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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Septentrionale
Rédacteur:Mgr Allys

III. ― Cochinchine Septentrionale

Population catholique 62.890
Baptêmes d’adultes 1.864
Baptêmes d’enfants de païens 2.701
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« Depuis un an, écrit Mgr Allys, nous avons vécu la vie de la France, partageant ses joies, ses craintes, ses espérances, et nous continuerons de prier pour elle, jusqu’à ce que Dieu lui ait donné la victoire sur ses ennemis.
« Malgré les préoccupations incessantes que la guerre nous occasionnait, nous n’avons pas néglisé les œuvres de la mission, et nous sommes efforcés de les développer de notre mieux. Nos efforts ont été bénis du ciel, et j’ai la joie de constater que tous nos chiffres d’administration ont notablement augmenté, cette année. Ainsi, depuis un an, la plupart de nos chrétiens se sont confessés en moyenne sept fois et ont communié une douzaine de fois environ. Et ce n’est pas seulement dans les chrétientés déjà anciennes comme Phu Cam, Tho Duc, Kim Long, Di loan, Ke Bang, etc., que les sacrements ont été si fréquentés, mais encore dans beaucoup de nouveaux centres, surtout dans ceux de Ha Uc ; Phu Ngan, Thach Binh, Hoi Yen, etc., où les néophytes ont rivalisé de ferveur avec les vieux chrétiens, et donné une moyenne d’au moins sept confessions pour chaque fidèle en âge de remplir le devoir pascal.
« Ces résultats très consolants ne sont pas les seuls que nous ayons eu la joie d’enregistrer ; il est un autre qui nous cause d’autant plus de satisfaction, qu’il a fallu prier et travailler davantage pour l’obtenir : je veux parler des baptêmes d’adultes.
« L’an dernier, 1.227 adultes avaient été baptisés ; 1.864 l’ont été, cette année : 221, par M. Stœffler et ses vicaires, les PP. Hoi et Luong ; 111, par M. Morineau et le P. Hoang ; 82, par M. Marcellin Maillebuau et les PP. Chuong et Luong ; 125, par M. Chapuis et le P. diem ; 139, par le P. Trang ; 138, par le P. Du et le P. dinh ; 82, par le P. chinh ; 87, par le P. Duong, et 180, par le P. San ; les autres, par les titulaires de divers districts.
« A en juger d’après les résultats déjà obtenus à la fin de mai, si rien ne vient arrêter l’élan donné, surtout dans les districts de la province de Hué et dans celui du Dinh Cat, qui fait partie de la province de Quang Tri, nous aurons encore une belle gerbe de baptêmes d’adultes, l’an prochain. La persévérance des catéchumènes est d’autant plus assurée, qu’ils habitent des villages où se trouve déjà un bon noyau de chrétiens.
« Parmi les nouvelles demandes de conversion il en est une qui m’intéresse particulièrement, et que je désire de tout mon cœur voir aboutir. C’est celle du fils d’un ancien chrétien, mort maintenenant, mais dont l’histoire m’a toujours vivement frappé, et dont la fin, hélas ! si triste, m’a laissé la plus douloureuse impression.
« A l’époque où le roi Tu Duc avait juré d’anéantir notre sainte religion, ce chrétien, nommé Duong, était soldat à Saïgon. Dans le même temps, un prêtre de Hué, Le P. Thuong, emmené en Cochinchine occidental par Mgr Lefèvre, qui en avait fait son provicaire, fut arrêté, jeté en prison et condamné à mort. Mis au courant de la chose, Duong résolut de sauver la vie de ce prêtre pour le plus grand bien des chrétiens. Il s’introduisit un jour dans le cachot du P. Thuong, se fit connaître du prisonnier et lui dit tout simplement : « Père, vous savez « que, par suite de la persécution, la plupart des prêtres sont morts ou réfugiés ailleurs, et « qu’ils est très difficile aux chrétiens de recevoir les sacrements, surtout celui de la « Pénitence. Or, si la sentence portée contre vous est exécutée et si vous subissez portée le « martyre, le sort des fidèles va devenir pire encore que par le passé. Voici donc ce que j’ai « résolu et vous prie d’accepter : sans qu’on s’en aperçoive je vais me substituer à vous, et, en « mourant à votre place, je vous mettrai à même de travailler comme par le passé à la « sanctification des âmes. »
« Le P. Thuong fut très touché de cette héroïque proposition, mais il n’avait garde de laisser cueillir par un autre la palme qui s’offrait à lui. Cependant son espoir allait être déçu, car la prise de saïgon par les Français lui rendit la liberté et le priva de la gloire du martyre.
« Quelques années plus tard, le prêtre et le soldat, revenus l’un et l’autre à Hué, se confrèrent de nouveau, mais dans des conditions bien différentes. Le P. Thuong, grâce à la liberté religieuse obtenue par la France , administrait en toute tranquillité la vieille et excellente chrétienté de Duong Son. Le soldat hélas ! n’était plus l’héroïque chrétien de la prison de Saïgon, qui aurait voulu se substituer au prêtre condamné ! Rentré dans son village, il avait négligé ses devoirs religieux, et, marié à une païenne, il partiquait toutes les superstitions.
« Comme le village du malheureux apostat se trouvait assez rapproché de Duong Son, le P. Thuong allait le voir souvent, et lui rappelait ce qu’il avait été jadis et surtout ce qu’il avait voulu faire pour la plus grande gloire de Dieu. Ces souvenirs émurent l’ancien soldat, mais ne purent le ramener à Dieu ; il mourut dans l’impénitence finale. Puisse le fils réparer le scandale donné par le père, et occuper un jour au ciel la place perdue par l’apostolat !

« Dans le courant de cet exercice, est morte à Phu-Cam une petite-fille du cruel Minh Mang, convertie il y a 38 ans. Cette princesse, pour être plus libre de pratiquer la religion catholique, s’était séparée de sa fille unique et de ses proches ; elle logeait tantôt ici tantôt là, le plus ordinairement à l’orphelinat des sœurs de Saint-Paul de Chartres, où l’on était heureux de lui donner l’hospitalité. Pénétrée de l’importance du salut, et redoutant par-dessus tous les tourments de l’enfer, elle n’a jamais dévié du droit chemin, et elle n’aurait pas hésité à mourir plutôt que de renier la foi.
« Un jour qu’elle voyageait à bord d’une jonque dont l’équipage ne lui inspirait aucune confiance, la pensée lui vint que les gens de la barque avaient l’intention de la tuer pour s’emparer de la somme, relativement considérable, qu’elle avait sur elle. Cette perspective de mourir à cause d’un peu d’argent, lui devint insupportable : « S’il faut mourir, se dit-elle, j’y « consens ; mais que je meure pour Dieu, pour ma religion , et non à cause de quelques « piastres. » Et sans balancer un instant, elle jeta à l’eau tout ce qu’elle possédait.
« Dès qu’elle s’est sentie gravement malade, elle s’est fait transporter chez un de ses neveux qu’elle savait excellent chrétien. C’est là qu’après avoir reçu avec piété le saint viatique et l’extrême-onction, elle rendit doucement son âme à Dieu. Un frère de cette princesse avait jadis, en même temps qu’elle témoigne le désir de se faire chrétien ; mais il n’avait jamais voulu rompre complètement avec les coutumes païennes, et, quoique toujours obsédé par la crainte de mourir sans baptême, il continuait à vivre dans le paganisme. Après la mort de sa sœur, qui a dû prier pour lui au ciel, il a mis fin à ses tergiversations et a reçu le baptême des mains de M. Stœffler.
« L’an dernier, je disais qu’il était relativement facile d’obtenir des conversions dans la mission de Hué ; je répète la même chose cette année ; et j’ajoute qu’ayant à peu près partout surmonté les difficultés qui s’opposaient à la fondation de nouvelles chrétientés, notre œuvre d’évangélisation semble devoir produire bientôt d’heureux fruits de salut.
« Pourquoi faut-il que la diminution considérable des ressources qui jusqu’à ce jour nous avaient permis de travailler avec succès, nous oblige à nous arrêter, au grand préjudice de l’instruction des catéchumènes, de la formation et de l’entretien du clergé indigène ! La bonne Providence qui permet cette épreuve, nous aidera à la supporter et saura la faire cesser quand l’heure sera venue. »

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