus facilement les petites difficultés qui peuvent surgir.
« La grande épreuve de l’année a été la maladie des confrères, au dire de M. Kemlin, qui signale, une fois de plus, le manque d’ouvriers dans cette partie de notre vicariat. M. Gaillard, à son retour de France, a dû prendre la direction de deux districts. M. Guichard, titulaire de Kon Mahar, qui était allé chercher de nouvelles forces au sanatorium de HongKong, est revenu à moitié rétabli seulement : il n’est pas resté assez longtemps à Béthanie. M. Hutinet a recueilli la succession de M. Charasson à Kon Xolang, et M. Asseray exerce son zèle à Kon Money.
« M. Lardon a déclaré la guerre aux sorciers et aux superstitions qu’ils entretiennent dans son district, mais il prévoit que la lutte sera longue. Les femmes, surtout, se résignent difficilement à abandonner les anciennes pratiques, et notre confrère a hâte de voir les jeunes gens, mieux instruits, se soustraire à l’influence pernicieuse des anciens, qui jusqu’ici font la loi dans leur village.
« M. Irigoyen est toujours rempli d’un saint zèle pour l’instruction de ses néophytes. Six à huit fois l’an, il visite ses annexes. Le soir, la prière se fait en commun et est suivie d’une instruction ; le matin, les fidèles sont convoqués à la chapelle pour la prière, une nouvelle instruction et la messe. « Dans mon district, écrit M. Irigoyen, les parents autorisent, mais pas « tous encore, leurs enfants à venir en classe le soir, à la nuit. Pendant le jour, maîtres et « élèves accompagnent leurs parents à la forêt, à la pêche, à la chasse ou en visite. C’est la vie « au grand air, sans laquelle le sauvage s’ennuie et ne vit plus. »
« M. Jamet, nouvellement arrivé à Kontrang, s’excuse de ne pas connaître suffisamment ce district pour en parler avec connaissance de cause. Il se contente de réclamer avec instance un vicaire, pour l’aider dans l’administration des 13 villages dont il a la charge.
« MM. Priou, Alberty, Joseph et Jean-Baptiste Decrouïlle ont dû venir se reposer en Annam.
« M. Corompt travaille activement à grouper et à convertir quelques-uns des nombreux Annamites qui cherchent fortune dans la région très peuplée des Jarai. Quant aux néophytes de cette tribu, ils se contenteraient volontiers d’un minimum très réduit, en fait de pratiques religieuses. « Lorsqu’ils sont invités à sabler une jarre de vin sauvage et à mastiquer une, « tranche de buffle, dit M. Corompt, ils ne se font pas tirer l’oreille et franchissent volontiers « de grandes distances, qui leur paraissent infranchissables, s’il s’agit de se déranger pour le « catéchisme et la messe du dimanche. »
« Je remercie la bonne Providence qui a daigné conserver à notre cher provicaire de Kontum, M. Kemlin, la santé nécessaire pour faire plusieurs « intérim », pendant l’absence des confrères malades.
« Deux prêtres annamites, les PP. Phan et Ban, ont été dirigés sur Kontum, au printemps dernier. Leur bonne volonté et l’ardeur avec laquelle ils se sont mis à l’étude de la langue, font espérer d’heureux fruits de leur ministère auprès des sauvages.

« Nos deux séminaires et nos deux écoles de catéchistes absorbent une partie considérable du personnel et des ressources de la mission.
« Après les éliminations forcées de la première année de latin, il reste au petit séminaire de Lang Song une bonne centaine d’élèves. Leur formation est confiée à l’expérience de notre dévoué provicaire M. Gagnaire, qui, avec une faible santé, continue à donner une forte somme de travail. Deux missionnaires, MM. Jean et Dorgeville, deux prêtres annamites, les PP. Den et Chan, et deux catéchistes prêtent leur concours à M. Gagnaire.
« Au grand séminaire de Dai An, qui compte 22 théologiens et philosophes, M. Eugène Mugnier est secondé par M. Etcheberry. Il dirige également l’école des catéchistes, dont les 46 élèves sont instruits par les PP. Van et Huong.
« L’école du Bienheureux Cuenot, à Kontum, se développe de plus en plus, sous l’active direction de son fondateur, M. Jannin, aidé, en ce moment, par M. Bober et deux catéchistes.

« A Tourane où elles sont installées depuis longtemps, et à Quinhon, où elles ont établi deux écoles en 1913, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres font tout le bien que permettent leurs modestes ressources. Elles ont accepté aussi la direction d’une œuvre de bienfaisance depuis longtemps projetée dans notre mission. Nous possédons enfin, au cœur de la province de Binh Dinh, à quelques centaines de mètres de l’endroit où expira le bienheureux Etienne Cuenot, un hôpital qui fut pris d’assaut par les malades, avant même d’être achevé. Trois Sœurs de Saint-Paul et six religieuses indigènes assurent le bon fonctionnement de cette maison, à l’installation de laquelle notre cher confrère, M. Solvignon, a travaillé pendant deux ans, tout en administrant son district. »


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