| Année: |
1915 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. — Tonkin Maritime
Population catholique 104.000
Baptêmes d’adultes 1.017
Baptêmes d’enfants de païens 9.811
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« Malgré les inquiétudes et les soucis de tout genre que la guerre nous a causés, écrit Mgr Marcou, missionnaires et prêtres indigènes ont rempli, leur ministère comme à l’ordinaire ; et leurs travaux ont été bénis de Dieu, puisque le chiffre des baptêmes et des communions de l’année a été sensiblement supérieur à celui de l’an dernier.
« Les épreuves particulières ne nous ont cependant pas manqué : la récolte du printemps a été très médiocre, et celle de l’automne complètement perdue à peu près partout, dans la province de Ninh Binh, à cause des inondations qui ont ravagé le pays, du mois de juillet au mois d’octobre. La disette s’en est suivie ; et, avec la disette, le choléra a fait son apparition. Il n’est pas possible de savoir encore au juste le nombre des chrétiens qui ont été emportés par cette terrible maladie, mais il y en a certainement déjà plus de 1.000.
« D’autre part, à cause du manque de ressources, nous avons avons dû résigner à fermer notre école de catéchistes. Peut-être même serons-nous obligés de licencier une partie des élèves des nos séminaires. Cette mesure nous serait d’autant plus pénible, qu’el1e aurait sa répercussion sur le recrutement du clergé indigène, si important pour nous dans les circonstances présentes.
« L’évangélisation des Chau Lao subit, depuis deux ans, un arrêt, voire même un recul en certains endroits. Voici les causes de ce regrettable état de choses. Quand les païens demandent à se convertir par groupes de familles, il est indispensable que le missionnaire conserve avec les catéchumènes un contact prolongé. Ils ne passent pas du paganisme à la religion chrétienne, par suite d’une illumination soudaine qui les transforme tout à coup en parfaits chrétiens. Si leur conversion est d’abord un effet de la grâce, elle est aussi le fruit d’un travail très lent, très long et, hélas ! sujet à bien des vicissitudes. Lorsqu’on peut obtenir que les catéchumènes assistent régulièrement aux instructions du missionnaire et du catéchiste, et fassent l’effort nécessaire pour graver dans leur mémoire les principales vérités de la foi, la lumière se fait peu à peu dans leur esprit et ils finissent par arriver à un degré de fermeté dans la foi, qui fait la joie du missionnaire. Mais, pour atteindre cet heureux résultat, il faut souvent les attirer par des motifs purement humains : tantôt ce sera un petit secours donné au bon moment à une famille nécessiteuse ; tantôt ce sera l’espoir d’obtenir, par l’entremise du missionnaire, quelque petite faveur de l’autorité civile, le redressement d’un tort dont on est victime, etc., etc. C’est ainsi que le missionnaire qui a affaire à un fonctionnaire sympathique, obtiendra facilement de ses catéchumènes l’assiduité aux leçons de catéchisme. Mais quand, au lieu de sympathie, il se heurte à une hostilité qu’on ne prend même pas la peine de dissimuler, les nouveaux chrétiens se découragent vite. La paresse s’en mêlant, ils ne viennent plus aux instructions ; les objections que leur font les parents restés païens, leur laissent une impression plus vive, et peu à peu, ils s’éloignent des pratiques religieuses pour retomber dans les superstitions païennes.
« C’est ce qui est arrivé dans plusieurs districts des Chau Lao. Deux malfaiteurs ont incendié la résidence et l’église de Yen Khuong en 1913 ; leurs noms sont connus, mais il n’y a pas de preuves légales et toutes les démarches de M. Degeorge pour obtenir la punition de cet attentat ont été inutiles. La population, dans son esprit simpliste, en a conclu que les missionnaires étaient en défaveur auprès de l’autorité civile, et qu’on pouvait se permettre impunément contre eux les pires méfaits.
« Un an après l’incendie de Yen-khuong, à la suite d’une enquête prescrite à Muong Sin contre un missionnaire, les chefs indigènes, hostiles au christianisme, ont fait répandré le bruit dans tout le pays, qu’il ne devait plus y avoir de chrétiens ; que ceux qui refuseraient d’apostasier ne pourraient plus exercer aucune fonction communale. Malheureusement, ces bruits semblaient corroborés par l’attitude dun fonctionnaire, qui ne laissait échapper aucune occasion d’être désagréable aux missionnaires et aux chrétiens.
« Si on ajoute à cela la prise du poste de Sam Neua par les Chinois et les fausses nouvelles répandues dans le public au sujet de la guerre, on se fera une idée de l’état de malaise, voire même de frayeur, dans lequel vivent nos catéchumènes. Aussi ceux qui n’étaient pas encore très fermes dans la foi — Dieu merci, c’était l’infime minorité — se sont-ils éloignés de nous, les uns ostensiblement, les autres sans bruit, et en protestant qu’ils voulaient seulement laisser passer la bourrasque et qu’ils reviendraient quand les temps seraient meilleurs.
« Nous avons tout lieu d’espérer que la plupart de ces pauvres égarés nous reviendront un jour, et que le mouvement de conversion reprendra avec plus d’intensité qu’autrefois ; mais en attendant, vu le petit nombre de missionnaires qui restent disponibles, nous devons nous contenter de garder nos positions sans songer à nous étendre.
« Dans la région annamite la situation religieuse est restée ce qu’elle était précédemment, et les résultats obtenus sont satisfaisants. Pour les baptêmes, les chiffres les plus élevés ont été enregistrés par M. Soubeyre et M. Martin.
« Malgré les tristes événements de l’année, écrit M. Soubeyre, j’ai pu baptiser 117 adultes, « dans 5 nouvelles chrétientés de fondation récente. En outre, j’ai réussi à pénétrer dans un « village entièrement païen ( Truong Khê), où une quinzaine de familles demandent à se « convertir. Daigne Notre-Seigneur me donner l’entrain et la patience si indispensables au « missionnaire chargé de nouveaux chrétiens ! »
« M. Martin apporte la belle gerbe de 78 baptêmes d’adultes. Il a dû se donner beaucoup de mal pour la recueillir, car sa santé reste assez chancelante et l’empêche de faire tout ce que lui suggérerait son zèle, constamment en éveil.
« M. Bourlet se plaint de n’avoir administré que 24 baptêmes, alors que l’année précédente il en avait une soixantaine : « Mais, ajoute-il dans son rapport, il me reste 80 catéchumènes « qui étudient, et plusieurs pourraient déjà recevoir le baptême, si je ne tenais à parfaite leur « instruction, pour qu’ils soient capables de résister aux tentations de découragement qui « assaillent souvent les néophytes. D’ailleurs, le nombre de mes nouveaux chrétiens haissera « fatalement. Comme ce sont d’ordinaire des gens venus d’un peu partout gagner leur vie « dans le centre populeux de Phat diem, je dois leur trouver un petit coin de terre où ils « puissent s’établir. Or, ce n’est pas toujours commode, car le terrain coûte fort cher et ma « bourse est toujours vide. Quelques familles chrétiennes ont bien voulu héberger un bon « nombre de mes protégés, mais maintenant tous les bons petits coins sont déjà occupés et il « me faudra nécessairement stopper. »
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