| Année: |
1915 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin Occidental |
| Rédacteur: | Mgr Bigolet |
CHAPITRE V
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Groupe des Missions du Tonkin
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I. — Tonkin Occidental
Population catholique 150.000
Baptêmes d’adultes 1.630
Baptêmes d’enfants de païens 17.568
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« La divine Providence, écrit Mgr Bigolet, a voulu que nous subissons, cett année, notre part d’affliction et d’épreuves ; puisse leur valeur méritoire s’ajouter aux expiations qui montent vers Dieu de tous les points de la France pour la purifier et la sauver !
« Au milieu de juillet dernier, un fléau qui tend, hélas ! à devenir trop fréquent, a désolé la presque totalité des paroisses de notre vicariat. Les désastres de l’inondation de 1913, dont parlait le précédent compte rendu, étaient loin d’être réparés, et voici qu’une inondation plus terrible encore vient de renouveler la désolation et de multiplier les ruines. La crue fut subite et énorme, dans la nuit du 11 au 12 juillet, les digues de la rive droite du fleuve rouge se rompirent sur trois points différents, en amont et en aval de Hanoi. Plusieurs villages furent détruits, emportés par les torrents impétueux, qui, du fleuve, dévalaient dans la plaine. Dès le 16, les provinces de Hadong, Phu-Ly et Nam-Dinh, formant la mission du Tonkin occidental, étaient submergées. Beaucoup de bétail a péri ; les provisions recueillies pour l’année : riz, maïs, céréales, furent perdues en grande partie. Dans la seule province de Hadong, l’administration estime à 2.000 le nombre des noyés ; ce chiffre officiel est certainement au-dessous de la vérité. Le niveau de l’inondation dépassa de 0 m 40 celui de 1913, pourtant inouï jusqu’alors. Les cases les plus élevées furent envahies jusqu’à hauteur d’homme, et les autres submergées jusqu’au toit. La rupture des digues s’étant produite à une date si précoce, on avait escompté que le prompt retrait des eaux permettrait de repiquer les rizières du dixième mois ; vain espoir. Les crues ont succédé aux crues ; voilà deux mois que le pays est ainsi désolé, et la baisse, qui commence seulement, arrive trop tard pour que l’on puisse préparer la récolte de novembre.
« L’exercice prochain apparaît donc sous un aspect bien sombre. La visite des chrétientés ne pourra se faire normalement ; les païens, absorbés par la faim et la misère, seront peu disposés à écouter la parole du salut. Nombreuses déjà sont les familles chrétiennes parties pour des régions moins éprouvées, afin d’y chercher à gagner leur vie, ce qui est devenu impossible dans leurs villages.
« Le pays une fois inondé, le choléra a fait son apparition un peu partout ; il nous a même contraints de licencier le grand séminaire de Keso. Le surlendemain de la rentrée, nous eûmes parmi les élèves plusieurs cas violents. En deux jours, nous comptions six décès, et d’autres cas se déclaraient presque à chaque instant ; force nous fut de donner congé et de renvoyer la rentrée jusqu’à la fin de l’inondation.
« Au cours de l’exercice 1914-1915, la mort a frappé durement notre clergé indigène ; nous avons perdu huit prêtres, dont plusieurs dans la force de l’âge. Voilà 3 ans que nous sommes très éprouvés de ce côté. Malgré les ordinations semestrielles, nous ne pouvons sortir du chiffre de 108 prêtres ; quand nous l’avons dépassé, les décès nous y ramènent. Je donnerai une mention spéciale à deux d’entre les disparus. Le P. Trinh, curé indigène d’Hanoi depuis 35 ans, était un prêtre d’un excellent esprit, d’une piété forte, d’un zèle infatigable, d’une régularité de séminariste. Il possédait à un haut degré l’estime des missionnaires et de ses confrères, et était très aimé de ses chrétiens qui se souviendront longtemps de ses exemples édifiants et de sa charité pour les assister dans leurs besoins. Le P. Ky qui, en 1900, accompagna en Europe notre vénéré Vicaire apostolique, afin de représenter le clergé indigène aux fêtes de la Béatification de nos Martyrs, a été emporté par une phtisie galopante, le dimanche même du Rosaire. C’était un prêtre excellent sous tous rapports.
« Nous avons ressenti et ressentons encore le contre-coup de la guerre : missionnaires ont été mobilisés, 7 sont infirmiers à l’hôpital militaire d’Hanoi et 2 ont été dirigés sur la France.
« D’autre part, nos ennemis ont essayé de jeter le trouble parmi la population indigène et de la tourner contre notre pays. Ce furent d’abord des bruits d’écrasement de la France et de l’Angleterre par l’Allemagne, colportés partout soit par des agents au service des Allemands, soit par des factums en caractères, que rédigeait le parti hostile toujours irréductible. On essaya même de fomenter des soulèvements. Ces menées échouèrent et les pelotons d’exécution du Conseil de guerre, par quelques sévères châtiments, arrêtèrent toute velléité d’aller plus loin. Les peuplades des montagnes, plus travaillées par les Chinois à la solde des Allemands, essayèrent bien de prendre les armes ; elles furent vite réduites à se disperser. Toutefois des bandes chinoises se sont formées peu à peu dans les massifs à l’ouest du Tonkin, et y nécessitent la présence d’une colonne française. Quoi qu’il en soit, aucun mouvement sérieux n’est à craindre ; mais cela entretient dans le pays un malaise qui n’est pas favorable au développement de notre sainte religion. Da pacem. Domine !
« Aussi les baptêmes d’adultes (1.630) sont un peu en baisse sur l’exercice précédent. Le nombre des catéchumènes, qui dépasse 8.000, relèvera, nous l’espérons, le chiffre de cette année. Plusieurs de ces baptêmes font resplendir d’une manière vraiment surprenante la bonté et la miséricorde de Dieu. En voici un exemple raconté par M. Dronet, curé de la paroisse annamite d’Hanoi :
« Le 26 juillet 1914, j’allais visiter quelques malades, quand je fus abordé par un païen : « Père, me dit-il, je vous prie de venir baptiser mon père qui va mourir bientôt. » Je lui « demande si c’est pressé. « Non », répond-il ; et même il est content que je lui fixe cinq « heures du soir, car ainsi il aura le temps de rentrer chez lui après son travail de bureau. « Fidèle au rendez-vous, je trouve un vieillard de 70 ans dont l’état ne m’inspire aucune « inquiétude. Je lui dis donc que, rien ne pressant, je le ferai instruire pendant deux ou trois « jours et que je le baptiserai ensuite. Mais à huit heures du soir, son fils revient me trouver et « insiste pour que je baptise le malade sans retard, attendu qu’on veut l’emporter le lendemain « dans son village, situé à 40 kilomètres de la ville. Comme j’aurais perdu mon temps à « essayer de faire retarder le voyage, je préparai le malade et le voyant bien disposé, je lui « administrai le baptême. Admirons la Providence ! Ce vieillard languissait depuis longtemps. « Il vient à Hanoi visiter son fils qu’il aimait beaucoup. A la ville, son état empire ; son fils, « qui avait commencé à lire des livres de religion veut le faire baptiser et l’instruit lui-même. « J’espère bien que ce jeune homme sera chrétien avant peu. Il est doux, honnête, poli. Les « chrétiens, ses voisins, font tous son éloge.
« C’est grâce à la bibliothèque paroissiale, fondée depuis deux ans, que nous pouvons « attirer les jeunes gens, chrétiens et païens ; ils assistent à des conférences, à des causeries « qui leur font connaître et aimer la religion. Ils empruntent des livres, les emportent chez « eux ; des parents, des amis, des voisins lisent, eux aussi, ces petites brochures qui propagent « la vérité, et peu à peu nous arrivons ainsi à atteindre la classe instruite que, sans cela, nous « continuerions à coudoyer tous les jours sans pouvoir lui parler de Dieu. »
« Les bruits semés par nos ennemis ont eu moins de répercussion chez nos chrétiens, qui sont plus à même que les païens de connaître la vraie situation de la France. Ils continuent à avoir confiance ; et, suivant les prescriptions adressées au clergé et aux fidèles du vicariat, ils prient chaque jour pour le succès de nos armes. Outre le jour indiqué par le Saint-Père pour demander la paix, nous avons eu, à la même intention, deux jours d’adoration du Saint-Sacrement, l’un des trois premiers jours de l’année annamite et le jour de la solennité du Sacré-Cœur. Dans ces deux circonstances, les communions furent très nombreuses et les adorateurs remplirent les églises.
« Nous atteignons, cette année, presque un million et demi de communions, preuve évidente que les confrères et les prêtres indigènes ont travaillé sans relâche, tant dans le cours des visites des chrétientés que pendant leur séjour au chef-lieu de la paroisse ; c’est aussi la preuve que le niveau de la vie spirituelle monte chez les chrétiens. Une part légitime de ces fruits de bénédiction revient à nos zélés coopérateurs, les Frères des Ecoles chrétiennes et les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Les Frères ont donné l’instruction et l’éducation à près de 400 élèves, tant français qu’indigènes. Ils vont transporter, dans un local que la mission a mis à leur disposition, leur école purement indigène, qui promet d’en devenir encore plus prospère.
« Les Sœurs, dans leurs écoles, ouvroirs, hôpitaux, orphelinats, asiles, font resplendir la charité catholique aux yeux des chrétiens et des païens. Partout leur dévouement est apprécié et particulièrement béni de Dieu auprès des malades européens, qui, pour la plupart, s’empressent de recourir à leurs bons soins, dès que leur état s’aggrave.
« L’asile des incurables annamites, dirigé par Sœur Antoine, progresse tous les ans. Dans son compte rendu, cette bonne religieuse, dont le dévouement est admiré de tous, signale 126 nouvelles entrées au cours de l’année, 25 baptêmes d’adultes, 62 baptêmes d’enfants et 5 mariages. Malgré 65 décès, il reste encore 132 pensionnaires. Tous les ans, Sœur Antoine ajoute quelques constructions à son établissement. Elle vient d’installer des paillotes pour l’élevage des vers à soie, qui donnent beaucoup cette année. Le bon Dieu assiste visiblement cette œuvre, qui se développe avec des ressources bien minimes. Les produits du jardin, de la basse-cour, la culture d’un terrain en maïs y ont suppléé dans une mesure plus large que nous ne pouvions l’espérer. Si la guerre nous prive des aumônes habituelles, la Providence les remplace par d’autres moyens. Qu’elle en soit remerciée et bénie !
« A la mort de Notre Saint-Père le Pape Pie X, Mgr le Vicaire apostolique a prescrit la célébration d’un service solennel dans toutes les paroisses. Les chrétiens y ont assisté et communié en foule. Quelques jours après, c’était partout la même affluence au Te Deum d’action de grâces pour l’élection de N. S. Père Benoît XV. Dominus conservet eum !
« Au milieu des angoisses de l’heure présente, quelque douloureuses qu’elles soient, nous n’oublions pas que c’est Dieu qui mène tout ; c’est donc à Lui que nous confions la cause de notre chère France, de notre Séminaire de Paris, de toute notre Société des Missions-Etrangères, en Le suppliant d’accomplir sa divine volonté pour notre bien, pour l’exaltation de son Eglise et le salut des âmes. »
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