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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin
Rédacteur:Mgr Ramond

III. — Haut-Tonkin

Population catholique 28.350
Baptêmes d’adultes 784
Baptêmes d’enfants de païens 4.824
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« Au milieu des bruits de la guerre européenne, écrit Mgr Ramond, la paix, dont nous avons joui pendant cet exercice, nous paraît plus douce, et notre reconnaissance monte plus ardente vers le Maître absolu de tous les événements.
« Ce n’est pas que les épreuves nous aient manqué : une inondation a anéanti la récolte du cinquième mois en beaucoup d’endroits ; de plus, quelques essais de révolte ont jeté le trouble parmi les populations.
« Au mois de novembre 1914, les « Man » prirent les armes, et., grâce aux sentiers impraticables de leurs montagnes, purent tenir tête, de prime abord, aux soldats envoyés pour les combattre. Mais bientôt, la désunion se mit parmi eux ; d’aucuns firent leur soumission, d’autres furent pris, et l’exécution des plus coupables suffit pour ramener le calme dans le pays. Dieu eut pitié des condamnés à mort, qui reçurent le baptême à leur heure dernière.
« Le 5 janvier 1915, tous les confrères étaient réunis à Hung Hoa pour la retraite annuelle, qui allait être prêchée avec tant de fruit par Mgr Bouchut. Le lendemain matin, M. l’administrateur m’annonça qu’une bande de pirates avait attaqué, pendant la nuit, la Résidence de Phu Tho, chef-lieu de la province, à 20 kilomètres de Hung Hoa. Le but des brigands était de s’emparer des armes, des fusils et des munitions, et d’occuper ensuite les postes militaires plus faibles, comme Hung Hoa, Le My, etc. Grâce au sang-froid de l’Inspecteur de la milice, M. Lambert, ils furent repoussés et se dispersèrent dans toutes les directions, mais la plupart furent bientôt arrêtés et 59 d’entre eux furent traduits devant le conseil de guerre de Yen Bai, qui en condamna 37 à mort. Les criminels, dociles aux exhortations de M. Blondel, demandèrent le baptême et le reçurent avec bonheur. Conduits à Phu Tho pour y subir leur peine, ils se montrèrent très résignés : pas une plainte, pas un cri ne leur échappa ; ils reconnurent leur faute et la justice de leur condamnation. M. Granger, qui les accompagna sur le lieu du supplice, fut très édifié de leur foi et du courage dont ils firent preuve.
« L’administration française, en cela mal inspirée, avait fait restaurer sur la colline Hung Vuong, non loin de Phu Tho, trois pagodes, dédiées à d’anciens chefs renommés. Les Annamites s’en étaient réjouis et avaient organisé des fêtes splendides pour honorer ces esprits protecteurs, qui, dans leur idée, devaient les délivrer du joug des Français. Un complot se trama sous les auspices des trois prétendus sauveurs de la patrie ; on croyait au succès et on s’aperçut trop tard qu’on s’était trompé.

« Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les travaux du dernier exercice. La province de Sontay a fourni un beau chiffre de baptêmes. « L’année écoulée, écrit M. Chabert, titulaire « du district de Vinh Loc, a été féconde : elle a donné 180 baptêmes d’adultes et 1.068 « d’enfants de païens. L’année prochaine sera, je l’espère, aussi fructueuse. Un tel résultat n’a « pas été obtenu sans peine ; comme toujours, les difficultés matérielles ne nous ont pas « manqué, et les bouddhistes nous ont créé beaucoup d’ennuis. »
« M. Hue, mon provicaire, offre une gerbe de 67 baptêmes d’adultes : « A cause du « malheur des temps, dit-il, le nombre des baptêmes est inférieur à celui des années « précédentes. Toutefois, dans 9 villages, les catéchumènes étudient la doctrine avec ardeur et « pourront recevoir le baptême dans le courant de l’année qui s’ouvre. »
« Tous les missionnaires ont travaillé avec zèle et recueilli une moisson plus ou moins abondante, selon les lieux et les circonstances, M. Girod a baptisé 34 adultes à Phu Yen Binh ; MM. Chatellier et Lanter, 54 à Yen Tap ; M. Massard, 50 à Sontay ; M. Gaillard, 28 à Hoang Xa ; M. Tissot, 17 en pays Muong ; M. Robert, 13 à Laokay ; M. Blondel, 112 a Yenbay, et les prêtres indigènes, 123 dans leurs paroisses.
« L’église et le presbytère de M. Gauja, situés au milieu d’un bouquet de verdure, couronnent la colline qui domine Tuyen Quang. Le zèle de ce cher confrère lui a procuré 46 baptêmes, et s’est exercé sur 900 personnes, auxquelles il a donné asile pendant l’inondation. L’église, l’hôpital et des abris improvisés à la hâte regorgeaient de monde. M. le Résident Supérieur, dans une lettre élogieuse, a bien voulu reconnaître officiellement les services du curé de Tuyen Quang, et le remercier de son dévouement. Voici deux traits que M. Gauja nous raconte : « Pendant l’épidémie de choléra, qui a sévi à Tuyen Quang en juin et juillet de « cette année, j’ai eu la consolation de baptiser un certain nombre de moribonds, tant au « lazaret de la ville qu’à l’hôpital de la mission. Un soir, entrant dans une des cellules « spécialement aménagées à l’hôpital pour les malades de la prison provinciale, j’aperçus « deux Chinois, dont l’un paraissait très gravement atteint. Dès que je m’adressai à lui, je « constatai qu’il connaissait à peine quelques mots d’annamite. Par bonheur, son camarade de « chambre possédait bien cette langue et accepta volontiers de me servir d’interprète auprès « du mourant, qui avait encore sa connaissance. Celui-ci ne résista pas à la grâce que Dieu lui « offrait, Après avoir été instruit des vérités nécessaires et exhorté à la contrition de ses « péchés, il reçut pieusement le baptême. Deux jours après, son âme alla prendre place au « paradis dans le chœur des bons larrons.
« Une autre fois, au lazaret, deux Chinois cholériques se trouvaient étendus côte à côte sur « le même lit de camp. L’un parlait couramment l’annamite et semblait presque bien portant ; « l’autre ne savait pas un mot de cette langue et paraissait devoir mourir bientôt. Le premier, « non seulement se prêta avec joie à remplir les fonctions d’interprète, mais il y mit du zèle : « il avait tout l’air d’exhorter personnellement son camarade de lit à croire en Dieu et à lui « demander pardon de ses fautes. Le succès couronna ses efforts, et je pus baptiser, séance « tenante, le plus malade des deux. Mais le lendemain, quel ne fut pas mon étonnement de « voir le Chinois, interprète et apôtre, gravement atteint à son tour ! Je le préparai au baptême « et lui conférai aussitôt ce sacrement. Or, il arriva que ce bon néophyte, qui était sans doute « plus méritant devant Dieu, alla jouir le premier de la récompense éternelle, devançant de « quelques jours son compagnon, à qui il avait procuré la grâce du salut, »
« Nos établissements communs continuent à prospérer. Le collège, soirs l’habile direction de M. Quioc, nous donne toute satisfaction ; les élèves sont pieux et animés d’un très bon esprit.
« Les hôpitaux indigènes de Yen Bai et de Sontay, dirigés par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, infirmières d’une charité éclairée et d’un dévouement à toute épreuve, voient le nombre de leurs pensionnaires augmenter tous les jours. Les Sœurs de Sontay ont ouvert le ciel à 136 moribonds, et celles de Yen Bai, à 66. Hélas ! ces hôpitaux, pourrons-nous les conserver ! Les ressources qui nous venaient de France nous manquent aujourd’hui, et le gouvernement, loin de nous aider, construit de nouveaux hôpitaux à côté des nôtres. Mais Dieu est avec nous et nous gardons l’espoir de maintenir nos œuvres.
« Nos cœurs sont constamment tournés vers la France. Prêtres et fidèles, nous prions avec foi pour elle, pour nos chers confrères qui servent sous ses drapeaux et pour la sainte Eglise, notre Mère. »



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