| Année: |
1916 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Orientale |
| Rédacteur: | Mgr Jeanningros |
CHAPITRE VI
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Groupe des Missions
de Cochinchine et du Cambodge
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I. — Cochinchine Orientale
Population catholique 63.125
Baptêmes d’adultes 1.406
Baptêmes d’enfants de païens 1.106
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« Bénie soit la bonne Providence de nous avoir gardé sains et saufs jusqu’à ce jour tous nos chers mobilisés, écrit Mgr Jeanningros. Leur nombre demeure sensiblement le même que l’an dernier ; mais ceux qui étaient en Indochine viennent de partir pour la France où se trouvent ainsi retenus pour un temps indéfini :
MM. Maheu, Louison,
Nicolas, Gallioz,
Souverbielle, Jamet,
Landreau, Priou,
Ducateau, Laborier,
David, Escalère.
Etcheberry,
« MM. Corompt et J. -B. Décrouïlle bénéficient en ce moment d’un sursis d’appel.
« Le premier événement marquant du dernier exercice dans notre vicariat a été le passage d’un violent typhon dans la province de Quangnam, pendant la nuit du 27 au 28 octobre 1915. Que de milliers de ligatures il a fallu pour réparer dans les divers districts de cette province les bâtiments qui avaient pu résister à cette terrible secousse, accompagnée d’une forte inondation. La reconstruction des édifices complètement renversés est naturellement remise à plus tard.
« La ville de Tourane et le district voisin, Phuthuong, ont particulièrement souffert. M. Bonhomme a dû dépenser on réparations urgentes une partie des fonds qu’il réservait pour la construction d’une église désirée par tous depuis longtemps. L’école des Sœurs a été aussi sérieusement éprouvée. Du vaste préau construit il y a quelques années, il ne restait plus que d’informes morceaux de bois, recouverts d’un amas de tuiles brisées.
« M. Vallet déplore la perte d’une vingtaine de chrétiens, noyés ou écrasés sous leurs paillotes. Sans parler de menues réparations toujours dispendieuses, ce confrère a cinq chapelles à reconstruire dans son district. Et que de miséreux pendant les mois qui ont suivi le typhon ! La population de cette région vit surtout du produit des jardins ; or les arbres à fruits n’ont à peu près rien donné cette année, et la récolte du thé a été très inférieure.
« Le printemps de 1916 nous réservait une autre surprise. Trois mois à peine après le complot de Cochinchine, à l’instigation de rebelles réfugiés au Siam, les soi-disant nationalistes de l’Annam tentaient à leur tour un essai de révolte. Le jeune roi Duytan, mal conseillé par son entourage et oubliant tout ce qu’il devait à la France, prit hardiment la tête du mouvement en répandant des ordonnances signées de sa main et munies du sceau royal. Le 4 mai, il quittait furtivement son palais de Hué pour rejoindre les conspirateurs, dont quelques-uns habitaient à proximité de la capitale, et le plus grand nombre dans les provinces de Quangnam et de Quangngai. On assure que, dans cette dernière province, des soldats de la milice indigène étaient prêts, et n’attendaient qu’un signal pour donner la main aux révolutionnaires. Averti au dernier moment, M. le Résident eut juste le temps de télégraphier à Tourane, d’où un détachement de soldats français arriva en automobile pour encadrer la milice indigène. A mi-chemin entre Tourane et Quangngai se trouve le centre administratif de Tamky. L’attaque de ce poste, où ils espéraient trouver des armes entrait dans le plan de campagne des rebelles. Mais la bande nombreuse qui marchait à l’assaut fut surprise et chaudement accueillie par un groupe de soldats français bien armés, qu’une panne d’automobile avait retardés dans leur course vers le sud.
« Avertis par MM. les Administrateurs, et invités à se réfugier à la Résidence, nos confrères sont bravement demeurés à leur poste, où leur présence n’était pas inutile pour rassurer leurs ouailles. Partout, en effet, au moins dans notre mission, on avait soigneusement caché aux chrétiens ce qui se préparait. Les survivants de la persécution de 1885 n’eurent pas de peine à faire un rapprochement et à tirer les conclusions. Quel eût été le sort de nos chrétientés, si les rebelles avaient pu commencer l’exécution de leur audacieux projet ? Dieu le sait, et de tout cœur nous le remercions de nous avoir protégés.
« L’éloignement de Duytan, arrêté le 6 mai en même temps qu’un bon nombre de ses partisans, rendait vacant le trône de l’empire d’Annam. Le choix des hauts mandarins de la cour réunis en conseil se porta sur le fils aîné de l’empereur Dongkhanh, mort en 1889, et de son vivant ami loyal et sincère de la France. Le 13 mai, après entente avec le Protectorat, le prince Buudao était reconnu souverain de I’Annam et inaugurait son règne sous le nom de Khaidinh.
« Les rapports des chefs de districts ne contiennent guère celle année que des colonnes de chiffres. Dans quelques lettres plus détaillées, on parle peu du travail accompli et des progrès très réels péniblement réalisés en beaucoup d’endroits. Les confrères insistent généralement sur le bien qui reste à faire pour amener un peu moins lentement leurs néophytes au degré de perfection où ils désirent les voir arriver. Ici c’est un groupe de chrétientés qui nécessiterait la présence d’un prêtre ; là il faudrait, sans tarder, deux catéchistes de plus. Ailleurs, ce sont les ressources qui manquent pour entretenir un instituteur à l’école paroissiale. Ces requêtes, malheureusement trop fondées, se terminent souvent par un acte bien méritoire de patiente résignation : « Vous ne pouvez pas me venir en aide en ce moment... mais plus tard... dès que ce sera possible... » Quand aurons-nous la consolation de satisfaire tant de légitimes désirs ?
« En attendant, plusieurs districts ont dû être réunis. Dans les provinces d’Annam comme chez les Sauvages, nombreux sont les prêtres auxquels les circonstances ont imposé un surcroît de travail généreusement accepté. Notre doyen, M. Geffroy, et M. Vallet ont cédé pour les districts voisins leur deuxième vicaire. L’administration du district de Dongpho a été assurée pendant plus d’un an par M. Solvignon, qui trouva un digne auxiliaire dans la personne du directeur de notre imprimerie de Langsong, M. Durand. Notons en passant que l’activité avertie de ce confrère a su parer jusqu’ici à tous les imprévus et aux difficultés occasionnées par la guerre. M. Gaillard attend toujours un voisin pour le district de Konxomluh, dont il demeure surchargé depuis son retour de France en 1914. M. Boivin ne compte plus les accidents variés dont il agrémente ses nombreux voyages à Phuhoa. Les deux districts de Ninhhoa et de Vangia, dont les centres sont éloignés de 33 kilomètres, demeurent toujours réunis sous la direction du P. Khiem qui en céderait un très volontiers.
« Dans ces conditions, l’évangélisation des païens subit nécessairement un retard, que les événements du mois de mai n’ont fait qu’accentuer. Quelques districts seulement ont atteint le nombre de 50 conversions.
« Sur 1.286 baptêmes, plus de 400 ont été administrés dans la province de kontum : 55 par M. Bonnal, et 52 par le provicaire, M. Kemlin, qui depuis la mobilisation s’est chargé d’un des postes les plus pénibles de la mission sauvage.
« La province de Quangnam donne cette année 294 baptêmes ; dont 127 chez M. Vallet. M. Sanctuaire a clôturé sa liste à 48 au mois d’avril, et il n’est pas sans inquiétude pour la persévérance de ses néophytes entourés partout de fervents nationalistes.
« Au Quangngai, la bonne moitié des 72 baptêmes revient à M. Tissier, district de Baugoc. Son voisin, M. Le Darré a dû remettre à des jours plus calmes la fondation d’une nouvelle chrétienté.
« Dans la province centrale du Binhdinh, on enregistre 270 baptêmes d’adultes, dont 68 chez M. Poyet qui cite à l’ordre du jour ses notables de Ngaidien. Le Phuyen a 90 baptêmes, dont 48 dans le district de M. Wendling qui, lui aussi par suite de la mort d’un catholique influent, a dû renoncer à l’installation d’un nouveau groupe de néophytes. Dans chacune des provinces de Nhatrang et de Phanrang beaucoup moins peuplées, on a glané une quarantaine de conversions. Peu avant les événements politiques d’Annam, des désordres s’étaient produits dans la province de Kontum. Les villages, dont l’attitude ouvertement hostile, nécessita alors l’intervention armée de l’administration, sont précisément ceux de la frontière moï, qui depuis plus d’un demi-siècle se contentent de laisser passer les missionnaires porteurs de la Bonne Nouvelle, sans vouloir écouter leurs enseignements. Pour se venger de leur défaite, ces insoumis, chassés de leurs villages, voulurent s’attaquer aux marchands et colons annamites, qui furent sérieusement inquiétés durant plusieurs mois. Un chrétien de M. Corompt fut percé d’une flèche au moment où il cultivait paisiblement son champ de riz.
« Plus au nord, dans la région Reungao Sedang, un aventurier sut mettre à profit l’attrait des populations moï pour tout ce qui paraît merveilleux, et leur confiance aveugle dans la parole des sorciers. Cet individu se donnait comme envoyé d’En-haut pour libérer ses compatriotes de la corvée, de l’impôt, etc... Il se vantait également de faire descendre du ciel la rosée qui assure les bonnes moissons. Pour rendre ses oracles, il se dissimulait soigneusement derrière un rideau de couvertures, ne laissant dépasser que sa main, de laquelle il frappait un petit tambour. Suivant les sons rendus par l’instrument, l’augure était jugé favorable ou inquiétant. Le grand sorcier circulait de village en village, voyageant toujours la nuit. Par des menaces souvent terribles, quelquefois aussi par des promesses, il conviait les habitants à venir l’honorer, acceptant volontiers comme présent quelques jarres de vin. La procession des nombreux clients, curieux d’interroger cet être extraordinaire, augmentait chaque jour. A toutes les questions posées, il répondait à l’aide de son instrument favori, le tambour. Cette comédie continua avec plein succès jusqu’au jour où l’esprit frappeur s’aventura à Dakkona, village en partie catholique, où réside habituellement M. Bonnal. Suivant les recommandations de notre confrère, les jeunes gens de l’endroit examinèrent de très près les opérations du magicien, dont toutes les ruses furent rapidement découvertes. Surpris et en même temps rassurés, les assistants reconnurent alors que le prétendu laotien si puissant était un moï de la tribu Sedang, habile à exploiter la crédulité publique.
« En pays sauvage, plus encore qu’en Annam, la formation des néophytes à la vie chrétienne est une œuvre de longue haleine. Semblables aux grands arbres de la forêt, les croyances superstitieuses sont profondément enracinées, et l’administration du sacrement de baptême ne supprime pas radicalement et pour toujours toute trace de végétation malsaine. Chez les personnes d’âge avancé surtout, le missionnaire doit toujours s’appliquer à surveiller et arracher petit à petit les dernières radicelles qui pourraient se cacher au fond du cœur Ce travail est grandement facilité depuis que chaque village possède quelques jeunes gens solidement instruits. Les catéchistes bahnars, reungaos sedangs sortis de l’école du Bienheureux Cuenot, sont déjà nombreux.
« Depuis plusieurs années, cette section spéciale et véritablement intéressante fait bonne figure dans le groupe des catéchistes volontaires de la Cochinchine Orientale. Mais l’utilisation de ces dévoués auxiliaires manquait néanmoins de méthode et d’uniformité ; voilà pourquoi un directoire mieux adapté à la mentalité de leur pays vient d’être mis à l’essai. Ce règlement distinct est à la fois plus détaillé et plus large que celui des catéchistes annamites. Nous en espérons beaucoup de fruit, pour l’enseignement de la doctrine et le développement de la vie chrétienne dans le pays sauvage.
« Cette partie de la mission, vous le savez, est la plus éprouvée par la mobilisation. Daigne la bonne Providence nous assurer les ressources nécessaires pour y entretenir de nombreux catéchistes, et ne pas nous faire attendre trop longtemps le retour des absents. »
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