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Rapport annuel des évêques

Année: 1914
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin Maritime
Rédacteur:Mgr Marcou

IV. — Tonkin Maritime

Population catholique 102.000
Baptêmes d’adultes 888
Baptêmes d’enfants de païens 9.339
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« La maladie, écrit Mgr Marcou, a retenu loin de la mission un certain nombre d’ouvriers, au cours de l’exercice qui finit, mais ceux qui restaient ont si bien rivalisé d’ardeur au travail que les résultats enregistrés sont meilleurs dans leur ensemble, que ceux des années précédentes. Ainsi le chiffre des communions qui, l’an dernier, atteignait à peine le million, dépasse un million deux cent mille.
« Cependant, ce ne sont pas les causes d’inquiétude qui nous ont manqué, surtout en ces derniers mois. L’année 1914, commencée dans le calme et la paix, se termine dans les angoisses d’une guerre dont on ne peut prévoir ni la durée ni les conséquences.
« Dès le début des hostilités, les chrétiens du Tonkin, unis à leurs pasteurs, ont prié pour le succès des armes de la France et le retour de la paix.

« Dans le delta et toute la région habitée par les Annamites, la tranquillité n’a pas cessé de régner. Il n’en a pas été de même dans la région montagneuse de l’ouest, où la foi chrétienne n’a pas encore pénétré, et où les postes français sont assez clairsemés. Des bandes chinoises ont attaqué le poste de Sam Nua et s’en sont emparées. Cet acte de rébellion, quoique rapidement réprimé, n’en a pas moins jeté l’émoi parmi les peuplades de la région voisine, qu’évangélisent nos confrères, et a été un grand obstacle au succès de leur ministère.
« Le 10 novembre, écrit M. Rey, les Chinois prennent le poste de Sam Nua et massacrent « le résident français. Tout le pays est en émoi. M. Rocher et moi, nous restons à Muong Sia « jusqu’au 18. A. ce moment, les chefs de tribu catholiques nous prient instamment, pour leur « sécurité et la nôtre, de nous retirer vers Thanh Hoa. Nous descendons à Muong Sia, après « avoir confié à nos chrétiens tous les effets que nous ne pouvons emporter. Dans cette « circonstance, nos néophytes se sont admirablement bien conduits à notre égard. »
« M. Rocher, écrit de son côté : « L’année a été dure ; le mouvement des conversions s’est « arrêté, la persévérance des néophytes a été soumise à une rude épreuve. Le 16 novembre, à « 9 heures du soir, la cuisine de ma résidence de Muong Sia brûlait, c’est miracle que le feu « ne se soit pas communiqué à la maison principale et n’ait pas détruit la résidence toute « entière.
« Avant que n’éclatent les troubles, j’avais fait deux visites dans chaque chrétienté pour « instruire et encourager néophytes et catéchumènes, et j’avais eu la joie de baptiser 17 « adultes.
« A Muong Pun et à Sieng Men, les nouveaux chrétiens se ressentent de leur petit nombre « et de leur isolement. Il faudrait pouvoir visiter ces deux postes plus souvent et y faire de « plus longs séjours. »
« A Yen Khuong, district de M. Degeorge, les événements de Sam Nua provoquèrent une vraie panique dans la population, et les esprits ne se calmèrent qu’après la répression énergique, qui suivit le hardi coup de main des bandits chinois.
« Grâce à Dieu, dit M. Degeorge, l’incendie qui anéantit le poste de Yen Khuong, l’an « dernier, n’a pas eu chez mes paroissiens, le contre-coup fâcheux que je redoutais. Malgré les « conseils perfides de quelques notables païens, qui poussaient nos chrétiens à l’apostasie, « ceux-ci sont restés fermes e et je n’ai eu à déplorer aucune défection.
« Quant aux catéchumènes qui n’avaient pas encore commencé l’étude du catéchisme, la « plupart sont revenus sur leur promesse de conversion ; trois familles seulement « persévérèrent. Si les incendiaires de ma résidence avaient été arrêtés et punis comme ils le « méritaient, pas un catéchumène ne se fût retiré. »
« Muong Mot est un nouveau district, assez rapproché de Yen Khuong. Fondé par M. Maigret, que la maladie retient encore en France, ce poste est administré actuellement par M. Adeux.
« L’an dernier, écrit ce missionnaire, je me promettais de baptiser, au cours de cet « exercice, une partie de mes catéchumènes ; mais j’ai cru devoir attendre quelque temps « encore, pour compléter leur instruction. Je ne puis que bénir le bon Dieu de leur fidélité à « assister à la messe le dimanche, mais pourquoi faut-il que j’en sois réduit à célébrer le saint « sacrifice dans ma chambre ? hélas ! les ressources nécessaires à la construction d’une « chapelle me manquent totalement.
« Cette chapelle me serait d’autant plus utile que je viens de commencer l’instruction de « deux nouveaux villages, dont l’un, Ban Bin, compte au moins 300 âmes. Ayant trouvé « plusieurs jeunes chefs sachant lire, je leur ai distribué de petites brochures qui contiennent « quelques prières et un abrégé du catéchisme. Ils ont aussitôt commencé à étudier eux-« mêmes et à enseigner à leurs compatriotes les prières et les principales vérités de la « religion. »
« Muong Nhan, poste voisin de Muong Mot, continue à progresser sous la direction de M. Bruyère, qui espère faire pénétrer la foi dans une autre tribu (Muong Khao) assez rapprochée de sa résidence, et augmenter ainsi sou troupeau de quelques centaines de nouveaux chrétiens.
« Na Ham, écrit M. Fénart, souffre toujours de la disette, ce qui nuit beaucoup à « l’administration des chrétiens. Les grandes personnes, obligées d’aller chercher dans la « forêt, très loin parfois, les racines et les tubercules nécessaires à l’alimentation de la famille, « ne se sentent guère la force, le soir venu, d’assister aux instructions du prêtre. Il n’est guère « plus facile de réunir les enfants pour le catéchisme. Les plus grands suivent leurs parents en « forêt ; les plus petits gardent la maison et prennent soin du dernier-né. »
« Près de Na Ham commence le district de M. Canilhac, qui a consacré tout son temps à consolider les positions précédemment acquises.
« Malgré les difficultés suscitées au missionnaire et aux chrétiens par les autorités locales « indigènes, dit-il, j’ai eu la joie de recevoir plusieurs nouvelles demandes de conversion. La « plus importante est celle du chef de Ban Bon, dont l’exemple entraînera, j’espère, la « conversion de tout le village. »
« De la dernière chrétienté du district de M. Canilhac jusqu’au premier district de la région annamite, il y a deux jours de marche. Depuis longtemps, nous attendions l’occasion de fonder, à mi-chemin, un poste intermédiaire, qui reliât la région Chau Lao à la région Annamite, et facilitât les relations entre missionnaires. Cette occasion s’est présentée cette année, et c’est à MM. Chevallay et Clauzier qu’est échue la difficile mission de fonder ce poste à La Han. Nos deux confrères ont à lutter contre les menées d’un petit chef de tribu très influent, qui a juré de tenter l’impossible pour faire échouer l’entreprise. Si l’autorité française nous vient en aide, tous les obstacles s’évanouiront aisément. Dieu fasse que les représentants de cette autorité se rendent bien compte de la nature de l’opposition qui nous est faite, et du but réel poursuivi par l’opposant !

« Je me suis étendu un peu longuement sur les districts Chau Lao, parce que c’est là surtout, que s’exerce, au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, le zèle des missionnaires pour la conversion des infidèles. Dans les autres districts du vicariat, missionnaires et prêtres indigènes travaillent aussi de leur mieux à l’évangélisation des païens ; et quelques-uns, par exemple MM. Soubeyre et Bourlet, enregistrent de nombreux baptêmes d’adultes. Toutefois, dans ces districts annamites, le temps du prêtre est surtout absorbé par l’administration des vieux chrétiens : les années se succèdent et se ressemblent dans l’uniformité du même travail.
« L’année qui vient de s’écouler, écrit M. Bourlet, est-elle inférieure ou supérieure à la « précédente ? Dieu seul le sait, et il ne nous dévoile pas son. secret. Un fait cependant est « certain : à Phat Diem, nous avons obéi au Saint-Père ; et si, un beau jour, Sa Sainteté venait « visiter ses enfants du Tonkin, le nombre des communions Lui causerait un joyeux « étonnement. Elle sourirait sans doute, en voyant les petits enfants se faufiler au milieu des « grandes personnes pour recevoir plus vite le Jésus désiré de leur cœur.
« Le chiffre des communions atteint, cette année, trois cent quatre mille. Pour une paroisse « de 10.000 âmes, ce chiffre est assez éloquent et n’a pas besoin de commentaire. « « Malheureusement, le manque de confesseur se fait sentir, surtout la veille des fêtes, où les « chrétiens se pressent en foule autour de confessionnaux, sans parvenir à passer aussi vite « qu’ils le voudraient.
« L’adoration nocturne est maintenant bien établie : elle se fait régulièrement, et les « associés sont fidèles à l’heure qui leur est assignée. Leur nombre au lieu de diminuer, « comme on aurait pu le craindre d’abord, grossit au contraire chaque jour. Puisse cette pieuse « dévotion attirer sur nous les grâces du bon Dieu ! »

« Le nombre des enfants de païens baptisés in articulo mortis a dépassé 9.000, chiffre bien supérieur à la moyenne des années ordinaires. C’est la meilleure preuve du zèle et de l’activité de nos nombreux baptiseurs et baptiseuses, qui, dans certaines régions, ne laissent mourir presque aucun enfant de païen sans lui avoir procuré la grâce du baptême. Bénie soit mille fois l’Œuvre de la Sainte-Enfance, qui nous permet d’obtenir d’aussi magnifiques résultats !
« Des deux léproseries dont s’occupait la mission, une, celle de Ninh Binh, a été fermée cette année. Le gouvernement français ayant créé un certain nombre de léproseries entretenues aux frais de l’Etat, tous les lépreux de la province de Ninh Binh ont été internés d’office dans ces nouveaux établissements. Il nous reste encore la léproserie de Thanh Hoa, confiée aux bons soins de M. Pilon.
« Dans les séminaires, les écoles, les hôpitaux, tout le monde a rivalisé d’ardeur pour bien s’acquitter de ses devoirs. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, en particulier, ont obtenu, dans leurs hôpitaux, un nombre de baptêmes d’adultes supérieur à celui de l’an dernier. Que toutes ces âmes sauvées, grâce aux aumônes venues de France, intercèdent près de Dieu pour notre chère patrie, au moment où elle a un si pressant besoin de la protection divine ! »


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